Pour mesurer l’importance de cette designation, il faut comprendre ce que represente reellement le Corps des Gardiens de la Revolution islamique. Ce n’est pas une simple force militaire. Ce n’est pas l’equivalent d’une armee reguliere. C’est un empire tentaculaire qui controle simultanement une partie massive de l’appareil militaire iranien, un reseau mondial de proxies armes, un conglomerat economique gigantesque, et un appareil de repression interieure d’une brutalite systematique. Fonde en 1979 apres la Revolution islamique pour proteger le nouveau regime, le CGRI s’est transforme au fil des decennies en une entite qui depasse de loin ses fonctions militaires initiales. A travers sa Force Qods, il a projete la puissance iranienne a travers tout le Moyen-Orient, armant et entrainant le Hezbollah au Liban, le Hamas et le Jihad islamique en Palestine, les milices chiites en Irak, et les Houthis au Yemen. A travers son bras d’ingenierie Khatam al-Anbiya, il controle une part enorme de l’economie iranienne, des contrats publics aux importations en passant par le secteur petrolier et la construction. Les Gardiens ne defendent pas la Revolution. Ils sont la Revolution. Et cette Revolution devore ses propres enfants.
Inscrire les Gardiens de la Revolution sur la liste terroriste de l’UE, c’est reconnaitre officiellement ce que le monde savait depuis des decennies : cette organisation n’est pas un gardien, c’est un geolier. Un geolier qui tient en otage 90 millions d’Iraniens.
L’empire economique du CGRI
Ce que beaucoup ignorent en Occident, c’est que le CGRI est bien plus qu’une force militaire. C’est un conglomerat economique qui controle des pans entiers de l’economie iranienne. A travers son quartier general d’ingenierie Khatam al-Anbiya (GHORB), le CGRI est devenu l’un des plus grands entrepreneurs d’Iran, raflant systematiquement les contrats publics majeurs et evincant les entreprises privees grace a un acces preferentiel aux ressources de l’Etat. Le CGRI domine des secteurs aussi divers que le petrole, la construction, l’ingenierie, la manufacture et l’agriculture. Ironiquement, les sanctions occidentales ont eu l’effet pervers de renforcer l’empire economique du CGRI plutot que de l’affaiblir. Comment ? Parce que lorsque les entreprises etrangeres ont quitte l’Iran et que les societes privees locales ont perdu leur acces aux marches internationaux, les entites liees au CGRI etaient les seules a pouvoir operer sous les restrictions, grace a leur controle des reseaux de contrebande, des routes commerciales informelles et du marche noir. Les sanctions censees affaiblir le regime ont enrichi ses gardiens. Quelle ironie tragique.
Le reseau mondial de proxies
Pensez a Hassan, un combattant du Hezbollah au sud du Liban, forme et arme par la Force Qods des Gardiens de la Revolution. Hassan n’a jamais mis les pieds en Iran, mais c’est l’argent iranien qui paie sa solde, c’est l’arsenal iranien qui remplit ses depots de munitions, et c’est la doctrine strategique iranienne qui guide sa mission. Le reseau de proxies du CGRI s’etend a travers tout le Moyen-Orient et au-dela. En Europe, le CGRI opere a travers des agents a double nationalite, des intermediaires afghans et pakistanais, et des connexions avec des reseaux criminels, ciblant principalement des interets israeliens en Europe du Nord. La designation terroriste de l’UE simplifiera considerablement la cooperation policiere et judiciaire entre les Etats membres pour lutter contre ces reseaux. Les autorites n’auront plus besoin de prouver l’implication dans un complot terroriste specifique pour agir. Il leur suffira de demontrer l’affiliation au CGRI pour geler des avoirs, imposer des interdictions de voyage et lancer des poursuites. C’est un changement de paradigme juridique majeur dans la lutte contre l’influence iranienne en Europe.
Les consequences concretes de la designation
Au-dela du symbolisme, que change concretement cette designation terroriste ? La reponse est a la fois moins et plus qu’on ne le pense. Sur le plan economique immediat, l’impact sera limite. Le commerce entre l’UE et l’Iran s’est deja effondre depuis le retablissement des sanctions de l’ONU en septembre 2025 dans le cadre du mecanisme de snapback. L’Iran est deja sous un regime de sanctions massif. Ajouter une couche supplementaire sur un edifice deja ecrasant ne changera pas fondamentalement la donne economique. Un responsable europeen l’a reconnu sans detour : « Economiquement, cette mesure aura un impact tres nominal au stade actuel », car « l’Iran est deja sous de vastes regimes de sanctions. » Mais la designation a des effets juridiques et operationnels considerables. Elle entraine automatiquement un gel des avoirs, une interdiction de fournir des fonds et une interdiction de voyage pour tous les membres du CGRI. Elle permet aux Etats membres de detenir tout membre du CGRI qui entrerait sur le territoire de l’UE. Elle facilite le partage d’informations entre les services de renseignement et les forces de l’ordre via Europol. Et elle simplifie les procedures judiciaires contre les reseaux du CGRI operant en Europe.
La vraie force de cette designation n’est pas economique. Elle est juridique, symbolique et morale. Pour la premiere fois, l’Europe dit officiellement au regime iranien : vos gardiens ne sont pas des soldats, ce sont des terroristes. Et nous les traiterons comme tels.
Les sanctions supplementaires adoptees
Parallelement a la designation terroriste du CGRI, les ministres des Affaires etrangeres de l’UE ont adopte un paquet de sanctions supplementaires ciblant des individus et des entites lies aux violations des droits humains en Iran et au soutien iranien a la guerre de la Russie en Ukraine. Au total, 21 individus et entites supplementaires ont ete sanctionnes pour violations des droits humains, et 10 personnes supplementaires pour leur role dans le soutien de Teheran a l’agression russe. Les mesures s’appliquent desormais a un total impressionnant de 247 individus et 50 entites en Iran, qui font l’objet de gels d’avoirs, d’interdictions de voyage et de restrictions financieres. Parmi les entites sanctionnees figurent le centre de developpement et de production de missiles Khojir, un acteur cle du programme balistique iranien, et Sahara Thunder, une societe d’import-export servant de facade au CGRI. Les sanctions frappent egalement des hommes d’affaires, des PDG et des actionnaires de societes privees impliquees dans le programme de missiles balistiques iranien. C’est un filet qui se resserre methodiquement autour de l’appareil militaro-industriel iranien.
Le signal politique envoye au regime
Mais au-dela des mecanismes juridiques et financiers, c’est le signal politique qui compte le plus. Pensez a Nadia, une militante des droits humains iranienne refugiee a Berlin, qui lutte depuis des annees pour que l’Europe reconnaisse la nature terroriste du CGRI. Pour Nadia, cette decision n’est pas un simple acte bureaucratique. C’est la validation de decennies de combat, de temoignages ignores, de preuves accumulees, de cris restes sans echo. Roberta Metsola, la presidente du Parlement europeen, qui a pousse pendant des annees pour cette designation, a salue la nouvelle comme « la bonne decision », ajoutant que « beaucoup disaient que c’etait impossible. » Ursula von der Leyen, la presidente de la Commission europeenne, a declare que cette mesure « aurait du etre prise depuis longtemps ». Ces mots sont importants. Ils reconnaissent implicitement que l’Europe a trop longtemps ferme les yeux sur les activites terroristes du CGRI au nom d’une pragmatisme diplomatique qui servait davantage les interets de Teheran que ceux de ses propres citoyens.
La reaction furieuse de Teheran
Sans surprise, la reaction de l’Iran a ete immediate et virulente. Le ministre des Affaires etrangeres Abbas Araghchi a qualifie la designation d’« erreur strategique majeure » et de « coup de publicite », accusant les pays europeens de « souffler sur les flammes » dans une region deja au bord de l’embrasement. Sur le reseau social X, Araghchi a ecrit que « plusieurs pays s’efforcent actuellement d’empecher l’eclatement d’une guerre totale dans notre region », accusant l’Europe de compromettre ces efforts. Le ministere iranien des Affaires etrangeres a condamne la decision, la qualifiant d’« illegale, politique et contraire au droit international », et de violation de la souverainete du pays. Teheran a egalement averti que la mesure aurait des « consequences destructrices » et que l’Iran « se reserve le droit de prendre des mesures appropriees dans le cadre du droit international pour defendre sa souverainete ». En d’autres termes : des represailles. La question est de savoir quelle forme ces represailles prendront. Des cyberattaques contre des infrastructures europeennes ? Des operations d’espionnage intensifiees ? Des menaces contre des citoyens europeens en Iran ou au Moyen-Orient ? Le regime n’a jamais hesite a utiliser tous les moyens a sa disposition pour punir ceux qui osent le defier.
Quand un regime accuse le monde entier de le persecuter tout en massacrant ses propres citoyens dans les rues, ce n’est plus de la diplomatie. C’est du gaslighting a l’echelle d’un Etat. Et l’Europe a enfin refuse de se laisser manipuler.
Le piege de l’indignation selective
Il faut reconnaitre que Teheran n’a pas entierement tort sur un point, meme si cette concession me coute. L’Iran a denonce ce qu’il appelle une « indignation selective » de la part de l’Europe. C’est un argument qui merite d’etre examine honnêtement. Pourquoi le CGRI et pas d’autres forces de securite qui commettent des atrocites ailleurs dans le monde ? Pourquoi maintenant et pas en 2019, quand le CGRI avait deja abattu des manifestants dans les rues ? Pourquoi pas lors du mouvement Femme, Vie, Liberte de 2022 ? La reponse, aussi desagreable soit-elle, est que la geopolitique dicte le calendrier moral de l’Europe. La designation du CGRI n’arrive pas parce que l’Europe a soudainement decouvert les horreurs du regime iranien. Elle arrive parce que le contexte geopolitique, les manifestations massives, la pression americaine, l’affaiblissement strategique de l’Iran apres la guerre de 12 jours, et l’effondrement des arguments diplomatiques en faveur du dialogue, a finalement rendu la decision politiquement possible. C’est une realite cynique, mais c’est la realite. Mieux vaut une bonne decision tardive qu’une mauvaise decision rapide. Mais les morts de 2019 et de 2022 meritaient la meme reaction.
Le catalyseur : le sang des manifestants
Ce qui a fait basculer l’Europe, c’est le sang. Pas les rapports diplomatiques, pas les analyses strategiques, pas les calculs geopolitiques. Le sang. Les images insoutenables de la repression menee par les forces de securite iraniennes contre les manifestants depuis fin decembre 2025 ont rendu la position de prudence moralement intenable. Le rapporteur special des Nations Unies pour l’Iran a estime a au moins 5 000 le nombre de manifestants tues. L’agence HRANA a documente 6 479 morts confirmes parmi les manifestants et plus de 17 000 cas supplementaires en cours de verification. Le massacre du 8 janvier, quand les forces de securite ont lance un assaut d’une brutalite telle que certains observateurs l’ont compare aux pires episodes de l’histoire moderne, a constitue le point de non-retour. Les manifestations, declenchees par l’effondrement economique, l’inflation galopante a plus de 52 pour cent et l’effondrement du rial a 1,44 million pour un dollar, se sont rapidement transformees en un mouvement appelant a la fin du regime theocratique dans les 31 provinces du pays. C’est la plus grande revolte depuis 1979. Et le CGRI en est le principal instrument de repression.
Il a fallu des milliers de morts pour que l’Europe bouge. Des milliers de corps etendus dans les rues iraniennes pour que 27 capitales trouvent le courage de nommer le terrorisme d’Etat. Cette lenteur coupable restera une tache sur la conscience de l’Europe, quoi que l’on fasse desormais.
Le president Pezeshkian, figure tragique de la crise
Pensez a Masoud Pezeshkian, le president iranien, figure tragique de cette crise. Pezeshkian, qui avait soutenu le mouvement Femme, Vie, Liberte de 2022-2023, a d’abord tente de se placer du cote des manifestants en reconnaissant les griefs economiques et en appelant au dialogue. Les medias d’Etat, dans un geste rare, ont couvert les manifestations en les presentant comme motivees par la crise economique, sans toutefois reconnaitre les appels au changement de regime. Mais Pezeshkian n’est pas le vrai pouvoir en Iran. Le Guide supreme Ali Khamenei et les Gardiens de la Revolution le sont. Et quand les Gardiens ont decide que la repression l’emporterait sur le dialogue, le president n’a rien pu faire. La presidence iranienne, sous le systeme theocratique, est une facade institutionnelle derriere laquelle le pouvoir reel appartient a ceux qui ont les armes. Et ceux qui ont les armes, ce sont les Gardiens. C’est precisement pour cette raison que leur designation comme organisation terroriste est si importante. Elle cible le vrai centre de pouvoir, pas sa vitrine.
L'Europe rejoint un front qui s'elargit
Avec cette designation, l’UE rejoint un front international qui comprend desormais les Etats-Unis, le Canada et l’Australie, tous trois ayant deja inscrit le CGRI sur leurs listes d’organisations terroristes. Les Etats-Unis ont ete les premiers, sous la presidence de Trump lors de son premier mandat en 2019, marquant la premiere fois qu’une force armee gouvernementale etrangere recevait cette designation par Washington. Le fait que l’UE suive sept ans plus tard illustre a la fois la lenteur institutionnelle europeenne et la profondeur des resistances qu’il a fallu vaincre. Le CGRI rejoint desormais la liste terroriste europeenne aux cotes de 22 autres groupes, dont l’Etat islamique, al-Qaeda, le Hamas, l’aile militaire du Hezbollah et le PKK. Le ministre israelien des Affaires etrangeres, Gideon Saar, a salue la decision europeenne, declarant qu’elle « portera un coup economique significatif a une organisation qui controle une vaste part de l’economie du regime iranien ». C’est peut-etre optimiste sur le plan economique, mais sur le plan symbolique et juridique, Saar n’a pas tort. La coalition anti-CGRI n’a jamais ete aussi large.
Quand les Etats-Unis, le Canada, l’Australie et maintenant l’Union europeenne designent unanimement une organisation comme terroriste, ce n’est plus une question d’opinion. C’est un constat factuel que le monde entier pose enfin sur la nature reelle des Gardiens de la Revolution.
Le contexte americain : l’armada de Trump
La decision europeenne ne se produit pas dans un vide geopolitique. Elle intervient alors que le president Donald Trump intensifie la pression militaire sur l’Iran, deployant une « massive armada » menee par le porte-avions USS Abraham Lincoln dans le golfe Persique. Trump a menace Teheran de frappes « bien pires » que celles de juin 2025, quand les Etats-Unis et Israel avaient bombarde les sites nucleaires iraniens lors de la guerre de 12 jours. La designation europeenne du CGRI fournit a Trump un levier diplomatique supplementaire et renforce le message d’isolement international envoye au regime iranien. Mais elle pose aussi la question de la coordination transatlantique. L’Europe et les Etats-Unis sont-ils sur la meme longueur d’onde ? Pas necessairement. L’Europe favorise la pression diplomatique et economique. Trump semble osciller entre la pression militaire et la diplomatie coercitive. La designation du CGRI est un terrain d’entente, mais les divergences sur la methode restent profondes. L’Europe n’a aucune envie d’etre entrainee dans une guerre que Trump pourrait declencher.
La question des canaux diplomatiques
L’une des grandes craintes qui bloquaient la designation etait qu’elle couperait tout canal diplomatique avec l’Iran. Cette crainte a-t-elle ete justifiee ? Kaja Kallas, la cheffe de la diplomatie europeenne, a repondu directement a cette question en declarant que « ces risques ont ete calcules » et que les interactions avec le ministre des Affaires etrangeres iranien ne sont pas couvertes par la designation. Elle a ajoute que « l’estimation est que les canaux diplomatiques resteront ouverts ». Le ministre italien des Affaires etrangeres, Antonio Tajani, a rencheri en declarant que la decision « ne signifie pas que nous devons cesser de dialoguer ». C’est un equilibre delicat mais intelligent. L’Europe distingue entre les Gardiens de la Revolution, bras arme de la repression, et l’appareil diplomatique iranien, qui reste un interlocuteur necessaire. C’est une nuance que Teheran refuse de reconnaitre, mais qui est essentielle pour maintenir la possibilite d’une resolution diplomatique de la crise. Sanctionner n’est pas rompre. C’est poser des conditions. Et des conditions, c’est exactement ce dont cette relation dysfonctionnelle a besoin.
Les limites de la designation
Il serait naif de croire que cette designation va, a elle seule, changer le cours de l’histoire. Ses limites sont reelles et il faut les nommer honnêtement. Premierement, l’impact economique sera marginal a court terme. Le commerce UE-Iran s’est deja effondre. L’Iran perd deja environ 20 pour cent de ses revenus petroliers potentiels en essayant de contourner les sanctions americaines via des circuits indirects et couteux. Ajouter une designation terroriste europeenne sur un pays deja ecrase par les sanctions, c’est comme ajouter des chaines a un prisonnier deja enchaine. Ca ne change pas fondamentalement sa condition. Deuxiemement, la decision formelle n’est pas encore entierement adoptee. La decision politique a ete prise le 29 janvier, mais l’adoption formelle doit encore passer par un futur Conseil europeen. C’est une formalite, certes, mais dans le monde de la diplomatie europeenne, les formalites peuvent prendre du temps. Et plus le delai est long, moins la mesure est efficace. Un responsable cite dans la presse a averti : « Plus les pays europeens tarderont a mettre en oeuvre la decision de l’UE, moins elle sera efficace. » Troisiemement, les sanctions renforcent paradoxalement le CGRI au lieu de l’affaiblir economiquement. C’est le paradoxe fondamental que l’Europe doit reconnaître.
La designation terroriste du CGRI est une condition necessaire mais pas suffisante. C’est un outil juridique, pas une baguette magique. Et quiconque croit que cocher une case sur une liste de Bruxelles va faire tomber le regime de Teheran se berce d’illusions dangereuses.
Le paradoxe des sanctions
Voici l’un des paradoxes les plus troublants de la politique occidentale envers l’Iran, et il faut que quelqu’un ait le courage de le dire clairement. Les sanctions, largement concues par les gouvernements occidentaux pour etouffer le regime iranien, ont en realite contribue a enraciner le systeme economique qu’elles etaient censees affaiblir. Quand les entreprises etrangeres ont quitte l’Iran, quand les societes privees iraniennes ont perdu leur acces aux marches internationaux, les entites liees au CGRI etaient les mieux placees pour operer sous les restrictions. Elles beneficiaient d’un acces aux devises etrangeres, aux routes commerciales informelles et a la protection securitaire. Resultat : les sanctions ont affaibli le peuple iranien tout en enrichissant ses oppresseurs. Le CGRI controle desormais des secteurs cles de l’economie, du petrole a la construction, et son bras d’ingenierie Khatam al-Anbiya est l’un des plus grands contractants du pays. C’est un cercle vicieux que la seule designation terroriste ne brisera pas. Il faut un plan plus large, plus ambitieux, plus courageux.
Ce que l'Europe doit faire maintenant
La designation terroriste du CGRI n’est qu’un premier pas. Si l’Europe veut que ce geste ait un impact reel et durable, elle doit aller beaucoup plus loin. Premierement, mettre en oeuvre la designation rapidement et rigoureusement. Chaque jour de delai est un cadeau fait au CGRI pour reorganiser ses reseaux, deplacer ses avoirs et adapter ses operations en Europe. Deuxiemement, renforcer la cooperation en matiere de renseignement entre les services de securite des 27 Etats membres pour traquer et demanteler les reseaux du CGRI sur le sol europeen. La designation facilite le partage d’informations via Europol, mais encore faut-il que les pays jouent le jeu et partagent effectivement leurs renseignements. Troisiemement, cibler l’empire economique du CGRI de maniere chirurgicale. Les sanctions actuelles sont trop generales. Il faut identifier et geler les avoirs specifiques des entites controlees par le CGRI, traquer les societes-ecrans et les reseaux de blanchiment d’argent. Quatriemement, soutenir la societe civile iranienne concretement, pas seulement en paroles. Les technologies de contournement de la censure, l’aide aux organisations de defense des droits humains, le soutien aux medias independants iraniens en exil : voila des investissements qui ont un impact reel sur la capacite du peuple iranien a lutter pour sa liberte.
Nommer le mal est necessaire. Mais combattre le mal exige plus que des mots et des listes. Ca exige des actes, du courage et de la perseverance. L’Europe a fait le premier pas. Le chemin qui reste est immense, mais il commence enfin dans la bonne direction.
Le peuple iranien, le veritable enjeu
Au milieu de toutes ces manoeuvres diplomatiques, de ces listes terroristes, de ces sanctions et de ces armadas, n’oublions jamais l’essentiel. Au coeur de cette crise, il y a un peuple. 90 millions d’etres humains qui vivent sous un regime qui les ecrase, les appauvrit, les emprisonne et les tue quand ils osent protester. Pensez a Reza, un etudiant de 20 ans a l’universite d’Isfahan qui manifeste chaque jour avec ses camarades en sachant qu’il risque sa vie. Reza ne lit pas les communiques de Bruxelles. Reza ne suit pas les deliberations du Conseil des Affaires etrangeres de l’UE. Reza se demande simplement si demain, il sera encore vivant pour continuer a reclamer la dignite et la liberte auxquelles tout etre humain a droit. C’est pour Reza que cette designation doit servir a quelque chose. Pas pour satisfaire les diplomates europeens. Pas pour donner un levier supplementaire a Trump. Pas pour permettre aux politiciens de se draper dans la vertu. Mais pour que les outils juridiques et financiers de l’Europe soient mis au service de ceux qui luttent, au peril de leur vie, contre le terrorisme d’Etat.
Un moment de verite pour la politique etrangere europeenne
Cette designation du CGRI est un test de credibilite pour l’Union europeenne dans son ensemble. Pendant des annees, l’Europe a ete critiquee, et a juste titre, pour sa timidite chronique en matiere de politique etrangere. Toujours prompte a publier des declarations, toujours lente a agir. Toujours genereuse en condamnations verbales, toujours avare en mesures concretes. Le 29 janvier 2026, l’Europe a rompu avec cette tradition d’impuissance. Elle a agi. Elle a pris une decision difficile, unanime, et lourde de consequences. Mais une decision isolee ne fait pas une politique etrangere. Ce qui compte maintenant, c’est la suite. L’Europe saura-t-elle maintenir la pression ? Saura-t-elle resister aux inevitables pressions de Teheran pour revenir en arriere ? Saura-t-elle coordonner sa position avec Washington sans se laisser entrainer dans l’aventurisme militaire de Trump ? Saura-t-elle, enfin, placer les droits humains au coeur de sa politique etrangere envers l’Iran, au lieu de les traiter comme une variable secondaire sacrifiee sur l’autel de la realpolitik ? Les prochaines semaines nous le diront. Mais pour la premiere fois depuis longtemps, il y a une lueur d’espoir que l’Europe ait finalement compris que la stabilite ne peut pas etre construite sur le silence complice face a la terreur d’Etat.
L’Europe s’est toujours voulue une puissance normative, un phare de valeurs dans un monde de rapports de force brutaux. Le 29 janvier 2026, pour une fois, elle a ete a la hauteur de ses propres ambitions. Mais le vrai test ne fait que commencer.
Le verdict de l'Histoire
La designation des Gardiens de la Revolution islamique comme organisation terroriste par l’Union europeenne est un tournant historique. C’est la premiere fois qu’une force armee gouvernementale etrangere recoit cette designation par l’Europe entiere a l’unanimite. C’est la fin d’une decennie de tergiversations. C’est un message clair envoye au regime de Teheran : le temps de l’impunite est revolu. Mais c’est aussi, et surtout, un engagement moral envers le peuple iranien. Un engagement qui doit se traduire en actes concrets, en mesures efficaces, en soutien tangible a ceux qui luttent au peril de leur vie pour la liberte et la dignite. Les Gardiens de la Revolution ne sont pas des gardiens. Ce sont des bourreaux. Et l’Europe vient enfin de le dire officiellement. Maintenant, il faut agir en consequence. Les prochains chapitres de cette histoire s’ecriront dans les semaines et les mois a venir. Ils s’ecriront dans les rues de Teheran et de Shiraz, dans les bureaux de Bruxelles et de Washington, dans les cellules des prisons iraniennes ou des milliers de manifestants croupissent. Ils s’ecriront avec le sang des braves et l’encre des diplomates. Et l’Histoire jugera l’Europe non pas sur la beaute de ses declarations, mais sur le courage de ses actes.
Signe Maxime Marquette
Encadre de transparence du chroniqueur
Ce texte est une chronique — il reflète le point de vue de son auteur et ne pretend pas a l’objectivite journalistique au sens classique du terme. L’auteur s’appuie sur des faits verifiables, mais les interprete librement pour nourrir le debat public.
Maxime Marquette est chroniqueur specialise en geopolitique et en questions internationales. Ses textes sont publies sur la plateforme mad-max.ca.
Sources
Sources primaires
The Defense Post — EU Designates Iran Guards as Terrorist Organization
Euronews — EU agrees to designate Iran’s Revolutionary Guard Corps as terrorist group
RFE/RL — EU Designates Iran’s Revolutionary Guards As Terrorist Organization
Conseil de l’UE — Iran: Council adopts new sanctions over serious human rights violations
Al Jazeera — Iran slams selective outrage after EU labels IRGC a terrorist group
Sources secondaires
France 24 — France backs push to put Iran’s Revolutionary Guards on EU terrorist list
Euronews — France emerges as key holdout in EU talks on blacklisting Iran’s IRGC
Euronews — France and Spain signal support to list Iran’s Revolutionary Guard as terrorist group
Al-Monitor — European Union adds IRGC to terror list, expands sanctions
EU Today — EU adds Iran’s IRGC to terror list as fresh sanctions target officials
Modern Diplomacy — EU Designates Iran’s Revolutionary Guards as Terrorist Organization
Jerusalem Post — EU set to add IRGC to terror list after France U-turn
Euronews — Iran’s Revolutionary Guard control the economy: here’s why the currency suffers
The National — Targets of Iran’s IRGC hail its listing by EU as a terrorist organisation
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.