Si le CVN-79 ne devait se distinguer par qu’une seule innovation, ce serait le systeme de lancement d’aeronefs electromagnetique, EMALS — Electromagnetic Aircraft Launch System. Pour comprendre l’ampleur de cette revolution, il faut d’abord savoir comment les porte-avions lancent leurs avions depuis des decennies. Sur les navires de la classe Nimitz, des catapultes a vapeur utilisent la pression de la vapeur generee par les reacteurs nucleaires pour propulser les appareils a la vitesse de decollage sur quelques dizaines de metres de pont. C’est un systeme brutal, efficace, mais qui impose des contraintes mecaniques enormes sur les cellules des avions et ne permet aucune modulation fine de la force de lancement. L’EMALS change tout. En utilisant un moteur a induction lineaire, il accelere les aeronefs de maniere progressive et parfaitement controlee. Le resultat : moins de stress sur les cellules, une duree de vie prolongee des appareils, la capacite de lancer aussi bien des chasseurs lourds que des drones legers sans pilote — une flexibilite que les catapultes a vapeur ne pouvaient tout simplement pas offrir. L’EMALS pese moins, coute theoriquement moins cher a entretenir, et ouvre la porte a l’integration de nouveaux types d’aeronefs dans les groupes aeriens embarques. Robert Chen, un ingenieur de 48 ans chez Huntington Ingalls, travaille sur le systeme EMALS depuis sa phase de conception. « C’est comme passer d’une machine a ecrire a un ordinateur », explique-t-il. « Les deux ecrivent des lettres, mais l’un offre des possibilites que l’autre ne peut meme pas concevoir. »
L’EMALS n’est pas simplement une amelioration incrementale. C’est un changement de paradigme. Et dans le domaine militaire, les changements de paradigme sont ce qui separe les puissances dominantes de celles qui subissent.
Les ascenseurs d’armes qui changent la donne
L’autre revolution technologique a bord du Kennedy, ce sont les ascenseurs d’armes avances (Advanced Weapons Elevators, AWE). Sur les porte-avions de la classe Nimitz, les munitions sont transportees des soutes vers le pont d’envol par des ascenseurs hydrauliques capables de lever 4 750 kilogrammes a une vitesse de 30 metres par minute. Sur le Kennedy, les AWE utilisent la propulsion electromagnetique — le meme principe que l’EMALS — pour lever 9 000 kilogrammes a 45 metres par minute. C’est quasiment le double de la charge et cinquante pour cent plus rapide. Mais l’amelioration ne s’arrete pas la. Les onze ascenseurs du Kennedy ont ete repositionnes pour ne plus interferer avec les operations aeriennes sur le pont d’envol. Les chemins de transport des munitions ont ete repenses pour eliminer pratiquement tous les deplacements horizontaux a l’interieur du navire, ce qui reduit les besoins en personnel et accelere considerablement les operations de rearmement. Le resultat de toutes ces innovations combinees est un taux de sorties aeriennes quotidiennes de 160 en operations soutenues, contre 120 pour les Nimitz, avec une capacite de pointe de 270 sorties en 24 heures contre 240 pour la generation precedente. Cher lecteur, ces chiffres ne sont pas abstraits. Chaque sortie supplementaire, c’est un avion de plus dans le ciel. Et dans un conflit de haute intensite, la difference entre 120 et 160 sorties par jour peut determiner l’issue d’une bataille navale.
Le radar qui voit tout
Le Kennedy se distingue egalement de son aine, le USS Gerald R. Ford (CVN-78), par un changement de radar significatif. Alors que le Ford embarque un Dual Band Radar couteux et complexe, le Kennedy a opte pour le Enterprise Air Surveillance Radar (EASR), un systeme base sur la technologie au nitrure de gallium (GaN), de la lignee du SPY-6. Ce choix n’est pas seulement technique — il est economique et strategique. L’EASR reduit les couts tout en augmentant la commonalite entre les porte-avions et les navires d’assaut amphibie, simplifiant la logistique et la maintenance a travers la flotte. Les capteurs du SPY-6 representent un bond generationnel dans la detection des menaces aeriennes, des missiles balistiques et des cibles furtives. Pour un navire concu pour operer dans des environnements contestes de haute intensite — pensez mer de Chine meridionale, Golfe persique, ou encore Atlantique Nord face a la menace sous-marine russe — disposer d’un radar capable de detecter et de suivre les menaces les plus avancees est litteralement une question de vie ou de mort pour les 4 500 marins a bord.
Une construction semee d'embuches
Soyons honnetes. L’histoire de la construction du CVN-79 n’est pas un conte de fees technologique sans accroc. C’est plutot un feuilleton digne d’une serie televisee, avec ses retards, ses depassements de couts et ses controverses politiques. La quille du Kennedy a ete posee le 22 aout 2015 aux chantiers navals de Newport News, en Virginie. Le navire a ete lance le 29 octobre 2019 et baptise le 7 decembre 2019. Le contrat initial de 3,35 milliards de dollars attribue a Huntington Ingalls Industries le 5 juin 2015 couvrait la conception detaillee et la construction. Mais a cela s’ajoutent des contrats anterieurs : 374 millions de dollars en janvier 2009 pour la preparation de la construction, et 323,6 millions supplementaires en decembre 2010. Le cout total a grimpe bien au-dela des previsions initiales. Pour reference, le premier navire de la classe, le USS Gerald R. Ford, a vu ses couts augmenter de 22 pour cent pour atteindre 12,8 milliards de dollars. La livraison du Kennedy etait initialement prevue pour juillet 2025. En avril 2025, la Marine americaine a reconnu que cette date ne serait pas tenue, repoussant la livraison a mars 2027, principalement pour permettre la certification du systeme d’arret avance (AAG) et la poursuite des travaux sur les ascenseurs d’armes. Est-ce que ces retards sont acceptables? La question merite debat. Mais il faut aussi reconnaitre que construire le navire de guerre le plus avance de l’histoire humaine n’est pas exactement la meme chose que monter un meuble IKEA.
Les retards et les depassements de couts sont reels et meritent d’etre critiques. Mais quiconque pretend qu’on peut construire un porte-avions nucleaire de 100 000 tonnes dans les temps et le budget initiaux vit manifestement sur une autre planete que celle ou les lois de la physique s’appliquent.
La pression politique de Pete Hegseth
Le 5 janvier 2026, le secretaire a la Defense Pete Hegseth s’est rendu en personne aux chantiers navals de Newport News. Ce n’etait pas une visite de courtoisie. C’etait un avertissement. Hegseth a visite les travaux du Kennedy, les chantiers des sous-marins de classe Columbia et Virginia, et a rencontre les ouvriers et les marins. Son message etait on ne peut plus clair : « Nous demantelons systematiquement la bureaucratie boursouflee, frileuse et auto-complaisante qui a etouffe l’innovation pendant des decennies. » Il a ajoute que les emplois des dirigeants du chantier etaient en jeu si les objectifs de production n’etaient pas atteints. On n’est pas dans la nuance diplomatique. On est dans l’ultimatum pur et dur. Sarah Mitchell, une soudeuse de 31 ans travaillant sur la coque du Kennedy depuis quatre ans, a reagi avec un melange de fierte et d’inquietude : « On travaille des semaines de 56 heures depuis 2025. On fait notre part. Mais on ne peut pas aller plus vite que la metallurgie le permet. » La pression politique est comprehensible — les contribuables americains meritent de savoir ou vont leurs milliards. Mais il y a une difference entre exiger de la rigueur et imposer des delais irrealistes qui compromettent la qualite.
Les defis de la main-d’oeuvre
Derriere les chiffres et les technologies, il y a des etres humains qui construisent ce navire. Huntington Ingalls Industries emploie 44 000 travailleurs a travers ses chantiers. L’entreprise a adopte une semaine de travail standard de 56 heures en 2025 et a mis en oeuvre des programmes de recrutement, de retention et d’amelioration des competences. Plus de 40 navires sont actuellement en construction ou en modernisation active a travers les installations d’Ingalls et de NNS. L’entreprise collabore avec 23 chantiers navals, fabricants et manufacturiers internationaux pour etendre sa capacite. Mais un rapport recent sur la main-d’oeuvre estime que la region aura besoin d’environ 40 000 travailleurs supplementaires dans les annees a venir pour rester competitive face aux leaders mondiaux de la construction navale, notamment la Chine. Le maire de Newport News a souligne que la ville a actuellement plus d’emplois disponibles que de travailleurs. C’est le paradoxe americain : disposer de la technologie la plus avancee du monde, mais peiner a trouver les mains pour la fabriquer. Vous savez, cher lecteur, un porte-avions ne se construit pas avec des robots et des algorithmes. Il se construit avec des soudeurs, des electriciens, des ingenieurs, des techniciens qui travaillent des heures impossibles dans des conditions exigeantes. Et ces gens-la meritent autant notre respect que le navire lui-meme.
Le Ford en combat : la validation par le feu
Si les essais en mer du Kennedy marquent une etape cruciale, ils s’inscrivent dans un contexte ou la classe Ford vient de recevoir sa validation ultime : le combat reel. Le 3 janvier 2026, le USS Gerald R. Ford (CVN-78), premier navire de la classe, a participe a une mission des forces d’operations speciales americaines au large du Venezuela, dans le cadre de l’Operation Absolute Resolve. Le Ford a fourni un soutien de renseignement, de surveillance, de reconnaissance et de guerre electronique, marquant le premier deploiement operationnel en conditions reelles de la classe Ford. Cette validation a eu des consequences directes sur le programme du Kennedy. Le Departement de la Defense a accelere la livraison du CVN-79 a mars 2027, convaincu par la demonstration que les technologies avancees de la classe Ford — EMALS, production electrique augmentee, systemes de combat integres — fonctionnent dans un environnement operationnel reel. Le Ford, deploye dans les Caraibes depuis novembre 2025 sous le commandement du capitaine Dave Skarosi, avec le groupe aerien embarque CVW-8 du capitaine David Dartez, a prouve que la theorie se traduit en capacite reelle. C’est un point d’inflexion pour la Marine americaine, et un signal clair envoye a toutes les marines du monde.
Le passage du Ford par le feu du combat reel n’est pas un detail. C’est la preuve que les milliards investis dans cette classe de navires ne sont pas du gaspillage, mais un investissement dans la suprematie navale americaine pour les decennies a venir.
Le groupe aeronaval en detail
Un porte-avions ne navigue jamais seul. Le Ford est deploye avec un groupe aeronaval complet comprenant les neuf escadrons du Carrier Air Wing 8, des destroyers lance-missiles de la classe Arleigh Burke au sein de l’Escadron de destroyers 2 (DESRON 2) du capitaine Mark Lawrence, et le destroyer USS Winston S. Churchill (DDG-81). Ce dispositif represente une concentration de puissance de feu et de capacites de projection qui n’a pas d’equivalent dans aucune autre marine du monde. Quand le Kennedy rejoindra la flotte operationnelle — probablement courant 2028 apres sa livraison et sa periode de mise en condition — les Etats-Unis disposeront de deux porte-avions de classe Ford operationnels, en plus de leurs neuf porte-avions de classe Nimitz. C’est une force navale d’une puissance sans precedent dans l’histoire. Et c’est precisement cette puissance qui permet aux Etats-Unis de maintenir leur role de garant de la liberte de navigation et de l’equilibre des forces dans les zones de tensions majeures. Retirez les porte-avions americains des oceans, et le monde que nous connaissons change du jour au lendemain.
L'equation strategique mondiale
L’arrivee du Kennedy dans la flotte americaine ne se produit pas dans un vide geopolitique. Elle intervient a un moment ou les tensions internationales atteignent un niveau critique sur plusieurs fronts simultanement. En Europe, la guerre en Ukraine entre dans sa cinquieme annee, avec une Russie qui intensifie ses frappes sur les infrastructures civiles et qui deploie des missiles hypersoniques a portee intermediaire. Dans le Pacifique, la Chine poursuit son expansion navale a un rythme sans precedent, avec une flotte qui depasse dorenavant celle des Etats-Unis en nombre de coques, meme si elle reste inferieure en tonnage et en capacites. Au Moyen-Orient, les tensions avec l’Iran ont atteint un point d’ebullition, et le Ford a ete deploye dans les Caraibes precisement pour signaler la determination americaine dans l’hemisphere occidental. Dans ce contexte, chaque nouveau porte-avions de classe Ford est un multiplicateur de force strategique. Le Kennedy est concu pour succeder au USS Nimitz (CVN-68), le plus ancien porte-avions en service, et pour ancrer la projection de puissance americaine jusque dans les annees 2050. Ce n’est pas une depense militaire. C’est un investissement dans la stabilite mondiale. Et ceux qui pretendent que les porte-avions sont des reliques du passe devraient expliquer pourquoi la Chine en construit trois en ce moment meme.
Les sceptiques des porte-avions aiment repeter que ces navires sont des « cibles flottantes ». Curieusement, aucune marine au monde ne semble partager cet avis, puisque toutes les grandes puissances cherchent desesperement a en construire.
La course navale avec la Chine
Le contexte le plus determinant pour comprendre l’importance du Kennedy est sans doute la rivalite navale sino-americaine. La marine chinoise, la PLAN, a lance son troisieme porte-avions, le Fujian, equipe lui aussi de catapultes electromagnetiques — une technologie directement inspiree de l’EMALS americain. La Chine prevoit de disposer de six porte-avions d’ici 2035. En parallele, Pekin a construit la plus grande flotte navale du monde en nombre de navires, depassant les 370 batiments de combat. L’amiral James Chen, un analyste naval de 55 ans au Center for Strategic and International Studies, resume la situation avec une franchise rafraichissante : « La question n’est plus de savoir si la Chine peut contester la suprematie navale americaine. C’est de savoir quand et ou elle le fera. » Face a cette realite, le Kennedy n’est pas un luxe. C’est une necessite absolue. Chaque mois de retard dans sa livraison est un mois pendant lequel l’ecart entre les capacites navales americaines et chinoises se reduit. Et dans le Pacifique, ou les distances sont immenses et ou les bases terrestres americaines sont rares, les porte-avions restent le seul moyen de projeter une puissance aerienne significative dans des delais operationnellement pertinents.
La controverse Trump sur les catapultes
Il serait incomplet de parler du Kennedy sans aborder l’une des controverses les plus surreelles de l’histoire de la construction navale americaine. Le president Donald Trump a publiquement suggere que le systeme EMALS devrait etre remplace par un systeme de catapultes a vapeur conventionnel sur les futurs navires de la classe Ford. Trump avait deja exprime cette preference lors de son premier mandat, qualifiant l’EMALS de systeme trop complexe et trop couteux. La suggestion a provoque la consternation dans les milieux navals. Remplacer l’EMALS par des catapultes a vapeur sur le Kennedy ou ses successeurs reviendrait a abandonner vingt ans de developpement technologique et a renoncer a la capacite de lancer des drones legers et des aeronefs de nouvelle generation. C’est l’equivalent naval de proposer de remplacer les ordinateurs par des machines a ecrire parce que les machines a ecrire sont « plus simples ». Certes, l’EMALS a connu des problemes de fiabilite — lors de tests en 2022, les catapultes du Ford ont atteint environ 600 cycles entre les pannes, bien en deca de l’objectif de conception de 4 000 cycles. Ces problemes sont reels et meritent d’etre resolus. Mais la solution n’est pas de revenir a la technologie des annees 1950. C’est de perfectionner la technologie du XXIe siecle. On ne gagne pas les guerres de demain avec les armes d’hier.
Suggerer de remplacer les catapultes electromagnetiques par des catapultes a vapeur au XXIe siecle, c’est comme proposer de remplacer les chasseurs furtifs par des biplans. Le progres technologique n’est pas un menu a la carte ou l’on choisit les plats qui nous plaisent.
Les problemes de fiabilite en perspective
Il faut remettre les problemes de fiabilite de l’EMALS dans leur contexte historique. Chaque technologie revolutionnaire a connu des debuts difficiles. Les premieres catapultes a vapeur, introduites dans les annees 1950, ont elles aussi souffert de problemes de fiabilite pendant des annees avant d’atteindre la maturite technique. Les ascenseurs d’armes avances du Ford ont egalement connu des defaillances notables — 109 pannes sur environ 20 000 operations lors d’un chargement de munitions en septembre. Mais le meme rapport note que les ascenseurs inferieurs ont fonctionne plus rapidement que ceux d’un porte-avions Nimitz. La technologie fonctionne. Elle a besoin de maturation, pas d’abandon. Le Kennedy beneficie directement de toutes les lecons apprises sur le Ford : ameliorations logicielles, renforcement de la fiabilite des ascenseurs, ameliorations de l’integration des systemes. C’est precisement l’avantage de construire une classe de navires plutot qu’un navire unique. Chaque unite suivante est meilleure que la precedente. Et le Kennedy sera un navire significativement plus fiable et plus performant que le Ford. C’est la nature meme du progres technologique : on apprend, on corrige, on ameliore.
700 marins de moins, plus de puissance de feu
L’une des avancees les moins spectaculaires mais les plus significatives de la classe Ford est la reduction de l’equipage. Grace a l’automatisation poussee et a la reconception des systemes, un porte-avions de classe Ford fonctionne avec environ 2 600 marins, soit environ 700 de moins qu’un navire de classe Nimitz. Ce n’est pas qu’une question de couts — bien que chaque marin represente un investissement considerable en formation, solde et logistique. C’est surtout une question de surface habitable, de consommables et d’autonomie operationnelle. Moins de marins signifie plus d’espace pour les munitions, le carburant aviation, les pieces de rechange. Cela signifie egalement moins de vulnerabilite aux pertes humaines en cas de combat. Maria Gonzalez, une officiere de 29 ans affectee au programme de mise en service du Kennedy, explique : « Chaque systeme automatise sur ce navire, c’est un marin de moins expose au danger et un metre cube de plus pour les munitions. C’est de la mathematique militaire pure. » L’equipage reduit ne signifie pas un navire moins capable. Au contraire. Les systemes automatises permettent des operations plus rapides, plus precises et moins sujettes aux erreurs humaines. C’est la philosophie de la classe Ford condensee en un principe : faire plus avec moins, mais faire mieux.
Sept cents marins de moins sur un navire de combat, ce n’est pas de l’austerite. C’est de l’intelligence strategique. Chaque automation est un marin qu’on ne met pas en danger. Et dans un monde ou le recrutement militaire est un defi croissant, c’est aussi du pragmatisme pur.
La question du recrutement naval
Cette reduction d’equipage tombe a point nomme, car la Marine americaine fait face a une crise de recrutement qui ne dit pas son nom. Les chantiers navals peinent a trouver des travailleurs qualifies. La flotte peine a atteindre ses objectifs de recrutement. La ville de Newport News, ou est construit le Kennedy, a plus d’offres d’emploi que de candidats. C’est un probleme structurel qui menace la capacite des Etats-Unis a maintenir leur suprematie navale a long terme. Huntington Ingalls Industries a investi massivement dans des programmes de recrutement, de retention et de formation. La semaine de 56 heures standard adoptee en 2025 temoigne de l’intensite de l’effort. Mais la realite demographique est implacable : les jeunes Americains sont de moins en moins nombreux a choisir les metiers manuels qualifies, et encore moins nombreux a s’engager dans la marine. C’est paradoxal : au moment ou les Etats-Unis ont le plus besoin de leur marine, ils peinent a la construire et a la faire naviguer. La suprematie navale ne se mesure pas seulement en tonnage et en technologies. Elle se mesure aussi en etres humains capables de faire fonctionner ces technologies. Et sur ce front, l’Amerique a du travail a faire.
Un signal au monde entier
Lorsque le Kennedy a quitte Newport News le 28 janvier 2026, ce n’est pas simplement un navire qui a pris la mer. C’est un message qui a ete envoye aux quatre coins du globe. A la Russie, qui deploie ses missiles Oreshnik sur l’Ukraine et reve de retablir sa sphere d’influence : les Etats-Unis continuent d’investir dans leur suprematie navale. A la Chine, qui construit des porte-avions a un rythme accelere et qui renforce sa presence en mer de Chine meridionale : l’Amerique n’a pas l’intention de ceder le controle des mers. A l’Iran, avec qui les tensions n’ont jamais ete aussi vives : la Marine americaine reste la force la plus redoutable de la planete. Et a tous les allies des Etats-Unis, du Japon a l’Australie en passant par les pays de l’OTAN : Washington peut toujours projeter sa puissance partout ou c’est necessaire. Le Kennedy est plus qu’un porte-avions. C’est la materialisation physique de la doctrine de projection de puissance americaine. Et dans un monde ou les autocrates testent les limites de l’ordre international, cette materialisation est plus necessaire que jamais.
Un porte-avions nucleaire, c’est la diplomatie ultime. Quand les mots echouent, quand les sanctions ne suffisent pas, quand les traites sont violes, c’est la silhouette d’un Ford-class a l’horizon qui rappelle au monde que certaines lignes rouges ne sont pas negociables.
La succession du USS Nimitz
Le Kennedy est appele a succeder directement au USS Nimitz (CVN-68), le plus ancien porte-avions en service actif dans la Marine americaine. Le Nimitz, mis en service en 1975, est un navire legendaire qui a traverse la Guerre froide, la premiere guerre du Golfe, la guerre contre le terrorisme et d’innombrables crises internationales. Mais apres plus d’un demi-siecle de service, il approche de la fin de sa vie operationnelle. La transition du Nimitz au Kennedy n’est pas un simple remplacement. C’est un saut generationnel. Du pont d’envol aux soutes a munitions, du systeme de propulsion aux radars, chaque composant du Kennedy represente un bond technologique par rapport a son predecesseur. Le Nimitz etait un chef-d’oeuvre des annees 1970. Le Kennedy est un chef-d’oeuvre du XXIe siecle. Et la difference entre les deux illustre parfaitement l’evolution de la guerre navale au cours du dernier demi-siecle : plus de precision, plus d’automatisation, plus de puissance, moins de vulnerabilite.
L'avenir de la projection de puissance americaine
En cette fin de janvier 2026, alors que le Kennedy effectue ses premiers metres en mer apres plus d’une decennie de construction, il est impossible de ne pas ressentir un melange d’admiration et d’inquietude. Admiration pour le genie humain capable de concevoir et de construire une machine d’une telle complexite. Admiration pour les dizaines de milliers de travailleurs qui ont donne des annees de leur vie a ce projet. Admiration pour la vision strategique qui planifie la defense nationale non pas sur cinq ou dix ans, mais sur cinquante. Et inquietude, aussi, devant un monde ou de tels navires sont plus necessaires que jamais. Un monde ou la Russie tire des missiles hypersoniques sur des villes europeennes. Ou la Chine construit la plus grande marine de l’histoire. Ou l’Iran defie ouvertement l’ordre international. Ou les certitudes qui ont fonde la paix relative des dernieres decennies s’effritent une a une. Le Kennedy prend la mer dans un monde dangereux. Et c’est precisement parce que le monde est dangereux que des navires comme le Kennedy sont indispensables. La paix ne se preserve pas avec de bonnes intentions. Elle se preserve avec la capacite credible de la defendre.
Le USS John F. Kennedy porte le nom d’un president qui a compris, face aux missiles sovietiques a Cuba, qu’il n’y a pas de paix durable sans la force pour la garantir. Soixante-quatre ans plus tard, cette lecon n’a pas pris une ride.
Le Kennedy navigue desormais dans les eaux de la cote virginienne, ses systemes en cours de verification, ses reacteurs nucleaires ronronnant sous des milliers de tonnes d’acier. Les essais en mer dureront des semaines. La livraison est prevue pour mars 2027. La mise en condition operationnelle suivra. Et un jour, probablement en 2028, ce navire rejoindra la flotte operationnelle et prendra sa place dans la ligne de bataille de la Marine americaine. Ce jour-la, les Etats-Unis disposeront du navire de guerre le plus avance jamais construit par l’humanite. Un navire qui projette la puissance, dissuade les adversaires, rassure les allies, et maintient ouvertes les routes maritimes dont depend l’economie mondiale. Le Kennedy est un pari sur l’avenir. Un pari de 100 000 tonnes d’acier, de deux reacteurs nucleaires, de catapultes electromagnetiques et de milliers de vies humaines dediees a sa construction et a son service. C’est un pari colossal. Mais dans un monde ou les alternatives sont le declin ou la confrontation non preparee, c’est un pari que l’Amerique n’a pas le luxe de ne pas faire.
Signe Maxime Marquette
Encadre de transparence du chroniqueur
Ce texte est une chronique — il reflete le point de vue de son auteur et ne pretend pas a l’objectivite journalistique au sens classique du terme. L’auteur s’appuie sur des faits verifiables, mais les interprete librement pour nourrir le debat public.
Maxime Marquette est chroniqueur specialise en geopolitique et en questions internationales. Ses textes sont publies sur la plateforme mad-max.ca.
Sources
Sources primaires
USNI News — Carrier John F. Kennedy Gets Underway for First Time Ahead of Builder’s Trials
Naval News — Second Gerald R. Ford-class aircraft carrier set sails for sea trials
Navy Times — Newest Ford-class carrier USS John F. Kennedy heads to sea for testing
Opex360 — Second porte-avions de la classe Ford, le USS John F. Kennedy a commence ses essais en mer
USNI News — Newport News President: Carrier JFK Could Start Sea Trials in Early 2026
Sources secondaires
19FortyFive — Navy Fast Tracks Build of USS Kennedy as USS Ford Enters Combat
Army Recognition — U.S. accelerates construction of USS Kennedy as USS Ford enters combat
Wikipedia — USS John F. Kennedy (CVN-79)
Naval Technology — Latest US supercarrier USS John F. Kennedy heads out for trials
The Aviationist — Next U.S. Navy Aircraft Carrier Sets Sail for Sea Trials
Janes — Aircraft carrier John F Kennedy leaves shipyard for sea trials
The Virginian-Pilot — Hegseth speaks to Newport News shipbuilders during first stop on tour
Wikipedia — Gerald R. Ford-class aircraft carrier
Naval Technology — Gerald R. Ford-class Nuclear-Powered Aircraft Carriers
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