1,2 million de pertes — plus qu’aucune grande puissance depuis 1945
Le 28 janvier 2026, deux jours avant ce bilan quotidien de 1 310 soldats, le Center for Strategic and International Studies de Washington a publié un rapport dévastateur intitulé « Russia’s Grinding War in Ukraine ». Les conclusions sont accablantes. Depuis le 24 février 2022, la Russie a subi environ 1,2 million de pertes militaires — tués, blessés, disparus. Ce chiffre inclut jusqu’à 325 000 morts. C’est, selon les auteurs du rapport, plus de pertes que n’importe quelle grande puissance n’en a subi dans aucun conflit depuis la Seconde Guerre mondiale. Laissez cette phrase pénétrer. Depuis 1945 — depuis Stalingrad, depuis le Débarquement, depuis Hiroshima — aucune armée d’une grande nation n’avait perdu autant de soldats. Et la Russie a accompli cet exploit sinistre non pas en défendant son territoire, mais en attaquant un pays voisin souverain. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a balayé le rapport d’un revers de main, affirmant que seul le ministère russe de la Défense était habilité à fournir des chiffres sur les pertes. Ce même ministère qui, depuis septembre 2022, n’a publié aucune mise à jour — sa dernière estimation officielle faisant état de moins de 6 000 morts. Six mille. Face à une réalité de 325 000. Le mensonge est si énorme qu’il en devient presque comique, s’il n’était pas baigné dans le sang de centaines de milliers de jeunes hommes.
Le seuil des deux millions de victimes
Le rapport du CSIS ne s’arrête pas aux pertes russes. Il estime les pertes ukrainiennes entre 500 000 et 600 000 militaires, incluant jusqu’à 140 000 morts. Au total, les pertes combinées des deux camps approchent les 1,8 million de personnes. Au rythme actuel, le seuil symbolique et horrifiant des deux millions de victimes sera franchi au printemps 2026. Deux millions. Pour mettre ce chiffre en contexte canadien, c’est comme si la totalité de la population de la grande région de Québec — ville, banlieues, couronne — était mise hors de combat. Hommes, femmes, familles entières brisées. Des chercheurs de la BBC et de Mediazona ont indépendamment confirmé l’identité de plus de 165 000 soldats russes tués, tout en reconnaissant que leur décompte ne représente probablement que 45 à 65 pour cent du bilan réel. Pensez à Dmitri, vingt et un ans, originaire de Bouriatie, une république russe pauvre de Sibérie orientale. Sa mère a reçu un cercueil scellé et une compensation financière. On lui a interdit de l’ouvrir. On lui a dit que son fils était mort « en héros ». Elle ne saura jamais où exactement, ni comment, ni pourquoi. Le Kremlin a transformé des régions entières en réservoirs de chair à canon, et personne ne rend de comptes. Combien de Dmitri faudra-t-il encore avant que la société russe ne se réveille ?
Le CSIS a mis les chiffres sur la table avec une précision chirurgicale. La Russie est en train de se détruire en tant que grande puissance militaire dans les champs de boue ukrainiens. Et le plus terrible, c’est que le Kremlin le sait — mais il préfère sacrifier une génération entière plutôt que d’admettre l’échec d’une guerre qu’il a lui-même déclenchée.
L'arithmétique macabre : recruter pour remplacer les morts
403 000 recrues en 2025 — et ce n’est pas suffisant
Face à cette hémorragie permanente, la Russie est engagée dans une course contre la montre démographique. Selon le chef du renseignement militaire ukrainien, Kyrylo Budanov, la Russie a recruté 403 000 soldats en 2025, atteignant son objectif dès le début du mois de décembre. L’objectif pour 2026 est fixé à 409 000 recrues. Ces chiffres sont impressionnants en valeur absolue, mais ils doivent être mis en regard des pertes. En 2025, les pertes russes ont dépassé 418 000 soldats — l’équivalent de 35 divisions entières. Autrement dit, la Russie perd plus de soldats qu’elle n’en recrute. Le déficit est encore gérable à court terme, grâce aux blessés qui retournent au combat après une convalescence sommaire et aux réserves accumulées. Mais la tendance est insoutenable. Pensez à cette réalité comme à une baignoire percée : vous pouvez ouvrir le robinet à fond, mais si le trou dans le fond s’agrandit plus vite que le débit d’eau, le résultat est inévitable. La Russie perd son eau — son capital humain — à un rythme qui défie toute logique militaire. Et pourtant, le Kremlin continue de tourner le robinet en espérant que l’Ukraine se videra en premier. C’est un pari démographique d’une cruauté absolue, joué avec la vie de centaines de milliers de jeunes Russes.
La coercition comme méthode de recrutement
Comment la Russie parvient-elle à recruter autant de soldats sans décréter une mobilisation générale qui serait politiquement explosive ? La réponse est aussi cynique que prévisible : par la coercition, la manipulation et l’exploitation des plus vulnérables. Les régions pauvres et les républiques ethniques éloignées de Moscou — la Bouriatie, le Daghestan, la Tchouvachie — fournissent une part disproportionnée des recrues. Les primes d’engagement atteignent des sommes qui représentent des années de salaire dans ces régions déshéritées, créant une incitation économique qui relève davantage de la contrainte que du choix libre. Le Kyiv Post rapportait récemment que le fardeau du recrutement allait s’alourdir encore pour ces régions reculées en 2026, alors que les réserves de volontaires s’épuisent. Des entreprises sont désormais tenues de fournir des « volontaires ». Des hommes sont arrêtés illégalement et contraints de signer des contrats militaires. Le Kremlin a même fait appel à des soldats nord-coréens — environ 12 000 envoyés en Russie à l’automne 2024, transportés par navires jusqu’à Vladivostok, déguisés en soldats russes avec de fausses identités. Des Cubains, des Indiens, des Africains ont également été recrutés. Quand une armée doit importer des soldats de l’étranger et contraindre ses propres citoyens à s’enrôler, peut-on encore parler d’une armée en position de force ? La réponse est non. C’est une armée en mode survie.
Le recrutement militaire russe est devenu un système de prédation ciblant les plus pauvres et les plus marginalisés de la société. Les fils de l’élite moscovite ne meurent pas dans les tranchées de Pokrovsk — ce sont les fils des bergers bouriates et des ouvriers daghestanais qui paient le prix du délire impérial de Poutine. Cette injustice de classe est le secret le mieux gardé de cette guerre.
Les pertes matérielles : une armée qui se consume
11 614 chars détruits — le stock fond comme neige au soleil
Les pertes humaines sont les plus tragiques, mais les pertes matérielles racontent une histoire tout aussi dévastatrice pour la capacité militaire russe à long terme. Plus de 11 600 chars détruits depuis février 2022. Pour comprendre l’ampleur de ce chiffre, il faut savoir que la Russie disposait avant la guerre d’environ 3 000 chars opérationnels et de plusieurs milliers d’autres en réserve, stockés dans des dépôts hérités de l’ère soviétique. Ces réserves, autrefois présentées comme un avantage stratégique insurmontable, sont en train de s’épuiser. Les chars T-62, conçus dans les années 1960, ont été sortis de leur stockage et envoyés au front — un aveu d’épuisement logistique que même la propagande du Kremlin peine à masquer. Le site indépendant Oryx, qui ne comptabilise que les pertes visuellement confirmées par des photos ou vidéos, a documenté la perte de plus de 4 300 chars russes. Comme cette méthode ne capture qu’une fraction des destructions réelles, le chiffre de l’état-major ukrainien de 11 614 chars est considéré comme plausible par la plupart des analystes. La Russie brûle son héritage militaire soviétique à un rythme effréné, et sa capacité de production ne peut tout simplement pas compenser les pertes. Imaginez une usine automobile qui produit dix véhicules par jour pendant qu’on en détruit trente. C’est exactement la situation dans laquelle se trouve l’industrie de défense russe.
L’artillerie et les systèmes de défense : des pertes irremplaçables
Si la perte de chars fait les manchettes, la destruction de 36 748 systèmes d’artillerie est peut-être encore plus significative sur le plan stratégique. L’artillerie est le pilier fondamental de la doctrine militaire russe — c’est le « dieu de la guerre » selon l’expression consacrée de Staline. Perdre plus de 36 000 systèmes en moins de quatre ans, c’est voir le coeur même de sa puissance de feu se désintégrer. En 2025 seul, les forces ukrainiennes ont détruit plus de 14 000 systèmes d’artillerie russes — le chiffre annuel le plus élevé depuis le début de la guerre. Les 1 289 systèmes de défense antiaérienne détruits représentent une autre perte critique : chaque batterie S-300 ou S-400 perdue laisse un trou dans le parapluie défensif russe, rendant ses forces plus vulnérables aux frappes ukrainiennes de précision. Quant aux 119 234 drones tactiques détruits, ce chiffre astronomique reflète la nature même de cette guerre où les systèmes sans pilote sont devenus omniprésents. La Russie compense partiellement ces pertes grâce à l’importation de drones iraniens et à sa propre production croissante, mais le rythme de destruction dépasse largement les capacités de remplacement. Cher lecteur, demandez-vous pourquoi ces chiffres ne font pas la une de nos journaux. Est-ce parce que nous nous sommes habitués à l’horreur, ou parce que nous avons simplement cessé de nous en soucier ?
La Russie est en train de consumer le legs militaire de soixante-dix ans d’Union soviétique dans une guerre de trois ans. Elle détruit en mois ce qui a été construit en décennies. Et quand les stocks seront vides — de chars, de canons, de missiles — il ne restera que les décombres d’une superpuissance militaire qui s’est autodétruite par hubris impériale.
Le ratio des pertes : une équation fatale pour Moscou
2,5 contre 1 : la Russie saigne plus vite
L’un des chiffres les plus révélateurs du rapport du CSIS est le ratio de pertes entre la Russie et l’Ukraine : environ 2,5 pour 1. Pour chaque soldat ukrainien mis hors de combat, la Russie en perd deux et demi. Dans certains secteurs et certaines opérations, ce ratio peut monter à trois ou quatre pour un. Cette asymétrie s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, l’Ukraine se bat essentiellement en défense — une posture militaire qui est historiquement moins coûteuse en vies que l’attaque. Ensuite, les forces ukrainiennes ont développé une maîtrise tactique exceptionnelle de la guerre des drones, de l’artillerie de précision et du combat en milieu urbain. Enfin, les tactiques offensives russes restent extraordinairement coûteuses en hommes : les fameuses « attaques de viande » (myasnyye shturmy), où des vagues de soldats sont envoyées vers des positions fortifiées sans préparation adéquate, continuent de caractériser l’approche russe. Pensez à Iouri, quarante-deux ans, ex-détenu recruté dans une colonie pénitentiaire par le groupe Wagner, puis transféré à l’armée régulière. On lui a promis la liberté après six mois de combat. Il est mort au bout de trois semaines, lors d’un assaut frontal sur une position ukrainienne fortifiée près de Pokrovsk. Son corps n’a jamais été récupéré. Pour les statistiques, il est un chiffre parmi 1 310 autres ce jour-là.
L’objectif des 50 000 pertes mensuelles
Le président Volodymyr Zelensky a récemment articulé un objectif stratégique clair : infliger 50 000 pertes mensuelles aux forces russes. C’est le seuil que les analystes ukrainiens estiment nécessaire pour que le rythme des pertes russes dépasse définitivement la capacité de remplacement de Moscou. En décembre 2025, les forces ukrainiennes ont éliminé environ 35 000 soldats russes. La tendance est clairement haussière : 26 000 en octobre, 30 000 en novembre, 35 000 en décembre. Si cette trajectoire se maintient, l’objectif des 50 000 pourrait être atteint d’ici le milieu de l’année 2026. Ce serait un point de bascule stratégique majeur. Au-delà de ce seuil, la Russie serait mathématiquement incapable de maintenir son effort offensif sans décréter une mobilisation générale — une décision politiquement explosive que Poutine a tout fait pour éviter jusqu’ici. Le reportage d’Al Jazeera du 30 janvier 2026 rapporte exactement cette analyse : les pertes russes atteignent des niveaux insoutenables, et la question n’est plus de savoir si le point de rupture sera atteint, mais quand. Chaque jour de 1 310 pertes rapproche ce moment. Chaque journée de 268 affrontements sur le front use un peu plus la machine de guerre russe. Le temps joue-t-il en faveur de l’Ukraine ? La réponse dépend cruellement du soutien occidental.
La Russie recrute 409 000 soldats par an et en perd 418 000. L’arithmétique est impitoyable. Poutine fait le pari que l’Ukraine craquera avant que ses propres réserves ne s’épuisent. C’est un pari macabre, joué avec des vies humaines comme jetons. Et notre rôle, en tant que démocraties, est de faire en sorte que ce pari échoue.
Les soldats nord-coréens : le symptôme d'une armée aux abois
12 000 soldats importés de Pyongyang
Parmi tous les indicateurs de la détresse militaire russe, aucun n’est aussi spectaculaire que le recours à des soldats nord-coréens. En octobre 2024, environ 12 000 soldats du régime de Kim Jong-un ont été transportés par navires russes jusqu’à Vladivostok, où ils ont reçu des uniformes russes et de fausses identités pour dissimuler leur véritable origine. C’est un fait historique sans précédent : une prétendue grande puissance militaire, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, détentrice du plus grand arsenal nucléaire au monde, est réduite à importer des soldats d’une dictature stalinienne pour compléter ses effectifs. L’ironie serait délicieuse si elle n’était pas aussi tragique. Les soldats ukrainiens qui ont combattu les Nord-Coréens les décrivent comme bien entraînés et intrépides, mais ayant subi des pertes considérables. Le service de renseignement sud-coréen a estimé les pertes nord-coréennes à environ 200 tués et 2 700 blessés — un taux de pertes effarant pour un contingent de 12 000 hommes. Les troupes nord-coréennes auraient ensuite été retirées des premières lignes, précisément en raison de ces pertes élevées. Imaginez un instant : vous êtes un soldat nord-coréen, arraché à votre pays, déguisé en Russe, envoyé mourir dans un pays dont vous ne parlez pas la langue pour une guerre qui ne vous concerne en rien. C’est le summum de l’exploitation humaine en temps de guerre.
Cubains, Indiens, Africains : le recrutement de la dernière chance
Les Nord-Coréens ne sont pas les seuls étrangers enrôlés par Moscou. Le Atlantic Council rapporte que Poutine cherche activement des combattants étrangers pour compenser ses pertes. Des Cubains, des Indiens, des Africains et des ressortissants de diverses nationalités ont été recrutés, souvent par la tromperie — on leur promet des emplois civils en Russie, et ils se retrouvent en uniforme militaire sur le front ukrainien. Cette internationalisation forcée de l’effort de guerre russe détruit un mythe fondamental de la propagande du Kremlin : celui des « ressources illimitées » de la Russie. Si la Russie avait vraiment les moyens humains de soutenir cette guerre indéfiniment, pourquoi recruterait-elle des soldats en Afrique ou à Cuba ? La réponse est évidente : parce que le réservoir domestique s’assèche. Le recrutement étranger présente un avantage cynique pour le Kremlin : ces soldats coûtent moins cher — ils ne bénéficient pas du système de compensation russe — et leur mort ne risque pas d’alimenter le sentiment antiguerre en Russie. Un soldat bouriate ou daghestanais mort dans le Donbass fait à peine une ride dans la conscience moscovite. Un soldat cubain ou nord-coréen mort, encore moins. C’est une guerre menée par procuration sur le dos des plus vulnérables de la planète, et le cynisme du Kremlin en la matière défie l’imagination.
Quand une soi-disant grande puissance militaire doit importer des soldats de Corée du Nord et tromper des Cubains pour combler ses rangs, on n’est plus dans la stratégie — on est dans l’aveu de faillite. La Russie ne manque pas de missiles ni de bombes. Elle manque d’hommes prêts à mourir pour le délire impérial de son dirigeant. Et c’est un problème que même le plus grand arsenal nucléaire du monde ne peut résoudre.
L'économie russe sous tension : le prix de la guerre
Une croissance en berne et une inflation galopante
L’impact des pertes militaires ne se limite pas au champ de bataille. Il se répercute dans toute l’économie russe. Avec des centaines de milliers d’hommes en âge de travailler retirés du marché du travail — tués, blessés, ou mobilisés —, la Russie fait face à des pénuries de main-d’oeuvre dans pratiquement tous les secteurs. Le secteur manufacturier est en déclin. La croissance économique a ralenti à 0,6 pour cent en 2025, un chiffre anémique pour un pays qui prétend que la guerre n’affecte pas sa prospérité. L’inflation atteint des niveaux record, érodant le pouvoir d’achat de la population. Les experts russes eux-mêmes — ceux qui osent encore parler — commencent à remettre en question la soutenabilité du conflit. Le rapport du CSIS note que la Russie « est en déclin en tant que grande puissance », un constat qui aurait été impensable il y a seulement trois ans. Pensez à Natalia, propriétaire d’une petite usine dans l’oblast de Sverdlovsk. La moitié de ses ouvriers ont été recrutés ou sont partis chercher les primes militaires, bien plus élevées que les salaires civils. Elle ne trouve plus de main-d’oeuvre qualifiée. Sa production a chuté de quarante pour cent. Et elle sait que si elle proteste, on lui rappellera ses obligations patriotiques. L’économie de guerre russe n’est pas un modèle de résilience — c’est une bombe à retardement sociale.
Le mensonge de la puissance intacte
La propagande du Kremlin continue de présenter la Russie comme une puissance militaire de premier rang dont l’armée est invincible et les ressources inépuisables. Mais les faits racontent une tout autre histoire. Aucun pays disposant de ressources militaires « illimitées » ne recrute des soldats en Corée du Nord. Aucun pays dont l’armée est « invincible » n’avance de quinze mètres par jour après avoir perdu 1,2 million de soldats. Aucun pays « prospère » ne voit sa croissance tomber à 0,6 pour cent pendant que son inflation explose. La réalité que le Kremlin tente désespérément de masquer est simple : la guerre en Ukraine est en train de transformer la Russie d’une grande puissance régionale en un État militairement affaibli, économiquement exsangue et diplomatiquement isolé. Et chaque jour de 1 310 pertes accélère cette transformation. Les analystes de Meduza, le média russe indépendant en exil, ont noté que les pertes de la Russie en Ukraine dépassent celles de toute grande puissance dans tout conflit depuis la Seconde Guerre mondiale. Ce n’est pas une opinion — c’est un fait historique. Et ce fait devrait terrifier non seulement les Russes, mais tous ceux qui s’inquiètent de la stabilité d’un État nucléaire en déclin accéléré.
La Russie joue les bravaches sur la scène internationale pendant que son armée se disloque de l’intérieur. L’écart entre la propagande du Kremlin et la réalité du front est devenu un gouffre. Et quand ce gouffre finira par s’effondrer, les conséquences ne se limiteront pas à l’Ukraine — elles secoueront le monde entier.
Le regard du monde : entre indifférence et calcul
Pourquoi ces pertes ne font-elles pas davantage réagir ?
Voici une question qui me hante : comment est-il possible que des pertes de cette ampleur — 1 310 soldats en un jour, 1,2 million depuis le début — ne provoquent pas un électrochoc planétaire ? La réponse tient en trois mots : normalisation de l’horreur. Nous nous sommes habitués. Les chiffres quotidiens de la guerre en Ukraine sont devenus un bruit de fond, un fil d’actualité que l’on fait défiler entre les nouvelles sportives et la météo. Les pertes russes ne nous émeuvent pas parce que ce sont des « ennemis ». Les pertes ukrainiennes ne nous émeuvent plus parce que nous avons épuisé notre capacité d’empathie. C’est le mécanisme le plus dangereux de cette guerre : non pas les bombes ou les drones, mais notre propre engourdissement moral. Vous, qui me lisez en ce moment, quand avez-vous pour la dernière fois été véritablement choqué par un chiffre de pertes en Ukraine ? Quand avez-vous eu ce pincement au coeur que vous avez ressenti dans les premiers jours de l’invasion ? Si ce sentiment s’est estompé, c’est normal. Mais c’est aussi profondément dangereux. Parce que notre indifférence est l’arme la plus puissante de Poutine. Tant que le monde détourne le regard, il peut continuer à envoyer ses soldats mourir dans les champs ukrainiens sans en payer le prix politique.
La responsabilité des démocraties
Les démocraties occidentales portent une responsabilité immense dans cette situation. Non pas parce qu’elles ont causé cette guerre — la responsabilité en incombe entièrement à Vladimir Poutine et à son régime. Mais parce qu’elles ont le pouvoir d’en accélérer la fin et qu’elles ne l’utilisent pas pleinement. Chaque mois de retard dans la livraison d’armes signifie des milliers de morts supplémentaires. Chaque débat parlementaire qui s’éternise sur le montant de l’aide se traduit en vies perdues sur le front. L’Ukraine ne demande pas qu’on se batte à sa place. Elle demande des armes, des munitions, un soutien financier et une volonté politique claire. Le rapport du CSIS l’affirme sans ambiguïté : le soutien occidental à l’Ukraine est le facteur déterminant de l’issue de cette guerre. Si ce soutien faiblit, l’Ukraine sera contrainte à des concessions territoriales qui récompenseraient l’agression. Si ce soutien se maintient et se renforce, la Russie sera confrontée à un choix entre la défaite et l’escalade — deux options qui, à terme, affaiblissent Moscou. En tant que Canadiens, en tant que Québécois, nous avons notre mot à dire. Notre gouvernement doit maintenir et amplifier son soutien à l’Ukraine. Nos élus doivent comprendre que cette guerre n’est pas un enjeu lointain — c’est un test fondamental pour l’ordre international dont dépend notre propre sécurité.
1 310 soldats russes sont morts le 30 janvier 2026. Des centaines d’Ukrainiens aussi. Et pendant que ces hommes mouraient, nous débattions de nos propres petits problèmes avec la certitude confortable que la guerre ne nous concerne pas. Elle nous concerne. Elle nous concerne tous. Et notre inaction a un prix qui se mesure en vies humaines.
Le mensonge du Kremlin : quand le silence est un crime
6 000 morts officiels contre 325 000 estimés
Il faut revenir sur ce chiffre stupéfiant. Le ministère russe de la Défense a publié sa dernière estimation des pertes en septembre 2022, affirmant que 5 937 soldats russes avaient été tués depuis le début de l’invasion. Depuis lors, plus aucune mise à jour. Pas un mot. Pas un chiffre. Le silence total. Pendant ce temps, les estimations indépendantes convergent vers 325 000 morts. L’écart entre le chiffre officiel et la réalité est d’un facteur de cinquante-cinq. C’est comme si le gouvernement du Québec annonçait que la province compte 150 000 habitants alors qu’elle en compte huit millions. Le mensonge est si colossal qu’il défie la raison. Et pourtant, à l’intérieur de la Russie, ce mensonge est maintenu par un appareil de censure d’une efficacité redoutable. Les médias indépendants ont été fermés ou contraints à l’exil. Le mot « guerre » est interdit — on parle d’opération militaire spéciale. Les familles de soldats tués sont sommées de garder le silence, sous peine de représailles. Pensez à Maria, mère de deux soldats tués à quelques mois d’intervalle près de Bakhmout. Elle a voulu organiser un rassemblement pacifique pour réclamer la vérité. Elle a été arrêtée, interrogée pendant seize heures, et relâchée avec un avertissement : une prochaine « infraction » signifierait la prison. La Russie ne cache pas seulement ses morts — elle criminalise le deuil.
Les familles russes face au mur du silence
La BBC et Mediazona ont accompli un travail remarquable en identifiant individuellement plus de 165 000 soldats russes tués, à partir d’avis de décès, de registres d’héritage, de publications funéraires sur les réseaux sociaux et de données régionales de compensation. Ils reconnaissent eux-mêmes que ce décompte ne représente probablement que 45 à 65 pour cent du bilan réel, ce qui placerait le nombre total de morts entre 250 000 et 370 000 — cohérent avec l’estimation du CSIS. Dans 13 régions russes observées, les compensations pour décès au combat correspondent à plus de 50 soldats tués par jour. Par région. C’est un fleuve de mort qui traverse la Russie de part en part, des steppes de Sibérie aux montagnes du Caucase, et le Kremlin fait tout pour que ce fleuve reste invisible. Mais les familles savent. Les mères savent. Les épouses savent. Et un jour, cette vérité refoulée explosera avec une force que même le régime le plus répressif ne pourra contenir. Cher lecteur, ne vous y trompez pas : ces 1 310 soldats du 30 janvier ne sont pas seulement des chiffres ukrainiens — ce sont des tragédies russes que le Kremlin voudrait que le monde oublie.
Le silence imposé par le Kremlin sur l’ampleur des pertes n’est pas seulement un mensonge — c’est un crime contre les familles russes elles-mêmes. Priver une mère du droit de pleurer son fils publiquement, interdire le deuil au nom de la « stabilité » — c’est la marque d’un régime qui a perdu toute humanité, et cette cruauté finira par le consumer de l’intérieur.
Que reste-t-il à dire ?
Le prix de notre silence
J’arrive au bout de cette chronique avec un sentiment de rage froide. 1 310 soldats russes éliminés en un jour. Des centaines d’Ukrainiens tombés dans les mêmes combats. Un total cumulé qui approche les deux millions de victimes. Une armée russe qui se consume elle-même dans un conflit dont les gains territoriaux se mesurent en mètres. Une machine de propagande qui transforme 325 000 morts en 6 000. Des régions entières vidées de leurs jeunes hommes. Des soldats nord-coréens déguisés en Russes. Des mères à qui on interdit de pleurer. Et nous, dans le confort de nos démocraties occidentales, qui débattons de la « fatigue de la guerre » comme si c’était nous qui portions le fardeau. La vérité est que chaque jour de cette guerre est un échec collectif. Un échec de la diplomatie, un échec de la dissuasion, un échec de la solidarité. Et chaque jour de pertes — russes comme ukrainiennes — devrait nous rappeler le prix de cet échec.
L’urgence d’agir
L’Ukraine n’a pas besoin de notre compassion. Elle a besoin de nos obusiers, de nos missiles, de nos systèmes de défense aérienne, de notre soutien financier. Elle a besoin que les démocraties du monde cessent de tergiverser et agissent avec la détermination que la situation exige. Le rapport du CSIS est limpide : le soutien occidental est le facteur qui déterminera l’issue de cette guerre. Pas les drones. Pas les tactiques innovantes. Pas même le courage remarquable des soldats ukrainiens. Le facteur décisif, c’est nous. C’est notre volonté de soutenir un pays qui se bat pour des valeurs que nous prétendons partager. C’est notre capacité à maintenir notre engagement malgré la fatigue, malgré le coût, malgré les distractions innombrables de notre vie quotidienne. 1 310 soldats russes sont tombés le 30 janvier 2026. Demain, un chiffre similaire tombera. Et après-demain. Et le jour suivant. Jusqu’à ce que cette guerre se termine — par la victoire de l’Ukraine ou par notre abandon collectif. Le choix nous appartient. Et ce choix, nous le faisons chaque jour, par notre action ou par notre silence.
1 310. Retenez ce chiffre. Non pas comme une statistique militaire, mais comme un rappel quotidien de ce que coûte la guerre en vies humaines. Des deux côtés du front, des hommes meurent pour les ambitions d’un seul. Et tant que nous n’aurons pas le courage de l’affirmer haut et fort, nous serons complices de cette tragédie.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Ce texte est une chronique – il reflète le point de vue de son auteur et ne prétend pas à l’objectivité journalistique au sens classique du terme. L’auteur s’appuie sur des faits vérifiables, mais les interprète librement pour nourrir le débat public.
Maxime Marquette est chroniqueur spécialisé en géopolitique et en questions internationales. Ses textes sont publiés sur la plateforme mad-max.ca.
Sources
Sources primaires
Ukrinform — Russian army loses another 1,310 soldiers in one day of war against Ukraine
CSIS — Russia’s Grinding War in Ukraine
Minfin Ukraine — Casualties of Russia in Ukraine: Official Data
Al Jazeera — Zelenskyy seeks 50,000 Russian losses a month to win the Ukraine war
Ministry of Defence of Ukraine — Official Website
Sources secondaires
Meduza — Russia’s military losses in Ukraine surpass any major power since WWII
PBS News — Report warns combined casualties in Russia’s war on Ukraine could soon hit 2 million
Military.com — New Report Warns Combined War Casualties Could Soon Hit 2 Million
Kyiv Post — Remote Russian Regions Pay the Price as Kremlin Hunts for Soldiers in 2026
Euromaidan Press — Budanov: Russia recruited 403,000 soldiers in 2025
Atlantic Council — Putin seeks more foreign fighters amid mounting Russian losses in Ukraine
Wikipedia — Casualties of the Russo-Ukrainian War
Outono — Russia ended 2025 with losses of more than 13,800 armored vehicles in Ukraine
Wikipedia — North Korean involvement in the Russo-Ukrainian war
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