Steven Pifer n’est pas un commentateur de salon. C’est un homme qui a vecu la diplomatie americano-ukrainienne de l’interieur, un homme qui a negocie avec les Russes, qui a mesure la distance entre leurs mots et leurs actes avec la precision d’un horloger. Ambassadeur des Etats-Unis en Ukraine de 1998 a 2000, ancien sous-secretaire d’Etat adjoint charge de la Russie et de l’Ukraine, ancien assistant special du president au Conseil de securite nationale, aujourd’hui affilie au Centre pour la cooperation et la securite internationales (CISAC) de l’Universite Stanford, Pifer fait partie de ces voix qui refusent de confondre le spectacle avec la substance. Et ce qu’il voit dans l’approche de Trump envers Poutine, c’est un spectacle. Un spectacle dangereux, parce qu’il donne l’illusion du progres la ou il n’y en a pas. Quand Pifer affirme que « Moscou doit ressentir la douleur » pour que la paix soit possible, il ne parle pas de rhetorique. Il parle de sanctions reelles, de livraisons d’armes massives, de la saisie des avoirs de la Banque centrale russe. Pas de coups de telephone entre deux hommes qui se disent mutuellement qu’ils sont « formidables ».
Steven Pifer n’est pas un opposant ideologique — c’est un professionnel de la diplomatie qui a vu, de pres, a quel point les promesses du Kremlin sont conçues pour etre brisees.
« Trump se fait manipuler par Poutine » — le diagnostic sans appel
Les mots de Pifer sont sans ambiguite. Lors d’une entrevue precedente avec ABC News, il a declare que « de toute evidence, le president Trump s’est fait manipuler une fois de plus par Poutine ». Ce diagnostic, formule apres le sommet Trump-Poutine en Alaska a l’ete 2025, pourrait etre copie-colle sans modification pour decrire la situation actuelle. Lors de ce sommet, Trump avait exige un cessez-le-feu ou des « consequences ». Poutine avait refuse le cessez-le-feu. Et les consequences? Elles n’ont jamais materialise. Pifer l’a note avec une precision chirurgicale : « Le president Trump a menace de consequences, quoi, quatre ou cinq fois maintenant, et fixe des delais, et les Russes ont rate les delais, et Trump n’a rien fait. » Rien. Zero. Nada. Cette repetition du cycle menace-inaction est precisement ce qui rend la « pause » du 29 janvier si suspecte. Pourquoi Poutine accorderait-il une vraie concession a quelqu’un qui n’a jamais mis ses menaces a execution?
Berlin, 90% et le 10% qui peut tout faire exploser
Dans une entrevue plus recente accordee au Kyiv Post, Pifer a offert un eclairage crucial sur l’etat reel des negociations. Apres deux jours et demi de discussions intensives, des responsables americains, ukrainiens et europeens ont affirme etre « d’accord a 90% » sur un cadre pour mettre fin a la guerre. Mais c’est le dernier 10% qui est un champ de mines, avertit Pifer. Ce 10% concerne les garanties de securite pour l’Ukraine, la question des territoires occupes et, surtout, la volonte — ou l’absence de volonte — de Moscou de negocier serieusement. Pifer identifie quatre piliers d’un cadre de dissuasion credible, a commencer par un engagement a long terme pour batir une armee ukrainienne moderne et bien equipee, avec des discussions portant sur une force approchant les 800 000 soldats. Mais sans pression reelle sur la Russie, avertit-il, meme le meilleur cadre ne sera qu’un morceau de papier.
La realite du terrain : 111 drones et un missile balistique
Pendant que Trump annoncait sa « pause », voici ce qui se passait sur le terrain ukrainien. Dans la nuit du 29 au 30 janvier 2026, la Russie a lance 111 drones et un missile balistique contre l’Ukraine, blessant au moins trois personnes, selon les forces aeriennes ukrainiennes. Les frappes ont ete enregistrees dans 15 regions du pays. Les infrastructures energetiques de Kyiv ont subi des dommages significatifs, provoquant des coupures d’electricite massives. Selon le ministre ukrainien de l’Energie, plusieurs regions — Odessa, Kharkiv, Donetsk — souffraient egalement de pannes. Cent onze drones. La nuit meme ou Trump celebrait sa « pause ». Comment reconcilier ces deux realites? La reponse est simple : on ne peut pas. L’une est un fait. L’autre est un souhait. Et dans cette guerre, les faits ont toujours eu le dernier mot.
Cent onze drones et un missile balistique la nuit meme ou Trump annonce une « pause » — c’est le Kremlin qui ecrit la reponse en lettres de feu dans le ciel ukrainien.
Le 9 janvier : 242 drones, 36 missiles, 70% de Kyiv sans electricite
Pour mesurer l’ampleur de la guerre energetique que mene la Russie contre l’Ukraine, il faut se souvenir du 9 janvier 2026. Ce jour-la, Moscou a lance 242 drones et 36 missiles contre les infrastructures energetiques ukrainiennes, coupant l’electricite a 70% de la capitale et laissant quelque 6 000 immeubles d’habitation sans chauffage en plein hiver. Ihor, un ingenieur electricien de Kyiv avec qui je corresponds depuis l’automne 2024, m’a decrit la situation avec une economie de mots glaçante : « On ne vit plus. On survit entre les alertes. » C’est dans ce contexte qu’il faut evaluer la « pause » de Trump. L’Ukraine ne subit pas des attaques occasionnelles. Elle subit une campagne systematique de destruction de ses moyens de survie en plein hiver, menee avec une methodologie que les experts qualifient de crime de guerre. Et Trump nous dit que Poutine a « accepte » de faire une pause. De 48 heures.
L’historique des « treves » russes : un cimetiere de promesses
Ce n’est pas la premiere fois que la Russie annonce ou accepte une treve pour la violer aussitot. En mai 2025, Moscou avait proclame un cessez-le-feu de trois jours pour des « raisons humanitaires ». L’Ukraine a accuse la Russie de l’avoir viole des les premieres heures. Avant cela, les corridors humanitaires promis pendant le siege de Marioupol en 2022 s’etaient transformes en pieges mortels. Les accords de Minsk — signes en 2014 et 2015 — sont devenus synonymes d’echec diplomatique. Chaque promesse russe de desescalade s’est revelree etre un instrument tactique, un moyen de gagner du temps, de repositionner ses forces, de diviser l’adversaire. Pifer le sait mieux que quiconque. Et quand il dit que sans pression reelle sur Moscou, tout accord sera « juste une pause avant un nouveau conflit », il ne theorise pas. Il s’appuie sur trente ans d’experience diplomatique avec la Russie.
La reaction de Zelensky : le scepticisme comme survie
Le president ukrainien Volodymyr Zelensky n’a pas attendu que les analystes decortiquent la situation pour exprimer son scepticisme. Sa reaction a ete aussi directe que lucide : « Il n’y a pas de cessez-le-feu. Il n’y a pas d’accord officiel sur un cessez-le-feu, comme on en conclut generalement lors de negociations. » Et d’ajouter : « Il n’y a eu aucun dialogue direct et aucun accord direct sur cette question entre nous et la Russie. » Zelensky a enfonce le clou avec une phrase qui resume pres de quatre ans de guerre : « Je ne crois pas que la Russie veuille mettre fin a la guerre. Il y a enormement de preuves du contraire. » Cette declaration n’est pas de la rhetorique. C’est le constat factuel d’un homme qui vit sous les bombes depuis le 24 fevrier 2022, qui a vu les promesses de desescalade se dissoudre dans le sang de ses concitoyens, et qui sait que la credulite est un luxe que les pays envahis ne peuvent pas se permettre.
Quand Zelensky dit qu’il ne croit pas que la Russie veuille la paix, ce n’est pas du pessimisme — c’est le diagnostic froid d’un chirurgien qui a ouvert le patient et vu la tumeur de ses propres yeux.
L’Ukraine avait propose cette treve energetique — il y a un an
Un detail que Trump omet commodement dans sa narration triomphale : c’est l’Ukraine elle-meme qui avait propose une treve energetique limitee lors des discussions de Djeddah, en Arabie saoudite, l’annee precedente. A l’epoque, la proposition n’avait mene nulle part. La Russie l’avait ignoree. Aujourd’hui, Trump presente comme une victoire personnelle une version diluee, non contraignante et de 48 heures de ce que Kyiv demandait depuis des mois. C’est comme si quelqu’un vous volait votre portefeuille, puis vous rendait un billet de cinq dollars en exigeant de la gratitude. Iryna, une journaliste ukrainienne basee a Lviv, m’a fait remarquer avec une ironie mordante : « Trump prend credit pour une idee ukrainienne que la Russie avait rejetee. Et maintenant, la Russie accepte une version qui expire avant meme que l’encre soit seche. C’est du theatre, pas de la diplomatie. »
Le levier manquant : sanctions, armes et avoirs geles
Au coeur de l’analyse de Pifer se trouve une these simple mais devastatrice : Trump n’a aucun levier sur Poutine. Pour que la diplomatie fonctionne, il faut que l’adversaire ait quelque chose a perdre. Or, depuis son retour a la Maison-Blanche, Trump a menace la Russie de consequences a de multiples reprises — et n’a rien fait a chaque fois que les delais expiraient. Pifer le dit sans detour : Trump a menace de consequences « quatre ou cinq fois », a fixe des delais, et les Russes les ont ignores sans subir la moindre sanction supplementaire. Cette impunite systematique a un effet devastateur sur la credibilite americaine. Pourquoi Poutine prendrait-il au serieux une demande de pause quand il sait que le refus n’entraine aucune consequence? Pourquoi ceder quand la resistance est gratuite? Pifer identifie les leviers que Trump devrait actionner : des sanctions plus dures, des livraisons d’armes massives a l’Ukraine, et surtout la saisie des avoirs de la Banque centrale russe — quelque 300 milliards de dollars geles dans les banques occidentales — pour financer la defense et la reconstruction de l’Ukraine.
Un president qui menace sans jamais punir n’est pas un negociateur — c’est un complice involontaire de l’impunite qu’il pretend combattre.
Le test ultime de la volonte americaine
Pour Pifer, la question centrale n’est pas de savoir si Kyiv est pret a negocier — l’Ukraine a demontre a maintes reprises sa disponibilite. La question est de savoir si Moscou negociera serieusement. Et la reponse de Pifer est sans ambiguite : la Russie ne negociera que lorsqu’elle ressentira une douleur reelle. Pas une douleur symbolique. Pas des communiques de presse severes. Une douleur economique, militaire et diplomatique qui rendrait la poursuite de la guerre plus couteuse que la paix. Daniel, un professeur de relations internationales a l’Universite Laval avec qui j’ai echange cette semaine, partage cette analyse : « La Russie a historiquement negocie quand elle n’avait plus le choix. Tant qu’elle percoit qu’elle peut gagner davantage en continuant a se battre, elle continuera. C’est aussi simple que ca. » La decision finale — saisir ou non les avoirs russes, intensifier ou non les sanctions, armer ou non l’Ukraine jusqu’aux dents — sera le veritable test de l’engagement de Trump envers la paix. Et pour l’instant, ce test, Trump l’echoue.
La confusion deliberee du Kremlin
L’une des armes les plus efficaces de Moscou dans ce conflit n’est ni un missile ni un drone — c’est la confusion. Et la pretendue « pause » en est un exemple magistral. Analysons la chronologie. Le 29 janvier, Trump annonce que Poutine a « accepte » de ne pas tirer sur Kyiv pendant une semaine. Le 30 janvier, Peskov confirme que Trump a fait une demande personnelle, mais refuse de confirmer que Poutine l’a acceptee. Il mentionne une date limite du 1er fevrier — soit deux jours plus tard. La confusion est totale : est-ce une semaine ou deux jours? Est-ce un accord ou une demande unilaterale? Est-ce que toutes les villes sont couvertes ou seulement Kyiv? Est-ce que les frappes energetiques sont incluses ou seulement les frappes sur les zones residentielles? Personne ne sait. Et cette ambiguite n’est pas un accident — c’est une methode. Le Kremlin excelle dans l’art de creer des situations ou chaque camp peut revendiquer ce qu’il veut sans qu’aucun engagement verifiable n’existe. C’est de la diplomatie par le brouillard, et Trump tombe en plein dedans.
Quand le Kremlin confirme qu’une demande a ete faite mais refuse de dire si elle a ete acceptee, ce n’est pas de la prudence diplomatique — c’est un refus deguise en ambiguite calculee.
La nuit du 29 janvier : les drones ne mentent pas
La meilleure reponse au discours de Trump est venue du ciel ukrainien lui-meme. La nuit du 29 au 30 janvier — celle qui a suivi l’annonce de la « pause » — la Russie a lance 111 drones et un missile balistique sur l’Ukraine, avec des frappes dans 15 regions. Certes, le Kremlin pourrait arguer que ces frappes ne visaient pas Kyiv specifiquement, ou qu’elles avaient ete ordonnees avant l’accord. Mais cette defense ne tient pas la route. Si Poutine avait reellement voulu signaler sa bonne foi, il aurait ordonne un arret total des operations offensives, ne serait-ce que pour 24 heures. Au lieu de cela, 111 drones. C’est la Russie qui ecrit sa propre reponse dans le ciel de l’Ukraine, et cette reponse dit : nous n’avons rien accepte. Qu’est-ce que Trump repondra quand les frappes reprendront, si tant est qu’elles aient jamais cesse? Une autre publication sur Truth Social?
L'approche de Trump vue depuis Kyiv : entre espoir et exasperation
La reaction ukrainienne a l’annonce de Trump est un melange revelateur d’espoir prudent et d’exasperation croissante. D’un cote, Zelensky a salue le fait que Trump ait au moins aborde la question de la protection des civils avec Poutine. De l’autre, il a rapidement recadre les attentes en soulignant l’absence totale d’accord formel. Cette dualite est le lot quotidien de la diplomatie ukrainienne depuis quatre ans : remercier publiquement les allies tout en sachant, en coulisses, que les mots ne protegeant personne des missiles. Viktor, un conseiller municipal de Dnipro que j’ai interviewe en novembre dernier, avait resume cette situation avec une clarte douloureuse : « L’Occident nous envoie des mots de soutien a la meme vitesse que la Russie nous envoie des missiles. Devinez lesquels arrivent en premier. » La guerre en Ukraine approche de son quatrieme anniversaire, le 24 fevrier 2026. Quatre ans. Et Trump presente une pause non confirmee de 48 heures comme un progres diplomatique.
Quatre ans de guerre, des dizaines de milliers de morts, et on en est a celebrer une « pause » de 48 heures que le Kremlin n’a meme pas confirmee — si ce n’est pas le signe d’un echec diplomatique colossal, je ne sais pas ce que c’est.
Le piege de la « bonne nouvelle » fabriquee
Il y a un mecanisme politique que Trump maitrise parfaitement : la fabrication de bonnes nouvelles. Annoncer un accord quand il n’y en a pas. Declarer victoire avant la bataille. Presenter une concession insignifiante comme une percee historique. Ce n’est pas nouveau — il l’a fait avec la Coree du Nord, avec la Chine, avec le Mexique. Mais dans le contexte ukrainien, cette methode est particulierement toxique, parce qu’elle cree un mirage de progres qui demobilise l’opinion publique occidentale. Si les Americains croient que Trump a obtenu une pause des bombardements, pourquoi insisteraient-ils pour que leur gouvernement fasse davantage? Pourquoi soutiendraient-ils des sanctions plus dures ou des livraisons d’armes supplementaires? La fausse bonne nouvelle anesthesie la volonte politique. Et c’est exactement ce dont le Kremlin a besoin : un Occident qui croit que la situation s’ameliore, pendant que les drones continuent de pleuvoir sur les centrales electriques ukrainiennes.
Le cadre de Berlin : promesses solides ou papier mouille?
Au-dela de l’episode de la « pause », la question plus large est celle du cadre de negociation en cours d’elaboration. Les discussions de Berlin ont produit ce que les responsables americains appellent un accord a 90%. Mais comme l’a note Pifer, les 10% restants sont le vrai enjeu. Ces 10% incluent les garanties de securite a long terme pour l’Ukraine — la question de savoir si l’OTAN, ou un substitut credible, protegera l’Ukraine d’une future agression russe. Pifer a identifie quatre piliers de dissuasion credible : un engagement pour construire une armee ukrainienne moderne approchant les 800 000 soldats; des garanties de securite bilaterales de la part des allies occidentaux; un regime de sanctions pret a etre reactive en cas de violation; et un mecanisme de surveillance international. L’absence de troupes americaines sur le sol ukrainien a nourri le scepticisme, mais Pifer soutient que cela seul ne suffit pas a invalider le cadre — a condition que l’ensemble du dispositif soit mis en oeuvre comme un tout, et non de maniere fragmentaire.
Un cadre de securite n’a de valeur que si quelqu’un est pret a en payer le prix quand il est mis a l’epreuve — et pour l’instant, personne ne sait si Trump sera ce quelqu’un.
La grande question : Trump est-il pret a faire pression sur Moscou?
C’est la question que pose Pifer avec une insistance qui devrait resonner dans chaque chancellerie occidentale. Trump est-il pret a faire pression sur Moscou? Est-il pret a saisir les 300 milliards de dollars d’avoirs russes geles en Occident? Est-il pret a imposer des sanctions energetiques devastatrices qui couperaient veritablement les revenus de guerre du Kremlin? Est-il pret a intensifier les livraisons d’armes a l’Ukraine au point de rendre le cout de la guerre insupportable pour Moscou? Pour l’instant, toutes les reponses pointent dans la meme direction : non. Trump prefere le telephone a la sanction. La declaration a l’action. La promesse a la preuve. Et Poutine le sait. Pifer le sait. Zelensky le sait. La seule personne qui semble ne pas le savoir, c’est Trump lui-meme.
Le ministre Lavrov et les 20 points fantomes
Pendant que Trump celebrait sa pause, le ministre russe des Affaires etrangeres Sergei Lavrov jetait de l’eau froide sur toute perspective de cessez-le-feu veritable. Lavrov a declare que Moscou n’avait toujours pas vu le plan de cessez-le-feu en 20 points qui, selon lui, avait ete « retravaille » par l’Ukraine et ses allies. Cette declaration est un classique de la strategie russe de negociation : exiger des documents que l’adversaire ne peut pas fournir dans le format demande, puis blame l’absence de progres sur l’autre camp. C’est un mur de procedures concu pour bloquer tout mouvement vers la paix tout en donnant l’impression de la desirer. Pifer connait cette methode par coeur. Il l’a vue deployee pendant les negociations de Minsk, pendant les discussions sur le controle des armements, pendant chaque tentative de la communaute internationale de contraindre Moscou a respecter ses propres engagements. Et chaque fois, le resultat a ete le meme : des mots sans actes, des promesses sans preuves.
Quand Lavrov dit qu’il n’a pas vu le plan de paix, il ne se plaint pas d’un retard de livraison — il construit methodiquement un alibi pour justifier la poursuite de la guerre.
Les chiffres de la guerre : bientot quatre ans
L’invasion russe de l’Ukraine approche de son quatrieme anniversaire, le 24 fevrier 2026. Quatre ans de combats ininterrompus. Des dizaines de milliers de morts. Des millions de deplaces. Des villes entieres rasees. Et au bout de ces quatre ans, la meilleure offre sur la table est une « pause » de 48 heures non confirmee, annoncee par un president americain sur la base d’une conversation telephonique dont personne ne connait les termes exacts. Pifer a raison de demander des preuves plutot que des promesses. Parce que les preuves, ce sont les 111 drones de la nuit du 29 janvier. Les preuves, ce sont les 242 drones et 36 missiles du 9 janvier. Les preuves, ce sont les 70% de Kyiv plonges dans le noir. Les preuves, ce sont les familles ukrainiennes qui grelottent dans des appartements sans chauffage pendant que deux presidents discutent au telephone de la « temperature extraordinaire ».
Que faudrait-il pour que la paix soit reelle?
Si l’on ecoute Pifer, et on devrait l’ecouter, la paix en Ukraine n’est possible qu’a une condition : que la Russie conclue qu’il est plus couteux de continuer la guerre que de l’arreter. Pour atteindre ce point de bascule, les Etats-Unis et leurs allies doivent deployer un arsenal de pressions simultanees : des sanctions qui etranglent veritablement l’economie russe, pas des mesures cosmetiques; des livraisons d’armes qui donnent a l’Ukraine un avantage operationnel reel sur le champ de bataille; la saisie des avoirs geles de la Banque centrale russe pour financer la defense et la reconstruction ukrainiennes; et un cadre de securite credible qui signale a Moscou que toute nouvelle agression serait confrontee a une reponse militaire coordonnee. Rien de cela ne se produit par le biais d’un coup de telephone. Rien de cela ne se materialise dans une publication sur Truth Social. Il faut de la volonte politique, de la coordination strategique et, surtout, de la constance — une qualite que Trump n’a jamais demontree dans sa politique etrangere.
La paix ne se negocie pas par telephone entre deux hommes qui mentent pour des raisons differentes — elle se construit sur des engagements verifiables, des pressions reelles et une volonte inebranliable que ni Trump ni Poutine ne possedent.
Le role de l’Europe : absent du recit trumpien
Un angle mort frappant du recit de Trump est l’absence totale de l’Europe. La pretendue pause a ete negociee — si on peut appeler cela une negociation — entre Trump et Poutine, sans la participation de l’Ukraine, sans la consultation des allies europeens, sans cadre multilateral. C’est la vision trumpienne de la diplomatie dans sa forme la plus pure : deux hommes forts qui se parlent, et le reste du monde qui attend le resultat. Mais cette approche ignore une realite fondamentale : c’est l’Europe qui accueille des millions de refugies ukrainiens. C’est l’Europe qui fournit une part croissante de l’aide militaire et financiere a l’Ukraine. C’est l’Europe qui subit les consequences economiques des sanctions contre la Russie. Et c’est l’Europe qui devra vivre avec les consequences d’un accord bancal sur sa frontiere orientale pendant des decennies. L’exclure du processus, c’est construire une maison sans consulter ceux qui y vivront.
Conclusion : des preuves, pas des promesses — le cri d'un diplomate ignore
La formule de Steven Pifer — des preuves, pas des promesses — devrait etre gravee au fronton de chaque ministere des Affaires etrangeres occidental. Elle resume en quatre mots tout ce qui ne va pas dans l’approche de Trump envers la Russie. Un president qui prend la parole de Poutine pour argent comptant. Un Kremlin qui refuse de confirmer ses propres « engagements ». Une « pause » de 48 heures presentee comme une percee diplomatique. Des drones qui continuent de frapper pendant que les communiques celebrent le silence. Et au milieu de tout cela, un peuple ukrainien qui entre dans son quatrieme hiver de guerre, sans chauffage, sans electricite, sans certitude que demain sera different d’hier. Pifer a raison. Zelensky a raison. La diplomatie ne fonctionne pas avec des coups de telephone et des publications sur les reseaux sociaux. Elle fonctionne avec des sanctions qui mordent, des armes qui dissuadent et des engagements que personne ne peut nier. Tant que Trump continuera a confondre la promesse avec la preuve, tant qu’il continuera a prendre les mots du Kremlin pour de la monnaie reelle, il ne fera qu’offrir a Poutine ce que celui-ci desire le plus au monde : du temps. Du temps pour bombarder. Du temps pour reconstruire ses forces. Du temps pour transformer une guerre d’agression en un fait accompli que le monde finira par accepter. Et ca, cher lecteur, c’est la pire des trahisons — pas seulement envers l’Ukraine, mais envers l’idee meme que les promesses des nations ont encore un sens.
Signe Maxime Marquette
Encadre de transparence du chroniqueur
Ce texte est une chronique – il reflète le point de vue de son auteur et ne prétend pas à l’objectivité journalistique au sens classique du terme. L’auteur s’appuie sur des faits vérifiables, mais les interprète librement pour nourrir le débat public.
Maxime Marquette est chroniqueur spécialisé en géopolitique et en questions internationales. Ses textes sont publiés sur la plateforme mad-max.ca.
Sources
Sources primaires
Kyiv Post — Proof, Not Promises: Ex-Ambassador Eyes Trump’s Claimed Russian Pause With Skepticism
The Washington Post — Russia says pause in strikes on Kyiv energy targets will last only to Sunday
NBC News — Confusion in Kyiv and Moscow after Trump says Putin agreed to pause attacks for a week
Kyiv Post — Moscow Must Feel Pain: Ex-Ambassador Warns Peace Won’t Come Without Pressure
Sources secondaires
Al Jazeera — Trump says Russia to pause bombing Kyiv during extreme winter conditions
CNN via ABC17 — Ukraine welcomes Trump’s claimed pause in Russian attacks, but Moscow silent
CNN — Russia says it agreed to pause strikes on Kyiv until Sunday at Trump’s request
Kyiv Post — Ukraine Should Consider Plan B: Ex-US Ambassador on Kyiv’s Fragile Security
ABC News — Trump encourages Putin to play him, says former U.S. ambassador to Ukraine
Military.com — Trump Claims Putin Agreed to Temporary Halt in Energy Attacks on Ukraine
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