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CHRONIQUE : Cessez-le-feu jusqu’a dimanche — quand la Russie transforme la paix en farce et la diplomatie en chaos
Crédit: Adobe Stock

Ce que Peskov a dit et ce qu’il n’a pas dit

Dmitri Peskov est un maitre dans l’art de dire sans dire, de confirmer sans confirmer, de promettre sans promettre. Sa declaration du 30 janvier est un chef-d’oeuvre de double langage qui merite d’etre decortiquee mot par mot. Il a declare que le president Trump avait effectivement fait une demande personnelle au president Poutine de s’abstenir de frapper Kyiv pendant une semaine jusqu’au 1er fevrier afin de creer des conditions favorables aux negociations. Notez la construction de la phrase. Il confirme la demande de Trump, mais pas la reponse de Poutine. Il mentionne une semaine et le 1er fevrier dans la meme phrase, sans expliquer la contradiction evidente entre les deux. Il parle de conditions favorables aux negociations sans preciser quelles negociations. Et surtout, il ne dit pas si l’accord couvre uniquement les infrastructures energetiques ou toutes les frappes aeriennes. Il ne dit pas si l’accord concerne uniquement Kyiv ou l’ensemble de l’Ukraine. Il ne dit pas quand la pause est censee commencer. Peskov a refuse de repondre a chacune de ces questions. Chaque zone de flou est une trappe, chaque ambiguite est une porte de sortie que le Kremlin se reserve pour le moment ou il decidera de reprendre les bombardements en pretendant n’avoir jamais rien promis.

Ce n’est pas la premiere fois que Moscou utilise cette tactique. Le double langage est l’oxygene de la diplomatie russe depuis des decennies. On promet sans promettre, on accepte sans accepter, on respecte sans respecter. Souvenez-vous du cessez-le-feu unilateral de mai 2025, quand la Russie avait annonce une treve de trois jours pour des raisons humanitaires. Le ministere de la Defense russe avait ensuite accuse l’Ukraine de violer cette treve plus de 14 000 fois. Quatorze mille violations en trois jours. C’est mathematiquement presque une violation toutes les dix-huit secondes. Et dans le meme temps, l’Ukraine accusait la Russie de violer sa propre treve, le ministre ukrainien des Affaires etrangeres qualifiant le tout de farce. Le mot est juste. C’etait une farce. Et celle de janvier 2026 en est la repetition exacte, avec juste un changement de decor et d’acteurs secondaires.

Peskov ne parle pas pour communiquer — il parle pour obscurcir. Chaque mot est choisi pour sa capacite a signifier deux choses a la fois, chaque phrase est construite pour etre deniable. C’est de la ventriloquie geopolitique : la bouche dit paix pendant que les mains lancent des drones.

Les agences de presse russes en desaccord

Le chaos n’a pas epargne les propres organes de communication du Kremlin, et c’est peut-etre le detail le plus revelateur de toute cette affaire. RIA Novosti, l’agence de presse officielle russe, a rapporte que la Russie avait accepte de s’abstenir de frappes sur l’Ukraine jusqu’au 1er fevrier. TASS, une autre agence d’Etat, a rapporte que Peskov avait refuse de repondre a la question de savoir si Poutine avait accepte la demande de Trump. Interfax a adopte la meme ligne que TASS. Trois agences de presse d’Etat, trois versions differentes du meme evenement. Comment est-ce possible dans un pays ou les medias sont controles par le pouvoir avec une poigne de fer? La reponse est simple : le chaos est intentionnel. Le Kremlin ne veut pas que le message soit clair. Il veut que chaque interlocuteur puisse y lire ce qu’il souhaite. Trump peut dire a son public americain qu’il a obtenu un accord. Les Ukrainiens ne savent pas s’ils doivent y croire. Les blogueurs militaires russes peuvent rassurer leur base en disant que ce n’est que temporaire. Et Poutine garde les mains libres pour faire exactement ce qu’il veut, quand il veut. C’est le brouillard de guerre applique a la diplomatie.

Le fait que les blogueurs militaires russes aient ete pris de court est particulierement significatif. Ces voix influentes du milieu pro-guerre, qui ont souvent acces a des informations privilegiees du ministere de la Defense, ne semblaient pas avoir ete prevenues de cet accord. La plupart l’ont interprete comme un cessez-le-feu temporaire, mais avec un malaise visible. Certains ont exprime ouvertement leur mecontentement, y voyant une concession inacceptable a l’Occident. D’autres ont tente de minimiser la portee de l’accord, insistant sur le fait que les frappes continueraient sur les cibles militaires. Mais le ministere russe de la Defense a lui-meme brouille les cartes en declarant le vendredi qu’il avait frappe des cibles militaires en Ukraine, y compris des installations energetiques utilisees pour soutenir l’armee. Des installations energetiques utilisees pour soutenir l’armee. C’est la formulation magique qui permet de bombarder n’importe quelle centrale electrique en pretendant que c’est une cible militaire. Le cessez-le-feu n’a meme pas dure vingt-quatre heures avant que la Russie ne trouve le pretexte pour le violer.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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