Le 28 janvier 2026, Donald Trump publie sur Truth Social un message qui fait trembler les chancelleries du monde entier. « Espérons que l’Iran acceptera rapidement de ‘s’asseoir à la table’ et de négocier un accord juste et équitable — PAS D’ARMES NUCLÉAIRES », écrit-il, menaçant d’une attaque « bien pire » que les frappes américaines de juin 2025 contre les sites nucléaires iraniens. Le lendemain, il enfonce le clou : « Le temps est compté. » Deux conditions, deux exigences non négociables : premièrement, pas d’arme nucléaire ; deuxièmement, arrêtez de tuer les manifestants. C’est un ultimatum. Pas un diplomatique, pas un nuancé, pas un formulé dans le langage feutré du Quai d’Orsay ou du Foggy Bottom. C’est un ultimatum trumpien — brutal, direct, publié sur un réseau social à trois heures du matin. Est-ce que nous réalisons bien ce qui se passe ? Le président de la première puissance militaire mondiale utilise un post sur les réseaux sociaux pour menacer un pays souverain de frappes militaires massives. Nous vivons une époque sans précédent.
Un ultimatum lancé sur Truth Social à l’aube. Des conditions posées en lettres majuscules. Un délai qui se réduit comme une peau de chagrin. Ce n’est pas de la diplomatie — c’est de la pyrotechnie géopolitique, et Donald Trump tient l’allumette.
Ce que veut vraiment Trump
Que cherche véritablement Donald Trump ? La question est cruciale, car la réponse détermine le scénario qui nous attend. Plusieurs hypothèses coexistent. La première, la plus optimiste : Trump utilise la menace militaire comme levier de négociation pour forcer l’Iran à accepter un nouvel accord nucléaire, plus contraignant que celui de 2015 dont il s’était retiré lors de son premier mandat. La deuxième, plus inquiétante : Trump cherche à déstabiliser le régime en combinant pression militaire externe et soulèvement populaire interne, espérant provoquer un effondrement sans nécessairement avoir à frapper. La troisième, la plus terrifiante : Trump est prêt à lancer des frappes de grande envergure pour détruire le programme nucléaire iranien, ses capacités balistiques et ses infrastructures militaires, quelles qu’en soient les conséquences. Le problème, chers lecteurs, c’est que personne — probablement pas même Donald Trump lui-même — ne sait exactement laquelle de ces options prévaudra. Et c’est cette imprévisibilité qui rend la situation si périlleuse.
L'armada en position — anatomie d'un déploiement sans précédent
Pendant que les mots s’échangent sur les réseaux sociaux et dans les couloirs diplomatiques, les faits militaires, eux, parlent d’eux-mêmes. Le USS Abraham Lincoln (CVN-72), porte-avions nucléaire de classe Nimitz, est arrivé en mer d’Arabie le 26 janvier, accompagné du Carrier Strike Group 3. À son bord : le Carrier Air Wing 9, composé de F/A-18E/F Super Hornets, de F-35C Lightning II furtifs, d’EA-18G Growlers de guerre électronique et d’hélicoptères MH-60. Ses destroyers d’escorte — l’USS Spruance, l’USS Michael Murphy et l’USS Frank E. Petersen Jr. — sont équipés du système de combat Aegis et de missiles de croisière Tomahawk capables de frapper des cibles en profondeur sur le territoire iranien. Au total, dix bâtiments de guerre sillonnent les eaux de la région. Des F-15E Strike Eagle ont été déployés au Moyen-Orient. Le CENTCOM a établi le Middle Eastern Air Defense — Combined Defense Operations Cell à la base d’Al Udeid au Qatar. Entre 30 000 et 40 000 soldats américains se tiennent prêts. Jack Morrison, un marin de 24 ans originaire du Texas servant sur l’un des destroyers, confiait au Military Times : « On ne sait jamais si c’est un exercice ou la vraie chose. Mais cette fois, l’ambiance est différente. Tout le monde sent que quelque chose va se passer. »
Quand une superpuissance déploie un porte-avions nucléaire, trois destroyers lance-missiles, des chasseurs furtifs, 40 000 soldats et un centre de commandement de défense antimissile intégré, ce n’est plus de la dissuasion. C’est la préparation méthodique d’une campagne militaire. Les mots disent « négocions ». Les faits disent « nous sommes prêts à frapper ».
Plus imposant qu’en juin 2025
Ce déploiement est significativement plus important que celui qui avait précédé les frappes de juin 2025 contre les installations nucléaires iraniennes. Al Jazeera notait dans une analyse comparative que la composition actuelle de la force — avec l’ajout de chasseurs furtifs F-35C, le renforcement des défenses antimissiles intégrées et le nombre accru de navires — suggère que Washington prépare non pas une opération ciblée comme en juin, mais potentiellement une campagne aérienne de plus grande ampleur. L’exercice militaire multi-jours lancé le 25 janvier par l’US Air Force pour « démontrer la capacité de déployer, disperser et soutenir la puissance aérienne de combat » dans la région n’est pas un signal anodin. C’est une répétition générale.
Les conseillers mettent en garde — le fantôme de l'Irak plane sur Washington
Mais à la Maison-Blanche, tout le monde n’est pas emporté par la fièvre guerrière. Des responsables américains ont averti le président Trump, selon le Wall Street Journal, qu’une frappe militaire de grande envergure contre l’Iran n’entraînerait probablement pas la chute du régime de la République islamique et pourrait même déclencher un conflit plus large. Ces mises en garde rappellent douloureusement les débats qui avaient précédé l’invasion de l’Irak en 2003. À l’époque aussi, certains stratèges avaient promis une victoire rapide et un accueil triomphal. On connaît la suite : vingt ans de chaos, des centaines de milliers de morts et une déstabilisation régionale dont le Moyen-Orient ne s’est toujours pas remis. Sarah Mitchell, une analyste du Quincy Institute for Responsible Statecraft, avertissait dans une tribune : « L’Iran n’est pas l’Irak. C’est un pays de 88 millions d’habitants, trois fois plus grand, avec un terrain montagneux, un nationalisme profond et un arsenal bien plus sophistiqué. Quiconque promet une opération chirurgicale et rapide ment ou se ment à lui-même. »
L’histoire a une fâcheuse tendance à se répéter quand ceux qui la font refusent de la lire. L’Irak 2003 devrait hanter chaque décideur qui envisage une intervention militaire massive au Moyen-Orient. Mais l’hubris des puissants a la mémoire courte.
Les options sur la table du président
Selon les informations publiées par plusieurs médias américains, trois options militaires ont été présentées à Donald Trump. La première : des frappes ciblées similaires à celles de juin 2025, visant uniquement les installations nucléaires restantes. La deuxième : des frappes élargies incluant les sites de lancement de missiles balistiques, les bases des Gardiens de la Révolution et les infrastructures de commandement. La troisième : une campagne aérienne de grande envergure ciblant l’ensemble de l’appareil militaire iranien, y compris la défense aérienne, les bases navales et les installations de production de drones. L’option militaire n’est cependant pas la seule envisagée. Trump n’a pas encore pris de décision, et la pression diplomatique maximale reste officiellement la stratégie privilégiée. Mais quand un président positionne 40 000 soldats, un porte-avions nucléaire et des chasseurs furtifs aux portes d’un pays tout en déclarant que « le temps est compté », la frontière entre dissuasion et préparation à l’attaque devient dangereusement floue.
Le Golfe dit non — la rébellion silencieuse des alliés arabes
Si Donald Trump espérait que ses alliés arabes se rangeraient docilement derrière lui, il s’est lourdement trompé. Et c’est peut-être le fait le plus stupéfiant de cette crise. L’Arabie saoudite — le premier partenaire stratégique des États-Unis dans la région, l’acheteur de dizaines de milliards de dollars d’armement américain — a fait savoir qu’elle n’autoriserait pas l’utilisation de son territoire, de son espace aérien ni de ses bases pour des frappes contre l’Iran. Quelques jours plus tôt, les Émirats arabes unis avaient envoyé le même message, excluant toute utilisation de leur espace aérien, de leur territoire ou de leurs eaux territoriales pour toute action militaire hostile contre Téhéran. Le Qatar, l’Égypte et Oman ont emboîté le pas. La Turquie a elle aussi exprimé son hostilité aux frappes, son ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan accusant Israël de « tenter de persuader les États-Unis de lancer une attaque militaire contre l’Iran ». Youssef al-Otaibi, un commentateur saoudien influent, résumait le sentiment dominant dans une chronique du quotidien Asharq Al-Awsat : « Nous ne serons pas la rampe de lancement d’une guerre qui ravagera notre voisinage. Nous avons payé trop cher les guerres des autres. »
Quand l’Arabie saoudite, les Émirats, le Qatar, Oman, l’Égypte et la Turquie disent non en choeur à une opération militaire américaine, ce n’est plus un refus diplomatique — c’est un séisme géopolitique. La Pax Americana dans le Golfe n’est plus ce qu’elle était.
Les conséquences logistiques du refus arabe
Ce refus collectif a des implications opérationnelles considérables. Sans accès aux bases aériennes saoudiennes, émiraties et qataries, l’US Air Force perd la capacité de projeter sa puissance aérienne depuis des points proches du théâtre d’opérations. Les F-15E Strike Eagle et les F-35 ont une autonomie limitée, même avec ravitaillement en vol. Sans survol autorisé, les trajectoires deviennent plus longues, plus complexes, plus vulnérables. La seule exception notable est la Jordanie, qui aurait apparemment donné son accord. Mais un seul allié territorial ne suffit pas pour mener une campagne aérienne de l’ampleur envisagée. Washington devra donc s’appuyer essentiellement sur sa flotte navale — le USS Abraham Lincoln et ses escortes — et sur ses bombardiers stratégiques à long rayon d’action opérant depuis des bases plus éloignées. C’est faisable sur le plan technique, mais cela rend l’opération infiniment plus coûteuse, plus lente et plus risquée.
La diplomatie de la dernière heure — un sursis fragile
C’est dans ce contexte que la diplomatie régionale a joué un rôle décisif — au moins temporairement. L’Arabie saoudite, le Qatar et Oman ont mené « des efforts diplomatiques intenses de dernière minute » pour convaincre Trump de donner à l’Iran une chance de montrer ses bonnes intentions. Les trois pays du Golfe ont averti le président américain des « graves répercussions dans la région » que provoqueraient des frappes. Leurs arguments semblent avoir eu un impact, puisque Trump a déclaré le 30 janvier qu’il « espérait éviter une action militaire contre l’Iran » et qu’il avait eu des contacts et prévoyait de poursuivre les discussions. Kazem Gharibabadi, un haut responsable iranien de l’équipe de négociation, a toutefois tempéré tout optimisme en déclarant que « la priorité de Téhéran n’est actuellement pas de négocier avec les États-Unis, mais d’avoir 200 % de préparation pour défendre le pays ». Ce n’est pas exactement le langage d’un régime prêt à capituler.
La diplomatie a gagné un sursis, pas une victoire. Quand l’un dit « négocions » et que l’autre dit « nous nous préparons à 200 % », la fenêtre de dialogue reste ouverte, mais elle peut se refermer à tout instant sous le poids des événements.
Le rôle d’Israël dans l’équation
Derrière les rideaux de cette crise, un acteur pousse avec une insistance remarquable vers l’option militaire : Israël. Le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan l’a dit explicitement : « Nous voyons qu’Israël tente de persuader les États-Unis de lancer une attaque militaire contre l’Iran. » Pour Jérusalem, l’affaiblissement historique du régime iranien représente une fenêtre d’opportunité stratégique qui ne se représentera peut-être pas. L’Axe de la résistance est en lambeaux — le Hezbollah affaibli, le Hamas décimé, le régime Assad tombé, les milices irakiennes sous pression. Pour les stratèges israéliens, c’est maintenant ou jamais. Mais est-ce que l’intérêt stratégique d’Israël coïncide avec l’intérêt national américain ? C’est la question que personne ne pose ouvertement à Washington, mais que tout le monde murmure dans les couloirs du Pentagone.
Les manifestations iraniennes — le facteur humain qui change tout
Il y a un élément que les analystes militaires ont tendance à sous-estimer dans leurs modélisations : le peuple iranien. Les manifestations qui secouent l’Iran depuis fin décembre 2025 sont les plus importantes depuis la révolution de 1979. Ce qui a commencé comme une protestation contre la vie chère s’est transformé en un soulèvement antiregime massif, alimenté par l’appel du prince héritier Reza Pahlavi le 8 janvier à scander des slogans contre le guide suprême Ali Khamenei. Le régime a répondu avec une brutalité effroyable : le Corps des Gardiens de la Révolution et la milice Bassidj ont ouvert le feu sur les manifestants. Amnesty International et Human Rights Watch documentent au moins 28 morts confirmés dans les premiers jours, mais les estimations totales sont bien plus élevées. Le 3 janvier, Khamenei a déclaré que « les émeutiers devaient être remis à leur place ». Le 8 janvier, le gouvernement a coupé Internet et les services téléphoniques sur tout le territoire. Hassan Karimi, un commerçant de 45 ans du bazar de Téhéran, avait confié à Reuters avant la coupure : « On ne peut plus nourrir nos familles. Le rial ne vaut plus rien. Ils nous volent et ils nous tirent dessus quand on proteste. Qu’est-ce qu’il nous reste ? »
Des manifestants qui tombent sous les balles de leur propre gouvernement, un peuple affamé par l’inflation, une monnaie en chute libre — et un président américain qui brandit la menace de frappes « pour protéger les manifestants ». L’ironie cruelle de cette situation n’échappe à personne : les bombes américaines n’ont jamais libéré personne.
Le piège du changement de régime
C’est ici que réside le piège le plus dangereux de cette crise. Si Trump frappe l’Iran, il risque de souder le peuple iranien derrière son régime plutôt que de l’en séparer. Le nationalisme iranien est une force puissante, profondément enracinée dans une civilisation millénaire. Clément Therme, spécialiste de l’Iran auditionné au Sénat français, alertait sur le « lien direct entre la répression et une intervention américaine », soulignant que des frappes étrangères pourraient légitimer le régime aux yeux de sa propre population. L’histoire de l’Iran est hantée par les interventions étrangères — le coup d’État de 1953 orchestré par la CIA et le MI6 contre Mossadegh reste une blessure ouverte dans la mémoire collective iranienne. Frapper l’Iran aujourd’hui, c’est offrir au régime des mollahs le narratif de résistance dont il a désespérément besoin pour survivre. C’est le paradoxe fondamental de cette crise : en voulant affaiblir le régime, Trump risque de le sauver.
Le scénario du pire — ce que signifieraient des frappes de grande envergure
Imaginons un instant que Trump donne le feu vert. Que se passerait-il concrètement ? Les Tomahawk lancés depuis les destroyers frapperaient les installations nucléaires, les sites de lancement de missiles, les bases des Gardiens de la Révolution et les centres de commandement. Les F-35C et F/A-18 mèneraient des sorties de suppression des défenses aériennes ennemies, ciblant les batteries S-300 et les radars. Les bombardiers B-2 Spirit, partant de bases éloignées, largueraient des bunker busters sur les installations souterraines d’Ispahan, Fordow et Natanz. En quelques heures, l’Iran subirait un déluge de feu comme il n’en a jamais connu. Mais ensuite ? Ensuite vient le chaos. L’Iran riposterait immédiatement avec ses milliers de missiles balistiques, ciblant les bases américaines en Jordanie, au Koweït et en Irak, les navires dans le Golfe, les infrastructures pétrolières en Arabie saoudite. Les Houthis relanceraient leurs attaques en mer Rouge. Les milices irakiennes bombarderaient les positions américaines. Le détroit d’Ormuz serait miné. Le prix du pétrole exploserait au-delà de 200 dollars le baril. L’économie mondiale entrerait en récession. Et des milliers, peut-être des dizaines de milliers de civils iraniens mourraient sous les bombes.
Un Tomahawk met vingt minutes à atteindre sa cible. Mais les conséquences d’un seul lancement dureraient des décennies. Les guerres sont faciles à commencer et impossibles à finir — c’est la leçon que chaque génération oublie et que chaque génération suivante paie au prix du sang.
Le coût humain — les chiffres que personne ne veut entendre
Parlons de ce dont personne ne veut parler : les victimes civiles. L’Iran est un pays de 88 millions d’habitants. Ses installations militaires sont souvent situées à proximité de zones urbaines denses. Ispahan, qui abrite des installations nucléaires, est une ville de 2 millions d’habitants et l’un des joyaux du patrimoine mondial. Natanz se trouve dans une région agricole peuplée. Même les frappes les plus « chirurgicales » — un terme que le Pentagone adore et que la réalité dément régulièrement — produisent des dommages collatéraux. En juin 2025, les frappes ciblées contre les installations nucléaires avaient déjà causé des victimes civiles. Des frappes de grande envergure multiplieraient ce bilan de manière exponentielle. Dariush Tehrani, un médecin urgentiste à l’hôpital principal d’Ispahan, déclarait à Médecins Sans Frontières après les frappes de juin : « Nous n’avions pas assez de lits, pas assez de sang, pas assez de chirurgiens. Si ça recommence en plus grand, ce sera un massacre dans nos hôpitaux. » Ces mots devraient résonner dans les oreilles de chaque décideur à Washington.
L'Europe spectatrice — l'impuissance du Vieux Continent
Et l’Europe dans tout cela ? L’Europe regarde. L’Europe commente. L’Europe s’inquiète. Mais l’Europe n’agit pas. Le 29 janvier, l’Union européenne a placé les Gardiens de la Révolution sur sa liste des organisations terroristes — un geste symbolique fort, mais sans impact opérationnel sur la dynamique militaire en cours. Le chef de la CDU allemande Friedrich Merz a affirmé que « les jours du régime iranien sont comptés », emboîtant le pas à la rhétorique américaine. Mais concrètement, que peut faire l’Europe ? Rien, ou presque. Elle n’a pas de porte-avions dans le Golfe. Elle n’a pas de levier militaire sur Trump. Elle n’a pas d’influence significative sur Téhéran. Le Sénat français auditionne des experts comme Clément Therme, qui alerte sur les risques d’une intervention. Mais ces auditions changent-elles quoi que ce soit à l’équation de pouvoir ? Avouons-le franchement : non. L’Europe est un spectateur de luxe dans un drame dont elle subira pourtant les conséquences — hausse du prix de l’énergie, flux migratoires, instabilité régionale. C’est la tragédie du Vieux Continent : assez intelligent pour comprendre le danger, trop impuissant pour l’empêcher.
L’Europe est comme un médecin qui diagnostique parfaitement la maladie mais qui n’a ni scalpel ni médicament pour la traiter. Elle sait ce qui va se passer. Elle ne peut rien y faire. Et elle en paiera le prix comme tout le monde.
La Russie et la Chine — les absents qui comptent
Dans l’ombre de cette crise, deux puissances observent avec un intérêt stratégique immense : la Russie et la Chine. Moscou, partenaire militaire de Téhéran dans les domaines spatial et de défense, fournirait-elle un soutien concret en cas de conflit ? Les S-300 déployés en Iran portent la marque russe, mais cela ne signifie pas que le Kremlin interviendrait directement. La Russie, enlisée en Ukraine, n’a pas les moyens d’ouvrir un second front. Quant à la Chine, premier importateur de pétrole iranien, elle a tout intérêt à la stabilité du Golfe mais pas au point de défier militairement les États-Unis. Pékin joue la carte diplomatique, appelant à la retenue, mais ne posera jamais son veto militaire à une opération américaine. L’Iran est donc, en fin de compte, seul. Seul face à la machine de guerre la plus puissante de l’histoire humaine. Cette solitude stratégique est à la fois sa faiblesse et, paradoxalement, ce qui rend le régime si dangereux : un acteur isolé n’a rien à perdre et personne à ménager.
La réponse iranienne — le doigt sur la gâchette
Face à cette pression sans précédent, l’Iran ne reste pas silencieux. Le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi a publié un avertissement sans ambiguïté : les forces armées iraniennes sont « prêtes, le doigt sur la gâchette, à répondre immédiatement et avec force à toute agression ». Le général Mohammad Pakpour, chef des Gardiens de la Révolution, a déclaré que l’Iran est « plus prêt que jamais ». La mission iranienne à l’ONU a publié sur X un message en majuscules : « SI L’IRAN Y EST CONTRAINT, ALORS IL SE DÉFENDRA ET RÉAGIRA COMME JAMAIS AUPARAVANT. » L’armée iranienne a annoncé l’intégration de 1 000 nouveaux drones stratégiques dans ses forces. Le général Amir Hatami, chef de l’armée, a annoncé avoir doté les régiments de combat de ces drones « en vue d’une riposte rapide et écrasante à toute invasion ». Kazem Gharibabadi résumait la position iranienne avec une formule glaçante : « 200 % de préparation pour défendre notre pays. » Ce ne sont pas les paroles d’un régime prêt à plier. Ce sont les paroles d’un régime prêt à se battre jusqu’au bout.
Quand un régime acculé dit qu’il a le doigt sur la gâchette et qu’il est prêt à 200 %, ce n’est pas de la rhétorique vide. C’est le langage d’un pouvoir qui sait que sa survie est en jeu et qui préférera l’anéantissement à la capitulation.
Le prix à payer — économie mondiale au bord du gouffre
Au-delà du bilan humain potentiellement catastrophique, des frappes de grande envergure contre l’Iran auraient des conséquences économiques dévastatrices pour l’ensemble de la planète. Le détroit d’Ormuz, par lequel transitent 20 à 25 % du pétrole mondial, serait immédiatement menacé. Si l’Iran mine le détroit ou attaque les tankers — ce qu’il a la capacité de faire — le prix du baril de pétrole pourrait atteindre des sommets historiques. Les marchés financiers mondiaux réagiraient par une panique massive. Les chaînes d’approvisionnement, déjà fragilisées par les attaques houthies en mer Rouge, seraient davantage perturbées. L’inflation mondiale, qui commence à peine à se stabiliser, repartirait à la hausse. Les pays les plus vulnérables — en Afrique, en Asie du Sud-Est, en Amérique latine — seraient les premiers à souffrir de la flambée des prix de l’énergie et des denrées alimentaires. Un conflit entre les États-Unis et l’Iran ne serait pas une guerre locale : ce serait un tremblement de terre économique mondial dont les répliques se feraient sentir pendant des années.
On ne bombarde pas un pays qui contrôle un quart du transit pétrolier mondial sans en payer le prix à la pompe, au supermarché et sur les marchés financiers. La mondialisation a créé un monde où chaque bombe larguée au Moyen-Orient fait trembler le porte-monnaie de chaque citoyen de la planète.
Le verdict — entre guerre et diplomatie, le fil du rasoir
En ce 30 janvier 2026, nous marchons sur le fil du rasoir. D’un côté, la machine de guerre américaine est en position, le président promet que « le temps est compté » et les faucons de Washington et de Jérusalem poussent à l’action. De l’autre, la diplomatie du Golfe a arraché un sursis, Trump a évoqué la possibilité de discussions et l’Iran, malgré sa rhétorique belliciste, a montré des signes d’ouverture en suspendant temporairement la répression des manifestants. La question qui nous hante tous est brutalement simple : Donald Trump va-t-il appuyer sur le bouton ? Personne ne le sait. Probablement pas lui-même. Ce qui est certain, c’est que la marge d’erreur est inexistante. Un incident naval dans le Golfe, un tir de missile mal interprété, un drone houthi qui frappe un navire américain — n’importe lequel de ces scénarios pourrait déclencher l’escalade que personne ne souhaite mais que tout le monde redoute. Et quand l’escalade commence, elle ne s’arrête jamais là où ses initiateurs l’avaient prévu.
Le monde attend, la gorge nouée
Nous vivons l’un de ces moments rares où l’avenir du monde se joue dans une poignée de décisions prises par une poignée d’hommes. Donald Trump, seul dans son bureau ovale, face aux rapports du Pentagone et aux tweets rageurs de ses partisans. Ali Khamenei, transféré dans un bunker en prévision d’une frappe imminente, selon Euronews. Mohammed ben Salmane, qui refuse de devenir la rampe de lancement d’une guerre qui ravagerait son voisinage. Benjamin Netanyahou, qui pousse à l’action depuis les coulisses. Et au milieu de tout cela, 88 millions d’Iraniens — dont certains manifestent contre leur propre gouvernement et d’autres se préparent à défendre leur patrie — pris en étau entre la brutalité de leur régime et la menace des bombes américaines. Chers lecteurs, je ne sais pas comment cette crise se terminera. Ce que je sais, c’est que les décisions prises dans les prochains jours détermineront le visage du Moyen-Orient — et peut-être du monde — pour les décennies à venir. Prions pour que la raison l’emporte sur la force. Mais préparons-nous à ce qu’elle ne l’emporte pas.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Ce texte est une chronique – il reflète le point de vue de son auteur et ne prétend pas à l’objectivité journalistique au sens classique du terme. L’auteur s’appuie sur des faits vérifiables, mais les interprète librement pour nourrir le débat public.
Maxime Marquette est chroniqueur spécialisé en géopolitique et en questions internationales. Ses textes sont publiés sur la plateforme mad-max.ca.
Sources
Sources primaires
BFMTV — Trump : vers des frappes de grande envergure en Iran ?
Franceinfo — Donald Trump prévient l’Iran que « le temps est compté »
Washington Post — In Iran crisis, Trump confronted limits of U.S. military power
NBC News — Pressure grows on Iran as Trump weighs military action
Boursorama/Reuters — Trump envisage de frapper l’Iran pour relancer le mouvement de contestation
Sources secondaires
Euronews — Voici la « flotte massive » américaine que Trump a envoyée en Iran
La Nouvelle Tribune — Frappes en Iran : après les Émirats, MBS refuse son espace aérien à Trump
WSWS — Une frappe américaine contre l’Iran semble imminente
Public Sénat — Clément Therme alerte sur le lien entre répression et intervention américaine
Responsible Statecraft — Massive military buildup points to new US strikes on Iran
Human Rights Watch — Iran : nouveau cycle de répression sanglante de manifestations
Amnesty International — En Iran, un massacre sans précédent contre les manifestations
La Libre Belgique — Une « armada massive » aux portes de l’Iran
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