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CHRONIQUE : L’Iran sous l’ombre de l’intervention américaine — quand la géopolitique se joue sur le fil du rasoir
Crédit: Adobe Stock

Cher lecteur, arrêtez-vous un instant et imaginez ce que c’est que de vivre dans un pays où votre propre gouvernement vous tire dessus quand vous manifestez contre la pauvreté, et où une puissance étrangère menace de vous bombarder pour des raisons qui vous échappent. C’est exactement la situation dans laquelle se trouvent des millions d’Iraniens en ce moment. Les manifestations qui ont éclaté le 28 décembre 2025 sont les plus importantes depuis la révolution de 1979. Déclenchées par l’effondrement économique — la chute vertigineuse du rial, l’inflation galopante, la flambée du prix des denrées alimentaires — elles ont rapidement évolué en un mouvement réclamant la fin du régime. Et la réponse du pouvoir a été d’une brutalité inouïe.

Selon l’ONG HRANA, au moins 5 848 personnes ont été tuées, dont 5 520 manifestants, 77 mineurs et 42 passants innocents. Le Times de Londres, s’appuyant sur des données d’Iran Human Rights et d’un réseau de médecins iraniens, avançait une fourchette de 16 500 à 18 000 morts et entre 330 000 et 360 000 blessés au 19 janvier. À la fin janvier, certaines estimations dépassent les 30 000 morts, ce qui ferait de cette répression l’un des pires massacres de l’histoire moderne de l’Iran. Amnesty International et Human Rights Watch ont documenté l’utilisation de fusils à balles réelles, de fusils à pompe, de canons à eau et de gaz lacrymogènes contre des manifestants majoritairement pacifiques. Le Guide suprême Ali Khamenei a déclaré le 3 janvier qu’il fallait « remettre les émeutiers à leur place ». Le CGRI a annoncé que la période de « tolérance » était terminée. Le pouvoir judiciaire a enjoint de ne montrer « aucune indulgence ». Le tout sous un blackout numérique quasi total, rendant la vérification indépendante des faits presque impossible.

On ne peut pas parler de l’ombre de l’intervention américaine sans parler de cette ombre-là aussi — celle d’un régime qui massacre son propre peuple dans le silence numérique. Les deux ombres se nourrissent l’une de l’autre, dans un cercle vicieux dont les Iraniens ordinaires sont les premières victimes.

Les visages de la révolte

Pensez à Reza, cet étudiant de 22 ans d’Ispahan, qui a vu ses camarades tomber sous les balles des forces de sécurité lors d’une manifestation pacifique début janvier. Pensez à ce qu’il a vécu, lui qui voulait simplement un avenir. Pensez à Nasrin, cette mère de famille de Chiraz qui ne sait plus si elle doit avoir plus peur des Gardiens de la révolution ou des bombes américaines. Ces gens ne sont pas des pions sur un échiquier géopolitique — ce sont des êtres humains piégés dans un cauchemar qu’ils n’ont pas choisi. Le chercheur Clément Therme, auditionné au Sénat français, a établi un « lien direct entre le niveau de la répression et la probabilité d’une intervention militaire américaine ». Autrement dit, plus le régime iranien tue ses propres citoyens, plus Washington se sent légitimé d’intervenir. Mais cette intervention, si elle survient, tuera elle aussi des civils iraniens. Quel cynisme.

L’instrumentalisation de la souffrance

Donald Trump a posé deux conditions à l’Iran pour éviter une attaque : « Premièrement, pas d’arme nucléaire. Et deuxièmement, arrêtez de tuer les manifestants. » En apparence, qui pourrait s’opposer à de telles exigences ? Personne de sensé ne veut d’un Iran nucléaire ni d’un massacre de civils. Mais la réalité est infiniment plus complexe. Trump utilise la souffrance du peuple iranien comme levier de pression dans un bras de fer qui concerne avant tout le programme nucléaire et l’hégémonie régionale. Il a lui-même annulé les pourparlers avec l’Iran le 13 janvier, avant d’exhorter les manifestants à « prendre le contrôle de leurs institutions ». C’est un appel au changement de régime, à peine voilé, qui risque de renforcer la répression plutôt que de l’atténuer. Car le régime iranien peut désormais présenter chaque manifestant comme un agent de l’étranger, un pion de Washington. Et c’est exactement ce qu’il fait — le régime ne reconnaît qu’environ 3 000 morts et affirme lutter contre des « terroristes » soutenus par l’étranger.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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