Kherson, 9h42 : un minibus, cinq vies brisées
Un minibus. Cinq passagers. Un conducteur de 48 ans. Oleksandr Prokudin, gouverneur de la région de Kherson, a annoncé la nouvelle sur Telegram, comme on annonce une condamnation à mort. Le véhicule a été frappé par un obus russe. Le conducteur est mort sur le coup. Les autres sont à l’hôpital. Deux d’entre eux ne survivront peut-être pas. Parce qu’ils voulaient simplement rentrer chez eux.
Plus tôt dans la journée, trois autres personnes ont été tuées dans des frappes de drones, de missiles, d’artillerie. Une femme de 47 ans. Une autre de 52 ans. Leurs noms ? Personne ne les connaît encore. Leurs familles, si. Leurs enfants attendent un appel qui ne viendra plus. Dans le village de Novoosinove, une femme de 47 ans est morte sous les obus. Une autre, 52 ans, gît à l’hôpital, entre la vie et la mort.
Je relis ces chiffres. 47 ans. 48 ans. 52 ans. Des âges. Des vies. Des gens qui avaient des projets, des rires, des peurs, des espoirs. Des gens qui, il y a encore quelques années, ne savaient même pas ce qu’était un drone kamikaze. Maintenant, leurs familles apprennent à vivre avec un trou dans le cœur, avec une date gravée dans la mémoire : celle où tout s’est arrêté. Et moi, je me demande : comment fait-on pour continuer à écrire, à parler, à vivre, quand chaque phrase est un coup de couteau dans le ventre de quelqu’un ?
L’odyssée des drones et des missiles
La nuit dernière, la Russie a lancé 111 drones sur l’Ukraine. 80 ont été abattus. Les autres ont frappé. Toujours. Quelque part. Un missile Iskander-M a sifflé dans le ciel avant de s’écraser. Personne ne sait où, exactement. Juste qu’il a tué. Encore. Yulia Svyrydenko, Première ministre ukrainienne, a compté sept attaques sur les voies ferrées en 24 heures. Sept. Comme si la Russie voulait couper les dernières artères du pays. Isoler. Asphyxier. Geler.
Et puis, il y a les villages. Ternuvate. Richne. Berestok. Des noms. Des points sur une carte. Des lieux où, hier, des gens vivaient. Aujourd’hui, la Russie les a « libérés », comme elle dit. Libérés de quoi ? De leurs maisons ? De leurs souvenirs ? De leur vie ?
Derrière les chiffres : deux millions de vies brisées
Le bilan qui donne le vertige
Deux millions. C’est le nombre de soldats tués, blessés ou portés disparus depuis le début de la guerre, selon le Center for Strategic and International Studies (CSIS). 1,2 million du côté russe. 500 000 à 600 000 du côté ukrainien. Des chiffres. Des statistiques. Jusqu’à ce qu’on réalise que chaque chiffre, c’est un père. Une mère. Un enfant qui ne reverra plus son parent. 325 000 morts russes. 140 000 morts ukrainiens. Des vies. Pas des nombres.
Et puis, il y a les civils. 2 500 morts en 2025. 12 000 blessés. 15 000 depuis 2022. Mais l’ONU le dit : le vrai bilan est bien plus lourd. Parce qu’il y a ceux qu’on ne compte pas. Ceux qui meurent de froid. De faim. De désespoir. Ceux qu’on oublie.
Deux millions. Je répète ce chiffre. Deux millions. Et je vois les visages. Ceux des soldats ukrainiens, 20 ans, qui s’entraînent dans la boue de Zaporijjia, les yeux cernés, les mains gelées. Ceux des mères russes, qui reçoivent un télégramme laconique : « Tué au combat. » Deux millions de vies. Deux millions de familles brisées. Deux millions de raisons de hurler. Et pourtant, le monde continue de tourner. Les Bourses montent et descendent. Les politiques discutent. Les gens scrollent. Comme si deux millions de vies valaient moins qu’un like, qu’un tweet, qu’un clic.
La guerre des chiffres et des silences
Le Kremlin ment. Dmitry Peskov, son porte-parole, dit que les chiffres du CSIS ne sont pas « fiables ». Bien sûr. Parce qu’avouer 325 000 morts, c’est avouer un échec. Un massacre. Une folie. Alors on ment. On minimise. On cache. La dernière fois que Moscou a donné un bilan officiel, c’était en septembre 2022 : 5 937 morts. Depuis, silence. Comme si taire les morts pouvait les faire disparaître.
Côté ukrainien, Volodymyr Zelensky a parlé de 46 000 soldats tués en février 2025. Un chiffre sous-estimé, disent les analystes. Parce que dire la vérité, c’est risquer de briser le moral. Alors on taise. On édulcore. On transforme les hommes en chiffres, et les chiffres en armes politiques.
La diplomatie dans le froid : entre espoirs et mensonges
Les négociations qui n’avancent pas
Abu Dhabi. C’est là que doivent se tenir les prochaines discussions, le 1er février. États-Unis, Russie, Ukraine. Tout le monde est autour de la table. Tout le monde sourit pour les caméras. Tout le monde sait que rien ne changera. Parce que le vrai problème, c’est la terre. La Russie veut garder ce qu’elle a volé. L’Ukraine veut récupérer ce qu’on lui a pris. Et personne ne veut lâcher.
Zelensky le dit : « Chaque frappe russe érode la diplomatie. » Chaque missile. Chaque drone. Chaque vie brisée. Comment négocier quand l’autre continue de tuer ? Comment parler de paix quand, pendant que les diplomates sirotent leur café, des familles enterrent leurs morts ?
Je pense à ces réunions. Aux costumes cravates. Aux sourires polis. Aux mots creux. « Processus constructif. » « Dialogue nécessaire. » « Pas de rupture. » Pendant ce temps, quelque part en Ukraine, une mère serre son enfant contre elle en entendant les sirènes. Elle ne sait pas si c’est un exercice. Elle ne sait pas si son immeuble tiendra. Elle ne sait pas si demain, elle aura encore de l’eau chaude. Elle ne sait pas si son mari, parti au front, reviendra. Elle ne sait rien. Sauf une chose : personne, dans ces salles climatisées, ne parle pour elle. Personne ne crie sa peur. Personne ne tremble avec elle. Alors à quoi bon, ces négociations ?
L’Europe et l’Amérique : entre soutien et lassitude
L’Europe a blacklisté la Russie pour blanchiment d’argent. Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne, l’a annoncé. « Ça va ralentir et augmenter le coût des transactions avec les banques russes. » Une sanction. Une de plus. Comme si Poutine avait jamais manqué d’argent.
Et puis, il y a Donald Trump. Lui qui a demandé à Poutine de ne pas frapper Kyiv pendant une semaine. Pour « créer des conditions favorables aux négociations ». Une semaine. Comme si la guerre était un jeu qu’on peut mettre en pause. Comme si les vies ukrainiennes étaient des pions qu’on déplace sur un échiquier. Une semaine de répit. Puis après ?
Conclusion : L’hiver qui ne finit pas
Le froid, nouvelle arme de guerre
L’Ukraine gèle. Littéralement. Les températures chutent. Les réserves de charbon fondent. Les générateurs toussent. Le froid tue. Pas comme une balle. Pas comme un obus. Lentement. Sournoisement. Il s’infiltre. Il affaiblit. Il brise. Et pendant ce temps, le monde regarde.
1 437 jours. Deux millions de vies brisées. Des villes réduites en cendres. Des familles éclatées. Des enfants qui grandissent dans les abris. Des vieux qui meurent dans le silence. Des soldats qui tombent dans la boue. Des mères qui pleurent. Des pères qui serrent les dents. Des amours qui n’auront pas de lendemain.
Et nous ? Nous, qu’est-ce qu’on fait ? On lit. On hoche la tête. On dit « c’est terrible ». On passe à autre chose. On oublie. Parce que c’est plus facile. Parce que regarder cette souffrance en face, c’est comme regarder le soleil à midi : ça brûle. Alors on détourne les yeux.
Je ferme les yeux. J’imagine Kharkiv. Kyiv. Kherson. J’entends les sirènes. Je vois les visages. Je sens le froid. Et je me dis : un jour, on nous demandera où on était. Qu’est-ce qu’on a fait. Qu’est-ce qu’on a dit. Qu’est-ce qu’on a écrit. Et ce jour-là, je ne veux pas avoir à baisser les yeux. Je ne veux pas avoir à murmurer : « Je ne savais pas. » Parce que maintenant, on sait. Tous. Alors la question n’est plus « qu’est-ce qu’on peut faire ? » La question, c’est : qu’est-ce qu’on va faire ?
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste. Je suis chroniqueur. Mon rôle n’est pas de rapporter les faits avec une neutralité froide, mais de les faire ressentir, de les incarner, de les connecter à l’humain qui les vit — et à l’humain qui les lit. Mon expertise réside dans l’analyse des dynamiques géopolitiques, mais surtout dans la capacité à transmettre l’émotion brute qui se cache derrière chaque chiffre, chaque communiqué, chaque décision.
Méthodologie et sources
Les informations factuelles présentées dans cet article proviennent de sources primaires vérifiées :
Al Jazeera — Key events, day 1,437 (31 janvier 2026)Associated Press — Russia and Ukraine’s combined war casualties could reach 2 million soon (28 janvier 2026)Al Jazeera — Key events, day 1,438 (1er février 2026)
Les données sur les victimes militaires et civiles sont issues du Center for Strategic and International Studies (CSIS), de rapports de l’ONU, et de déclarations officielles ukrainiennes et russes.
Nature de l’analyse
Les analyses et interprétations présentées ici sont le fruit d’une synthèse critique des faits, contextualisés dans le cadre des dynamiques géopolitiques et humaines contemporaines. Mon rôle est de donner une voix aux silences, de mettre en lumière les visages derrière les chiffres, et de provoquer une connexion émotionnelle authentique entre le lecteur et la réalité ukrainienne.
Sources
Sources primaires
Al Jazeera — Russia-Ukraine war: List of key events, day 1,437 — 31 janvier 2026
Associated Press — Russia and Ukraine’s combined war casualties could reach 2 million soon, report estimates — 28 janvier 2026
Sources secondaires
Al Jazeera — Russia-Ukraine war: List of key events, day 1,438 — 1er février 2026
Al Jazeera — Russia-Ukraine war: List of key events, day 1,436 — 30 janvier 2026
Al Jazeera — Russia-Ukraine war: List of key events, day 1,434 — 28 janvier 2026
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