Le BM-35, premier drone kamikaze sous controle Starlink
Parmi les drones identifies par les forces ukrainiennes, le BM-35 constitue une avancee particulierement inquietante. Ce drone kamikaze, ce que les militaires appellent une munition rodeuse, a ete detecte pour la premiere fois sous controle Starlink grace a l’analyse minutieuse de ses debris apres impact. Le BM-35 est un engin a aile delta, propulse par un moteur a essence deux temps avec une helice propulsive a l’avant du fuselage. Il est concu pour un usage unique : trouver sa cible et s’y ecraser en explosant. Et avec un terminal Starlink integre dans sa structure, sa portee operationnelle atteint desormais les 500 kilometres, selon les estimations de Serhiy Beskrestnov. Cinq cents kilometres. C’est la distance entre Montreal et Toronto. C’est assez pour frapper n’importe quelle ville ukrainienne depuis le territoire russe. L’Institute for the Study of War a meme averti que ces drones pourraient potentiellement atteindre des parties du territoire de l’OTAN s’ils etaient lances depuis la Russie ou l’Ukraine occupee. Nous ne parlons plus d’une menace limitee au champ de bataille. Nous parlons d’une menace qui pourrait toucher l’ensemble de l’Europe.
Le Molniya-2R, la reconnaissance invisible
L’autre drone qui fait froid dans le dos, c’est le Molniya-2R. Developpe initialement comme drone d’attaque FPV, le Molniya a connu une evolution rapide et terrifiante. Sa derniere version, le 2R, est dediee a la reconnaissance aerienne et represente un saut technologique que personne n’avait anticipe. Avec une envergure d’environ 1,3 a 1,5 metre et une construction en contreplaque, c’est un engin bon marche et jetable que les Russes assemblent en dix minutes sur le terrain. Dix minutes pour construire un drone de reconnaissance capable de voler a 200 kilometres a l’heure et de detecter des cibles a 4,5 kilometres de distance. Son systeme embarque utilise un ordinateur Raspberry Pi 5 et un mini-PC chinois F8 fonctionnant sous Windows 11. Il est equipe d’une camera chinoise SIYI ZR10 avec zoom optique dix fois et stabilisation sur trois axes. Et surtout, il utilise le terminal Starlink UTA-231 pour transmettre en temps reel les flux video de ses deux cameras, les donnees de telemetrie et les commandes de controle. Neuf drones sur dix atteignent leur cible avec succes. Voila la realite du champ de bataille en 2026 : un drone en contreplaque, un ordinateur grand public et un terminal Starlink suffisent a creer une arme redoutablement efficace.
Le Molniya en contreplaque avec son Raspberry Pi et son Starlink est le symbole parfait de la guerre moderne : rustique, bon marche, mortel. Et le fait qu’il utilise une technologie americaine pour tuer des Ukrainiens est une obscenite que le monde ne devrait pas tolerer.
Le terminal Starlink Mini UTA-231, petit appareil aux grandes consequences
Les specifications techniques d’un probleme geopolitique
Au coeur de cette crise se trouve un petit appareil que vous pourriez tenir dans vos mains : le Starlink Mini, modele UTA-231. Ce terminal, concu par SpaceX pour democratiser l’acces a Internet dans les zones reculees, offre des vitesses de telechargement depassant les 100 megabits par seconde, un routeur Wi-Fi integre, une faible consommation d’energie et la capacite de fonctionner en courant continu. Toutes ces caracteristiques en font un equipement ideal pour une utilisation militaire embarquee sur un drone. Mais c’est sa resistance aux mesures de guerre electronique qui en fait une arme veritablement revolutionnaire sur le champ de bataille ukrainien. L’Ukraine a investi massivement dans des systemes de brouillage electronique pour neutraliser les drones russes. Pendant des mois, cette strategie a fonctionne : les drones guides par GPS ou par signaux radio traditionnels pouvaient etre brouilles et detournes de leur trajectoire. Mais Starlink change completement la donne. Comme l’a explique Beskrestnov, un drone sous controle Starlink est largement immune au brouillage terrestre. Sa position en vol ne peut meme pas etre detectee par les equipements de reconnaissance electronique conventionnels. En d’autres termes, les defenses que l’Ukraine a construites pendant quatre ans sont rendues partiellement obsoletes par un terminal de 400 a 500 dollars americains disponible sur le marche gris.
Le cout derisoire d’une menace existentielle
Arretons-nous un instant sur ce chiffre : 400 a 500 dollars pour un terminal Starlink Mini. C’est le prix d’une camera thermique pour un drone FPV a usage unique. C’est moins cher qu’un telephone intelligent haut de gamme. Et c’est tout ce qu’il faut pour transformer un drone en contreplaque rudimentaire en une arme de precision quasi invulnerable aux contre-mesures electroniques. La guerre asymetrique a atteint un nouveau sommet de cruaute economique. D’un cote, l’Ukraine depense des millions en systemes anti-drones sophistiques. De l’autre, la Russie contourne ces defenses avec un terminal grand public qui coute moins cher qu’un billet d’avion Montreal-Paris. Un drone Molniya sur trois equipe de Starlink atteint sa cible, a rapporte Flash au diffuseur public ukrainien Suspilne. Un sur trois. Et quand ces drones sont lances par essaims entiers contre des infrastructures energetiques, le taux de succes devient catastrophique. Recemment, un essaim de drones Molniya equipes de Starlink a frappe des installations energetiques dans la region de Tchernihiv. La Russie a lance plus de 6 000 drones au cours du dernier mois. Faites le calcul. L’equation est terrifiante et elle ne joue pas en faveur de l’Ukraine.
Quand un terminal civil de 500 dollars rend obsoletes des systemes de defense qui coutent des millions, nous ne sommes plus dans le domaine de la technologie. Nous sommes dans le domaine de l’absurde tragique. Et c’est la realite quotidienne de cette guerre.
L'attaque du train de passagers, le crime qui a tout change
Cinq morts dans un acte de terrorisme technologique
Le 27 janvier 2026, un train de passagers a ete frappe dans le nord-est de l’Ukraine par des drones Shahed controles manuellement par des operateurs, possiblement via une connexion Starlink. Cinq personnes sont mortes. Cinq civils dont le seul crime etait de prendre un train dans leur propre pays. Kyiv a qualifie cette attaque d’acte de terrorisme, et il est difficile de trouver un mot plus juste. Les photos publiees par Serhiy Beskrestnov montrent les debris des drones avec leurs terminaux Starlink clairement visibles, integres dans la structure de l’appareil. Ce ne sont pas des terminaux colles a la hate par des amateurs. Ce sont des installations de niveau industriel, avec des points de fixation standardises, suggerant un processus de production organise a grande echelle. Cette attaque a ete le declencheur qui a pousse le ministere ukrainien de la Defense a contacter SpaceX directement. En quelques heures, le ministre Fedorov et son equipe ont elabore des propositions techniques et les ont transmises a la direction de SpaceX. La reaction en chaine diplomatique et technologique qui a suivi revele l’ampleur de la crise.
Le cri d’alarme d’un peuple en hiver
Cette attaque ne peut pas etre separee du contexte plus large de la terreur energetique que la Russie inflige a l’Ukraine en plein hiver. Au moment ou ces drones Starlink frappent des trains et des centrales, plus de la moitie des foyers de Kyiv sont sans chauffage. La majeure partie de la capitale est privee d’electricite. Les temperatures plongent sous zero et des millions de personnes vivent dans le froid et l’obscurite. Volodymyr Zelensky a lance des appels desesperes a la communaute internationale pour obtenir des systemes de defense aerienne supplementaires. Donald Trump a demande a Poutine de ne pas bombarder Kyiv pendant une semaine en raison du froid extreme, mais l’Ukraine n’a recu aucune confirmation officielle de ce cessez-le-feu. Et pendant ce temps, la Russie continue de bombarder avec des drones equipes de technologie americaine. Chaque terminal Starlink monte sur un drone russe est une gifle au visage de l’Occident tout entier. C’est notre technologie, fabriquee par nos entreprises, qui tue des civils ukrainiens dans leurs trains et prive des millions de personnes de chauffage en plein hiver. Cher lecteur, comment pouvons-nous accepter cela sans reagir avec la fureur morale que la situation exige?
Cinq morts dans un train. Des terminaux Starlink dans les debris. Le symbole est insoutenable : la technologie que nous avons creee pour connecter le monde est utilisee pour tuer des innocents qui prennent le train dans leur propre pays. Si cela ne vous revolte pas, rien ne le fera.
La reaction de SpaceX et le role ambigu d'Elon Musk
La gratitude officielle et les questions qui fachent
La reaction de SpaceX a ete rapide, il faut le reconnaitre. Le ministre Mykhailo Fedorov a publiquement remercie la presidente de SpaceX, Gwynne Shotwell, et personnellement Elon Musk pour leur reponse rapide et le debut du travail sur une resolution de la situation. Fedorov a rappele que la decision urgente de Musk d’activer Starlink et d’envoyer le premier lot de terminaux a l’Ukraine au debut de l’invasion a grande echelle a ete d’une importance critique pour la resilience de l’Etat ukrainien. Ces mots sont diplomatiques et strategiques. L’Ukraine a besoin de Starlink pour ses propres communications militaires et ne peut pas se permettre de se facher avec SpaceX. Mais derriere cette gratitude obligee se cachent des questions brulantes. Comment se fait-il que des centaines de terminaux Starlink se retrouvent sur des drones russes alors que SpaceX affirme ne vendre ni expedier aucun terminal en Russie? Comment se fait-il que le probleme ait atteint une echelle industrielle avant qu’une solution technique ne soit envisagee? Et pourquoi a-t-il fallu qu’un train de passagers soit frappe et que cinq personnes meurent pour que la question devienne prioritaire?
La reponse de Musk a la Pologne et le double langage
La reaction d’Elon Musk a cette crise revele un personnage aux multiples facettes et aux contradictions saisissantes. Quand le vice-premier ministre polonais Radoslaw Sikorski l’a interpelle sur le reseau social X, lui demandant de bloquer l’utilisation de Starlink par les Russes pour cibler des villes ukrainiennes, Musk a repondu en le traitant d’imbecile baveux. Puis il a affirme que les conditions d’utilisation de Starlink interdisent tout usage militaire offensif, puisque c’est un systeme commercial civil. Cette reponse est extraordinaire d’hypocrisie quand on connait le role central de Starlink dans les operations militaires ukrainiennes. Musk sait parfaitement que l’armee ukrainienne utilise Starlink pour ses communications de combat, pour la coordination de ses drones et pour le renseignement en temps reel. Invoquer les conditions d’utilisation civiles quand le sujet est la Russie, tout en fermant les yeux sur l’usage militaire ukrainien, c’est un exercice de double langage qui ne trompe personne. En fevrier 2024, SpaceX avait declare ne pas vendre ni expedier de terminaux en Russie et ne faire aucune affaire avec le gouvernement russe ni ses forces armees. Le service Starlink n’est officiellement pas disponible en Russie. Mais alors, comment ces terminaux arrivent-ils entre les mains des militaires russes?
Musk a sauve les communications ukrainiennes en 2022 et merite une reconnaissance pour cela. Mais en 2026, sa technologie tue aussi des Ukrainiens. Et sa reponse a cette crise, insulter un diplomate polonais plutot que de prendre la pleine mesure du probleme, revele un ego qui fait obstacle a la responsabilite.
Le marche noir des terminaux, une filiere internationale
Comment la Russie contourne les sanctions
La question fondamentale reste : comment des centaines de terminaux Starlink arrivent-ils sur les drones russes? La reponse revele un reseau de contournement des sanctions d’une sophistication alarmante. SpaceX ne vend pas directement a la Russie, mais les terminaux transitent par des pays intermediaires : les Emirats arabes unis, les Pays-Bas, Hong Kong. Des entreprises-ecrans achetent des lots de terminaux avec des declarations douanieres falsifiees, les decrivant comme autres composants electroniques ou articles a usage civil. Le Wall Street Journal a rapporte que des milliers de terminaux Starlink ont migre vers le marche noir, ou la Russie les acquiert systematiquement pour ses operations militaires en Ukraine. Des vendeurs russes sur des plateformes de commerce en ligne comme Ozon et Wildberries les commercialisent ouvertement, certains les mettant en marche specifiquement pour les troupes deployees en Ukraine. L’activation des terminaux requiert un compte etranger, puisque Starlink n’autorise pas d’abonnements lies a des adresses russes. Mais des revendeurs fournissent des contrats americains ou europeens pour payer le plan de service. Toute cette infrastructure de contournement est fragile et theoriquement detectable, mais elle continue de fonctionner a grande echelle.
L’integration industrielle sur les drones russes
Ce qui est peut-etre le plus troublant, c’est le niveau d’integration des terminaux sur les drones. Selon Serhiy Beskrestnov, les terminaux Starlink trouves sur les drones russes ne sont pas des montages improvises de type garage. Ce sont des integrations de niveau industriel, voire de production en petite serie, avec les terminaux directement encastres dans la structure aerodynamique du drone. Cela signifie que quelque part en Russie ou dans un pays complice, il existe des ateliers de production qui fabriquent systematiquement des drones avec des terminaux Starlink integres des la conception. Le renseignement militaire ukrainien, le GUR, a confirme ces conclusions en publiant sur son site officiel une liste detaillee des composants du drone Molniya-2R, incluant le terminal Starlink UTA-231. Les forces russes ont configure ces equipements dans les territoires ukrainiens temporairement occupes, ou le service Starlink fonctionne puisque ces zones se trouvent techniquement en Ukraine. C’est une faille operationnelle exploitee avec une ruse methodique qui ne laisse rien au hasard. La seule reponse viable, selon les experts, est politique et organisationnelle : capturer les terminaux, tracer leur origine a travers les partenaires commerciaux, et engager directement SpaceX pour identifier les comptes d’achat et les bloquer la ou un usage massif frauduleux est prouve.
Des milliers de terminaux Starlink achetes via Dubai, Hong Kong et les Pays-Bas, actives avec des contrats europeens, integres industriellement dans des drones russes : voila le circuit de la mort. Et chaque maillon de cette chaine est un echec de notre systeme de sanctions internationales.
La solution technique, un defi a la croisee de la guerre et de la technologie
Le dilemme du geofencing
Peut-on techniquement empecher les Russes d’utiliser Starlink sur leurs drones sans affecter l’usage ukrainien du meme systeme? C’est la question a un milliard de dollars, et la reponse n’est pas simple. SpaceX utilise deja le geofencing, une technique de restriction geographique, pour limiter l’acces a Starlink dans certaines zones. En 2022, Musk avait refuse d’activer Starlink pres de la Crimee occupee, une decision qui avait affecte les operations militaires ukrainiennes. Mais si SpaceX introduisait un geofencing pour bloquer l’utilisation russe sur les lignes de front, les terminaux Starlink ukrainiens a proximite pourraient aussi etre affectes. C’est le dilemme fondamental : couper l’acces aux uns risque de couper l’acces aux autres, puisque les deux camps operent souvent dans les memes zones geographiques. L’Ukraine a cependant annonce une avancee prometteuse. Le 19 fevrier, Kyiv a communique avoir trouve un algorithme capable de differencier les terminaux russes des terminaux ukrainiens, et travaille desormais avec SpaceX pour l’implementer. Le principe serait de creer un registre officiel de tous les terminaux utilises par les forces de defense et les volontaires ukrainiens, et de bloquer tout terminal non enregistre operant dans l’espace aerien ukrainien.
Les propositions de Beskrestnov et l’approche ukrainienne
L’expert Serhiy Beskrestnov, depuis sa camionnette VW noire herissee d’antennes qui sillonne les routes entre Kyiv et le front, a propose une serie de mesures concretes qui meritent d’etre examinees. Premierement, verifier chaque terminal Starlink operant dans l’espace aerien ukrainien en croisant les donnees de localisation avec le registre officiel. Deuxiemement, router toutes les nouvelles connexions exclusivement via un distributeur officiel en Ukraine, de sorte que les terminaux achetes dans d’autres pays ne fonctionnent tout simplement pas sur le territoire ukrainien. Troisiemement, collaborer avec SpaceX pour identifier les comptes d’achat lies a des volumes suspects et les bloquer systematiquement. Si des milliers de terminaux sont lies a un seul compte ou un seul fournisseur, une telle activite devrait en principe etre tracable et arretable, a-t-il explique au media ukrainien Suspilne. Le ministre Fedorov a confirme que son equipe a propose des solutions techniques a SpaceX dans les heures qui ont suivi la decouverte des drones avec connectivite Starlink au-dessus des villes ukrainiennes. Les technologies occidentales doivent continuer a soutenir le monde democratique et a proteger les civils, et non etre utilisees pour terroriser et detruire des villes paisibles, a-t-il declare.
La solution technique existe probablement. L’algorithme ukrainien semble prometteur. Mais la vraie question n’est pas technique, elle est politique et morale : avons-nous la volonte de fermer cette breche, ou allons-nous continuer a vendre des terminaux que nos ennemis retournent contre nos allies?
Le Pentagone, les sanctions et l'impuissance structurelle
Washington face a un probleme qu’il ne peut pas resoudre seul
Le departement de la Defense americain et SpaceX collaborent pour empecher l’acces non autorise aux terminaux Starlink par les forces russes. Le departement du Tresor americain enquete sur de potentielles violations des sanctions. SpaceX affirme desactiver les terminaux utilises par des parties sanctionnees ou non autorisees, bien que les details sur le nombre de terminaux russes effectivement desactives restent confidentiels. Mais un responsable du Pentagone a admis avec une franchise rare la difficulte de la tache. Interroge sur la capacite des Etats-Unis a identifier l’utilisation illicite russe de Starlink et a la bloquer completement, il a repondu : Je pense que ce sera un probleme continu. Ces mots sont revelateurs. Le gouvernement americain, la premiere puissance mondiale, admet qu’il n’a pas de solution definitive pour empecher sa propre technologie d’etre utilisee contre un pays allie. C’est un aveu d’impuissance qui devrait faire reflechir tous ceux qui croient que les sanctions suffisent a contenir un adversaire determine.
L’echec structurel du regime de sanctions
Le probleme va bien au-dela de Starlink. Il revele l’echec fondamental du regime de sanctions occidental contre la Russie. Depuis fevrier 2022, l’Occident a impose des milliers de sanctions contre des individus, des entreprises et des secteurs de l’economie russe. Et pourtant, la Russie continue d’obtenir des technologies occidentales critiques pour son effort de guerre. Les terminaux Starlink passent par Dubai. Les composants electroniques transitent par la Turquie et le Kazakhstan. Les semi-conducteurs occidentaux se retrouvent dans les missiles russes via des reseaux d’intermediaires dans une demi-douzaine de pays. Le modele de sanctions fonctionne sur l’hypothese que les pays tiers vont cooperer pour les faire respecter. Mais cette hypothese est fausse. Beaucoup de pays, y compris des allies nominaux de l’Occident comme les Emirats arabes unis, preferent faire des affaires avec tout le monde plutot que de sacrifier leurs interets commerciaux sur l’autel des principes geopolitiques. Le resultat est un systeme qui fuit de partout, et chaque fuite coute des vies ukrainiennes. Combien de temps encore allons-nous pretendre que les sanctions fonctionnent alors que des terminaux Starlink Made in USA se retrouvent sur des drones russes qui bombardent des civils?
Un responsable du Pentagone admet que le probleme sera continu. C’est la phrase la plus honnete et la plus terrifiante de toute cette crise. Car derriere ces mots, il y a l’aveu que la premiere puissance mondiale ne peut pas empecher sa propre technologie de servir ses ennemis.
L'histoire de Starlink en Ukraine, de l'heroisme au cauchemar
Fevrier 2022, quand Musk etait un heros
Pour mesurer l’ampleur du retournement de situation, il faut revenir au debut. En fevrier 2022, quand la Russie a lance son invasion a grande echelle, l’une des premieres cibles a ete l’infrastructure de telecommunications ukrainienne. Les reseaux de fibre optique et les antennes mobiles ont ete detruits ou mis hors service. L’Ukraine risquait de se retrouver coupee du monde, aveugle et sourde face a l’envahisseur. C’est alors qu’Elon Musk a fait un geste qui lui a valu l’admiration universelle : il a active Starlink au-dessus de l’Ukraine et envoye des milliers de terminaux. En quelques jours, l’armee ukrainienne disposait d’un reseau de communication resilient et difficile a brouiller. Les drones ukrainiens pouvaient transmettre leurs images en temps reel. Les artilleurs pouvaient coordonner leurs tirs. Les unites dispersees pouvaient communiquer. Starlink a litteralement sauve la defense ukrainienne dans les semaines critiques de l’invasion. Le ministre Fedorov l’a lui-meme rappele cette semaine en soulignant l’importance critique de cette decision pour la resilience de l’Etat ukrainien. Musk etait un heros. Starlink etait une arme de liberation.
2024-2026, le basculement vers le cauchemar
Mais l’histoire a tourne. Des 2024, les premiers rapports ont fait surface : des terminaux Starlink apparaissaient sur des drones russes Shahed, ces drones kamikazes iraniens que Moscou utilise par centaines. L’Institute for the Study of War a documente l’utilisation de terminaux Starlink sur des drones Shahed a longue portee des septembre 2024. Puis le phenomene s’est accelere. Le Washington Post a rapporte que les forces russes acquerraient des terminaux par des canaux du marche noir, les utilisant pour coordonner des assauts et ameliorer la precision de leur artillerie. En decembre 2025, le GUR ukrainien a confirme que le drone Molniya-2P utilisait Starlink pour transmettre les signaux video de ses deux cameras, les donnees de telemetrie et les commandes de controle. Et en janvier 2026, l’echelle du probleme est devenue impossible a ignorer. Des centaines d’attaques. Des trains de passagers frappes. Des centrales electriques detruites. Tout cela avec la meme technologie qui a sauve l’Ukraine quatre ans plus tot. Le heros est devenu complice malgre lui, et la technologie de liberation s’est transformee en instrument de terreur.
De heros en 2022 a vecteur de destruction en 2026 : la trajectoire de Starlink en Ukraine est la parabole la plus cruelle de cette guerre. Elle nous rappelle que la technologie n’a pas de morale. Seuls ceux qui la controlent en ont, quand ils choisissent de l’exercer.
La guerre des drones et l'avenir du champ de bataille
L’Ukraine face a une course technologique permanente
Le probleme Starlink s’inscrit dans un contexte plus large : la guerre des drones en Ukraine est devenue le laboratoire mondial de la guerre du futur. Chaque jour, une nouvelle menace emerge, a reconnu le ministre Fedorov avec lucidite. L’ennemi ameliore constamment ses drones et ses tactiques d’attaque pour atteindre ses objectifs. La Russie a lance plus de 6 000 drones au cours du dernier mois seulement. Ce chiffre est proprement hallucinant. Six mille drones en trente jours. C’est deux cents drones par jour. Plus de huit par heure. Un drone toutes les sept minutes, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Et maintenant, une proportion croissante de ces drones est equipee de Starlink, les rendant invulnerables aux contre-mesures electroniques qui etaient jusqu’ici la premiere ligne de defense de l’Ukraine. Les drones Molniya equipes de Starlink ne sont plus seulement des armes de frappe. Ils servent aussi de plateformes porteuses, transportant plusieurs drones FPV plus petits pour etendre leur rayon d’action. C’est la doctrine de l’essaim, ou des dizaines de drones bon marche submergent les defenses par le nombre. Et Starlink leur donne la coordination necessaire pour agir de concert.
Les implications pour l’OTAN et la securite europeenne
L’Institute for the Study of War a emis un avertissement qui devrait glacer le sang de tous les responsables de la defense europeenne : les drones equipes de Starlink pourraient potentiellement atteindre des parties du territoire de l’OTAN s’ils etaient lances depuis la Russie ou l’Ukraine occupee. Ce n’est plus une menace theorique. C’est une capacite operationnelle documentee. Un drone BM-35 avec un terminal Starlink peut voler sur 500 kilometres. Depuis la frontiere ukrainienne avec la Pologne, c’est assez pour atteindre Varsovie. Depuis la region de Kaliningrad, c’est assez pour atteindre Berlin. Nous avons passe des annees a discuter de la menace russe en termes abstraits. Aujourd’hui, cette menace a un visage concret : un drone en contreplaque avec un terminal Starlink de 500 dollars et une charge explosive. Et le plus ironique dans tout cela, c’est que c’est la technologie d’un entrepreneur americain qui rend cette menace possible. Si les dirigeants de l’OTAN ne prennent pas cette menace au serieux immediatement, ils commettent une erreur qui pourrait avoir des consequences catastrophiques. Car ce que la Russie teste en Ukraine aujourd’hui, elle pourrait l’employer contre l’Europe demain. C’est la lecon que ce conflit nous enseigne depuis quatre ans, et nous continuons obstinement a refuser de l’apprendre.
Les drones Starlink russes ne sont pas seulement un probleme ukrainien. Ils sont une menace pour toute l’architecture de securite europeenne. Et chaque jour que nous passons sans y repondre est un jour de plus offert a ceux qui planifient les guerres de demain.
Ce que nous devons a l'Ukraine et a nous-memes
La responsabilite morale de l’Occident
La situation est d’une clarte morale absolue, meme si la solution technique est complexe. L’Occident a cree Starlink. L’Occident a fourni Starlink a l’Ukraine pour sa defense. Et aujourd’hui, l’Occident a la responsabilite de s’assurer que cette meme technologie n’est pas utilisee pour tuer des Ukrainiens. Ce n’est pas une question de marche, de conditions d’utilisation ou de geofencing. C’est une question de responsabilite morale fondamentale. Nous ne pouvons pas donner une technologie a quelqu’un pour sa survie et ensuite hausser les epaules quand cette technologie est retournee contre lui. Les technologies occidentales doivent continuer a soutenir le monde democratique et a proteger les civils, et non etre utilisees pour terroriser et detruire des villes paisibles, a declare Fedorov. Ces mots sont justes. Mais ils sont aussi une accusation. Car si la technologie occidentale terrorise et detruit, c’est parce que nous, Occidentaux, n’avons pas su la controler. C’est notre echec. Et chaque mort causee par un drone Starlink russe est une mort qui pese sur notre conscience collective.
Un appel a l’action qui ne peut plus attendre
Cher lecteur, quand vous lirez ces lignes, d’autres drones equipes de Starlink seront en train de voler au-dessus de l’Ukraine. D’autres civils seront dans le froid, sans electricite, parce que des drones guides par une technologie americaine ont detruit leur centrale electrique. D’autres soldats ukrainiens tenteront de brouiller des drones qui ne peuvent pas etre brouilles. La cooperation entre l’Ukraine et SpaceX est un pas dans la bonne direction, et le courage de Flash Beskrestnov, cet expert civil qui parcourt les lignes de front dans sa camionnette herissee d’antennes pour comprendre et contrer les drones russes, force l’admiration. Mais la technologie seule ne suffira pas. Il faut une volonte politique a la hauteur de l’enjeu. Il faut que les gouvernements occidentaux serrent les sanctions sur les intermediaires qui alimentent le marche noir. Il faut que SpaceX aille au-dela des declarations de bonne intention et mette en place des mecanismes de controle veritablement efficaces. Il faut que l’OTAN reconnaisse que la menace des drones Starlink russes ne s’arretera pas aux frontieres ukrainiennes. Et il faut que nous, citoyens du monde libre, exigions des comptes de ceux qui laissent notre technologie servir la terreur.
Starlink a sauve l’Ukraine en 2022. En 2026, il faut sauver l’Ukraine de Starlink. Cette phrase resume toute l’absurdite et toute la tragedie de cette guerre technologique. Et la responsabilite d’agir repose sur chacun d’entre nous.
L’histoire de Starlink en Ukraine est celle de toutes les technologies duales, ces inventions qui peuvent sauver ou detruire selon les mains qui les tiennent. Mais c’est aussi l’histoire de notre epoque, une epoque ou la technologie avance plus vite que notre capacite a la controler, ou les frontieres entre civil et militaire s’effacent, et ou les consequences de nos inventions nous echappent. Le terminal Starlink Mini, ce petit boitier blanc concu pour donner Internet aux regions isolees, est devenu l’oeil et le cerveau de drones tueurs qui frappent des civils dans leurs trains. Si cette image ne nous pousse pas a repenser notre rapport a la technologie, a la responsabilite et a la guerre, alors nous aurons appris encore moins de ce conflit que nous ne le pensons. L’Ukraine et SpaceX travaillent ensemble pour resoudre ce probleme. Esperons qu’ils reussiront. Car l’alternative est un monde ou la technologie de demain sera toujours l’arme d’apres-demain, et ou aucune innovation ne sera jamais a l’abri d’etre retournee contre ceux qu’elle etait censee proteger.
Signe Maxime Marquette
Encadre de transparence du chroniqueur
Ce texte est une chronique – il reflète le point de vue de son auteur et ne prétend pas à l’objectivité journalistique au sens classique du terme. L’auteur s’appuie sur des faits vérifiables, mais les interprète librement pour nourrir le débat public.
Maxime Marquette est chroniqueur spécialisé en géopolitique et en questions internationales. Ses textes sont publiés sur la plateforme mad-max.ca.
Sources
Sources primaires
Militarnyi — Ukraine and SpaceX Working Together to Solve Problem of Starlink Use on Russian Drones
Ukrinform — Ukraine’s Defense Ministry, SpaceX addressing issue of Starlink use on Russian UAVs
UNITED24 Media — Ukraine Asks SpaceX to Block Russian Use of Starlink-Guided Drones
Euronews — Ukraine contacts SpaceX over Russian drones allegedly using Starlink
Militarnyi — Russians Install Starlink on BM-35 Kamikaze Drone for First Time
Sources secondaires
Army Technology — SpaceX intervene amid reports Russia equip drones with Starlink
MIT Technology Review — Meet the radio-obsessed civilian shaping Ukraine’s drone defense
UNITED24 Media — How Russia Is Using Starlink for War: Smuggled Through UAE and Dutch Dealers
Wikipedia — Starlink in the Russian-Ukrainian War
Anadolu Agency — Ukraine says SpaceX working to block Starlink use on Russian drones
Ukraine’s Arms Monitor — Drone warfare in Ukraine: Starlink on Molniya UAVs and AI on the frontlines
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