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BILLET : Le satellite espion Luch pulvérisé dans l’espace — quand le cosmos fait justice contre la Russie
Crédit: Adobe Stock

2014-2015 : naissance d’un prédateur orbital

Pour mesurer la saveur de cette destruction cosmique, il faut connaître l’histoire de sa victime. Le satellite Luch (Olymp-K) a été lancé le 28 septembre 2014, à peine six mois après l’annexion de la Crimée par la Russie, depuis le cosmodrome de Baïkonour au Kazakhstan, propulsé par une fusée Proton-M avec un étage supérieur Briz-M. Officiellement classé dans la série des satellites Luch — des relais de communication d’apparence inoffensive — le véritable objectif de l’engin n’a dupé personne dans la communauté spatiale. Dès ses premières semaines en orbite, le satellite a commencé une série de manoeuvres que les experts ont qualifiées d’inhabituelles et provocatrices. En avril 2015, après plusieurs repositionnements, il s’est stationné à 18,1 degrés ouest de longitude — directement entre les satellites Intelsat 901 et Intelsat 7. Se garer entre deux satellites de communication d’une entreprise américaine, c’est l’équivalent spatial de s’asseoir entre deux personnes dans un restaurant vide pour écouter leur conversation. Kay Sears, présidente d’Intelsat General, a réagi publiquement, déclarant : « Ce n’est pas un comportement normal et nous sommes préoccupés. » Préoccupés. Le mot est d’une retenue diplomatique qui confine au ridicule face à la provocation.

Ce n’était que le début. Le Luch a ensuite déménagé pour aller rôder autour d’un troisième satellite Intelsat. Puis d’autres. Comme un pickpocket orbital, il se déplaçait de cible en cible, s’approchant de satellites appartenant à Intelsat, Eutelsat, SES, la Turquie, le Nigeria, le Royaume-Uni, et l’Agence spatiale européenne. Chaque approche était un acte d’espionnage. Chaque manoeuvre était un doigt d’honneur céleste adressé à l’ordre spatial international. Le satellite changeait régulièrement de position le long de la ceinture géostationnaire, restant à proximité prolongée de satellites de communications étrangers — le temps nécessaire, selon les experts, pour intercepter et enregistrer leurs transmissions. Le FSB, depuis son quartier général moscovite, avait les oreilles dans les étoiles.

Pendant dix ans, le satellite Luch s’est comporté comme un voyeur orbital, collant aux satellites des autres nations avec l’impudence d’un régime qui se croit au-dessus de toute règle. Dix ans de rôderie cosmique impunie. Et il aura fallu un débris — un simple débris — pour mettre fin à ce que les diplomates n’ont jamais eu le courage d’arrêter.

2017-2018 : l’incident Athena-Fidus qui a fait trembler Paris

Le moment le plus scandaleux de la carrière du Luch s’est produit entre octobre 2017 et janvier 2018. Pendant onze semaines, le satellite espion russe s’est approché du satellite militaire franco-italien Athena-Fidus — un engin de communications sécurisées utilisé par les forces armées françaises et italiennes, ainsi que par les forces de police des deux pays. Le Luch est passé à 12,5 kilomètres d’Athena-Fidus, sa distance minimale enregistrée le 26 novembre 2017. 12,5 kilomètres. En termes orbitaux, c’est l’équivalent de coller son oreille à la porte d’un bureau classifié secret-défense. Le 7 septembre 2018, lors d’une visite au Centre spatial de Toulouse, la ministre française des Armées, Florence Parly, a brisé le silence diplomatique avec une déclaration historique. Elle a accusé la Russie d’avoir commis « un acte d’espionnage » contre Athena-Fidus, déclarant que le satellite russe s’était approché « d’un peu trop près » et que « quiconque aurait pu penser qu’il tentait d’intercepter nos communications ».

Les mots de Florence Parly résonnent aujourd’hui avec une ironie particulière. La ministre avait annoncé que la France installerait des caméras sur ses engins spatiaux pour surveiller l’approche de satellites intrus. Elle avait promis une nouvelle stratégie spatiale de défense. Elle avait parlé de contrer les menaces spatiales, y compris l’espionnage et les attitudes hostiles d’autres puissances. Toutes ces mesures étaient nécessaires. Toutes étaient tardives. Mais aucune n’aura finalement été aussi efficace que le morceau de débris qui a percuté le Luch le 30 janvier 2026. La meilleure arme anti-satellite du monde, ce matin-là, n’était ni française, ni américaine, ni chinoise. C’était un fragment de ferraille cosmique, anonyme et aveugle, obéissant aux seules lois de Newton. Le cosmos a fait le ménage que les humains refusaient de faire. Et le satellite militaire Athena-Fidus, lancé en février 2014 par une fusée Ariane 5, continue de fonctionner en orbite, tandis que son harceleur russe n’est plus qu’un nuage de débris. Il y a des dénouements que même les meilleurs scénaristes n’oseraient pas écrire.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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