Quarante-deux assauts en vingt-quatre heures
Il y a un endroit en Ukraine où la guerre atteint des niveaux d’intensité rarement vus ailleurs sur la ligne de front. Un endroit dont le nom résonne désormais comme un symbole de cette lutte sans fin. Huliaipole. Cette petite ville de la région de Zaporizhzhia, qui comptait environ 14.000 habitants avant la guerre, est devenue l’une des cibles prioritaires de l’offensive russe. Le 30 janvier 2026, les forces russes y ont mené 42 tentatives d’avancée contre les positions des Forces de défense ukrainiennes. Quarante-deux. En une seule journée. Dans les zones autour de Huliaipole même, et vers les localités de Dobropillia, Radisne, Varvarivka, Zelene, Pryluky, Zaliznychne, Olenokostiantynivka, Sviatopetrivka et Staroukrainka. Des noms qui s’additionnent comme les perles d’un chapelet de souffrance.
Pendant des mois, ce secteur était resté relativement stable. Une ligne de front figée depuis les premiers temps de l’invasion en 2022. Puis, en novembre 2025, tout a basculé. La Russie a lancé une offensive massive visant à prendre Huliaipole. Entre début novembre et début janvier, les forces russes ont avancé de 18,5 kilomètres à une moyenne de 297 mètres par jour. Plus rapide que l’avancée à Pokrovsk, mais toujours d’une lenteur mortelle. Village après village, les Russes progressent. Rivnopillia, Yablukove, Solodke, Yehorivka, Danylivka. Des drapeaux russes apparaissent. Des routes sont coupées. La T-0401 reliant Pokrovske à Huliaipole est désormais sous contrôle russe. Les habitants qui restaient ont commencé à fuir. Selon le gouverneur de la région de Zaporizhzhia, Ivan Fedorov, il ne restait plus que 500 civils dans Huliaipole fin 2025. Cinq cents personnes sur quatorze mille. Les autres sont partis. Ont fui. Ont tout abandonné.
Quarante-deux assauts en une journée. J’essaie d’imaginer ce que ça veut dire. Un toutes les trente-quatre minutes environ. Sans arrêt. Du lever au coucher du soleil, et dans la nuit aussi. L’artillerie qui hurle, les drones qui bourdonnent, l’infanterie qui charge. Encore. Encore. Encore. Comment les défenseurs tiennent-ils? Comment fait-on pour ne pas devenir fou dans cet engrenage?
Une ville qui disparaît peu à peu
Au 15 janvier 2026, selon les analystes de DeepState, la majeure partie de Huliaipole était tombée sous contrôle russe. Des combats intenses se poursuivaient dans la partie ouest de la ville. Le 19 janvier, Vladyslav Voloshyn, porte-parole militaire ukrainien, décrivait la cité comme une zone grise. Ni complètement ukrainienne, ni totalement russe. Un no man’s land où les forces russes posaient des mines antipersonnel et antichar dans les zones qu’elles ne pouvaient tenir. Une tactique du scorpion : ce qu’on ne peut garder, on le rend inhabitable. Les rues de Huliaipole sont jonchées de décombres. Les immeubles éventrés par les bombardements se dressent comme des squelettes de béton. Les arbres calcinés témoignent de l’intensité des frappes incendiaires. Dans les caves, ceux qui n’ont pas pu partir vivent sous terre, comme pendant un siège médiéval. Ils sortent quand les bombardements se taisent, cherchent de l’eau, de la nourriture, tentent de survivre un jour de plus.
Le 19 septembre 2025, un drone russe avait attaqué une voiture civile dans Huliaipole. Un couple avait été tué. Mari et femme. Leurs noms ne sont pas dans les communiqués officiels. Juste « un couple ». Deux vies effacées en une seconde. Deux de plus dans le décompte macabre. Dans le secteur voisin d’Orikhiv, les défenseurs ukrainiens ont repoussé deux attaques le 30 janvier vers Lukianivske et Pavlivka. Dans le secteur Prydniprovske, une tentative d’avancée russe a échoué. Mais à Huliaipole, la pression ne faiblit pas. Quarante-deux assauts. Et demain, ce sera peut-être quarante-cinq. Ou cinquante. Jusqu’à ce que quelque chose cède. Jusqu’à ce que les lignes craquent. Ou que les Russes, épuisés, à court d’hommes, finissent par ralentir. Mais quand?
Section 3 : Pokrovsk, le gouffre qui n'avale jamais assez d'hommes
Une ville stratégique qui résiste encore
Pokrovsk. Ce nom revient sans cesse dans les bulletins de guerre depuis des mois. Cette ville de 60.000 habitants avant le conflit est devenue un enjeu majeur de cette guerre. Située dans l’est de l’Ukraine, dans la région de Donetsk, elle est un nœud logistique crucial pour les forces ukrainiennes. Routes, voies ferrées, dépôts de munitions : Pokrovsk est une artère vitale pour tout le front est. La prendre signifierait couper l’approvisionnement ukrainien sur des centaines de kilomètres de front. Depuis février 2024, après la chute d’Avdiivka, les Russes se sont acharnés sur Pokrovsk. Pendant presque deux ans, ils ont avancé. Lentement. Méthodiquement. Brutalement. Entre fin février 2024 et début janvier 2026, ils ont progressé de 50 kilomètres. Une moyenne de 70 mètres par jour. Moins que la longueur d’un terrain de football. Par jour.
Au 1er décembre 2025, la Russie avait proclamé la prise de Pokrovsk. Les médias russes avaient titré la victoire. Les chaînes d’État avaient montré des soldats levant le drapeau russe sur des ruines. Mais la réalité sur le terrain était plus complexe. Des forces ukrainiennes tenaient encore dans la partie nord de la ville. Des combats de rue faisaient rage dans certains quartiers. Le 14 janvier 2026, selon le commandement opérationnel Skhid (Est) ukrainien, les Forces de défense contrôlaient toujours des positions dans le nord de Pokrovsk. Des positions souvent entremêlées avec celles des Russes. Dans la même rue, les Ukrainiens tiennent un immeuble, les Russes le suivant. Une guerre de proximité cauchemardesque où l’ennemi est à quelques mètres à peine. Où chaque fenêtre peut cacher un tireur embusqué. Où chaque angle de rue est un piège mortel. Le 24 décembre 2025, la presse ukrainienne indépendante rapportait que Moscou contrôlait la majeure partie des ruines de Pokrovsk et de Myrnohrad, ville voisine, et que les combats se déplaçaient vers le nord.
Cinquante kilomètres en deux ans. J’ai du mal à saisir l’absurdité du chiffre. Cinquante kilomètres. De Paris à Fontainebleau. De Montréal à Laval. Deux ans de guerre acharnée. Des dizaines de milliers de morts. Pour ça. Et encore, ils n’ont même pas vraiment pris la ville. Juste des ruines. Des décombres. Des fantômes de ce qui était une ville vivante.
Le prix de chaque mètre
Pour avancer ces 70 mètres par jour, la Russie a payé un tribut hallucinant. Selon les estimations du commandant ukrainien Syrskyi, en août 2024, ses soldats « neutralisaient » en moyenne 300 soldats russes par jour dans la direction de Pokrovsk. Trois cents. Chaque jour. Le journaliste David Axe estimait en septembre que les Russes avaient subi des pertes « potentiellement de plusieurs dizaines de milliers de soldats » rien que dans l’offensive vers Pokrovsk après la chute d’Avdiivka en février 2024. Les tactiques russes n’ont pas changé depuis le début de la guerre. Assauts d’infanterie massifs. Vagues humaines jetées contre les positions ukrainiennes. Bombardements d’artillerie incessants. Frappes de bombes guidées larguées par l’aviation. Utilisation massive de drones kamikazes. Une combinaison brutale qui fonctionne par épuisement, par accumulation, par simple masse. Les Ukrainiens tiennent leurs lignes. Mais ils sont moins nombreux. Manquent de munitions. Fatiguent.
Le 15 août 2024, Serhii Dobriak, chef de l’administration militaire de la ville de Pokrovsk, avait annoncé que les forces russes n’étaient plus qu’à 10 kilomètres de la cité. « Ils sont presque à notre porte », avait-il déclaré, pressant tous les civils d’évacuer. Le même jour, un soldat ukrainien rapportait que les Russes disposaient d’un avantage de 10 contre 1 en infanterie à l’est de Pokrovsk. Dix soldats russes pour un Ukrainien. Et ils lançaient des assauts sans relâche, tout au long de la journée. L’Institute for the Study of War confirmait que la Russie faisait de Pokrovsk une priorité stratégique absolue. Début août 2024, Forbes estimait que la Russie déployait « potentiellement 40.000 soldats » dans ce secteur, répartis dans 20 régiments et brigades, face à environ 12.000 soldats ukrainiens de six brigades. Un rapport de forces écrasant.
Section 4 : Le déluge de feu quotidien
L’aviation russe frappe sans répit
Ce 30 janvier 2026, l’armée russe a mené 41 frappes aériennes sur le territoire ukrainien. Quarante-et-une missions de bombardement. Les avions ont largué 123 bombes guidées. Des projectiles de plusieurs centaines de kilos qui tombent avec une précision terrifiante. Elles visent les positions militaires ukrainiennes, mais aussi les infrastructures civiles. Les centrales électriques. Les ponts. Les entrepôts. Les gares. Tout ce qui peut affaiblir la capacité de résistance ukrainienne. Les zones touchées ce jour-là incluent Havrylivka et Pokrovske dans la région de Dnipropetrovsk, ainsi que Verkhnia Tersa, Barvinivka, Vozdvyzhivka, Kushuhum et Malokaterynivka dans la région de Zaporizhzhia. Des noms qui s’ajoutent à la liste interminable des localités bombardées. Certaines n’existent même plus vraiment. Juste des cratères, des murs effondrés, des rues vides.
Mais les bombes guidées ne sont qu’une partie de l’arsenal déployé. Les Russes ont également utilisé 5.583 drones kamikazes dans leurs attaques. Cinq mille cinq cent quatre-vingt-trois. Des petits engins bourrés d’explosifs qui fondent sur leurs cibles avec un bruit sinistre de bourdon mécanique. Ils visent les soldats isolés, les véhicules, les postes de commandement, les concentrations de troupes. Impossible de tous les intercepter. Trop nombreux. Trop rapides. Trop imprévisibles. Et puis il y a l’artillerie. 3.802 bombardements ont été effectués sur les positions militaires ukrainiennes et les zones peuplées. Dont 144 tirs de systèmes de roquettes multiples. Les fameux Grad, Smerch, Tornado. Des lance-roquettes multiples qui saturent une zone entière en quelques secondes. Transforment un pâté de maisons en champ de ruines. Ne laissent aucune chance à ceux qui se trouvent dans le périmètre d’impact.
Cent vingt-trois bombes guidées. Cinq mille cinq cent quatre-vingt-trois drones. Trois mille huit cent deux bombardements d’artillerie. Comment vit-on sous ça? Comment garde-t-on sa santé mentale quand le ciel peut vous tomber dessus à chaque instant? Les soldats ukrainiens tiennent. Depuis quatre ans. Je ne sais même pas comment c’est possible.
Les forces ukrainiennes ripostent
Face à ce déluge, les Forces de défense ukrainiennes ne restent pas passives. Selon l’état-major ukrainien, les Forces de roquettes et d’artillerie ont frappé des cibles russes stratégiques. Une zone de concentration de personnel ennemi a été touchée. Combien d’hommes y étaient rassemblés? Les communiqués ne le disent pas. Mais une zone de concentration, ça peut signifier des dizaines, voire des centaines de soldats. Huit stations de contrôle de drones terrestres russes ont également été détruites. Ces installations permettent aux Russes de piloter leurs essaims de drones, de coordonner les attaques, de guider les frappes. Les neutraliser, c’est aveugler l’ennemi, réduire sa capacité de nuisance. Et surtout, sept postes de commandement des forces russes ont été visés. Sept centres nerveux où les officiers planifient les opérations, donnent les ordres, coordonnent les unités. Des frappes de précision qui visent à désorganiser, à ralentir, à perturber la machine de guerre russe.
Dans la direction Nord Slobozhanshchyna, les gardes-frontières ukrainiens ont détruit deux obusiers russes et des systèmes de guerre électronique. Ces équipements permettent aux Russes de brouiller les communications ukrainiennes, de perturber les systèmes de guidage des drones, d’intercepter les transmissions. Les éliminer, c’est redonner un peu d’air aux forces ukrainiennes. Dans les secteurs Nord Slobozhanshchyna et Kursk, les défenseurs ont repoussé 11 attaques russes. L’ennemi a effectué 75 bombardements sur les positions des troupes ukrainiennes et les zones peuplées, dont cinq avec des lance-roquettes multiples. Partout sur le front, la même réalité se répète. Les Russes attaquent. Les Ukrainiens résistent. Repoussent. Contre-attaquent quand ils peuvent. Tiennent leurs lignes. Au prix d’efforts surhumains. De pertes quotidiennes. De fatigue accumulée. Mais ils tiennent.
Section 5 : Le bilan humain catastrophique
1,238 million de soldats russes hors de combat
Les chiffres donnent le tournis. Selon les données du ministère de la Défense ukrainien, les pertes de combat totales des troupes russes en effectifs, du 24 février 2022 au 30 janvier 2026, ont atteint environ 1.238.710 militaires. Un million deux cent trente-huit mille sept cent dix. Dont 1.310 éliminés au cours des dernières 24 heures. Mille trois cent dix. En une seule journée. C’est plus que les pertes américaines durant toute la guerre en Irak entre 2003 et 2011. En un jour. Ce rythme de pertes est intenable pour n’importe quelle armée. Et pourtant, la Russie continue. Le rapport du Center for Strategic and International Studies publié le 28 janvier 2026 enfonce le clou. Entre février 2022 et décembre 2025, Moscou a subi 1,2 million de pertes (tués, blessés, disparus), dont entre 275.000 et 325.000 morts. Aucune puissance majeure n’a connu de telles pertes dans un conflit depuis la Seconde Guerre mondiale.
Pour mettre ces chiffres en perspective : les États-Unis ont perdu environ 57.000 soldats durant la guerre de Corée et 47.000 durant celle du Vietnam. Les pertes russes en Ukraine sont cinq fois supérieures au total de toutes les pertes russes et soviétiques depuis 1945 combinées. Afghanistan, première et deuxième guerres de Tchétchénie, tous les conflits additionnés. Pendant la guerre d’Afghanistan dans les années 1980, l’URSS avait perdu 20.000 hommes en dix ans. Aujourd’hui, selon le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte, la Russie perd 30.000 soldats en un mois. En décembre 2025, Moscou perdait en moyenne 1.000 soldats par jour. Mille. Par jour. Durant trente jours. C’est insoutenable. Inconcevable. Et pourtant, ça continue. James Ford, ambassadeur adjoint britannique à l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, l’a dit clairement la semaine dernière : « Les pertes militaires russes, tués et blessés, dépassent désormais les taux de recrutement et de remplacement soutenables. »
Un million deux cent mille. J’écris le chiffre et il ne veut rien dire. C’est trop grand. Trop abstrait. Alors je le découpe. Mille par jour. Quarante par heure. Un toutes les deux minutes environ. Le temps que je termine ce paragraphe, deux ou trois soldats russes seront morts quelque part en Ukraine. Et demain, rebelote. Jusqu’à combien? Deux millions? Trois? Où est la limite? Y en a-t-il seulement une?
L’Ukraine paie aussi un prix terrible
Les pertes ukrainiennes sont moins documentées. Kyiv communique peu sur ses propres pertes, stratégie oblige. Mais le rapport du CSIS estime qu’entre février 2022 et décembre 2025, l’Ukraine a subi entre 500.000 et 600.000 pertes (tués, blessés, disparus), dont entre 100.000 et 140.000 morts. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait déclaré en février 2025 que plus de 46.000 soldats ukrainiens avaient été tués depuis le début de la guerre. Un chiffre qui semble sous-estimé au regard des autres sources. Le ratio de pertes entre Russie et Ukraine serait d’environ 2,5 pour 1, voire 2 pour 1. Pour chaque Ukrainien tué, deux à deux virgule cinq Russes tombent. Cela reflète l’avantage tactique dont bénéficie l’Ukraine en tant que défenseur. Les tranchées, les obstacles antichar, les mines, les drones, l’artillerie, tout favorise celui qui se défend contre celui qui attaque.
Mais ces chiffres ne racontent qu’une partie de l’histoire. Derrière chaque nombre, il y a un homme. Un prénom. Un âge. Une famille qui attend. Des parents qui ne reverront jamais leur fils. Des enfants qui grandiront sans père. Des femmes devenues veuves à vingt ans. Le site UALosses, base de données anonyme tenue par des volontaires, recense environ 85.000 pertes ukrainiennes nommées. Des noms. Pas des chiffres. Mediazona et la BBC russe, de leur côté, ont compilé les noms de plus de 160.000 soldats russes tués, en épluchant les rapports de presse, les réseaux sociaux, les sites gouvernementaux. Chaque nom est une vie. Une existence effacée. Un avenir annulé. Au total, selon le CSIS, les pertes combinées russes et ukrainiennes pourraient atteindre 1,8 million aujourd’hui et franchir le cap des 2 millions d’ici le printemps 2026. Deux millions. De soldats tués, blessés, disparus. En quatre ans de guerre.
Section 6 : La stratégie d'attrition de Moscou
Gagner par l’épuisement de l’adversaire
La Russie a choisi une stratégie claire : l’attrition. User l’ennemi. Le broyer. Le forcer à abandonner par épuisement. Poutine sait qu’il ne peut pas percer les lignes ukrainiennes par une offensive éclair. Quatre ans de guerre l’ont prouvé. Alors il mise sur le temps. Sur sa population plus grande. Sur sa capacité à mobiliser des centaines de milliers d’hommes. Sur sa volonté d’accepter des pertes que n’importe quelle démocratie occidentale jugerait inacceptables. Le rapport du CSIS est sans ambiguïté : « La stratégie d’attrition de la Russie a accepté le coût de pertes élevées dans l’espoir d’user finalement l’armée et la société ukrainiennes. » C’est une guerre de la dernière goutte de sang. Le dernier debout gagne. Peu importe combien tombent avant. Le problème, c’est que cette stratégie fonctionne. Lentement. Douloureusement. Mais elle fonctionne.
Les raisons des pertes russes massives sont multiples. Le rapport du CSIS pointe du doigt « l’incapacité de la Russie à mener efficacement des opérations combinées et interarmées, des tactiques et une formation médiocres, la corruption, un moral bas et la stratégie efficace de défense en profondeur de l’Ukraine dans une guerre qui favorise la défense. » En clair : les Russes attaquent mal, sont mal entraînés, mal équipés malgré les apparences, et se heurtent à des Ukrainiens déterminés qui utilisent chaque avantage du terrain. Mais Moscou compense par le nombre. Toujours plus d’hommes. Toujours plus d’obus. Toujours plus de drones. Une logique industrielle appliquée à la guerre. Une chaîne de production de la mort. Selon l’ambassadeur russe au Royaume-Uni, Andrey Kelin, en juin 2025, la Russie déployait environ 600.000 soldats en Ukraine, contre 700.000 l’année précédente. Mais elle recrutait et envoyait 50.000 à 60.000 nouveaux soldats par mois. De quoi compenser les pertes. Pour l’instant.
Cinquante mille nouveaux soldats par mois. Des hommes arrachés à leurs familles, à leurs vies, jetés dans la machine. Combien y vont volontairement? Combien sont contraints? Combien savent qu’ils ont très peu de chances de revenir? Cette guerre ne s’arrêtera pas tant qu’il y aura des hommes à envoyer au front. Et visiblement, Poutine n’en manque pas encore.
Une progression dérisoire pour un prix hallucinant
Que gagne la Russie pour ces centaines de milliers de vies sacrifiées? Des miettes de territoire. En deux ans, depuis le début de 2024, les forces russes ont gagné moins de 1,5% du territoire ukrainien. Selon les données de l’Institute for the Study of War, en 2025, Moscou a capturé 2.171 kilomètres carrés de territoire ukrainien. C’est environ 0,93% de l’Ukraine en incluant la Crimée. Sur l’ensemble de l’année, le rythme moyen de gains territoriaux russes était de 171 kilomètres carrés par mois. Entre le 9 décembre 2025 et le 6 janvier 2026, la Russie a gagné 74 kilomètres carrés. Durant la semaine du 30 décembre 2025 au 6 janvier 2026, les Russes ont pris 12 kilomètres carrés. Environ la moitié de la superficie de l’île de Manhattan à New York. En une semaine. Pour combien de morts? Le rapport du CSIS est brutal dans sa conclusion : « Les données suggèrent que la Russie ne gagne guère. »
Les gains quotidiens russes dans les principales offensives sont pathétiques comparés aux standards historiques. À Chasiv Yar, 15 mètres par jour. À Kupiansk, 25 mètres par jour. À Pokrovsk, 70 mètres par jour. C’est moins rapide que l’avancée des troupes alliées durant la bataille de la Somme en 1916, l’une des campagnes les plus sanglantes de la Première Guerre mondiale. Durant cinq mois, les forces britanniques et françaises avaient gagné moins de 90 mètres par jour contre les défenseurs allemands. Un siècle plus tard, avec toute la technologie moderne, l’aviation, les drones, les missiles guidés, les Russes font pire. Pour mettre cela en perspective : il a fallu 1.394 jours à l’Armée rouge après l’opération Barbarossa (l’invasion allemande de l’URSS) pour atteindre Berlin durant la Seconde Guerre mondiale. La Russie a franchi ce cap de 1.394 jours le 19 décembre 2025. Mais elle était à peine arrivée à Pokrovsk, à plus de 500 kilomètres de Kyiv.
Section 7 : L'impact sur l'économie et la société russes
Une économie qui flanche
La guerre a un coût. Pas seulement en vies humaines. Aussi en argent. En ressources. En avenir économique. La Russie est en train de payer le prix de cette aventure militaire catastrophique. Selon le rapport du CSIS, « la guerre en Ukraine a effectivement retiré la Russie du rang des puissances économiques mondiales. » L’économie russe montre des signes de tension évidents. La croissance économique cumulée de la Russie entre 2022 et 2025 a été de 8%. Cela peut sembler correct. Mais c’est une croissance artificielle, boostée par la production militaire massive. Les exportations manufacturières et les biens de haute technologie sont limités. La Russie prend du retard dans les technologies émergentes. Il y a peu de chances qu’elle se réintègre dans le commerce mondial et le système financier à court terme. Le rouble a perdu 7% de sa valeur depuis l’invasion. Le déficit budgétaire estimé pour 2025 était de 2,6% du PIB.
Mais le vrai problème, c’est le coût humain qui revient hanter la société russe. Des dizaines de milliers de soldats blessés, traumatisés, violentés par la guerre rentrent chez eux. Beaucoup sont des criminels violents libérés de prison pour aller combattre en Ukraine. La promesse était simple : tu te bats, tu es gracié. Maintenant, ils sont de retour. Et ils commettent des crimes. Des meurtres. Des violences. Le rapport du CSIS note : « La Russie fera probablement face à un défi majeur avec le retour de dizaines de milliers de soldats, y compris de nombreux délinquants violents et des individus ayant subi une expérience de combat traumatisante. Les vétérans militaires russes revenus du combat en Ukraine ont déjà perpétré un nombre croissant de crimes violents — y compris des meurtres — contre des civils russes. » Une bombe à retardement sociale. Une génération d’hommes brisés, violents, incapables de se réintégrer. Le retour de bâton de quatre ans de brutalité.
Poutine paie sa guerre avec l’avenir de la Russie. Pas seulement les morts. Mais aussi les vivants qui reviennent cassés. Les criminels endurcis par le front. L’économie isolée du reste du monde. Le retard technologique qui se creuse. Dans vingt ans, la Russie ressemblera à quoi? À une puissance affaiblie, endettée, peuplée de traumatisés? C’est ça, le projet de grandeur de Poutine?
Le mensonge des chiffres officiels
La Russie refuse de communiquer ses vraies pertes. Le dernier chiffre officiel date de septembre 2022. Le ministère de la Défense russe avait alors annoncé un peu moins de 6.000 soldats tués. Depuis, plus rien. Silence radio. Quand le porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov, a été interrogé cette semaine sur le rapport du CSIS, il a balayé l’étude d’un revers de main. « Cela ne peut être considéré comme une information fiable », a-t-il déclaré, ajoutant que seul le ministère de la Défense était autorisé à fournir des informations sur les pertes militaires. Sauf que le ministère ne dit rien. Donc officiellement, pour Moscou, la Russie a perdu moins de 6.000 hommes en quatre ans de guerre. Un mensonge grotesque que personne ne croit. Pas même en Russie. Les mères russes savent. Les veuves savent. Les villages qui ne voient pas revenir leurs fils savent. Mais le pouvoir ment. Par nécessité. Par stratégie. Parce qu’admettre 1,2 million de pertes, c’est admettre un échec monumental.
En Russie, les médias qui rapportent les pertes militaires sont réprimés. Les journalistes indépendants et les activistes le disent. Mediazona, média indépendant russe, et la BBC russe, avec une équipe de volontaires, ont compilé les noms de plus de 160.000 soldats tués en épluchant les reportages, les réseaux sociaux, les sites gouvernementaux. Nom par nom. Vie par vie. Mais c’est un travail titanesque. Et probablement incomplet. Selon Meduza, entre 50% et 60% seulement des morts russes figurent sur des listes nominatives, selon l’âge et la date du décès. Cela signifie qu’il y a des dizaines de milliers de soldats russes dont les familles ne sauront jamais exactement ce qui leur est arrivé. Disparus. Volatilisés. Enterrés dans des fosses communes anonymes en Ukraine. Ou pire, jamais retrouvés. Juste des noms sur une liste de « disparus au combat ». Pour toujours.
Section 8 : La situation dans les autres secteurs du front
Le nord et l’est sous pression constante
Au-delà de Huliaipole et Pokrovsk, le reste du front ukrainien subit lui aussi une pression incessante. Dans la région de Kharkiv, direction Sud Slobozhanshchyna, des affrontements ont eu lieu près de Vovchansk, Starytsya, Tykhe, et vers Fyholivka, Terny, Hrafske, Vovchanski Khutory, Hryhorivka, Kolodyazne. Dans la direction de Lyman, les combats ont fait rage près de Drobysheve, Stepy, Hrekivka, Zarichne, et vers Druzhelubivka, Stavky. Partout, le même schéma. Les Russes attaquent. Les Ukrainiens résistent. Repoussent. Tiennent. Dans la direction de Sloviansk, des affrontements ont éclaté près de Yampil, Svyato-Pokrovske, et vers Ray-Oleksandrivka. Dans la direction d’Oleksandrivka, près d’Yehorivka. Le front s’étend sur environ 1.000 kilomètres. Mille kilomètres de tranchées, de bunkers, de mines, de fils barbelés, de postes d’observation, de drones qui patrouillent.
Dans la direction d’Orikhiv, les Ukrainiens ont repoussé des attaques près de Lukianivske et Pavlivka. Dans le secteur Prydniprovske, une tentative d’avancée russe a échoué. Dans les secteurs Volyn et Polissia, au nord, aucun signe de formation de groupes offensifs russes n’a été détecté. Pour l’instant. Mais la menace plane toujours. La possibilité d’une offensive depuis la Biélorussie, alliée de Moscou, n’est jamais totalement écartée. Les forces ukrainiennes doivent rester vigilantes sur tous les fronts à la fois. Une guerre sur 360 degrés. Aucun répit. Aucune sécurité nulle part. Les Forces de roquettes et d’artillerie ukrainiennes continuent de frapper des cibles russes stratégiques. Une zone de concentration de personnel. Huit stations de contrôle de drones. Sept postes de commandement. Chaque frappe compte. Chaque cible éliminée ralentit la machine russe. Mais face à la masse déployée par Moscou, c’est une lutte inégale.
Mille kilomètres de front. Comment défend-on mille kilomètres quand l’ennemi est plus nombreux, mieux armé, prêt à sacrifier des milliers d’hommes pour gagner quelques mètres? Les Ukrainiens tiennent par la volonté. Par la détermination. Par le refus absolu de céder. Mais combien de temps encore? Quatre ans, ils ont tenu. Cinq? Dix? Jusqu’à ce que l’Occident se lasse? Jusqu’à ce que les munitions manquent? Jusqu’à ce que les hommes ne soient plus assez nombreux?
Les infrastructures énergétiques ciblées
La Russie ne se contente pas de viser les positions militaires. Elle s’attaque systématiquement aux infrastructures énergétiques ukrainiennes. Depuis le début de l’année 2026, Moscou a mené plus de 1.100 attaques contre ces infrastructures. Autant que le total combiné de 2024 et 2023. Les centrales thermiques, les sous-stations électriques, les lignes à haute tension, tout est visé. Le but est clair : plonger l’Ukraine dans le noir. Affaiblir la population civile. Rendre la vie insupportable. Forcer le pays à capituler par épuisement moral et physique. Selon The Economist, la capacité de production électrique disponible de l’Ukraine est passée de 33,7 gigawatts au début de l’invasion à environ 14 gigawatts en janvier 2026. Une chute de plus de moitié. Les coupures de courant qui en résultent ont provoqué des pannes d’électricité pouvant aller jusqu’à quatre jours dans certaines parties de l’Ukraine.
Les attaques sur le réseau ferroviaire ont causé 5,8 milliards de dollars de dommages depuis le début de l’invasion, selon un rapport du Wall Street Journal de décembre 2025. Les trains sont essentiels pour déplacer les troupes, acheminer les munitions, évacuer les civils. Les détruire, c’est paralyser la logistique ukrainienne. Ralentir les renforts. Isoler les régions. De leur côté, les Ukrainiens ripostent en frappant le secteur énergétique russe. Une enquête de RFE/RL estimait en mars 2025 que les frappes ukrainiennes sur le secteur énergétique russe avaient causé au moins 60 milliards de roubles (environ 714 millions de dollars) de dommages. Début octobre 2025, les frappes de drones ukrainiens avaient forcé près de 40% de la capacité de raffinage pétrolier russe à l’arrêt, selon les données du marché énergétique russe. Au moins 70% de ces arrêts étaient directement liés aux frappes ukrainiennes. Une guerre d’usure qui se joue aussi sur les infrastructures vitales.
Section 9 : Les conséquences géopolitiques et militaires
L’Occident face à ses contradictions
Le rapport du CSIS ne mâche pas ses mots dans sa conclusion. « Les États-Unis et l’Europe n’ont pas réussi à utiliser pleinement les leviers économiques ou militaires. Sans une plus grande pression, Poutine traînera les négociations et continuera à se battre — même si cela signifie des millions de pertes russes et ukrainiennes. » Voilà le fond du problème. L’Occident fournit des armes à l’Ukraine. Des munitions. Des systèmes de défense aérienne. Mais jamais assez. Jamais au bon moment. Toujours avec des restrictions. Les missiles longue portée pour frapper le territoire russe? Interdits pendant des mois. Les chars Leopard? Livrés au compte-gouttes. Les F-16? Arrivés trop tard. Les systèmes Patriot? En quantité insuffisante. À chaque fois, l’Occident recule devant la perspective d’une escalade. Craint la réaction de Moscou. Tergiverse. Hésite. Pendant ce temps, des soldats ukrainiens meurent faute de munitions. Des civils périssent sous les bombes parce que la défense aérienne ne peut pas tout intercepter.
En janvier 2026, selon le président français Emmanuel Macron, une coalition de la volonté regroupant 34 pays fournissait tout le soutien militaire international à l’Ukraine. La France à elle seule assurait deux tiers du renseignement militaire. Mais est-ce suffisant face à une Russie qui mobilise 50.000 à 60.000 nouveaux soldats par mois? Face à un Poutine prêt à sacrifier des centaines de milliers d’hommes pour gagner quelques kilomètres carrés? Le président Volodymyr Zelensky l’a répété à de nombreuses reprises : sans un soutien massif et constant de l’Occident, l’Ukraine ne pourra pas tenir indéfiniment. Pas contre un ennemi qui accepte de perdre 1.000 hommes par jour. Qui envoie des vagues d’assaut humaines sans se soucier des pertes. Qui bombarde les villes jusqu’à ce qu’il ne reste que des ruines. La question n’est pas de savoir si l’Ukraine peut gagner militairement. C’est de savoir combien de temps elle peut tenir avant que la fatigue, le manque d’hommes, le manque de munitions ne finissent par briser ses lignes.
L’Occident regarde. Envoie des armes. Compte-gouttes. Restrictions. Conditions. Comme si on pouvait gagner une guerre à moitié. Poutine, lui, ne se pose pas de questions. Il envoie tout ce qu’il a. Hommes, obus, drones, missiles. Jusqu’au dernier. Jusqu’à ce que ça casse. Et nous, on temporise. On débat. On a peur d’une escalade. Pendant que l’Ukraine saigne.
La Biélorussie, complice silencieux
La Biélorussie joue un rôle ambigu mais crucial dans cette guerre. Officiellement, Minsk n’est pas un belligérant. Mais elle permet à la Russie d’utiliser son territoire pour lancer une partie de l’invasion. Des missiles ont été tirés depuis le sol biélorusse vers l’Ukraine. L’espace aérien biélorusse a été utilisé par la Russie pour des missions de radar d’alerte précoce et de contrôle, jusqu’en 2023, lorsqu’un avion de surveillance Beriev A-50 russe a été endommagé par des drones. La Biélorussie est considérée comme un co-belligérant par de nombreux observateurs. Le politologue Matthew Frear la qualifie de « co-combattant », notant que « Loukachenko a déclaré à plusieurs reprises son soutien aux actions militaires de Poutine. » La Biélorussie a fourni à la Russie des armes et des munitions. Et selon l’édition 2024 de l’Armed Conflict Survey, la Russie a déployé des armes nucléaires tactiques en Biélorussie. Une menace supplémentaire. Une épée de Damoclès nucléaire suspendue au-dessus de l’Europe.
La présence de ces armes nucléaires change la donne stratégique. Elle dissuade toute intervention directe de l’OTAN. Elle rappelle que Poutine est prêt à aller très loin. Jusqu’où? Personne ne le sait vraiment. Utiliserait-il l’arme nucléaire si l’Ukraine reprenait la Crimée? Si les forces ukrainiennes menaçaient la Russie elle-même? Les analystes occidentaux en débattent. Certains pensent que c’est du bluff. D’autres que c’est une possibilité réelle. Dans le doute, l’Occident préfère ne pas prendre le risque. Résultat : l’Ukraine se bat avec une main attachée dans le dos. Interdite de frapper certaines cibles en Russie. Limitée dans sa capacité à riposter pleinement. Forcée de se battre avec les armes qu’on veut bien lui donner, quand on veut bien les donner, avec les restrictions qu’on lui impose. Une guerre à moitié. Contre un ennemi qui joue sans limite.
Section 10 : L'avenir incertain de ce conflit interminable
Vers deux millions de pertes au printemps
Le rapport du CSIS est formel. Au rythme actuel, les pertes combinées russes et ukrainiennes pourraient atteindre 1,8 million aujourd’hui et franchir le cap des 2 millions d’ici le printemps 2026. Deux millions. De soldats tués, blessés ou disparus. En quatre ans de guerre. C’est presque la population de Paris. Ou celle de Houston. Ou de Vienne. Rayée de la carte. Volatilisée. Dans une guerre qui ne semble avoir ni fin ni issue. Poutine a déclaré en mars 2025 qu’il y avait « des raisons de croire qu’on peut en finir avec les forces ukrainiennes. » Une offensive d’été russe était attendue. Elle devait s’étendre dans les régions de Sumy et Kharkiv. Mais cette offensive a généralement été considérée comme un échec. Des gains modestes au prix de pertes massives. En septembre 2025, les forces russes n’avaient toujours pas réalisé de percée sur le front. Des objectifs stratégiques clés comme Pokrovsk restaient aux mains de l’Ukraine.
Durant octobre et novembre 2025, les forces russes ont intensifié leurs opérations autour de Pokrovsk. Selon les évaluations militaires open-source, la Russie a avancé sur des centaines de kilomètres carrés durant cette période, exerçant une pression soutenue sur les lignes défensives ukrainiennes. Zelensky a déclaré que la Russie avait déployé environ 170.000 soldats en réponse, décrivant la situation comme difficile mais soulignant la résistance ukrainienne continue. Fin octobre, il y avait des combats à l’intérieur même de la ville de Pokrovsk. Le 1er décembre, la Russie affirmait avoir capturé la ville, bien qu’il y eût encore des forces ukrainiennes présentes dans la partie nord. En décembre 2025, suite aux affirmations russes de contrôler Kupiansk, Zelensky s’y est rendu et a félicité les troupes qui la défendaient. L’Ukraine a déclaré avoir repris des parties de Kupiansk, et un commandant ukrainien a affirmé que les troupes russes stationnées là-bas étaient complètement encerclées. L’ISW a rapporté que les milblogueurs ultranationalistes russes reconnaissaient la gravité de la situation pour les forces russes.
Deux millions de pertes d’ici le printemps. J’essaie d’imaginer. Deux millions. C’est tellement énorme que ça devient abstrait. Alors je ramène ça à l’échelle humaine. C’est un homme toutes les deux minutes. Pendant quatre ans. Sans arrêt. Jour et nuit. Pendant que tu dors, pendant que tu manges, pendant que tu travailles. Toutes les deux minutes, quelqu’un meurt. Et demain, ça continue. Jusqu’à quand?
Aucune perspective de paix à l’horizon
Les pourparlers de paix? Inexistants. Les négociations? Au point mort. Poutine n’est pas pressé de trouver un accord. Il pense que le temps joue en sa faveur. Que l’Occident finira par se lasser. Que le soutien à l’Ukraine s’émoussera. Que les opinions publiques européennes et américaines se fatigueront de financer une guerre lointaine. Et il a peut-être raison. Aux États-Unis, le débat fait rage sur le montant de l’aide à fournir. En Europe, certains pays commencent à traîner des pieds. La Hongrie bloque. La Slovaquie change de camp. L’Allemagne hésite. La France fait ce qu’elle peut. Mais est-ce suffisant? Le rapport du CSIS conclut : « Sans une plus grande pression, Poutine traînera les négociations et continuera à se battre. » Traduction : tant qu’on ne lui fait pas vraiment mal, il continuera. Tant qu’il peut recruter 50.000 hommes par mois, il continuera. Tant que son économie tient, il continuera. Tant que sa population accepte les pertes, il continuera.
L’Ukraine, elle, n’a pas le choix. Elle se bat pour sa survie. Pour son indépendance. Pour son existence même en tant que nation. Elle ne peut pas négocier en position de faiblesse. Elle ne peut pas accepter de perdre un cinquième de son territoire. De renoncer à la Crimée, au Donbass, à Zaporizhzhia, à Kherson. Ce serait capituler. Entériner l’invasion. Dire à Poutine qu’il avait raison. Que la force prime le droit. Que les frontières peuvent être redessinées par la violence. Que les petits pays doivent s’incliner devant les grands. Alors elle continue. Elle tient. Elle résiste. Avec l’aide de l’Occident. Avec le courage de ses soldats. Avec la détermination de son peuple. Mais combien de temps encore? Quatre ans, c’est déjà une éternité. Cinq? Dix? Jusqu’à ce que l’un ou l’autre s’effondre? Jusqu’à ce que les deux soient exsangues? Jusqu’à ce que deux millions de pertes deviennent trois? Quatre?
Conclusion : Le prix de l'oubli
Quand les chiffres ne veulent plus rien dire
Deux cent soixante-dix-neuf combats en une journée. Mille trois cent dix soldats russes tués. Un million deux cent mille pertes russes depuis le début de la guerre. Ces chiffres devraient nous choquer. Nous horrifier. Nous révolter. Mais ils sont tellement énormes qu’ils deviennent abstraits. Des nombres sur un écran. Des statistiques dans un rapport. On ne voit plus les visages derrière. Les vies brisées. Les familles détruites. Les enfants orphelins. Les mères qui pleurent. Les corps qui ne reviendront jamais. Pokrovsk, Huliaipole, Chasiv Yar, Kupiansk. Des noms de villes rayées de la carte. Transformées en champs de ruines. En cimetières à ciel ouvert. Et demain, ce sera pareil. Et après-demain. Et dans un an. Tant que quelqu’un aura des hommes à envoyer au front. Tant que quelqu’un aura des obus à tirer. Tant que quelqu’un refusera de dire stop.
Cette guerre a déjà coûté à la Russie plus de vies que tous ses conflits depuis la Seconde Guerre mondiale réunis. Elle a fait de Moscou une puissance affaiblie, isolée, tournée vers le passé plutôt que l’avenir. Elle a privé la Russie de centaines de milliers de jeunes hommes qui ne construiront jamais rien, ne fonderont jamais de familles, ne contribueront jamais à la société. Une génération sacrifiée pour quelques kilomètres carrés de terre ukrainienne. Pour l’ego d’un homme qui refuse d’admettre son échec. Pour une vision impériale dépassée d’un siècle. Côté ukrainien, les pertes sont également terribles. Entre 100.000 et 140.000 morts. Des centaines de milliers de blessés. Des millions de déplacés. Un pays dévasté. Une économie en ruines. Mais une volonté intacte. Un refus absolu de se soumettre. Une détermination à survivre, coûte que coûte.
Je regarde ces chiffres. Deux cent soixante-dix-neuf combats. Mille trois cent dix morts. Un million deux cent mille pertes. Et je me demande : à quel moment on arrête de compter? À quel moment un chiffre devient trop grand pour qu’on puisse encore le saisir? Quelque part en Ukraine, en ce moment même, un soldat tient une position. Il entend les obus siffler. Il voit ses camarades tomber. Il sait que demain, ce sera peut-être son tour. Mais il tient. Parce qu’il n’a pas le choix. Parce que derrière lui, il y a sa famille, son village, son pays. Et en face, il y a un ennemi qui ne s’arrêtera pas tant qu’il aura des hommes à sacrifier. Combien encore? Combien d’hommes doivent mourir avant que quelqu’un dise stop? Combien de Pokrovsk doivent être réduits en cendres? Combien de Huliaipole doivent disparaître? Je n’ai pas la réponse. Personne ne l’a. Mais je sais une chose : tant qu’on continuera à lire ces chiffres comme de simples statistiques, rien ne changera.
La machine ne s’arrêtera pas d’elle-même
Cette guerre ne s’arrêtera pas parce qu’elle devient insupportable. Elle ne s’arrêtera pas parce que les pertes sont trop élevées. Elle ne s’arrêtera pas parce que c’est immoral, absurde, inutile. Elle s’arrêtera quand l’un des deux camps n’aura plus les moyens de continuer. Quand la Russie n’aura plus d’hommes à envoyer. Quand l’Ukraine n’aura plus de munitions pour se défendre. Quand l’Occident décidera de couper les vivres. Ou quand, miracle, quelqu’un au Kremlin réalisera que cette guerre est perdue d’avance. Mais ce jour-là ne semble pas proche. Alors la machine continue de broyer. Jour après jour. Combat après combat. Mort après mort. Deux cent soixante-dix-neuf combats aujourd’hui. Peut-être trois cents demain. Et dans un mois, dans un an, on parlera du deux millionième soldat tombé. Comme on parle aujourd’hui du millionième. Avec les mêmes mots. La même indignation polie. Le même sentiment d’impuissance.
Mais peut-être que c’est justement ça qu’il faut refuser. L’habitude. La résignation. L’idée que c’est normal. Que c’est comme ça. Que les guerres, ça dure. Non. Rien de tout ça n’est normal. Mille hommes qui meurent par jour, ce n’est pas normal. Des villes entières rasées, ce n’est pas normal. Quatre ans de guerre en Europe au XXIe siècle, ce n’est pas normal. Et tant qu’on continuera à dire leurs noms, à compter leurs morts, à refuser l’oubli, il restera une chance. Une toute petite chance. Que quelque part, quelqu’un entende. Que quelque part, quelqu’un agisse. Que quelque part, quelqu’un dise enfin : ça suffit. Stop. La machine à broyer, on l’arrête. Maintenant. Deux cent soixante-dix-neuf combats. Mille trois cent dix morts. Un million deux cent mille pertes. Ce ne sont pas des chiffres. Ce sont des vies. Et chaque vie compte. Même la millionième.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, militaires et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies militaires, à comprendre les mouvements géopolitiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les conflits qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels de l’état-major ukrainien, rapports du ministère de la Défense ukrainien, données de l’Institute for the Study of War (ISW), rapports du Center for Strategic and International Studies (CSIS), déclarations officielles de l’OTAN.
Sources secondaires : agences de presse internationales (Ukrinform, Associated Press, Reuters), médias spécialisés (Meduza, Mediazona, BBC Russian Service), analyses de think tanks reconnus (CSIS, ISW), rapports d’organisations de recherche établies, publications spécialisées (The Economist, Wall Street Journal, CNN).
Les données statistiques et militaires citées proviennent d’institutions officielles et d’organismes de recherche reconnus : Center for Strategic and International Studies (CSIS), Institute for the Study of War (ISW), ministère de la Défense britannique, OTAN, états-majors ukrainien et russe (lorsque disponibles).
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et militaires contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des conflits internationaux et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
Ukrinform – War update: 279 battles on front line, Russians intensify assaults in Pokrovsk and Huliaipole sectors – 30 janvier 2026
Center for Strategic and International Studies (CSIS) – Russia’s Grinding War in Ukraine – 28 janvier 2026
Ukraine Interactive map – Ukraine Latest news on live map – 30 janvier 2026
Sources secondaires
Wikipedia – Pokrovsk offensive – Janvier 2026
Wikipedia – Huliaipole offensive – Janvier 2026
Meduza – Russia’s military losses in Ukraine surpass any major power since WWII – 29 janvier 2026
Military.com – A New Report Warns That Combined War Casualties Could Soon Hit 2 Million – 28 janvier 2026
Wikipedia – Casualties of the Russo-Ukrainian War – Janvier 2026
Russia Matters – The Russia-Ukraine War Report Card – 7 janvier 2026
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