Le diagnostic brutal d’un continent paralyse
La phrase a claque comme un coup de fouet dans l’air feutre du Centre des Congres. « Au lieu de devenir une vraie puissance mondiale, l’Europe reste un kaleidoscope beau mais fragmente de petites et moyennes puissances. » Relisez cette phrase. Savourez-la. Car elle contient en une seule formule tout le diagnostic de la faillite europeenne. Zelensky ne parle pas comme un diplomate. Il parle comme un chirurgien de guerre qui decoupe la gangrene sans anesthesie. L’Europe, cette merveille culturelle, ce phare de la democratie, ce continent qui s’enorgueillit de ses valeurs humanistes — n’est aux yeux du monde qu’une collection de nains geopolitiques incapables de s’unir face a une menace existentielle. 27 pays. 27 opinions. 27 calculs electoraux. Et zero volonte politique commune. Pendant que Vladimir Poutine joue aux echecs avec la carte du monde, l’Europe joue au Monopoly avec ses propres regles, et chaque joueur triche pour proteger ses petits interets nationaux. Les Allemands veulent leur gaz. Les Hongrois veulent leur tranquillite. Les Francais veulent leur grandeur. Et l’Ukraine, elle, veut simplement survivre.
Le president ukrainien a martele son message avec une precision chirurgicale : « L’Europe semble perdue a essayer de changer le president americain plutot que de s’unir pour se defendre elle-meme. » Voila le coeur du probleme. L’Europe s’est construite sous le parapluie americain pendant des decennies, et maintenant que ce parapluie se referme — Donald Trump ayant mis fin a l’aide americaine a l’Ukraine — le continent se retrouve nu sous la pluie de missiles russes. Zelensky a appele a la creation d’une armee commune europeenne, affirmant que la confiance envers l’OTAN s’effrite. Il a exige que l’Europe fasse davantage pour endiguer l’afflux de petrole et de gaz russes qui continue de financer la machine de guerre du Kremlin. Mais ces appels resonnent dans le vide depuis quatre ans. Quatre annees pendant lesquelles l’Europe a debattu, consulte, negocie, et finalement… fait le strict minimum.
Soyons honnetes une seconde : Zelensky a raison et tout le monde le sait. L’Europe est un geant economique et un nain militaire. Cette verite-la, on peut la fuir dans les couloirs feutres de Davos, mais elle finira par nous rattraper. Et quand elle nous rattrapera, il sera trop tard pour supplier.
Le Groenland, symptome d’une impuissance continentale
Pour illustrer la paralysie europeenne, Zelensky a choisi un exemple devastateur : le Groenland. Quand Donald Trump a menace d’annexer ce territoire danois — allant jusqu’a evoquer l’utilisation de l’armee americaine — quelle a ete la reponse de l’Europe ? « Si vous envoyez 30 ou 40 soldats au Groenland, c’est pour quoi faire ? Quel message cela envoie-t-il ? », a lance Zelensky avec un mepris a peine contenu. Trente soldats. Contre la premiere puissance militaire du monde. C’est le niveau de reponse que l’Europe est capable de produire face a une menace directe sur son integrite territoriale. Trente soldats qui ne protegeraient « rien », selon les mots memes du president ukrainien. Cette image — trente soldats dans l’immensity arctique face aux ambitions d’un empire — est la metaphore parfaite de l’impuissance europeenne. Si l’Europe est incapable de defendre le Groenland, comment peut-on croire qu’elle defendrait l’Ukraine ? Comment peut-on croire qu’elle se defendrait elle-meme si demain Poutine decidait de tester les frontieres des pays baltes ? La reponse, Zelensky la connait. Et c’est pour ca qu’il crie.
Le Groenland est devenu le symbole d’une Europe qui a oublie ce que signifie la souverainete. Un continent qui possede la deuxieme economie mondiale mais qui tremble devant un tweet de Trump. Un continent qui finance des programmes spatiaux mais qui ne peut pas aligner assez de munitions pour aider un allie en guerre. Les 25 des 30 materiaux critiques identifies par l’Union europeenne se trouvent au Groenland, et c’est Washington qui menace de les saisir. Pas Moscou. Washington. L’allie suppose. Et l’Europe regarde, hebetee, comme un lapin dans les phares d’un camion.
Chaque "Viktor" merite une gifle -- le coup de poing a Orban
L’attaque frontale contre le cheval de Troie du Kremlin
Puis est venu le moment que tout le monde retiendra. La phrase qui a fait trembler les murs du Centre des Congres et qui resonnera longtemps dans les chancelleries europeennes. « Chaque ‘Viktor’ qui vit de l’argent europeen tout en essayant de brader les interets europeens merite une gifle. » Pas une reprimande diplomatique. Pas une note de protestation. Une gifle. Le mot est sorti comme un crachat dans un salon de the. Tout le monde a compris. Viktor Orban, le Premier ministre hongrois, l’homme qui se rend regulierement a Moscou pour serrer la main de Poutine tout en encaissant les milliards de subventions europeennes. L’homme qui bloque systematiquement les sanctions les plus severes contre la Russie. L’homme qui qualifie la guerre en Ukraine de « conflit regional » tout en profitant du gaz russe a prix reduit. Zelensky n’a pas prononce le nom. Il n’en avait pas besoin. Le prenom suffisait. Car dans toute l’Europe, il n’y a qu’un seul « Viktor » qui correspond a cette description : celui de Budapest, le cheval de Troie du Kremlin au coeur meme de l’Union europeenne.
La violence de l’attaque etait calculee. Zelensky sait que la diplomatie ne fonctionne plus avec Orban. Des annees de negociations feutrees, de pressions discretes, de compromis n’ont rien donne. Le Hongrois continue de jouer son double jeu, encaissant l’argent de Bruxelles d’une main et tendant l’autre a Moscou. Alors Zelensky a choisi la methode brute. La gifle verbale publique, devant le monde entier, devant les cameras, devant 3 000 temoins. C’est l’acte d’un homme qui n’a plus rien a perdre. Un homme dont le pays est bombarde chaque jour, dont les centrales electriques sont detruites, dont les hopitaux sont vises, et qui doit supporter le spectacle d’un dirigeant europeen qui sabote les efforts de defense de l’interieur meme de l’alliance. La colere de Zelensky n’est pas diplomatique. Elle est viscerale. Elle est humaine. Elle est celle d’un pere de famille dont la maison brule et qui voit son voisin tendre un briquet a l’incendiaire.
Je ne suis pas diplomate, et tant mieux. Car ce que Zelensky a dit sur Orban, des millions d’Europeens le pensent tout bas depuis des annees. Il a fallu un president en guerre pour oser dire tout haut ce que la bonne societe chuchotait dans les couloirs. La gifle etait meritee. Et elle aurait du venir plus tot.
La riposte immediate de Budapest
La reaction d’Orban ne s’est pas fait attendre. Sur les reseaux sociaux, le Premier ministre hongrois a contre-attaque avec la morgue qu’on lui connait : « Je suis un homme libre qui sert sa nation », a-t-il declare, avant d’ajouter que Zelensky est un « homme desespere » incapable d’arreter une guerre dans sa quatrieme annee. La cruaute de la formule est a couper le souffle. Qualifier de « desespere » un homme dont le pays est envahi, dont les citoyens sont tues par des missiles russes au quotidien, dont les enfants sont deportes par milliers — c’est d’une bassesse qui revele le vrai visage d’Orban. « Zelensky a franchi la ligne », a-t-il insiste, ajoutant qu’il etait « surpris » que le president ukrainien ait egalement « critique tous les autres dirigeants europeens » en affirmant que « le soutien fourni a l’Ukraine est insuffisant, les armes sont insuffisantes, et la determination de l’Europe est egalement insuffisante ». Mais Orban n’a pas repondu a la seule question qui compte : pourquoi un membre de l’Union europeenne continue-t-il de financer la machine de guerre russe ?
La deputee allemande Sevin Dagdelen a accuse Zelensky de « megalomanie ». Le ministre italien des Affaires etrangeres Antonio Tajani a qualifie le discours d’« injuste envers l’Europe ». L’ancien Premier ministre belge Elio Di Rupo a juge les critiques « indecentes », rappelant les « sommes colossales » debloquees pour l’Ukraine. Mais aucun d’entre eux n’a repondu a la question fondamentale : si le soutien est si colossal, pourquoi la guerre continue-t-elle ? Pourquoi les missiles tombent-ils toujours ? Pourquoi les enfants ukrainiens dorment-ils toujours dans des abris ?
Trump, Poutine, et le jeu de dupes qui ecrase l'Ukraine
La rencontre avec Trump en marge de Davos
Avant son discours incendiaire, Zelensky avait rencontre Donald Trump en marge du Forum. Une rencontre qu’il a qualifiee d’« importante » et de « positive », tout en admettant que le dialogue avec son homologue americain n’est « pas simple ». Derriere ces mots diplomatiques, on devine l’ampleur du gouffre. Trump a mis fin a l’aide americaine a l’Ukraine. Trump a multiplie les declarations ambigues sur Poutine. Trump a transforme la politique etrangere americaine en un instrument de predation economique, du Venezuela au Groenland. Et Zelensky doit quand meme lui serrer la main, sourire, et dire que c’etait « positif ». L’humiliation est complete. Le president d’une nation en guerre doit mendier le soutien d’un homme qui, la veille, negociait peut-etre avec son agresseur. Les documents necessaires pour mettre fin a la guerre seraient « quasiment prets », a annonce Zelensky, evoquant un sommet entre responsables ukrainiens, americains et russes aux Emirats arabes unis. Mais prets pour qui ? A quel prix ? Sur le dos de qui ?
Zelensky a lache une comparaison qui resonnera longtemps : « Maduro est juge a New York. Desolez, mais Poutine n’est pas juge. » La phrase est une bombe a fragmentation diplomatique. D’un cote, les Etats-Unis ont lance une operation militaire pour capturer le president venezuelien Nicolas Maduro — accuse de narcotrafic et de terrorisme — et le traduire en justice. De l’autre, Vladimir Poutine — accuse de crimes de guerre, de deportation d’enfants, de bombardements de civils — se promene librement, recoit des chefs d’Etat, et negocie des accords de paix comme si rien ne s’etait passe. Le deux poids, deux mesures est si flagrant qu’il en devient grotesque. Maduro est un dictateur, certes. Mais entre les crimes de Maduro et ceux de Poutine, l’echelle n’est pas la meme. Et pourtant, c’est le premier qui croupit en cellule et le second qui sirote du the au Kremlin.
Disons-le sans fard : le monde a decide que certains dictateurs sont plus egaux que d’autres. Poutine a le petrole, les armes nucleaires et un siege au Conseil de securite. Maduro n’avait que du petrole. La justice internationale, en 2026, se mesure au calibre des ogives qu’on possede. C’est degoutant. Mais c’est la verite.
Le soutien americain qui s’evapore comme la neige de Davos
La realite, c’est que l’Ukraine se retrouve de plus en plus seule. Les Etats-Unis de Trump ont ferme le robinet. Le Parlement europeen a certes approuve un pret de soutien de 90 milliards d’euros cette meme semaine, mais ce sont des prets, pas des dons. De l’argent que l’Ukraine devra rembourser — si elle survit. Et c’est ce « si » qui hante Zelensky. Car chaque semaine sans armes suffisantes, ce sont des kilometres de territoire perdus. Chaque mois sans systemes de defense aerienne, ce sont des centrales electriques detruites et des millions d’Ukrainiens plonges dans le noir et le froid. Le calcul est simple, brutal, inhumain : l’Europe fournit presque toutes les armes et les fonds qui vont a l’Ukraine, mais ce n’est toujours pas assez. Et quand Zelensky le dit, on le traite d’ingrat. Comme si on pouvait etre ingrat quand ses enfants meurent sous les bombes.
Le correspondant du Wall Street Journal Bojan Pancevski a declare que Zelensky « perd la tete », qualifiant son attaque contre l’Europe de « factuellement fausse » et de « profondement ingrate ». L’ancien eurodepute francais Florian Philippot a parle d’un « moment de folie » qui aurait reussi a « insulter tout le monde ». Mais qui est vraiment fou ici ? L’homme qui hurle parce que sa maison brule ? Ou ceux qui regardent l’incendie depuis leur balcon en se plaignant du bruit ?
90 milliards d'euros -- le prix de la bonne conscience europeenne
L’argent qui coule mais qui ne suffit jamais
Les chiffres sont vertigineux. 90 milliards d’euros de prets. Des milliards en aide militaire. Des paquets de sanctions les uns apres les autres. Sur le papier, l’Europe a fait enormement. Et c’est precisement l’argument que brandissent ceux qui accusent Zelensky d’ingratitude. Le ministre italien Tajani l’a dit sans detour : l’Europe a « garanti l’independance de l’Ukraine » grace a un soutien politique, financier et militaire immense. Mais voila le probleme : ce soutien est suffisant pour que l’Ukraine ne meure pas, mais insuffisant pour qu’elle vive. C’est la strategie de la perfusion. On maintient le patient en vie juste assez pour ne pas avoir a ecrire le certificat de deces. Mais on ne lui donne pas le traitement qui le guerirait. Les Leopard arrivent au compte-gouttes. Les missiles longue portee sont livres avec des restrictions d’utilisation. Les avions de chasse F-16 ont mis des annees a etre promis, encore plus a arriver. Et pendant que Bruxelles debat de la couleur des formulaires d’autorisation, la Russie tire sans restriction avec tout ce qu’elle a.
Il y a une arithmetique macabre derriere ces chiffres. Chaque mois de deliberation europeenne coute des vies ukrainiennes. Chaque negociation interne sur le type d’armes a envoyer se traduit par des quartiers residentiels detruits. Olena, 34 ans, infirmiere a Kharkiv, a perdu son fils de sept ans lors d’un bombardement russe sur son ecole en novembre 2025. Elle a dit a un journaliste : « Dites-leur a Bruxelles que mon fils ne peut pas attendre leur prochain sommet. » Son fils s’appelait Dmytro. Il aimait les dinosaures. Il voulait etre cosmonaute. Il avait sept ans. Et il est mort pendant que des fonctionnaires europeens debattaient du calibre des obus a autoriser. Voila ce que Zelensky voit quand il regarde la salle de Davos. Il ne voit pas des allies. Il voit des gens qui tiennent un compte de la mort et qui estiment avoir fait leur part.
L’Europe se drape dans ses milliards comme dans un manteau de vertu. Mais il y a une difference entre donner assez pour avoir bonne conscience et donner assez pour gagner une guerre. Et cette difference-la, elle se mesure en cercueils d’enfants.
La Russie contourne les sanctions pendant que l’Europe se felicite
Pendant que l’Union europeenne s’auto-congratule pour ses paquets de sanctions — on en est au quinzieme — la Russie a deploye un reseau sophistique de contournement qui rend ces mesures partiellement inoperantes. Des petrolejers fantomes sillonnent les oceans avec des pavillons de complaisance, acheminant le petrole russe vers des acheteurs avides — Inde, Chine, Turquie. Les revenus petroliers et gaziers de Moscou ont certes chute de 21 % sur les dix premiers mois de 2025, mais ils restent suffisants pour financer la guerre. Les oligarques sanctionnes ont simplement transfere leurs avoirs dans des paradis fiscaux plus discrets. Les composants electroniques occidentaux continuent de se retrouver dans les missiles russes via des intermediaires en Asie centrale. Zelensky le sait. Et quand il dit que l’Europe doit « faire davantage pour endiguer l’afflux de petrole et de gaz russes », il ne parle pas dans le vide. Il parle de la realite concrete d’une economie de guerre russe qui tourne encore, alimentee par l’incompetence ou la complicity de ceux-la memes qui pretendent la combattre.
La premiere edition sans Klaus Schwab -- un Forum qui a perdu son ame
Un Davos sans fondateur mais avec un nouveau maitre
Cette edition 2026 marquait une premiere historique : le Forum economique mondial se tenait sans Klaus Schwab, son fondateur omnipresent pendant plus d’un demi-siecle. Et dans le vide laisse par le vieil homme, un autre ego s’est engouffre : celui de Donald Trump. Le president americain a domine cette edition comme un monarque domine sa cour. Sa presence, meme a distance, a ecrase tous les debats. Les sujets qui auraient du etre centraux — la transition energetique, les inegalites, le climat — ont ete relegues au second plan. Les priorites ont ete redesignees autour de la cryptomonnaie, de l’intelligence artificielle et de la securite energetique. Autrement dit, autour de ce qui interesse les puissants. Le Davos de 2026 n’est plus un lieu de reflexion sur l’avenir de l’humanite. C’est un salon d’affaires ou les milliardaires viennent faire du networking en feignant de se preoccuper des pauvres.
La Fight Inequality Alliance l’a formule avec une brutale honnetete : « Il est plus realiste de dire que Davos est un defile de riches qui feignent de se preoccuper des pauvres tout en protegeant leurs propres interets. » Et c’est dans ce defile que Zelensky devait venir mendier. Un president de guerre, les mains pleines de sang et de terre, oblige de faire la queue entre un PDG de fonds speculatif et un emir du Golfe pour avoir le droit de parler de la mort de son peuple. Le contraste entre le theme officiel — « Un esprit de dialogue » — et la realite — un monologue des puissants entrecoup de silences genes — est a vomir.
Davos est devenu le symptome de la maladie qu’il pretend diagnostiquer. Un rassemblement de privilegies qui debattent des inegalites dans un decor de carte postale suisse. Zelensky a eu le courage de le dire. Et pour cela, on l’a traite de fou. C’est toujours les fous qui disent la verite dans les palais.
Quand les jets prives atterrissent sur la conscience du monde
Le rapport d’Oxfam publie a l’ouverture du Forum est un miroir cruel tendu aux participants. 18 300 milliards de dollars de fortune cumulee des milliardaires mondiaux. Une hausse de 16 % en une seule annee. Et en face, pres de la moitie de la population mondiale vit dans la pauvrete. Ces chiffres ne sont pas des abstractions. Ils ont des visages. Ils ont des noms. Maria, 67 ans, retraitee a Odessa, qui survit avec 80 euros par mois dans un appartement sans chauffage parce que la centrale electrique de sa ville a ete detruite par un missile russe. Andrii, 19 ans, soldat sur la ligne de front a Bakhmout, qui n’a pas vu sa mere depuis dix-huit mois et qui dort dans une tranchee inondee. Katya, 11 ans, refugiee a Varsovie, qui dessine des maisons en flammes parce qu’elle ne sait plus dessiner autre chose. Et pendant ce temps, a Davos, on debat du potentiel disruptif de la blockchain autour d’un canape au saumon. La distance entre ces deux mondes n’est pas geographique. Elle est morale. Et elle grandit chaque annee.
Le Groundhog Day geopolitique -- quand l'histoire begaie dans le sang
La repetition macabre des memes erreurs
La metaphore du Groundhog Day choisie par Zelensky depasse le simple bon mot. Elle touche a quelque chose de profondement troublant dans la facon dont le monde gere cette guerre. En 2023, on disait que les sanctions allaient mettre la Russie a genoux. Elles ne l’ont pas fait. En 2024, on promettait que les armes occidentales allaient renverser le cours de la guerre. Elles ne l’ont pas fait. En 2025, on jurait que la pression diplomatique allait forcer Poutine a negocier. Elle ne l’a pas fait. Et nous voici en 2026, a Davos, a repeter les memes discours, les memes promesses, les memes voeux pieux, pendant que le compteur des morts continue de tourner. C’est ca, le Groundhog Day de Zelensky. Ce n’est pas un jour qui se repete. Ce sont des funerailles qui se repetent. Les memes drapeaux ukrainiens sur les memes cercueils. Les memes meres qui s’effondrent. Les memes discours de condoleances internationales. La meme inaction. Boucle apres boucle apres boucle.
Et le plus cruel dans ce Groundhog Day, c’est que Bill Murray finit par s’en sortir dans le film. Il apprend de ses erreurs. Il evolue. Il change. Le monde, lui, ne change pas. Les memes erreurs se reproduisent avec une precision mecanique. On envoie trop peu, trop tard. On negocie avec l’agresseur au lieu de l’arreter. On punit les victimes pour leur « ton » quand elles osent se plaindre. L’Europe de 2026 repete les memes erreurs que l’Europe des annees 1930, quand les democraties pensaient qu’on pouvait apaiser un dictateur en lui donnant un morceau de territoire. Munich, 1938. Minsk, 2015. Et maintenant quoi ? Dubai, 2026 ? Combien de « Munich » faudra-t-il avant que quelqu’un comprenne que les predateurs ne s’arretent pas quand on les nourrit ?
L’histoire ne se repete pas, dit-on. Elle begaie. Et en ce moment, elle begaie dans un dialecte que nous connaissons trop bien : celui des democraties qui sacrifient les petits pour eviter de contrarier les gros. Zelensky l’a compris. Et c’est pour ca qu’il est en colere.
Les fantomes de Munich dans les couloirs de Davos
Quand Zelensky parle, il porte avec lui les fantomes de tous ceux qui ont ete trahis par la realpolitik. Les Tcheques de 1938. Les Georgiens de 2008. Les Syriens de 2013, quand Obama a trace une « ligne rouge » puis l’a effacee. Les Crimsens de 2014, quand le monde a sanctionne la Russie et puis oublie. Il y a un schema. Il est toujours le meme. Un dictateur attaque. Le monde s’indigne. Le monde sanctionne. Le dictateur absorbe le choc. Le monde se lasse. Le dictateur gagne du terrain. Et quelques annees plus tard, on normalise. On « dialogue ». On invite l’agresseur aux sommets internationaux. On lui serre la main en souriant. Et on attend la prochaine agression en feignant la surprise. Zelensky refuse ce schema. Il refuse d’etre le prochain Edvard Benes, le president tchecoslovaque trahi a Munich. Il refuse que l’Ukraine soit la prochaine Tchecoslovaquie. Et c’est pour ca qu’il crie a Davos. Pas par folie. Par survie.
Les voix qui condamnent -- quand la verite devient "arrogance"
Le proces en ingratitude d’un peuple qui meurt
Ce qui s’est passe apres le discours est peut-etre encore plus revelateur que le discours lui-meme. Le choeur des indignes s’est leve, non pas contre la guerre, non pas contre les bombardements, non pas contre Poutine — mais contre Zelensky. Contre l’homme qui ose se plaindre. Le Wall Street Journal l’a accuse de « perdre la tete ». Florian Philippot a parle de « moment de folie ». Le site Medias-Presse a titre sur « l’arrogance de Zelensky ». RT, le media du Kremlin, a jubile en titrant sur le « clown » qui « perd la raison ». Voila la mecanique : un homme denonce l’hypocrisie des puissants, et ce sont les puissants qui decident qu’il est fou. C’est le vieux reflexe du pouvoir face a la verite : si tu ne peux pas refuter le message, attaque le messager. Traitez-le de fou, d’ingrat, d’arrogant. Et surtout, ne repondez jamais a ses questions.
Car les questions de Zelensky restent sans reponse. Pourquoi Poutine n’est-il pas juge alors que Maduro l’est ? Silence. Pourquoi l’Europe continue-t-elle d’acheter de l’energie a son agresseur ? Silence. Pourquoi 30 soldats au Groenland quand des milliers meurent en Ukraine ? Silence. Pourquoi les armes arrivent-elles au compte-gouttes ? Silence. Le silence des puissants est la reponse la plus eloquente. Il dit : nous savons. Nous savons que tu as raison. Mais nous ne ferons rien de plus. Parce que le petrole coute cher. Parce que les elections approchent. Parce que les sondages sont mauvais. Parce que personne ne veut d’une troisieme guerre mondiale. Et parce que, au fond, l’Ukraine n’est qu’un pays lointain dont la plupart des gens ne savent meme pas placer la capitale sur une carte.
On peut traiter Zelensky de tous les noms. Arrogant. Ingrat. Desespere. Mais on ne peut pas nier une chose : il dit la verite. Et dans un monde qui a eleve le mensonge au rang de diplomatie, la verite est devenue un acte de rebellion. Zelensky est le dernier rebelle de Davos.
La propagande du Kremlin jubile
A Moscou, le discours de Zelensky a ete accueilli avec une jouissance non dissimulée. Les medias d’Etat russes ont immédiatement repris les critiques occidentales pour les amplifier. TASS a titre sur le fait qu’Orban estimait que Zelensky avait « franchi la ligne » — utilisant les mots d’un dirigeant europeen pour legitimier la position russe. RT a compile les reactions les plus negatives dans un article jouissif intitule « Le ‘clown’ Zelensky ‘perd la raison' ». La stratégie est vieille comme le monde : quand tes ennemis se disputent entre eux, tu t’assieds et tu regardes. Poutine n’a meme pas eu besoin de reagir. Ses propres adversaires faisaient le travail pour lui. Chaque critique occidentale contre Zelensky est une victoire pour le Kremlin. Chaque article qualifiant le president ukrainien d’« arrogant » est un clip de propagande gratuit pour la television russe. Et ceux qui ont critique Zelensky le savent. Ils le savent et ils l’ont fait quand meme.
Les femmes de Marioupol n'etaient pas invitees a Davos
Les visages absents du Forum des elites
Pendant que les 3 000 participants de Davos debattaient d’intelligence artificielle et de cryptomonnaie, Natalia, 42 ans, vivait dans un conteneur metallique a Zaporizhia. Son appartement a Marioupol n’existe plus. Son mari a ete tue lors du siege. Sa fille de 14 ans fait des cauchemars chaque nuit. Natalia travaille comme femme de menage pour 150 euros par mois et n’a pas les moyens de chauffer son conteneur correctement. Elle n’a jamais entendu parler de Davos. Elle ne sait pas ce qu’est un Forum economique mondial. Mais elle sait ce que c’est qu’une bombe a fragmentation. Elle sait ce que c’est que le bruit d’un drone Shahed au-dessus de sa tete a trois heures du matin. Elle sait ce que c’est que de courir dans un abri avec sa fille dans les bras. Et elle sait une chose que les participants de Davos semblent avoir oubliee : la guerre n’est pas un sujet de panel. C’est une realite qui tue.
Ihor, 58 ans, ancien professeur de mathematiques a Kherson, a perdu ses deux jambes dans un bombardement. Il vit maintenant dans un centre de rehabilitation a Lviv, ou il apprend a marcher avec des protheses. Il dit : « Je ne demande pas de pitie. Je demande des armes pour que d’autres ne perdent pas ce que j’ai perdu. » Sa voix est calme. Ses yeux sont secs. Il a depasse la colere depuis longtemps. Il est dans cet endroit au-dela de la colere ou il n’y a plus que la determination froide de celui qui n’a plus rien a perdre. Ihor ne sera jamais invite a Davos. Sa chaise roulante ne passerait pas les portiques de securite du Centre des Congres. Mais c’est lui que Zelensky represente quand il monte sur cette tribune. C’est Natalia dans son conteneur. C’est Dmytro dans son cercueil. C’est les dizaines de milliers de fantomes qui marchent derriere Zelensky chaque fois qu’il entre dans une salle de conference internationale.
Vous voulez savoir pourquoi Zelensky est en colere ? Ne regardez pas les cameras de Davos. Regardez les rues de Marioupol. Regardez les cimetieres d’Irpin. Regardez les visages des enfants de Kharkiv. Et ensuite, dites-moi que sa colere est « arrogante ». Dites-le-moi en me regardant dans les yeux.
La geographie de l’indifference
Il y a 1 200 kilometres entre Davos et Kiev. Moins de deux heures d’avion. Mais ces 1 200 kilometres pourraient aussi bien etre un ocean. Car entre le palace suisse et la capitale bombardee, il y a un mur invisible : celui de l’indifference. Ce mur est plus epais que le beton des bunkers ukrainiens. Plus resistant que les blindages des chars Leopard. Plus impenetrable que toutes les lignes de defense du front. L’indifference est la vraie arme de destruction massive de notre epoque. Elle ne tue pas avec des missiles. Elle tue en detournant le regard. En changeant de chaine. En scrollant vers le prochain post Instagram. En decidant que « c’est triste mais on ne peut rien faire ». Zelensky se bat contre cette arme-la depuis quatre ans. Et a Davos, il a compris qu’il etait en train de perdre cette bataille. Pas la bataille militaire — les soldats ukrainiens tiennent bon. Mais la bataille de l’attention. La bataille du soin. La bataille qui fait que des gens continuent de se preoccuper suffisamment pour agir.
Le prix du silence -- quand ne rien faire devient complicite
L’arithmetique de la lachete europeenne
Faisons un calcul que personne a Davos n’ose faire. Le budget militaire combine des pays de l’Union europeenne depasse les 300 milliards d’euros par an. Celui de la Russie est d’environ 100 milliards, une part enorme de son PIB mais bien inferieure en termes absolus. L’Europe, en theorie, a les moyens de surclasser la Russie militairement. Mais en pratique, ces 300 milliards sont disperses entre 27 armees qui ne se coordonnent pas, 27 systemes d’approvisionnement qui ne communiquent pas, et 27 volontes politiques qui ne convergent pas. Le resultat est un gachis monumental. L’Europe depense plus que la Russie pour etre moins efficace que la Russie. C’est le paradoxe que Zelensky denonce. Non pas un manque de moyens, mais un manque de volonte. Non pas un manque d’argent, mais un manque de courage. L’Europe pourrait arreter cette guerre. Elle choisit de ne pas le faire. Et ce choix, ce « non-choix » delibere, est une forme de complicite.
« Et par-dessus tout, nous devons avoir le courage d’agir », a martele Zelensky. Le mot-cle est courage. Pas argent. Pas technologie. Pas strategie. Courage. Ce courage qui a manque a Chamberlain face a Hitler. Ce courage qui a manque au monde face au genocide rwandais. Ce courage qui manque aujourd’hui a l’Europe face a Poutine. Le courage de dire : ca suffit. Le courage d’envoyer les armes sans restrictions. Le courage de couper completement les importations d’energie russe, meme si ca fait mal au portefeuille. Le courage d’accepter que la paix a un prix, et que ce prix est inferieur a celui de la guerre permanente. Mais ce courage-la, on ne le trouve pas dans les salons de Davos. On le trouve dans les tranchees de Bakhmout. Dans les abris de Kharkiv. Dans le regard de Zelensky quand il monte sur une tribune et qu’il sait que personne ne l’ecoutera vraiment.
Le silence a un prix. Et ce prix, ce n’est pas nous qui le payons. Ce sont les Ukrainiens. Chaque jour de notre inaction est une dette de sang que nous accumulons. Et un jour, cette dette viendra a echeance. Ce jour-la, il sera trop tard pour se decouvrir une conscience.
Le marchandage obscene de la paix
La rencontre annoncee entre responsables ukrainiens, americains et russes aux Emirats arabes unis ouvre un chapitre encore plus inquietant. Car qui sera assis a cette table ? D’un cote, l’Ukraine, qui veut retrouver ses frontieres de 1991. De l’autre, la Russie, qui veut garder ce qu’elle a vole. Et au milieu, les Etats-Unis de Trump, qui veulent un « deal » — n’importe quel deal, du moment qu’il fait une bonne photo. Le risque est immense : qu’on offre a Poutine une partie du territoire ukrainien en echange d’un cessez-le-feu, en appelant ca la « paix ». Ce serait la victoire du vol. Le triomphe de la force brute sur le droit international. Et le signal envoye a tous les autocrates du monde : si tu es assez fort et assez patient, tu peux prendre ce que tu veux. Zelensky le sait. Et c’est pour ca que sa colere a Davos n’etait pas seulement dirigee contre l’Europe. Elle etait dirigee contre un monde qui s’apprete a troquer la justice contre la tranquillite.
Les enfants deportes -- le crime que Davos prefere oublier
Des milliers d’enfants dans les limbes de l’empire russe
Il y a un crime qui se deroule en ce moment meme, pendant que vous lisez ces lignes, et dont personne a Davos n’a parle. Des milliers d’enfants ukrainiens ont ete deportes en Russie. Arraches a leurs familles. Places dans des familles d’accueil russes. Rebaptises. Russifies. Leurs noms ukrainiens effaces. Leurs passeports detruits. Leur identite annihilee. La Cour penale internationale a emis un mandat d’arret contre Vladimir Poutine pour ce crime precis. Et pourtant, Poutine se promene librement. Il recoit des chefs d’Etat. Il negocie des traites. Il est invite a des sommets. Le mandat d’arret est devenu un bout de papier aussi utile qu’un ticket de metro perime. Et les enfants ? Les enfants disparaissent dans l’immensité de la Federation de Russie comme des gouttes d’eau dans l’ocean. On ne connait pas tous leurs noms. On ne connait pas tous leurs visages. On sait juste qu’ils existent — ou qu’ils existaient — et que personne ne fait assez pour les ramener.
Oksana, 8 ans, a ete separee de sa mere lors de l’evacuation de Marioupol. Elle a ete envoyee dans un orphelinat de Krasnodar, puis placee dans une famille russe qui lui a donne un nouveau prenom : Masha. Sa mere, Iryna, la cherche depuis deux ans. Elle a contacte toutes les organisations internationales. Elle a ecrit au Comite international de la Croix-Rouge. Elle a lance des appels sur les reseaux sociaux. Rien. Le silence. Oksana-Masha a maintenant 10 ans. Elle parle russe. Elle a oublie l’ukrainien. Elle ne reconnaitrait peut-etre plus sa propre mere. Et cette histoire — cette histoire unique, dechirante, insupportable — se repete des milliers de fois. Des milliers d’Oksana transformees en Masha. Des milliers de meres qui cherchent dans le vide. Et a Davos, on parle de blockchain.
Quand je pense aux enfants deportes, je sens la nausee monter. Ce n’est pas de la colere. C’est plus profond que ca. C’est le degout absolu face a un monde qui a les moyens de retrouver ces enfants et qui choisit de s’occuper d’autre chose. Si ca, ce n’est pas de la complicite, alors le mot n’a plus de sens.
La CPI impuissante face a la raison du plus fort
Le mandat d’arret de la CPI contre Poutine est devenu le symbole le plus cruel de l’impuissance du droit international. Un tribunal mondial qui emet un mandat que personne n’execute. Un systeme de justice internationale qui depend de la bonne volonte des Etats — et quand les Etats n’ont pas de bonne volonte, le systeme s’effondre. Zelensky l’a parfaitement resume avec sa comparaison Maduro-Poutine. Le Venezuela, petit pays petrolier sans arme nucleaire, voit son president capture et juge. La Russie, immense puissance nucleaire, voit son president protege par la peur qu’il inspire. La justice, en 2026, ne s’applique qu’aux faibles. Les forts sont au-dessus des lois. Et cette verite-la, prononcee dans la salle doree de Davos, est peut-etre la plus devastatrice de toutes. Car si la justice ne s’applique qu’aux faibles, alors elle n’est pas la justice. Elle est la loi du plus fort deguisee en robe de magistrat.
L'horizon sombre -- vers un monde ou la force fait loi
Le nouvel ordre mondial ecrit dans le sang
Ce que le discours de Davos revele, au-dela de la colere d’un homme, c’est la mutation profonde de l’ordre mondial. Nous assistons, en direct, a l’effondrement du systeme international construit apres 1945. Les Nations Unies sont paralysees par le veto russe. Le droit international est bafoue sans consequence. Les alliances se delitent. Les Etats-Unis, sous Trump, sont passes de garant de l’ordre mondial a empire predateur, saisissant du petrole au Venezuela, lorgnant le Groenland, conditionnant leur aide a l’exploitation des minerais ukrainiens. La Chine observe, attend, et prend des notes pour Taiwan. La Russie bombarde et attend que le monde se lasse. Et l’Europe — ce « beau kaleidoscope fragmente » — regarde tout cela avec des yeux de biche dans les phares. Le monde qui emerge de cette guerre ne sera pas celui des valeurs et du droit. Ce sera celui de la force et du cynisme. Et Zelensky, en hurlant a Davos, hurle contre cette maree noire qui monte.
Le plus terrifiant, c’est que ce nouvel ordre ne s’impose pas par un coup d’Etat mondial. Il s’impose par erosion. Petit a petit. Precedent apres precedent. La Crimee annexee sans consequence reelle en 2014 a ouvert la voie a l’invasion totale de 2022. L’invasion de 2022, si elle est recompensee par un accord territorial, ouvrira la voie a la prochaine agression. Contre qui ? Les pays baltes ? La Moldavie ? La Georgie ? Personne ne sait. Mais tout le monde sait que ca viendra. Car les predateurs qui ne sont pas punis reviennent toujours. Et cette fois, ils reviennent plus forts, plus confiants, et plus affames. C’est la lecon de l’histoire. C’est la lecon que Zelensky essaie de crier depuis quatre ans. Et c’est la lecon que Davos refuse d’entendre parce qu’elle est trop couteuse, trop derangeante, trop reelle.
Nous sommes en train de construire un monde ou voler un pays est une strategie viable, a condition d’avoir assez de bombes. Si ca ne vous empeche pas de dormir, c’est que vous dormez deja. Zelensky, lui, ne dort plus depuis quatre ans. Et son insomnie devrait etre la notre.
Taiwan regarde, Pekin prend des notes
A des milliers de kilometres de Davos, dans les bureaux du Parti communiste chinois, des analystes etudient chaque detail de la guerre en Ukraine. Pas les batailles. Pas les armes. La reaction du monde. Et ce qu’ils voient les encourage. Ils voient un monde qui sanctionne mais ne punit pas. Qui condamne mais ne combat pas. Qui promet mais ne tient pas. Si la Russie s’en sort avec l’Ukraine — et tout indique qu’elle s’en sortira avec au moins une partie de son butin — le message envoye a Pekin sera limpide : Taiwan est prenable. Le monde criera. Le monde sanctionnera. Le monde organisera des forums a Davos. Et puis le monde passera a autre chose. Xi Jinping n’a pas besoin de lire les livres d’histoire. Il lui suffit de regarder le present. Et le present lui dit que l’agression paie.
Le dernier cri avant le silence -- quand un president perd espoir
L’homme derriere la colere
Derriere la colere de Davos, il y a un homme epuise. Volodymyr Zelensky n’etait pas destine a ce role. Il etait comedien. Il faisait rire les gens. Il jouait un president fictif dans une serie televisee avant de devenir president pour de vrai. Et depuis fevrier 2022, cet ancien comedien porte sur ses epaules le poids d’une nation de 44 millions d’ames. Il a refuse de fuir quand les Americains lui ont offert un helicoptere d’evacuation dans les premieres heures de l’invasion. « J’ai besoin de munitions, pas d’un taxi », avait-il repondu. Cette phrase est entree dans l’histoire. Mais l’histoire ne dit pas le prix que cet homme paie chaque jour. Les nuits sans sommeil. Les appels telephoniques pour annoncer des morts. Les visites dans les hopitaux ou des soldats de vingt ans le regardent avec des yeux de vieillards. Le poids de devoir sourire devant les cameras quand on a envie de hurler. Le poids de devoir remercier des gens qui ne font pas assez. Le poids de devoir serrer des mains qu’on voudrait frapper.
A Davos, pendant un instant, le masque est tombe. La fatigue, la rage, la frustration — tout est sorti d’un coup. Et le monde a vu, pendant quelques minutes, le vrai visage de cette guerre. Pas les graphiques et les analyses. Pas les communiques et les declarations. Le visage d’un homme qui sait que chaque jour d’inaction est un jour de trop. Un homme qui sait que ses soldats meurent pendant que des bureaucrates debattent. Un homme qui sait que le temps joue contre lui. Et qui sait, peut-etre, au fond de lui, que la colere ne suffira pas. Que les mots ne suffisent plus. Que le monde a deja decide de tourner la page avant meme que le chapitre ne soit fini.
Il y a quelque chose de brise dans le regard de Zelensky a Davos. Pas la determination — celle-la est toujours la. Mais l’espoir. L’espoir que le monde ferait ce qu’il faut. Cet espoir-la, je crois qu’il l’a perdu dans cette salle. Et franchement, qui pourrait lui en vouloir ?
Le mot de la fin qui ne viendra pas
Il n’y a pas de conclusion heureuse a cette histoire. Pas de redemption. Pas de retournement dramatique. Zelensky retournera en Ukraine. Les bombardements continueront. Les enfants deportes resteront en Russie. L’Europe continuera de deliberer. Trump continuera de negocier. Poutine continuera de bombarder. Et l’annee prochaine, a Davos 2027, si le Forum existe encore, un autre dirigeant viendra peut-etre crier dans le desert. Et le desert continuera de ne pas ecouter. C’est le Groundhog Day eternel de la geopolitique. La boucle infernale de l’indifference. Et les seuls qui en paient le prix sont ceux dont on ne prononce pas les noms dans les salons climatises de la Suisse.
L'heritage de la colere -- ce que Davos doit retenir
Un discours qui marquera l’histoire de la guerre
Le discours de Zelensky a Davos le 22 janvier 2026 restera dans les annales. Non pas parce qu’il a change quelque chose — il ne changera probablement rien. Mais parce qu’il est le temoignage le plus brut de ce que cette guerre a fait a un homme et a une nation. C’est le cri de celui qui a frappe a toutes les portes et qui a vu toutes les portes se refermer. Le cri de celui qui a joue toutes les cartes diplomatiques et qui n’a plus que la verite nue comme derniere arme. Ce discours dit : nous vous avons tout donne. Notre sang. Notre terre. Nos enfants. Et vous, qu’avez-vous donne ? Des prets. Des promesses. Des panels de discussion. C’est le desequilibre le plus obscene de l’histoire contemporaine. D’un cote, un peuple qui donne sa vie. De l’autre, un monde qui donne son avis.
L’Europe n’a pas paye. C’est le sens profond du titre de l’article suedois d’Expressen : « il n’a pas paye ». Le monde n’a pas paye le prix de sa propre securite. Le monde n’a pas paye le prix de ses valeurs. Le monde n’a pas paye le prix de la justice. Et le monde pense qu’il peut continuer indefiniment a ne pas payer, en envoyant l’Ukraine payer a sa place. Mais les comptes finissent toujours par se presenter. Et quand ils se presenteront, ce sera a un taux d’interet que personne n’a envie de connaitre. Zelensky l’a dit a Davos. Personne n’a ecoute. Et un jour, tout le monde se souviendra qu’il avait raison. Mais ce jour-la, il sera trop tard.
Il y a des discours qui hantent. Celui de Zelensky a Davos est de ceux-la. Non pas pour sa rhetorique — elle etait brute, directe, sans fioriture. Mais pour ce qu’il revele de notre epoque : un monde ou un homme doit crier pour que d’autres daignent lever les yeux de leur telephone. Si nous ne changeons rien, l’histoire ne retiendra pas Zelensky comme un president en colere. Elle nous retiendra, nous, comme les spectateurs qui regardaient bruler le monde en sirotant du champagne.
Signe Maxime Marquette
Encadre de transparence du chroniqueur
Cet article est une chronique d’opinion. Il reflete le point de vue personnel de son auteur, Maxime Marquette, et non une position editoriale institutionnelle. Les faits rapportes s’appuient sur des sources verifiables citees en fin d’article. L’analyse, les interpretations et le ton engage relevent de la liberte d’expression du chroniqueur. Le lecteur est invite a consulter les sources primaires pour se forger sa propre opinion.
Sources primaires
Expressen — Zelensky sur la colere a Davos : il n’a pas paye
World Economic Forum — Davos 2026 : Special address by Volodymyr Zelenskyy
CBC News — Ukraine’s Zelenskyy criticizes European inaction in impassioned Davos speech
Le Grand Continent — Les Europeens sont restes en mode Groenland : le discours choc de Zelensky
Sources secondaires
Axios — Zelensky at Davos: Trump has exposed Europe’s weakness
The European Conservative — Zelensky Slams Europe, Insults Orban in Desperate Davos Address
CNBC — Zelenskyy tells Europe stop trying to change Trump in Davos speech
ESS et Societe — Rapport sur les inegalites 2026 : Resister au regne des plus riches (Oxfam)
Fight Inequality Alliance — 3 raisons de protester contre le Forum economique mondial de Davos
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