Téhéran ne reste pas muet. Et c’est ce qui rend la situation si explosive. Le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, homme clé de la diplomatie iranienne, a écrit sur les réseaux sociaux une phrase d’une clarté glaçante : « Nos braves forces armées sont prêtes — le doigt sur la détente — à répondre immédiatement et puissamment à TOUTE agression. » Notez le mot en majuscules : TOUTE. Pas certaines agressions. Pas une agression de grande ampleur. Toute agression. C’est un engagement absolu, sans nuance, sans marge de manoeuvre diplomatique. Et Araghchi ajoute un élément crucial : l’Iran a tiré des « leçons précieuses » du conflit de douze jours avec Israël et les États-Unis en juin dernier, qui lui permettent de « répondre encore plus fortement, plus rapidement et plus profondément ». Ce n’est pas un bluff ordinaire. C’est une déclaration qui repose sur une expérience récente de combat, sur des ajustements militaires concrets, sur une préparation qui dure depuis sept mois. Quand Fatima, une étudiante en relations internationales de Téhéran, lit ces déclarations sur son téléphone, elle ne sait pas si elle doit y voir du courage ou de la folie. « Les deux, peut-être », murmure-t-elle.
Le problème avec les lignes rouges, c’est qu’elles ne servent qu’à ceux qui ont la retenue de ne pas les franchir. Et la retenue, en ce moment, semble cruellement absente des deux côtés.
Les mille drones : la nouvelle donne tactique
L’annonce par le chef de l’armée iranienne de l’attribution de mille drones aux régiments de combat n’est pas anecdotique. Elle signale une transformation doctrinale de l’appareil militaire iranien. L’Iran a observé attentivement ce qui s’est passé en Ukraine, où les drones ont révolutionné le champ de bataille. Téhéran, qui a fourni des drones Shahed à la Russie, connaît mieux que quiconque l’efficacité de ces engins peu coûteux mais dévastateurs contre des cibles de haute valeur. Les porte-avions américains, aussi puissants soient-ils, présentent ce que les Iraniens appellent des « vulnérabilités sérieuses » face à des essaims de drones. C’est la logique asymétrique dans toute sa pureté : on ne combat pas le géant avec les mêmes armes que le géant. On cherche ses faiblesses. Et le drone, bon marché, difficile à détecter en masse, capable de saturer les défenses, est l’arme idéale du faible contre le fort.
Le détroit d’Ormuz : le verrou stratégique de la planète
Les forces navales iraniennes ont annoncé des exercices militaires dans le détroit d’Ormuz les 1er et 2 février. Ce n’est pas un hasard. Le détroit d’Ormuz est le goulot d’étranglement énergétique mondial par lequel transite environ un cinquième du pétrole consommé sur la planète. Le fermer — ou simplement menacer de le faire — c’est prendre le monde entier en otage. Les prix du pétrole ont déjà bondi de plus de trois pour cent à l’annonce des menaces de Trump. Si le détroit devait être perturbé, même temporairement, les conséquences économiques seraient catastrophiques. Jean-Marc, analyste pétrolier à Montréal, résume la situation avec le pragmatisme des chiffres : « Chaque dollar d’augmentation du baril de pétrole, c’est des milliards de dollars supplémentaires qui sortent des poches des consommateurs du monde entier. Une fermeture d’Ormuz, même de quelques jours, ferait exploser les prix à des niveaux jamais vus depuis la crise de 1973. » Voilà ce qui est en jeu, au-delà de la géopolitique : le portefeuille de chaque citoyen de la planète.
Le contexte explosif : les manifestations iraniennes écrasées dans le sang
Impossible de comprendre cette escalade sans parler de ce qui s’est passé à l’intérieur de l’Iran. Depuis le 28 décembre 2025, le pays est secoué par les plus grandes manifestations depuis la Révolution islamique de 1979. Tout a commencé par la fermeture des boutiques du Grand Bazar de Téhéran, en protestation contre l’effondrement du rial, la monnaie iranienne, qui a perdu la moitié de sa valeur en un an et qui s’échange désormais à 1,5 million pour un dollar. L’inflation dépasse les 52 pour cent. Les prix alimentaires ont grimpé de 72 pour cent. Les médicaments, de 50 pour cent. Ce qui a commencé comme une révolte de commerçants exaspérés s’est transformé en un soulèvement national touchant les 31 provinces du pays. Des millions d’Iraniens sont descendus dans les rues, unis par la colère contre un régime qu’ils perçoivent comme incompétent, corrompu et brutal.
Quand un peuple descend dans la rue malgré les balles, ce n’est plus une protestation. C’est un verdict.
La répression sanglante : des chiffres qui donnent le vertige
La réponse du régime a été d’une brutalité sidérante. L’ONG HRANA a vérifié la mort de 6 126 personnes, dont 5 777 manifestants, tout en enquêtant sur quelque 17 000 autres décès potentiels. Des estimations plus sombres, relayées par Time, The Guardian et Iran International, évoquent entre 30 000 et 36 500 manifestants tués lors de la seule période du 8 au 9 janvier 2026. Au moins 41 880 personnes ont été arrêtées. Internet a été coupé. Les hôpitaux de Téhéran et de Chiraz étaient submergés de blessés par balles. Certains observateurs ont décrit cette répression comme le « Babi Yar iranien », en référence au massacre nazi de 1941. Ce n’est pas de la rhétorique excessive : c’est une tentative de nommer l’innommable. Nadia, réfugiée iranienne de fraîche date installée à Toronto, pleure en regardant les images sur son téléphone. « Ma cousine était à Chiraz. Je n’ai plus de nouvelles depuis trois semaines. » Son histoire est celle de milliers d’autres familles brisées par la violence d’un régime aux abois.
Le calcul cynique de Washington
Et c’est là que le calcul de la Maison-Blanche entre en jeu. Selon une enquête publiée par Reuters et relayée par le Washington Post, Trump étudie plusieurs options d’intervention, dont des frappes ciblées contre les forces de sécurité et les dirigeants iraniens, dans l’espoir de relancer le mouvement de contestation populaire. Deux sources américaines ont précisé que la Maison-Blanche souhaite créer les conditions d’un « changement de régime » à Téhéran. Le mot est lâché. Ce n’est plus seulement une question nucléaire. C’est une question de survie du régime des mollahs. Et cette convergence — programme nucléaire plus soulèvement populaire plus positionnement militaire — crée un cocktail d’une dangerosité exceptionnelle. L’histoire nous enseigne que les régimes acculés, menacés de l’intérieur et de l’extérieur simultanément, sont capables des pires folies. Pensez à Saddam Hussein en 1991, qui a mis le feu aux puits de pétrole koweïtiens en se sachant vaincu.
La diplomatie en sursis : des mains tendues et des poings serrés
Malgré le fracas des armes et des déclarations, une fenêtre diplomatique reste entrouverte — mais à peine. Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a affirmé que l’Iran était « prêt à des négociations sincères et authentiques avec l’Amérique », tout en prévenant que Trump « peut peut-être commencer une guerre, mais ne peut pas prévoir comment elle se terminera ». Le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, depuis Istanbul où il rencontrait son homologue turc Hakan Fidan, a déclaré que l’Iran était « prêt à reprendre les négociations nucléaires sur un pied d’égalité ». Mais il a immédiatement posé ses conditions : les capacités de défense et les missiles iraniens ne feront jamais l’objet de négociations. C’est la ligne rouge de Téhéran, et elle n’a jamais bougé. Le problème, c’est que ce sont précisément ces capacités balistiques que Washington veut inclure dans tout accord futur. Les deux positions sont, pour l’instant, irréconciliables.
La diplomatie, c’est l’art de parler quand on pourrait tirer. Mais quand les deux parties parlent avec un fusil sur la table, les mots perdent leur pouvoir.
Araghchi à Istanbul : le dernier canal ouvert
Le déplacement du ministre iranien à Istanbul pour rencontrer le ministre turc Hakan Fidan et le président Erdogan n’est pas anodin. La Turquie se positionne comme médiateur, Fidan ayant déclaré que relancer les pourparlers entre Téhéran et Washington était « vital pour réduire les tensions régionales », tout en exhortant Washington à « agir avec bon sens ». Le Qatar mène également des efforts en coulisses. Le président iranien Massoud Pezeshkian et l’émir du Qatar ont parlé de « désescalade ». L’Égypte a fait jouer ses contacts, son diplomate en chef s’étant entretenu séparément avec Araghchi et l’envoyé spécial américain Steve Witkoff. Mais ces efforts diplomatiques sont fragiles, parcellaires, et constamment menacés d’être balayés par une déclaration incendiaire sur Truth Social ou un test de drone dans le détroit d’Ormuz. Comment peut-on construire la paix quand les deux protagonistes semblent plus intéressés par la démonstration de force que par la recherche de compromis?
L’ombre du JCPOA : l’accord mort que personne ne ressuscite
Rappelons-nous le JCPOA — l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, conclu en 2015 sous Barack Obama. L’Iran s’engageait à plafonner son enrichissement d’uranium à 3,67 pour cent et à limiter ses stocks à 300 kilogrammes, en échange de la levée des sanctions. L’accord fonctionnait. Les inspecteurs de l’AIEA confirmaient la conformité iranienne. Et puis Donald Trump, lors de son premier mandat, a retiré unilatéralement les États-Unis de l’accord en 2018. Les sanctions ont été rétablies. L’Iran a riposté en augmentant progressivement son enrichissement. Et nous voilà où nous en sommes. Les experts le disent sans détour : l’Iran, ayant été trahi une première fois par Washington, sera extrêmement réticent à faire confiance à Trump comme partenaire de négociation. Comment blâmer Téhéran sur ce point précis? On ne signe pas un contrat avec quelqu’un qui a déjà déchiré le précédent.
Les alliés régionaux : entre solidarité de façade et prise de distance réelle
Un élément souvent négligé dans cette crise est la position des alliés régionaux des États-Unis. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, qui hébergent tous deux des bases militaires américaines, ont signalé qu’ils ne permettraient pas l’utilisation de leur espace aérien pour une attaque contre l’Iran. C’est un signal extraordinairement fort. Les deux monarchies du Golfe, traditionnellement alignées sur Washington et hostiles à Téhéran, refusent de servir de rampe de lancement pour une guerre qu’elles jugent trop dangereuse pour la région. Le message est clair : même les alliés les plus fidèles de l’Amérique ne veulent pas de ce conflit. L’Égypte joue les médiateurs. Le Qatar offre ses bons offices. La Turquie propose son entremise. Tout le monde voit le gouffre et essaie de tirer les protagonistes en arrière. La question est de savoir si quelqu’un écoute.
Quand vos propres alliés refusent de vous prêter leur terrain pour faire la guerre, c’est peut-être le signe que la guerre en question est une mauvaise idée.
L’Union européenne entre dans la danse
L’Union européenne ajoute une couche de pression supplémentaire — mais pas nécessairement dans la direction de la désescalade. Les 27 ministres des Affaires étrangères de l’UE se sont accordés pour désigner les Gardiens de la Révolution comme « organisation terroriste ». Plusieurs hauts responsables iraniens ont été sanctionnés, dont le ministre de l’Intérieur et le chef de la police. Au total, 21 entités et individus sont visés par ces nouvelles sanctions. La décision est compréhensible — la répression sanglante des manifestations la justifie amplement. Mais son timing, en pleine escalade militaire, risque de braquer davantage un régime iranien qui se sent déjà assiégé de toutes parts. La question que personne ne pose : ces sanctions vont-elles rapprocher l’Iran de la table de négociation ou l’en éloigner? L’expérience historique suggère malheureusement la seconde option.
Le changement de régime : le mot interdit qui hante Washington
Parlons de ce que tout le monde pense mais que peu osent formuler clairement. L’objectif réel de la Maison-Blanche n’est peut-être pas un accord nucléaire. C’est un changement de régime. Les sources citées par Reuters sont explicites : Washington souhaite créer les conditions pour que le régime des mollahs tombe. C’est un objectif qui a hanté la politique américaine au Moyen-Orient depuis des décennies, avec des résultats systématiquement catastrophiques. L’Irak en 2003 : le changement de régime a engendré des décennies de chaos, des centaines de milliers de morts, et l’émergence de l’État islamique. La Libye en 2011 : même scénario, avec un pays transformé en État failli. L’Afghanistan après vingt ans d’occupation : retour au point de départ avec le retour des Talibans. À chaque fois, la même promesse : on va libérer le peuple. À chaque fois, le même résultat : le chaos. Et on voudrait nous faire croire que l’Iran serait différent? Martin, ancien diplomate canadien spécialiste du Moyen-Orient, ne mâche pas ses mots : « Le changement de régime imposé de l’extérieur n’a jamais fonctionné au Moyen-Orient. Jamais. Prétendre le contraire, c’est de l’aveuglement historique ou de la mauvaise foi. »
L’Amérique a une mémoire courte et un optimisme long. Mais les peuples du Moyen-Orient n’ont oublié ni l’Irak, ni la Libye, ni l’Afghanistan. Et ils ne sont pas dupes.
Le peuple iranien pris en étau
Dans cette confrontation entre grandes puissances, ceux qui souffrent le plus sont ceux dont on parle le moins : les Iraniens ordinaires. Pris entre la brutalité de leur propre régime et les menaces de bombardement américain, ils n’ont pas de bonne option. Sara, professeure d’université à Ispahan, résume le dilemme avec une lucidité déchirante : « On veut la liberté, pas les bombes américaines. On veut la démocratie, pas le chaos de l’Irak. Mais quand votre propre gouvernement vous tire dessus dans la rue et que le président américain menace de raser votre pays, où êtes-vous censé aller? » La tragédie du peuple iranien est celle de tous les peuples coincés entre un régime autoritaire et une intervention étrangère. Les deux leur veulent du bien, disent-ils. Les deux leur font du mal, en réalité.
Les quatre scénarios possibles : du meilleur au pire
Où cette crise peut-elle mener? Les analystes dégagent quatre scénarios principaux, du plus optimiste au plus catastrophique. Premier scénario : la diplomatie l’emporte. L’Iran accepte de reprendre les négociations nucléaires, Trump obtient une victoire politique, les sanctions sont progressivement levées. C’est le scénario idéal, mais aussi le moins probable étant donné la méfiance mutuelle et les positions irréconciliables sur les missiles balistiques. Deuxième scénario : le statu quo armé. Les menaces continuent, l’armada reste en position, mais aucune frappe n’est lancée. Les deux parties sauvent la face sans passer à l’acte. C’est le scénario du bord du gouffre, dangereux mais gérable. Troisième scénario : des frappes limitées. Trump ordonne des frappes ciblées contre les forces de sécurité ou les installations militaires iraniennes, comme les sources de Reuters le suggèrent. L’Iran riposte de manière proportionnée, mais la spirale est contenue. C’est le scénario le plus dangereux parce qu’il repose sur l’hypothèse que les deux parties sauront calibrer leur violence — une hypothèse que l’histoire du Moyen-Orient dément régulièrement. Quatrième scénario : la guerre totale. Une frappe massive américaine provoque une riposte iranienne sur les bases et les porte-avions américains dans la région. Le détroit d’Ormuz est bloqué. Le pétrole s’envole. L’économie mondiale vacille. Des milliers de morts des deux côtés. C’est le cauchemar absolu, et pourtant, rien dans le comportement actuel des protagonistes ne l’exclut formellement.
En géopolitique, le pire n’est jamais certain. Mais quand les deux parties se comportent comme si elles le souhaitaient, la probabilité augmente chaque jour.
Le facteur Trump : l’imprévisibilité comme doctrine
L’un des éléments les plus déstabilisants de cette crise est la personnalité même de Donald Trump. Son style de gouvernance repose sur l’imprévisibilité, qu’il considère comme un atout stratégique. Il négocie en menaçant, menace en négociant, et peut changer de cap en un tweet. C’est ce même homme qui a retiré les États-Unis du JCPOA, ordonné l’Opération Midnight Hammer, puis annoncé un cessez-le-feu avec l’Iran le lendemain de la riposte iranienne contre une base au Qatar. Comment Téhéran peut-il négocier avec un interlocuteur dont les décisions semblent guidées par l’humeur du moment plutôt que par une stratégie cohérente? Et surtout, comment le reste du monde peut-il se préparer à un scénario qui dépend largement de ce qui se passe dans la tête d’un seul homme, le matin, devant son téléphone, avant d’ouvrir Truth Social?
Les leçons que nous refusons d'apprendre
Chers lecteurs, permettez-moi d’être brutal. Nous avons déjà vécu ce film. Pas une fois. Pas deux fois. Plusieurs fois. Les menaces qui montent, les armadas qui se déploient, les déclarations martiales des deux côtés, les diplomates qui s’agitent en coulisses, et puis — soit un accord de dernière minute, soit la catastrophe. Le problème, c’est que l’issue n’est jamais garantie. La crise des missiles de Cuba en 1962 s’est terminée sans guerre. Mais les crises de Sarajevo en 1914, celles du Golfe en 1991 et en 2003, se sont terminées autrement. Et à chaque fois, les protagonistes croyaient contrôler la situation. À chaque fois, ils se trompaient. La leçon est simple mais terrifiante : les guerres ne commencent pas toujours parce que quelqu’un les veut. Elles commencent parfois parce que personne ne sait comment les éviter. Et quand deux puissances se retrouvent dans une spirale d’escalade où reculer signifie perdre la face, la probabilité d’un accident, d’un malentendu, d’un geste irréversible augmente exponentiellement.
L’histoire ne se répète pas exactement, disait Mark Twain, mais elle rime. Et les rimes que nous entendons en ce moment sonnent dangereusement comme celles de 1914 et de 2003.
Le secrétaire général de l’ONU tire aussi la sonnette d’alarme
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé au dialogue avec l’Iran afin d’éviter une crise aux « conséquences dévastatrices pour la région ». C’est le genre de déclaration que l’on entend régulièrement de la part de l’ONU — mesurée, diplomatique, et trop souvent ignorée. Mais Guterres a raison. Les conséquences d’un conflit ouvert entre les États-Unis et l’Iran iraient bien au-delà de la région. Fermeture du détroit d’Ormuz, explosion des prix du pétrole, déstabilisation des marchés financiers mondiaux, vague de réfugiés, renforcement des groupes extrémistes à travers le Moyen-Orient, risque de prolifération nucléaire. La liste est longue et chaque élément est potentiellement catastrophique. Et tout cela pour quoi? Pour un accord nucléaire que les deux parties semblent incapables de conclure, et pour un changement de régime que l’histoire a démontré impossible à imposer de l’extérieur.
Ce que nous devrions exiger de nos gouvernements
En tant que citoyens du monde, nous ne sommes pas impuissants face à cette escalade. Nous pouvons et devons exiger de nos gouvernements qu’ils agissent. Le Canada, la France, l’Allemagne, le Japon — toutes les démocraties qui ont un poids diplomatique doivent s’interposer activement entre Washington et Téhéran. Non pas pour défendre le régime iranien, qui est indéfendable au vu de sa brutalité envers son propre peuple. Mais pour éviter une guerre qui causerait infiniment plus de souffrances que le statu quo actuel. La communauté internationale doit pousser pour un retour immédiat aux négociations, avec des garanties crédibles pour les deux parties. Elle doit condamner sans ambiguïté la répression sanglante du régime iranien tout en s’opposant à toute intervention militaire qui ne ferait qu’aggraver le chaos. Et elle doit rappeler à Washington une vérité que l’Amérique semble avoir oubliée : on ne construit pas la démocratie avec des bombes.
La paix n’est pas l’absence de conflit. C’est la présence de justice. Et ni les bombes américaines ni les balles iraniennes ne servent la justice.
Le rôle du Canada : silence coupable ou diplomatie discrète?
Et le Canada dans tout cela? Notre pays abrite l’une des plus grandes diasporas iraniennes au monde. Des centaines de milliers de Canadiens d’origine iranienne suivent cette crise avec une angoisse indicible, partagés entre l’espoir que le régime des mollahs tombe et la terreur que leurs proches soient victimes de bombardements. Ottawa a le devoir moral et diplomatique de jouer un rôle actif dans cette crise. Pas en envoyant des navires de guerre. Mais en utilisant tous les canaux diplomatiques disponibles pour pousser à la désescalade. Le silence n’est pas une option quand des vies sont en jeu. Pas quand des Canadiens ont de la famille là-bas. Pas quand l’embrasement du Golfe persique ferait exploser les prix de l’énergie au pays. Ce qui se passe entre Washington et Téhéran nous concerne tous, directement et personnellement.
La poudrière du XXIe siècle
L’Iran de janvier 2026 est une poudrière. Un régime fragilisé par un soulèvement populaire massif, acculé par des sanctions internationales, menacé militairement par la première puissance mondiale, et qui refuse de plier. De l’autre côté, un président américain qui gouverne par l’ultimatum et la démonstration de force, entouré de conseillers qui rêvent de changement de régime, et qui dispose de la machine militaire la plus puissante de l’histoire humaine. Entre les deux, soixante-dix millions d’Iraniens qui veulent juste vivre en paix, nourrir leurs familles, et avoir un avenir digne. C’est l’ironie cruelle de la géopolitique : ceux qui décident de la guerre sont rarement ceux qui la subissent.
Ce que nous vivons en ce 30 janvier 2026 n’est pas un exercice rhétorique. C’est une crise réelle, avec des navires de guerre réels, des drones réels, des menaces réelles, et des morts réels — les milliers d’Iraniens déjà tombés sous les balles de leur propre régime. La suite dépend de la capacité des hommes au pouvoir à faire preuve de la seule vertu qui compte dans ces moments-là : la retenue. L’espoir qu’exprime Trump de « ne pas avoir à frapper » est un fil ténu auquel nous sommes tous suspendus. Mais l’espoir, en géopolitique, n’est pas une stratégie. Et les peuples ont besoin de plus que des espérances lancées sur un réseau social entre deux insultes.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Ce texte est une chronique – il reflète le point de vue de son auteur et ne prétend pas à l’objectivité journalistique au sens classique du terme. L’auteur s’appuie sur des faits vérifiables, mais les interprète librement pour nourrir le débat public.
Maxime Marquette est chroniqueur spécialisé en géopolitique et en questions internationales. Ses textes sont publiés sur la plateforme mad-max.ca.
Sources
Sources primaires
RFI — Iran : Donald Trump dit espérer ne pas avoir à frapper Téhéran, qui promet de riposter
CNN — Trump weighs major new strike on Iran as nuclear discussions show no progress
France 24 — Iran en direct : Donald Trump espère ne pas devoir frapper l’Iran
CBS News — Pentagon reveals how B-2 bombers struck Iran nuclear sites in Operation Midnight Hammer
Al Jazeera — Iran rejects Trump’s threats, says ready to respond to any US attack
Sources secondaires
La Presse — Trump espère ne pas avoir à frapper l’Iran, qui promet de riposter
Washington Post — Trump weighs imminent Iran strikes, but what’s the mission?
CNBC — Oil prices rise more than 3% as Trump weighs strikes on Iran
ABC News — Iranian ‘fingers on triggers’ amid US military buildup, Trump threats
Atlantic Council — Should Trump strike Iran? What happens next if he does?
CNN — How Iran could strike back if Trump attacks
Wikipedia — 2025-2026 Iranian protests
Al Jazeera — US-Iran tensions: The diplomatic scramble to prevent a war
NPR — At least 6,126 people killed in Iran’s crackdown on nationwide protests
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