Pourquoi le lieu compte autant que le contenu
Ne nous y trompons pas. Le choix de Moscou comme lieu unique de negociation n’a rien de logistique ni de pratique. Il est profondement, deliberement, vicieusement symbolique. Depuis des siecles, les empires convoquent leurs vassaux dans leur capitale pour leur dicter des conditions. C’est exactement ce que Poutine cherche a reproduire. En exigeant que Zelensky vienne a Moscou, il envoie un message devastateur au monde entier : l’Ukraine n’est pas un partenaire egal, c’est un subalterne qui doit venir rendre des comptes. Imaginez la scene un instant. Zelensky, president d’un pays en guerre, traverse les frontieres pour se retrouver dans la capitale de l’ennemi, entoure de la garde pretorienne du Kremlin, face a un Poutine triomphant dans son propre palais. Les cameras de la television russe diffuseraient ces images en boucle pendant des semaines. La propagande de Moscou aurait son moment de gloire ultime : le chef ukrainien, venu a genoux implorer la paix dans la capitale de celui qui le bombarde. C’est un piege a images, un piege a narration, un piege a dignite. Et quiconque ne voit pas cela est soit naif, soit complice.
Le precedent historique qui devrait nous alerter
L’histoire regorge de ces convocations humiliantes qui ont mene au desastre. Quand Neville Chamberlain s’est rendu a Munich en 1938 pour negocier avec Hitler, il pensait obtenir la paix. Il a obtenu le deshonneur et la guerre quand meme. Quand les dirigeants des pays baltes ont ete convies a Moscou en 1940, ils en sont repartis avec des ultimatums qui menaient directement a l’annexion sovietique. Quand le president tchecoslovaque Emil Hacha a ete convoque a Berlin en mars 1939, il a ete intimide au point de signer la capitulation de son propre pays. Le schema est toujours le meme : l’agresseur invite, l’invite cede, la propagande celebre. Zelensky le sait parfaitement. Et c’est pourquoi sa reponse, le 30 janvier, a ete aussi brillante que cinglante. Il a refuse net, en rappelant qu’il est pret a negocier dans n’importe quel pays, sauf la Russie et la Bielorussie. Puis il a ajoute, avec une ironie qui restera dans l’histoire diplomatique : je peux tout aussi bien inviter Poutine a Kyiv, qu’il vienne, s’il ose bien sur. Vous avez une idee de ce que ca prend comme courage politique pour repondre ca a un homme qui peut vous faire bombarder a tout moment?
Le lieu d’une negociation n’est jamais neutre. C’est le premier champ de bataille diplomatique. Et Poutine, en choisissant Moscou et en rejetant tout autre lieu, a revele qu’il ne cherche pas la paix mais la soumission pure et simple.
La reponse magistrale de Zelensky
Un refus qui porte la dignite de toute une nation
La reponse de Volodymyr Zelensky merite d’etre citee et analysee, parce qu’elle est d’une clarte politique absolue. Le president ukrainien a declare avec fermeté : J’ai toujours dit que j’etais pret a tout format visant a mettre fin a la guerre et qui fonctionne reellement. Mais a Moscou ou en Bielorussie, c’est simplement impossible, et il est absolument clair pourquoi : parce que l’un de ces pays est l’agresseur qui a commence et mene la guerre contre nous, qui nous tue, tandis que l’autre est son partenaire dans ces actions. Ces mots ne sont pas ceux d’un homme qui fuit la negociation. Ce sont ceux d’un homme debout qui refuse l’humiliation calculee. Et quand il invite Poutine a venir a Kyiv, il retourne le piege contre son auteur avec une elegance diplomatique qui laisse pantois. Car tout le monde sait que Poutine n’ira jamais a Kyiv. Pas seulement parce que c’est la capitale d’un pays en guerre, mais parce que la Cour penale internationale a emis un mandat d’arret contre lui en mars 2023 pour la deportation illegale d’enfants ukrainiens. Mettre les pieds hors de Russie represente un risque juridique que le tyran du Kremlin ne peut tout simplement pas se permettre.
Le courage quotidien d’un president sous les bombes
Pensez un instant a ce que vit Zelensky au quotidien depuis bientot quatre ans. Sa capitale est bombardee regulierement. Plus de la moitie des foyers de Kyiv etaient sans chauffage la semaine derniere, alors que les temperatures plongent sous zero. L’electricite est coupee dans des quartiers entiers pendant que l’hiver fait rage. La Russie a lance plus de 6 000 drones rien qu’au cours du dernier mois. Et malgre tout cela, cet homme reste debout, refuse de se soumettre et continue de negocier avec intelligence et dignite. Comparez cela a Poutine, assis dans son palais de Novo-Ogariovo, entoure de ses courtisans et de ses generaux serviles, qui exige qu’on vienne le voir comme un tsar d’un autre siecle. Le contraste est saisissant et revelateur. D’un cote, un president qui vit sous les bombes et qui se bat pour son peuple. De l’autre, un dictateur qui refuse de quitter son bunker dore et qui envoie ses porte-parole faire le sale boulot rhetorique. Si vous cherchez l’obstacle a la paix dans cette guerre, ne regardez pas vers Kyiv. Regardez vers Moscou, ou un homme seul dans son palais presidentiel joue au tsar pendant que des milliers de personnes meurent.
Zelensky ne joue pas aux heros pour les cameras. Il EST le heros de cette histoire tragique. Et sa reponse a Poutine restera dans les annales diplomatiques comme un moment de dignite face a la barbarie methodiquement organisee.
Les negociations d'Abu Dhabi et l'impasse territoriale
Le premier sommet trilateral de l’histoire du conflit
Pour comprendre la demande de Moscou, il faut la replacer dans le contexte explosif des negociations d’Abu Dhabi. Les 23 et 24 janvier 2026, un evenement historique s’est produit : les premieres negociations trilaterales entre la Russie, l’Ukraine et les Etats-Unis depuis le debut de l’invasion a grande echelle. Les envoyes americains Steve Witkoff et Jared Kushner ont fait la navette entre Moscou et Abu Dhabi, porteurs d’un espoir aussi fragile qu’un chateau de cartes dans la tempete. Du cote ukrainien, le negociateur en chef Rustem Umerov et le nouveau chef du bureau presidentiel, Kyrylo Boudanov, ancien patron du renseignement militaire, etaient presents a la table. Du cote russe, l’aide presidentiel Iouri Ouchakov et l’emissaire Kirill Dmitriev representaient le Kremlin. Les discussions ont ete qualifiees de constructives par Zelensky, mais elles se sont conclues sans percee majeure. Toutes les parties ont convenu de faire rapport a leurs capitales respectives et de se retrouver pour un nouveau round des le dimanche suivant.
La question territoriale, le noeud gordien infranchissable
Zelensky a reconnu publiquement et courageusement que les differends territoriaux restent le noeud gordien de ces negociations. Nous n’avons pas encore reussi a trouver un compromis sur la question territoriale, specifiquement concernant une partie de l’est de l’Ukraine, a-t-il admis avec une franchise qui contraste avec les declarations creuses de Moscou. La Russie exige que l’Ukraine se retire completement du Donbass, y compris des zones de la region de Donetsk que Moscou revendique mais n’a jamais reussi a conquerir par les armes. Concretement, Poutine demande a l’Ukraine de ceder environ 5 000 kilometres carres de territoire qu’elle controle encore, un territoire que l’armee russe n’a pas ete capable de prendre par la force en quatre ans de guerre acharnee. Et c’est la l’obscenite fondamentale de la position russe : exiger a la table de negociation ce qu’on n’a pas pu obtenir sur le champ de bataille. C’est comme si un cambrioleur rate vous demandait de lui remettre les cles de votre maison parce qu’il n’a pas reussi a forcer la serrure. La Russie occupe environ 19 pour cent du territoire ukrainien, controle la totalite de Louhansk, mais veut aussi les 20 pour cent restants de Donetsk. L’absurdite est totale et insultante.
Les negociations d’Abu Dhabi ont montre une chose clairement : la Russie ne negocie pas pour la paix. Elle negocie pour officialiser ses conquetes territoriales. Et quand ca ne marche pas a la table, elle exige qu’on vienne s’agenouiller a Moscou.
Kaja Kallas et le regard lucide de l'Europe
Une diplomate europeenne qui ose dire la verite
Dans ce paysage diplomatique souvent marque par la langue de bois et les declarations molles, la voix de Kaja Kallas, cheffe de la politique etrangere de l’Union europeenne, detonne par sa franchise coupeuse. Observant la composition de la delegation russe aux pourparlers d’Abu Dhabi, elle a note que Moscou etait representee principalement par des militaires, des gens qui n’ont aucun mandat pour conclure un accord de paix en tant que tel. Cette observation est devastatrice par ce qu’elle revele. Si la Russie envoyait des diplomates de haut rang avec un mandat clair de negocier, cela signifierait une volonte reelle de mettre fin au conflit. Mais en envoyant des militaires sans pouvoir de decision, Moscou signale exactement le contraire : nous ne sommes pas la pour negocier, nous sommes la pour gagner du temps pendant que nos missiles continuent de tomber sur les villes ukrainiennes. Il est donc evident que les Russes ne prennent pas cela au serieux, a conclu Kallas avec une clarte qui fait du bien dans un monde de faux-semblants diplomatiques.
L’Europe face a ses propres contradictions
Mais le constat de Kallas pose aussi une question derangeante a l’Europe elle-meme. Si vous savez que la Russie ne negocie pas serieusement, que faites-vous concretement pour changer cette equation? Kallas a plaide pour des garanties de securite tangibles pour l’Ukraine, insistant sur le fait que les Americains doivent aussi etre partie prenante de ces garanties. C’est une position courageuse et necessaire. Mais elle se heurte a une realite inconfortable : l’administration Trump a ses propres priorites, et elles ne coincident pas toujours avec celles de Bruxelles. Le plan de paix americain initial, un document de 28 points redige conjointement par des responsables americains et russes, favorisait clairement Moscou. Il exigeait que l’Ukraine renonce a ses ambitions d’adhesion a l’OTAN, qu’elle cede du territoire qu’elle controle encore, et qu’elle limite la taille de son armee a 600 000 hommes. C’est la Russie qui devrait voir son armee limitee et son budget militaire encadre, a riposte Kallas avec raison. Elle a egalement averti que Kyiv pourrait devoir faire des concessions tres difficiles sur le plan territorial. Mon inquietude, a-t-elle declare, c’est que nous voyons beaucoup de concessions ukrainiennes et pas assez de pression sur Moscou.
L’Europe parle bien et fort. Mais parler ne protege personne des missiles. Tant que les mots ne seront pas suivis d’actes concrets et de moyens militaires reels, l’Ukraine continuera de payer le prix du sang pour une paix que le monde entier lui promet sans jamais la livrer.
Trump, le facteur imprevisible
Le cessez-le-feu d’une semaine et ses profondes ambiguites
Au milieu de ce chaos diplomatique, Donald Trump a ajoute sa propre touche d’imprevisibilite americaine. Le president des Etats-Unis a annonce avoir personnellement demande a Poutine de ne pas bombarder Kyiv pendant une semaine en raison du froid extreme qui sevissait dans la region. J’ai personnellement demande au president Poutine de ne pas tirer sur Kyiv et les villes pendant une semaine durant ce froid extraordinaire, a-t-il declare publiquement. Le probleme? L’Ukraine a indique n’avoir recu aucune communication officielle concernant un tel cessez-le-feu. Nous sommes donc face a une situation surreale ou le president des Etats-Unis annonce un accord que la partie directement concernee n’a meme pas confirme. C’est du theatre diplomatique dans sa forme la plus pure et la plus dangereuse. Et pendant que Trump s’exprime sur les reseaux sociaux, les missiles russes continuent de tomber. Lors meme des negociations d’Abu Dhabi, la Russie a lance 375 drones et 21 missiles contre l’infrastructure energetique ukrainienne, plongeant des quartiers entiers de Kyiv dans le noir et le froid glacial. Le cynisme est total.
L’envoi de Kushner et Witkoff au Kremlin
L’administration Trump a neanmoins joue un role diplomatique non negligeable en envoyant Steve Witkoff et Jared Kushner a Moscou pour rencontrer Poutine la veille des pourparlers d’Abu Dhabi. Les discussions se sont prolongees jusqu’aux premieres heures du matin, signe que les echanges etaient substantiels. Mais le fond de ces discussions nocturnes reste opaque et inquietant. Qu’a promis Washington a Moscou en echange d’une participation aux negociations? Quelles concessions ont ete evoquees dans le secret des salons du Kremlin? Le fait que le plan de paix initial favorise Moscou devrait alarmer tous ceux qui croient en la souverainete ukrainienne. Zelensky a declare que l’accord sur les garanties de securite americaines etait pret a 100 pour cent et attendait la signature, ainsi que la ratification par le Congres americain et le parlement ukrainien. Mais entre une signature et des garanties reelles sur le terrain, il y a un ocean d’incertitude. Demandez aux Ukrainiens ce que vaut le memorandum de Budapest de 1994, ou la Russie garantissait l’integrite territoriale de l’Ukraine en echange de la renonciation a son arsenal nucleaire. Ils vous diront que les promesses ecrites des grandes puissances ne valent que le papier sur lequel elles sont imprimees quand personne n’est pret a les faire respecter par la force.
Trump veut la paix, c’est certain. Mais quelle paix exactement? Celle qui honore le sacrifice de dizaines de milliers d’Ukrainiens ou celle qui recompense l’agression russe? La reponse a cette question determinera l’avenir de l’ordre mondial pour des decennies a venir.
La strategie de Poutine : negocier pour ne jamais conclure
L’art machivelique de faire porter le blame a la victime
Revenons au coeur de la strategie poutinienne, car c’est la que se trouve la cle de tout ce theatre diplomatique. La demande de Moscou comme lieu unique n’est pas une proposition serieuse. C’est un piege narratif d’une redoutable efficacite. Poutine sait parfaitement que Zelensky ne peut pas venir a Moscou. Il le sait, et c’est exactement ce qu’il veut. Car une fois que Zelensky refuse, la propagande russe peut clamer sur tous les ecrans : Vous voyez, c’est l’Ukraine qui refuse de negocier! C’est exactement ce que Peskov a fait le 30 janvier en declarant avec un aplomb sidérant : je rappellerais que Poutine n’a invite Zelensky nulle part de sa propre initiative. C’est Zelensky qui a demande cette rencontre. C’est Zelensky qui initie la reunion. Ce retournement est d’une habilete diabolique. Le Kremlin transforme sa propre intransigeance en accusation contre l’Ukraine. Et dans le jeu complexe des perceptions internationales, cette strategie fonctionne mieux qu’on ne le croit, surtout aupres des pays du Sud global qui ne suivent pas le conflit avec la meme attention que les Occidentaux.
Des delegations sans mandat, signe d’un manque de serieux delibere
Comme l’a souligne Kaja Kallas avec une precision chirurgicale, l’envoi de militaires sans mandat de negociation aux pourparlers d’Abu Dhabi confirme cette strategie de facade diplomatique. La Russie ne veut pas negocier. Elle veut donner l’impression de negocier tout en poursuivant son effort de guerre avec une intensite meurtiere. C’est ce que les specialistes des relations internationales appellent la negociation de facade, un processus ou une partie participe aux discussions uniquement pour les faire echouer de l’interieur tout en se presentant comme raisonnable. Les signes sont partout pour qui veut les voir. Moscou bombarde l’Ukraine pendant les negociations. Moscou envoie des delegations sans pouvoir de decision. Moscou exige un lieu deliberement humiliant. Et la Russie a annonce fin 2025 son intention de durcir, pas d’assouplir, de durcir sa position. Le ministre ukrainien des Affaires etrangeres, Andrii Sybiha, a denonce le cynisme absolu de Poutine qui a ordonne une frappe massive contre l’Ukraine au moment meme ou les delegations se rencontraient a Abu Dhabi. Comment pouvez-vous bombarder un pays et pretendre vouloir la paix en meme temps? La reponse est simple : vous ne le pouvez pas. Sauf si votre objectif n’a jamais ete la paix.
La Russie ne negocie pas pour la paix. Elle negocie pour la guerre par d’autres moyens. Chaque proposition, chaque invitation, chaque declaration est un acte de guerre deguise en geste diplomatique. Et il est grand temps que le monde ouvre les yeux sur cette mascarade.
Les deux poudrires : territoire et nucleaire
Le Donbass, la blessure ouverte de l’Ukraine
Le ministre ukrainien des Affaires etrangeres, Andrii Sybiha, a identifie les deux questions les plus sensibles et les plus explosives des negociations : les differends territoriaux et l’avenir de la centrale nucleaire de Zaporijjia. Sur le front territorial, la situation est aussi claire que desesperante. La Russie occupe environ 19 pour cent du territoire ukrainien. Elle controle la totalite de la region de Louhansk et la majeure partie de la region de Donetsk. Mais elle ne controle pas tout, et ce sont ces 20 pour cent restants de Donetsk que Poutine exige a la table des negociations comme condition prealable a toute discussion de paix. Pour les Ukrainiens, ceder un territoire que leurs soldats ont defendu au prix de leur sang, de leur sueur et de leurs vies est moralement et politiquement impensable. Les sondages montrent que la population ukrainienne refuse massivement toute concession territoriale a l’agresseur. Et Zelensky l’a dit avec une fermete inebranlable : il ne cedera pas des terres que la Russie n’a pas ete capable de prendre en quatre ans de combats acharnes. Ce n’est pas de l’entêtement. C’est de la dignite nationale dans sa forme la plus pure.
Zaporijjia, la bombe a retardement au coeur de l’Europe
L’autre dossier brulant est celui de la centrale nucleaire de Zaporijjia, la plus grande d’Europe avec ses six reacteurs, occupee par les forces russes depuis mars 2022. Cette centrale, dont tous les reacteurs sont a l’arret, represente un danger permanent et terrifiant pour tout le continent europeen. Les bombardements repetes autour du site ont provoque des coupures d’electricite alimentant les systemes de refroidissement, augmentant le risque d’un incident nucleaire aux consequences incalculables. L’Agence internationale de l’energie atomique a tire la sonnette d’alarme a plusieurs reprises, envoyant des inspecteurs sur place dans des conditions de securite precaires. Mais qui controle cette centrale dans le cadre d’un accord de paix? La Russie, qui l’occupe militairement et illegalement? L’Ukraine, a qui elle appartient legalement et historiquement? Ou une entite internationale de transition? Cette question, a elle seule, pourrait faire echouer n’importe quelle negociation. Et Poutine le sait parfaitement. En gardant Zaporijjia comme monnaie d’echange, il dispose d’un levier de pression quasi nucleaire, au sens propre et terrifiant du terme. Cher lecteur, prenez conscience de la gravite de cette situation : un dictateur tient en otage la plus grande centrale nucleaire d’Europe, et une partie du monde continue de lui proposer des negotiations comme si tout cela etait parfaitement normal.
Le Donbass et Zaporijjia ne sont pas des dossiers parmi d’autres sur la table des negociations. Ce sont les deux poudrires sur lesquelles repose tout l’edifice fragile de la paix. Et tant que Poutine utilisera ces dossiers comme armes de chantage, aucune negociation serieuse et honnete n’est possible.
L'accord a 90 pour cent et les 10 pour cent qui changent tout
La declaration revelatrice du Nouvel An
Dans ses voeux du Nouvel An 2026, Volodymyr Zelensky a fait une declaration qui resume a elle seule le paradoxe douloureux de ces negociations. L’accord de paix est pret a 90 pour cent, a-t-il affirme devant les cameras, avant d’ajouter avec une lucidite desarmante : les 10 pour cent restants contiennent tout, en fait. Cette phrase est d’une profondeur vertigineuse quand on prend le temps de la mediter. 90 pour cent de l’accord est negocie. Les garanties de securite, le cadre juridique, les mecanismes de surveillance et de verification, les arrangements institutionnels, tout cela est en place ou presque. Mais les 10 pour cent qui restent, ce sont le territoire et la centrale nucleaire. Autrement dit, les deux seules choses qui comptent vraiment pour l’avenir de l’Ukraine en tant que nation souveraine. C’est comme si vous aviez negocie 90 pour cent d’un contrat de mariage, mais que les 10 pour cent restants concernaient la question de savoir si vous allez vivre ensemble ou separement. Zelensky a par ailleurs indique que l’Ukraine prevoyait de completer tous les volets de negociation d’ici la fin 2026 et d’etre techniquement prete pour un accord final en 2027. Cet echeancier revele a la fois l’optimisme prudent et le realisme douloureux de Kyiv face a une situation qui s’eternise.
Les concessions ukrainiennes face a l’intransigeance de Moscou
Ce que beaucoup d’observateurs internationaux ignorent ou choisissent d’ignorer, c’est que l’Ukraine a deja fait des concessions significatives dans le cadre de ces negociations. Zelensky a signale sa disposition a discuter de compromis territoriaux, une position qui aurait ete absolument impensable il y a encore deux ans. Kyiv a aussi accepte de discuter de certaines limitations militaires dans le cadre d’un eventuel accord. L’accord sur les garanties de securite avec les Etats-Unis est pret a 100 pour cent selon Zelensky, attendant la signature et la ratification par le Congres americain et le Parlement ukrainien. Mais chaque concession ukrainienne se heurte au mur de l’intransigeance russe. Moscou a declare fin 2025 son intention de durcir sa position dans les negociations. Vous lisez bien : pas d’assouplir, mais de durcir. La Russie a annonce publiquement qu’elle allait etre plus exigeante, pas moins, au moment meme ou l’Ukraine faisait des gestes d’ouverture sans precedent. Et pendant ce temps, Zelensky continue de proposer des rencontres, continue de tendre la main, et le monde continue de regarder en esperant que ca finisse par s’arranger tout seul. Mais ca ne s’arrangera pas tout seul, cher lecteur, et vous le savez aussi bien que moi. Les guerres ne finissent pas par l’inertie ou la fatigue. Elles finissent par la determination et le courage.
Les 10 pour cent qui manquent ne sont pas un detail technique a regler en fin de parcours. Ils sont le coeur battant et sanglant de cette guerre. Et tant que Moscou refusera de negocier serieusement sur ces questions fondamentales, les 90 pour cent deja acquis ne vaudront strictement rien.
Le mandat de la CPI, l'elephant dans la piece diplomatique
Pourquoi Poutine est prisonnier de son propre pays
Il y a un element crucial que la plupart des analyses geopolitiques oublient ou evitent soigneusement de mentionner, et qui explique en grande partie pourquoi Poutine insiste avec tant d’obstination sur Moscou comme lieu unique de rencontre. Le president russe fait l’objet d’un mandat d’arret international emis par la Cour penale internationale en mars 2023 pour la deportation illegale d’enfants ukrainiens vers la Russie. Ce mandat signifie que tout Etat signataire du Statut de Rome est theoriquement oblige d’arreter Poutine s’il met les pieds sur son territoire. Bien sur, dans la pratique, certains pays ont montre qu’ils n’appliqueraient pas ce mandat avec empressement. Mais le risque juridique existe bel et bien, et Poutine ne le prendra pas. C’est pourquoi il n’est pas alle au sommet des BRICS en Afrique du Sud, pourquoi il a strictement limite ses voyages a des pays allies comme la Chine, la Mongolie ou les Emirats arabes unis, et pourquoi il insiste pour que toute rencontre ait lieu en Russie. Ce n’est pas un choix diplomatique reflechit. C’est une contrainte juridique penible deguisee en preference souveraine. Et personne dans les grands medias ne semble vouloir nommer cette realite gênante.
L’ironie devastatrice de la situation
Reflechissez un instant a l’ironie mordante de cette situation. Poutine, qui se presente comme un leader mondial incontournable, pivot de l’ordre multipolaire, est en realite un fugitif international qui ne peut pas quitter son propre pays sans risquer l’arrestation. Il exige que Zelensky vienne a lui, non pas parce qu’il est en position de force veritable, mais parce qu’il ne peut pas aller ailleurs sans craindre les consequences de ses propres crimes. C’est la faiblesse deguisee en arrogance, la peur deguisee en puissance. Et quand Zelensky l’invite a Kyiv, sachant parfaitement qu’il ne viendra jamais, il expose cette faiblesse fondamentale avec une elegance devastatrice. Poutine est prisonnier de son propre pays, prisonnier de ses propres crimes contre l’humanite, prisonnier de ses propres decisions catastrophiques. Et il voudrait nous faire croire que c’est lui qui dicte les regles du jeu diplomatique? Vous savez ce que c’est, un homme qui invite quelqu’un chez lui parce qu’il n’a nulle part ailleurs ou aller en securite? Ce n’est pas un hote puissant recevant un visiteur. C’est un homme qui a peur de sortir de chez lui. Et c’est exactement ce qu’est Vladimir Poutine en ce mois de janvier 2026 : un tyran terrific qui se cache derriere les murs du Kremlin en pretendant regner sur le monde.
Le mandat de la CPI n’est pas un detail juridique secondaire. C’est la raison fondamentale et inavouable pour laquelle Poutine exige Moscou. Et le fait que presque personne dans le debat public n’en parle ouvertement montre a quel point nous avons normalise l’impunite des puissants de ce monde.
Ce que cette crise revele sur l'etat du monde
L’effondrement silencieux du droit international
Cette affaire depasse largement le cadre du conflit russo-ukrainien. Ce qui se joue ici, devant nos yeux souvent indifferents, c’est l’avenir meme du droit international tel que nous le connaissons depuis 1945. Si un pays peut envahir son voisin, annexer son territoire par la force, bombarder deliberement ses civils et son infrastructure energetique, et ensuite exiger que sa victime vienne negocier dans sa propre capitale, alors les regles qui regissent les relations entre nations ne valent plus rien. Le systeme des Nations Unies, deja fragilise par des decennies d’impuissance, ne survivra pas a un tel precedent. Car si la Russie reussit son pari infernal, d’autres suivront inevitablement. La Chine regardera Taiwan avec un appetit renouvele. L’Iran se sentira conforte dans ses ambitions regionales. Et chaque dictateur de la planete saura qu’il suffit d’envahir un voisin et d’attendre que le monde se fatigue pour obtenir ce qu’on veut. Est-ce vraiment le monde dans lequel nous voulons vivre? Est-ce l’heritage que nous voulons laisser a nos enfants et a nos petits-enfants?
L’appel a la conscience collective de notre generation
Cher lecteur, je m’adresse a vous directement et sans detour. Ce qui se passe en Ukraine n’est pas un conflit lointain qui ne vous concerne pas. C’est le test ultime de notre capacite collective a defendre les valeurs que nous pretendons cherir : la liberte, la souverainete, le droit des peuples a disposer d’eux-memes. Si nous echouons ce test historique, ce n’est pas seulement l’Ukraine qui perdra. C’est nous tous, partout dans le monde. Les Ukrainiens se battent depuis bientot quatre ans, dans le froid, sous les bombes, avec un courage surhumain qui force l’admiration de quiconque a encore une conscience. Ils ne nous demandent pas de mourir pour eux. Ils nous demandent simplement de ne pas les abandonner. De ne pas valider l’humiliation que Poutine leur inflige en exigeant qu’ils viennent a Moscou. De ne pas transformer leur sacrifice en monnaie d’echange dans un accord de paix qui recompenserait l’agression et punirait la resistance. C’est le minimum absolu que nous leur devons. Et si nous ne sommes meme pas capables de ca, alors c’est nous qui ne meritons pas les valeurs dont nous nous reclamons si fièrement.
L’exigence de Moscou n’est pas un caprice diplomatique ni une question de protocole. C’est un test pour le monde entier. Et jusqu’a present, le monde est en train d’echouer lamentablement a ce test.
En fin de compte, l’exigence de Poutine revele une verite que beaucoup refusent obstinement de voir. Le maitre du Kremlin ne veut pas la paix. Il veut la victoire totale. Et la victoire, pour lui, c’est l’humiliation de l’Ukraine, l’effondrement de l’ordre international et la confirmation que la force brute l’emporte toujours sur le droit et la justice. La reponse de Zelensky, digne, courageuse, ironique et profondement humaine, est un rappel que la resistance n’est pas une posture mediatique. C’est un choix moral fondamental que chacun d’entre nous devrait soutenir avec toute l’energie dont il dispose. Car le jour ou nous accepterons qu’un agresseur puisse dicter les termes de la paix dans sa propre capitale, ce jour-la, nous aurons perdu bien plus qu’une negociation diplomatique. Nous aurons perdu notre ame collective et l’espoir d’un monde ou le droit prevaut sur la force.
Signe Maxime Marquette
Encadre de transparence du chroniqueur
Ce texte est une chronique – il reflète le point de vue de son auteur et ne prétend pas à l’objectivité journalistique au sens classique du terme. L’auteur s’appuie sur des faits vérifiables, mais les interprète librement pour nourrir le débat public.
Maxime Marquette est chroniqueur spécialisé en géopolitique et en questions internationales. Ses textes sont publiés sur la plateforme mad-max.ca.
Sources
Sources primaires
Al Jazeera — Ukrainian President Zelenskyy invites Putin to Kyiv for talks
Anadolu Agency — Kremlin says Moscow venue only option for possible Putin-Zelenskyy meeting
TASS — Russia considers Moscow sole venue for talks with Zelensky
Sources secondaires
Euronews — More talks expected next week after Ukraine, Russia and US conclude Abu Dhabi meeting
Al Jazeera — Ukraine-Russia-US hold talks in Abu Dhabi with territory as key issue
CNN — Ukraine hails first trilateral talks with Russia and US as constructive
The Hill — Volodymyr Zelensky rejects Vladimir Putin’s Moscow invite, proposes Kyiv talks instead
Foundation for Defense of Democracies — Russia’s Maximalist Demands Remain Chief Obstacle to Peace
La Presse — L’accord de paix est pret a 90 pour cent, il reste 10 pour cent, dit Zelensky
CNBC — U.S.-brokered peace talks break off without a deal after overnight Russian bombardment
La Nouvelle Tribune — Russie : Zelensky refuse l’invitation de Poutine a Moscou et lance un defi
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