Un mot-arme chargé de mémoire
De tous les mensonges russes, celui de la « dénazification » est peut-être le plus cynique, le plus calculé, le plus répugnant. Le choix du mot n’est pas anodin. Il fait directement référence à la dénazification de l’Allemagne après 1945, un processus historique de purge du nazisme dans un pays qui avait effectivement été gouverné par un régime nazi. En utilisant ce mot pour l’Ukraine, Poutine accomplit un tour de prestidigitation rhétorique diabolique : il associe dans l’esprit de son public l’Ukraine à l’Allemagne nazie, transformant une démocratie souveraine en ennemi existentiel qu’il est moral de combattre. Le Département d’État américain a identifié la « dénazification » comme l’un des cinq principaux récits de désinformation du Kremlin. L’étude de la RAND Corporation, intitulée « The Denazify Lie », a démontré comment la Russie a exploité les narratifs extrémistes contre l’Ukraine de manière systématique. Mais les faits sont implacables : l’Ukraine est gouvernée par un président démocratiquement élu, Volodymyr Zelensky, un juif russophone dont les arrière-grands-parents ont été assassinés pendant la Shoah. Plus de huit millions d’Ukrainiens sont morts en combattant le nazisme pendant la Seconde Guerre mondiale. Traiter ce pays de « nazi » est une insulte à sa mémoire, à son histoire, et à la mémoire de tous ceux qui ont réellement combattu le fascisme.
La « dénazification » a été la justification de choix de Poutine le 24 février 2022. Mais son contenu a évolué au fil des mois, preuve que même le Kremlin ne croyait pas vraiment à son propre récit. Dès avril 2022, la « dénazification » ne signifiait plus le renversement du gouvernement ukrainien, mais la « libération » des bataillons nationalistes. En juin 2022, elle ne concernait plus que le Donbass. La cible rétrécissait à mesure que l’armée russe échouait sur le terrain. C’est la signature d’une propagande qui s’adapte aux échecs militaires : quand la réalité contredit le récit, on modifie le récit, pas la politique. Mais le mot reste. Il a été le plus fréquemment utilisé par les médias russes en volume de publications quotidiennes et continue de générer le plus haut niveau d’engagement sur les réseaux sociaux, mesuré en réactions et partages. Le mensonge est vivant. Il pulse. Il se reproduit.
Qualifier de « nazi » un pays dirigé par un président juif dont la famille a été décimée par les vrais nazis, il faut un certain génie dans l’abject pour oser ça. Poutine l’a osé. Et des millions de Russes l’ont cru. Voilà la puissance terrifiante d’une machine de propagande qui fonctionne 24 heures sur 24 depuis vingt ans.
Le bataillon Azov : l’arbre qui cache la forêt
Le Kremlin s’appuie invariablement sur un seul exemple pour justifier sa thèse de la « nazification » de l’Ukraine : le bataillon Azov. Cette unité paramilitaire, devenue régiment intégré à la Garde nationale ukrainienne, a effectivement compté dans ses rangs des individus aux sympathies néonazies lors de sa création en 2014. C’est un fait. Mais c’est un arbre derrière lequel le Kremlin cache une forêt entière de mensonges. Premièrement, le bataillon Azov a été progressivement professionnalisé et intégré aux forces régulières, avec une épuration des éléments les plus radicaux. Deuxièmement, l’extrême droite ukrainienne est marginale politiquement : aux élections législatives de 2019, le parti Svoboda a obtenu 2,15 % des voix, bien en dessous du seuil des 5 % pour entrer au parlement. Troisièmement, l’extrême droite existe dans tous les pays du monde, y compris en Russie, où des groupes néonazis comme le Mouvement impérial russe ont été classés comme organisations terroristes par les États-Unis. Quatrièmement, utiliser l’existence d’une unité controversée pour justifier l’invasion d’un pays entier est un raisonnement aussi absurde que de bombarder Paris parce qu’il existe des groupuscules d’extrême droite en France. La « dénazification » n’a jamais été un objectif. C’était un prétexte. Un habillage rhétorique pour une guerre de conquête impériale.
Et voici le détail qui tue : Poutine lui-même a reçu au Kremlin des leaders de partis d’extrême droite européens. Marine Le Pen, Matteo Salvini, Viktor Orban. La Russie finance et soutient les mouvements d’extrême droite à travers toute l’Europe. Le groupe Wagner, la milice privée de Poutine, utilisait des symboles nazis, y compris des insignes SS, et son fondateur Dmitri Outkine avait des tatouages nazis. La Russie qui prétend « dénazifier » l’Ukraine est la même Russie qui instrumentalise l’extrême droite comme outil de déstabilisation à travers le monde. L’hypocrisie est si épaisse qu’on pourrait la couper au couteau.
Pilier numéro deux : "Pendant huit ans, ils ont bombardé le Donbass !"
Le cri de ralliement de la propagande russe
« Pendant huit ans, ils ont bombardé le Donbass ! » Cette phrase a résonné sur tous les canaux de la télévision russe dans les semaines précédant l’invasion de 2022. Elle est devenue le mantra de la justification. Le cri de ralliement des partisans de la guerre. L’argument massue censé couper court à toute critique. La réalité est infiniment plus complexe que ce slogan. Oui, il y a eu un conflit armé dans le Donbass depuis 2014. Oui, des civils ont souffert des deux côtés. Mais ce conflit a été créé, alimenté et entretenu par la Russie elle-même. C’est la Russie qui a envoyé des armes, des mercenaires, des soldats réguliers déguisés en « volontaires » dans le Donbass. C’est la Russie qui a organisé des « référendums » fantoches dans les républiques autoproclamées de Donetsk et Louhansk. C’est la Russie qui a fourni le missile Bouk qui a abattu le vol MH17. Dire que l’Ukraine « bombardait le Donbass » sans mentionner que le Donbass était en guerre civile provoquée par la Russie, c’est comme accuser le pompier d’utiliser de l’eau en oubliant de mentionner l’incendiaire.
Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a documenté les pertes civiles dans le Donbass entre 2014 et 2021. Le bilan est d’environ 14 000 morts au total, combattants et civils confondus, des deux côtés. C’est un chiffre terrible. Mais il inclut les combattants séparatistes soutenus par Moscou, les soldats ukrainiens, et les civils victimes des deux camps. Le Kremlin présente ces 14 000 morts comme s’ils étaient tous des civils russophones tués par l’armée ukrainienne. C’est une déformation grotesque de la réalité. Et surtout, même si le Donbass avait véritablement subi un « génocide », ce mot que Poutine utilise avec une légèreté criminelle, cela ne justifierait en rien l’invasion totale d’un pays souverain, le bombardement de villes situées à des centaines de kilomètres du Donbass, la destruction de Marioupol, le siège de Kyïv, les frappes sur Odessa, Lviv, Vinnytsia. Si le but était de « protéger » le Donbass, pourquoi bombarder Kyïv ?
Le Kremlin a créé le problème du Donbass en 2014, puis a utilisé ce même problème comme prétexte pour envahir tout le pays en 2022. C’est l’arsoniste qui revient sur les lieux du crime avec un bidon d’essence supplémentaire en disant qu’il vient éteindre les flammes. Et une partie du monde le croit.
Le « génocide » qui n’existait pas
Le mot « génocide » a un sens précis en droit international. Il désigne la destruction intentionnelle, totale ou partielle, d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux. Aucune organisation internationale, aucun tribunal, aucune enquête indépendante n’a jamais constaté de « génocide » contre les Russophones du Donbass. Pas le Haut-Commissariat aux droits de l’homme. Pas la Cour internationale de justice. Pas Amnesty International. Pas Human Rights Watch. Personne. Le seul « génocide » documenté dans le cadre de ce conflit est celui que les forces russes commettent en Ukraine : les massacres de Boutcha, les bombardements de Marioupol, la déportation systématique d’enfants. Le Service européen pour l’action extérieure a publié un document officiel démolissant sept mythes répandus par la Russie, dont celui du « génocide dans le Donbass ». Le gouvernement canadien a fait de même, contrant la désinformation avec des faits vérifiés. Mais les faits, dans l’univers de la propagande russe, sont des obstacles mineurs que l’on contourne avec la répétition obsessionnelle du mensonge.
Poutine a utilisé le mot « génocide » pour déclencher un réflexe émotionnel chez les Russes. Dans un pays où la mémoire de la Seconde Guerre mondiale, la « Grande Guerre patriotique », est sacrée, où 27 millions de citoyens soviétiques sont morts en combattant le nazisme, invoquer le génocide et les nazis est appuyer sur le bouton émotionnel le plus puissant qui soit. C’est utiliser la mémoire sacrée des morts pour justifier de nouveaux massacres. C’est instrumentaliser le deuil d’une nation pour alimenter une guerre d’agression. Et c’est travailler à ce que les Russes ne voient jamais ce qu’ils font en Ukraine pour ce que c’est : non pas une libération, mais une occupation. Non pas un sauvetage, mais un massacre.
Pilier numéro trois : la menace de l'OTAN ou le grand épouvantail
L’encerclement imaginaire
Le troisième pilier de la narration russe est la menace de l’OTAN. Selon Moscou, l’expansion de l’OTAN vers l’est représente une menace existentielle pour la Russie, et l’adhésion potentielle de l’Ukraine à l’Alliance atlantique serait une « ligne rouge » inacceptable. Dans ses deux discours précédant l’invasion, Poutine a affirmé que l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN permettrait à l’Alliance de lancer une « attaque surprise » contre la Russie. Il a prétendu que l’OTAN renforçait ses forces et ses infrastructures militaires en Ukraine, et que l’armée ukrainienne était sous contrôle de l’OTAN. Chacune de ces affirmations est un mensonge. L’OTAN n’avait pas de troupes en Ukraine. L’OTAN n’avait pas de bases en Ukraine. L’Ukraine n’était même pas sur le chemin d’une adhésion imminente. Au sommet de Bucarest en 2008, la France et l’Allemagne avaient bloqué la demande d’adhésion ukrainienne. Seize ans plus tard, l’Ukraine n’était toujours pas membre. Le « danger imminent » dont parlait Poutine n’existait tout simplement pas.
Et puis il y a le mythe fondateur : la « promesse » supposément faite à Gorbatchev que l’OTAN ne s’étendrait pas vers l’est. Ce récit est répété ad nauseam par la propagande russe et ses relais à travers le monde. Mais Gorbatchev lui-même a nié cette version dans une interview en 2014. « Le sujet de l’élargissement de l’OTAN n’a jamais été discuté », a-t-il déclaré. Aucune telle promesse n’a jamais été faite. Aucun document ne la mentionne. Aucun traité ne la contient. C’est un mythe. Un mensonge répété si souvent qu’il a acquis une apparence de vérité. Et même si cette promesse avait existé, elle ne justifierait en rien l’invasion d’un pays souverain. Chaque nation a le droit souverain de choisir ses alliances. Ce droit est inscrit dans la Charte des Nations Unies, dans l’Acte final d’Helsinki de 1975, et dans la Charte de Paris de 1990, dont la Russie est signataire. Nier ce droit, c’est nier la souveraineté même des nations. C’est revenir à la logique des sphères d’influence du XIXe siècle, où les grandes puissances décidaient du sort des petits pays sans leur demander leur avis.
L’OTAN est une alliance défensive. Aucun pays de l’OTAN n’a jamais attaqué la Russie. En revanche, la Russie a attaqué la Géorgie en 2008, l’Ukraine en 2014 et en 2022, et maintient des troupes en Transnistrie depuis 1992. Qui menace qui exactement ? La réponse est dans les faits, pas dans la propagande du Kremlin.
L’OTAN : le prétexte qui se retourne contre Moscou
L’ironie suprême de l’argument de l’OTAN est que l’invasion russe a produit exactement l’inverse de ce que Moscou prétendait vouloir éviter. Avant le 24 février 2022, l’OTAN avait 30 membres. La Finlande et la Suède, traditionnellement neutres, n’envisageaient pas d’adhérer. L’opinion publique dans ces deux pays était majoritairement opposée à l’adhésion. Puis la Russie a envahi l’Ukraine. En quelques mois, la Finlande a rejoint l’OTAN en avril 2023, suivie par la Suède en mars 2024. L’Alliance compte désormais 32 membres. La Russie, qui prétendait agir pour empêcher l’expansion de l’OTAN, a provoqué la plus grande expansion de l’OTAN en une génération. La frontière entre l’OTAN et la Russie a doublé de longueur avec l’adhésion de la Finlande. Si l’objectif était de repousser l’OTAN, c’est le plus spectaculaire échec stratégique de l’histoire militaire moderne. Mais bien sûr, l’OTAN n’a jamais été le vrai problème. Le vrai problème, pour Poutine, c’est la démocratie. Une Ukraine démocratique, prospère, intégrée à l’Europe, c’est un exemple que Moscou ne peut pas tolérer. Si les Ukrainiens peuvent vivre librement, pourquoi pas les Russes ? Cette question est la vraie menace existentielle pour le régime de Poutine.
La Finlande partage 1 340 kilomètres de frontière avec la Russie. Pas un soldat russe n’a traversé cette frontière. Pas un missile n’a été tiré. Pas une « opération militaire spéciale » n’a été lancée. Si l’OTAN était vraiment la menace existentielle que le Kremlin décrit, la Russie aurait dû réagir militairement à l’adhésion finlandaise. Elle ne l’a pas fait. Pourquoi ? Parce que la Finlande peut se défendre. Parce que la Finlande est protégée par l’article 5 de l’OTAN. Parce que la Russie n’attaque que les pays qu’elle pense faibles et isolés. Ce n’est pas la peur de l’OTAN qui motive la Russie. C’est la certitude de l’impunité.
Pilier numéro quatre : la "désatanisation" et autres délires
Quand la propagande déraille dans le mystique
Comme si la « dénazification » ne suffisait pas, le Kremlin a ajouté un cinquième récit à son arsenal : la « désatanisation » de l’Ukraine. Oui, vous avez bien lu. Des propagandistes russes, des députés de la Douma et des commentateurs télévisés ont présenté la guerre en Ukraine comme un combat entre la Russie chrétienne orthodoxe et un Occident « satanique » incarné par l’Ukraine. Le Département d’État américain a identifié cette narrative parmi les cinq récits de désinformation les plus saillants du Kremlin : « la restauration des valeurs traditionnelles nécessite la désatanisation de l’Ukraine ». Ce glissement vers le religieux et le mystique n’est pas accidentel. Il vise un public spécifique : les conservateurs religieux russes et les mouvements traditionalistes à travers le monde. Il transforme une guerre d’agression en croisade spirituelle, un crime géopolitique en devoir sacré. Quand vous combattez Satan, tout est permis. Les massacres deviennent des purifications. Les bombes deviennent des bénédictions. Les civils morts deviennent des dommages collatéraux dans la bataille cosmique entre le Bien et le Mal.
Ce délire serait presque comique s’il n’avait pas des conséquences mortelles. L’Église orthodoxe russe, sous la direction du patriarche Kirill, un allié intime de Poutine, a béni la guerre. Kirill a parlé de « combat métaphysique » contre les forces du mal. Des prêtres orthodoxes ont béni des tanks et des missiles. Des icônes ont été distribuées aux soldats partant pour le front. La religion n’est pas un rempart contre la barbarie en Russie. Elle en est un instrument. Le même Dieu invoqué par le Kremlin regarde, s’il existe, les enfants de Marioupol mourir sous les bombes bénites par ses représentants sur terre. Comment ne pas hurler devant cette profanation du sacré au service de la mort ?
Dénazification, protection des Russophones, menace de l’OTAN, désatanisation, souveraineté menacée par l’Occident : cinq récits différents pour une seule et même guerre d’agression impériale. Le Kremlin change de justification comme on change de chemise, mais la violence reste la même. C’est la preuve la plus éclatante que ces narrations ne sont que des prétextes. La vraie raison est plus ancienne, plus simple, plus brutale : l’empire veut ses colonies.
La roulette de la désinformation
Le Département d’État américain a utilisé une expression parfaite pour décrire cette stratégie : la « roulette de la désinformation ». Le Kremlin fait tourner la roue des justifications et utilise celle qui tombe, selon le public, le contexte et le moment. Face à un public nationaliste, c’est la menace de l’OTAN. Face à un public nostalgique de l’URSS, c’est la réunification des terres russes. Face à un public religieux, c’est la croisade spirituelle. Face à un public international, c’est la protection des minorités. Chaque public reçoit le mensonge calibré pour lui. Les chercheurs du Peace Research Institute Oslo ont analysé la désinformation russe et conclu que sa force réside dans cette adaptabilité : elle n’a pas besoin d’être cohérente, elle a besoin d’être omniprésente. Peu importe que le récit de la « dénazification » contredise celui de la « désatanisation ». Peu importe que la « protection des Russophones » soit incompatible avec le bombardement de villes russophones comme Kharkiv. La cohérence n’est pas l’objectif. L’objectif est la confusion. La saturation. Le brouillard informationnel qui empêche le citoyen ordinaire de distinguer le vrai du faux.
Une étude publiée dans European Journal of Communication a analysé les transformations et la constance de la représentation russe de la guerre en Ukraine. Elle a montré que le récit russe est à la fois fragile et résilient. Fragile parce qu’il doit constamment s’adapter aux échecs militaires et aux révélations sur les atrocités. Résilient parce qu’il s’appuie sur des structures narratives profondes, ancrées dans l’identité russe depuis des siècles : la Grande Mère Russie éternellement assiégée, le sacrifice héroïque, l’ennemi aux portes. Ces mythes sont plus forts que les faits. Et c’est là tout le danger.
La machine de propagande : comment le mensonge voyage
RT, Sputnik et l’armée des trolls
La narration russe ne reste pas confinée à l’intérieur des frontières russes. Elle est exportée, traduite, amplifiée par un appareil de propagande mondial dont l’ampleur est sans précédent. RT (anciennement Russia Today) et Sputnik diffusent en anglais, français, espagnol, allemand, arabe et dans de nombreuses autres langues. Avant leur interdiction dans l’Union européenne après l’invasion de 2022, ces médias avaient des audiences de millions de personnes en Europe. Mais l’interdiction n’a pas stoppé leur influence. Les contenus circulent via les réseaux sociaux, via des sites miroirs, via des relais locaux qui reprennent les narratifs russes sans les attribuer à leur source. La RAND Corporation a documenté comment la propagande russe fait des percées dans plusieurs langues européennes majeures, l’espagnol, l’allemand, le français et l’italien. Les narratifs extrémistes trouvent des audiences particulièrement réceptives dans les communautés serbophones et bulgarophones.
Sur Telegram, l’application de messagerie devenue le canal principal de la propagande russe, des milliers de canaux diffusent quotidiennement la version Kremlin de la guerre. Des fermes de trolls, héritières de la tristement célèbre Internet Research Agency de Saint-Pétersbourg, inondent les commentaires des médias occidentaux de récits pro-russes. Twitter, devenu X, est un champ de bataille informationnel où des comptes automatisés et des influenceurs rémunérés par le Kremlin diffusent la désinformation à une échelle industrielle. Et la stratégie fonctionne. Pas pour convaincre la majorité. Mais pour semer le doute. Pour créer l’impression qu’il y a « deux versions » de l’histoire. Pour que le citoyen moyen, submergé d’informations contradictoires, finisse par dire : « On ne sait pas vraiment ce qui se passe ». Ce « on ne sait pas » est la victoire du Kremlin. Quand vous ne savez plus ce qui est vrai, le mensonge a gagné.
La propagande russe ne vise pas à convaincre. Elle vise à confondre. À noyer la vérité dans un océan de versions contradictoires jusqu’à ce que personne ne sache plus rien. Et dans ce brouillard, l’agresseur peut continuer à tuer en toute tranquillité. C’est le génie maléfique du Kremlin : transformer l’information en arme de destruction massive de la réalité.
Les relais occidentaux : idiots utiles et complices conscients
La propagande russe ne fonctionnerait pas sans ses relais occidentaux. Certains sont des « idiots utiles », selon l’expression attribuée à Lénine, des personnes qui reprennent les narratifs russes par naïveté, par anti-américanisme réflexe, ou par méfiance envers leurs propres gouvernements. D’autres sont des complices conscients, des politiciens, des intellectuels, des journalistes qui défendent les positions russes en échange de financements, de privilèges ou par conviction idéologique. En France, certaines voix à l’extrême droite et à l’extrême gauche ont relayé la rhétorique du Kremlin sur l’expansion de l’OTAN, la « provocation » occidentale, la « légitimité des préoccupations sécuritaires russes ». Aux États-Unis, des figures politiques ont questionné l’aide à l’Ukraine en reprenant parfois mot pour mot les arguments de Moscou. En Allemagne, en Italie, en Hongrie, des partis politiques entretiennent des relations opaques avec le Kremlin. Le Parlement européen a documenté ces ingérences. Mais la documentation ne suffit pas. Le poison est dans les veines de nos démocraties.
Le cas le plus emblématique reste celui de la journaliste russe Maria Ponomarenko, condamnée à six ans de prison pour avoir publié des informations sur le bombardement du théâtre de Marioupol. En Russie, dire la vérité sur la guerre est un crime. Les lois de censure adoptées après l’invasion interdisent de qualifier la guerre de « guerre ». Il faut dire « opération militaire spéciale ». Utiliser le mauvais mot peut coûter quinze ans de prison. Le Kremlin ne contrôle pas seulement le récit. Il contrôle les mots. Et quand vous contrôlez les mots, vous contrôlez la pensée. Orwell, encore et toujours.
Les faits contre le récit : la déconstruction impitoyable
Le test de la cohérence que la narration russe échoue systématiquement
Décortiquons la narration russe avec la seule arme qui compte : la logique. Si la Russie est venue « protéger les Russophones », pourquoi a-t-elle bombardé Kharkiv, la ville la plus russophone d’Ukraine, à 80 % russophone ? Les habitants de Kharkiv parlent russe au quotidien. Et ce sont eux que les bombes russes ont tués. Si la Russie est venue « dénazifier », pourquoi les combats les plus acharnés ont-ils eu lieu à Marioupol, ville multiethnique du sud-est, et non à Lviv, dans l’ouest ukrainien historiquement plus nationaliste ? Si la Russie cherchait à empêcher l’Ukraine de rejoindre l’OTAN, pourquoi ne pas avoir proposé un traité de neutralité avant d’envahir ? Zelensky avait lui-même reconnu, avant l’invasion, que l’adhésion à l’OTAN n’était pas réaliste à court terme. Si la Russie voulait « libérer » le Donbass, pourquoi avoir envoyé des colonnes blindées vers Kyïv, à 800 kilomètres du Donbass ? Pourquoi avoir tenté de prendre l’aéroport de Hostomel aux portes de la capitale ? Chacune de ces questions est un scalpel qui ouvre la narration russe et révèle le vide à l’intérieur.
La réponse est simple et brutale : aucun des prétextes avancés par Moscou n’est la vraie raison de l’invasion. La vraie raison est impériale. Poutine veut reconstruire l’empire russe. Il veut que l’Ukraine soit un État vassal, soumis à Moscou, privé de souveraineté réelle. Il ne supporte pas qu’un peuple « frère » choisisse la démocratie, l’Europe, la liberté. L’invasion n’est pas une réaction défensive. C’est une punition. L’Ukraine a osé vouloir être libre. Et Moscou ne pardonne pas la liberté.
Les faits sont têtus. Ils ne changent pas selon l’audience. Ils ne s’adaptent pas au contexte politique. Ils ne tournent pas avec la roulette de la désinformation. Ils disent simplement : la Russie a envahi l’Ukraine parce qu’elle voulait l’Ukraine. Point. Tout le reste est du maquillage sur un cadavre impérial.
Les Russophones qui détestent la Russie
L’un des démontages les plus dévastateurs de la narration russe vient des Russophones ukrainiens eux-mêmes. Zelensky est russophone. Le maire de Kharkiv, Ihor Terekhov, est russophone. Des millions d’Ukrainiens qui parlent russe au quotidien se battent, souffrent et meurent pour défendre l’Ukraine contre la Russie. Ils n’ont pas demandé à être « libérés ». Ils n’ont pas demandé à être « protégés ». Ils ont demandé qu’on leur foute la paix. Le sondage le plus éloquent n’est pas un sondage d’opinion. C’est le comportement des populations dans les territoires occupés. Quand les forces russes sont arrivées, les habitants n’ont pas agité des drapeaux russes. Ils ont écrit « Non à la guerre » sur les murs. Ils ont manifesté dans les rues. Ils ont saboté les véhicules militaires. Quand les référendums fantoches d’annexion ont été organisés en septembre 2022, des soldats armés allaient de porte en porte pour « collecter » les votes. Ce n’est pas une libération. C’est une occupation sous la menace des armes. Le peuple que la Russie prétend « protéger » est le peuple qui lui résiste le plus farouchement.
À Kherson, quand l’armée ukrainienne a libéré la ville en novembre 2022, les habitants sont sortis dans les rues en pleurant de joie, en agitant des drapeaux ukrainiens, en embrassant les soldats. Les images de cette libération sont le démenti le plus cinglant à la narration russe. Ce peuple « opprimé par Kyïv » que la Russie venait « sauver » a célébré le départ des « libérateurs » comme on célèbre la fin d’un cauchemar. Des grand-mères russophones, avec leur accent russe, leurs chansons russes, leur culture russe, tenaient des pancartes disant « Slava Ukraini », « Gloire à l’Ukraine ». Voilà la réponse des « opprimés » à leurs « libérateurs ». Une réponse que le Kremlin ne montrera jamais à la télévision russe.
Miami et la narration de paix : le dernier acte de la pièce
Dmitriev à Miami : le propagandiste en costume trois-pièces
Le 31 janvier 2026, Kirill Dmitriev, envoyé spécial de Poutine, est arrivé à Miami pour une nouvelle session de « négociations » avec la délégation américaine. Sur Instagram, il a posté une photo de son vol avec la légende « Back in Miami », comme un touriste heureux de retrouver le soleil de Floride. À huit heures du matin, il s’est engouffré dans un cortège de véhicules en direction des pourparlers. Ces négociations s’inscrivent dans la continuité de celles de décembre 2025, où Steve Witkoff et Jared Kushner avaient rencontré Dmitriev autour d’un plan en 20 points. Mais voici ce qui est crucial : la narration russe de « paix » est le dernier avatar de la même stratégie de propagande. Après avoir échoué avec la « dénazification » comme justification militaire, Moscou joue maintenant la carte de l’« artisan de paix ». C’est la même roulette de la désinformation qui tourne. Hier : « Nous venons libérer l’Ukraine des nazis ». Aujourd’hui : « Nous cherchons à œuvrer pour la paix ». Demain, si la guerre reprend de plus belle : un nouveau récit sera prêt.
Le Kremlin a toujours nié que des pourparlers trilatéraux incluant l’Ukraine fussent envisagés. Iouri Ouchakov avait déclaré que « personne n’a sérieusement discuté de cette initiative ». Puis, le 23-24 janvier 2026, les premiers pourparlers trilatéraux ont eu lieu. Moscou ment, puis fait exactement ce qu’elle prétendait ne pas faire. C’est un schéma récurrent. Avant l’invasion, Moscou accumulait des troupes aux frontières ukrainiennes en affirmant qu’il s’agissait d’« exercices militaires ». Puis elle a envahi. La Russie ne négocie pas de bonne foi. Elle négocie pour gagner du temps, pour diviser ses adversaires, pour normaliser sa position. Chaque photo de Dmitriev à Miami est une opération de communication. Le message : « Voyez, nous sommes raisonnables. Nous négocions. C’est l’Ukraine qui refuse la paix. » Le renversement narratif est complet. L’agresseur devient le pacifiste. La victime devient l’obstacle à la paix.
Dmitriev à Miami, c’est le dernier chapitre de la narration russe. Après « nous venons libérer », après « nous dénazifions », après « nous protégeons », voici « nous cherchons la paix ». Le costume change, l’acteur reste le même. Et le spectacle continue tant qu’il y a un public pour y croire.
Les 90 % et les 10 % : où se cache la narration
Le président Zelensky a déclaré que 90 % d’un accord potentiel avaient été convenus. Les 10 % restants concernent le territoire. Mais dans la narration russe, ces 10 % ne sont pas un « détail ». Ils sont le cœur de tout. Parce que le territoire, c’est la preuve que la Russie a gagné. Si Moscou conserve la Crimée et les quatre régions annexées, la narration de la victoire est complète. Poutine pourra dire à son peuple : « Nous avons agrandi la Russie. Nous avons récupéré nos terres. Nous avons vaincu. » Peu importe les centaines de milliers de soldats russes morts ou blessés. Peu importe l’économie en ruines. Peu importe l’isolement diplomatique. Le récit de la victoire couvrira tout. Et ce récit sera gravé dans les manuels scolaires russes, enseigné aux enfants, célébré dans des défilés militaires, immortalisé dans des monuments. La narration est le butin ultime de cette guerre. Plus encore que le territoire, c’est le récit que Moscou veut conquérir.
Et c’est précisément pour cela que la narration russe doit être combattue avec autant de férocité que les chars russes. Parce qu’un mensonge accepté aujourd’hui devient une vérité historique demain. Si le monde accepte que la Russie a « libéré » le Donbass, si le mot « libération » entre dans les livres d’histoire à la place d’« invasion », alors les morts ukrainiens seront morts deux fois. Une fois sous les bombes. Et une fois dans la mémoire du monde. La bataille des mots n’est pas une bataille secondaire. C’est la bataille centrale. Parce que les guerres se terminent, mais les récits sont éternels.
Le miroir brisé : ce que la narration russe révèle sur la Russie
Un empire qui ne peut pas se voir tel qu’il est
La narration russe sur l’Ukraine est en réalité un miroir. Mais un miroir inversé. Tout ce que la Russie accuse l’Ukraine d’être, c’est ce que la Russie est elle-même. Moscou accuse l’Ukraine de nazisme. Mais c’est la Russie qui mène une guerre d’agression contre un voisin plus petit, qui pratique le nettoyage ethnique dans les territoires occupés, qui déporte des enfants pour les assimiler de force. Moscou accuse l’OTAN d’être une menace. Mais c’est la Russie qui a envahi la Géorgie en 2008, annexé la Crimée en 2014, envahi l’Ukraine en 2022. Moscou accuse l’Occident de russophobie. Mais c’est la Russie qui a rendu la russophobie compréhensible en bombardant des civils. Moscou parle de « protection des valeurs traditionnelles ». Mais c’est la Russie qui détruit des églises, des écoles, des hôpitaux, des musées, tout ce qui fait la civilisation. Ce phénomène a un nom en psychologie : la projection. Accuser l’autre de ce que l’on fait soi-même. Et la Russie de Poutine est un cas clinique de projection à l’échelle d’un État.
Ce que la narration russe révèle surtout, c’est la peur. La peur de la vérité. Pourquoi interdire le mot « guerre » si vous croyez que votre guerre est juste ? Pourquoi emprisonner les journalistes qui décrivent la réalité si la réalité est de votre côté ? Pourquoi bloquer les sites internet, censurer les réseaux sociaux, fermer les médias indépendants ? Pourquoi la Russie a-t-elle besoin de lois de censure pour protéger son récit si ce récit est véridique ? La réponse est évidente. Le Kremlin sait que son récit est un mensonge. Et il sait que le mensonge ne survit que dans un environnement où la vérité est interdite. Chaque journaliste emprisonné, chaque média fermé, chaque manifestant arrêté est une confession implicite : nous mentons et nous le savons.
Le plus grand aveu de la Russie n’est pas dans ce qu’elle dit. Il est dans ce qu’elle interdit de dire. Un pays qui emprisonne ses citoyens pour avoir utilisé le mot « guerre » pour décrire une guerre sait exactement ce qu’il fait. Et il sait que ce qu’il fait est indéfendable.
L’héritage soviétique du mensonge d’État
La propagande russe n’est pas née avec Poutine. Elle est l’héritière directe de la tradition soviétique de manipulation informationnelle. La Pravda (« La Vérité »), journal officiel du Parti communiste, ne contenait pas de vérité. Les Izvestia (« Les Nouvelles ») ne contenaient pas de nouvelles. La blague soviétique disait : « Il n’y a pas de vérité dans les Nouvelles et pas de nouvelles dans la Vérité. » Poutine, ancien officier du KGB, est le produit de cette culture du mensonge institutionnalisé. Il l’a modernisée, numérisée, mondialisée. Le KGB a inventé la dezinformatsiya, l’art de la désinformation comme arme stratégique. Poutine en a fait un pilier de sa politique étrangère. Mais il y a une différence cruciale entre la propagande soviétique et la propagande poutinienne. Les Soviétiques proposaient une vision alternative du monde, le communisme, qui, malgré tous ses crimes, avait une cohérence idéologique. Poutine ne propose rien. Pas d’idéologie. Pas de vision. Pas de projet de société. Juste le pouvoir. Juste l’empire. Juste la force brute habillée de mots creux.
Et c’est peut-être le signe le plus sûr de la faiblesse ultime de la narration russe. Elle n’a rien à offrir. Pas de rêve. Pas d’espoir. Pas d’avenir. Juste un passé mythifié et un présent sanglant. Les empires qui ne proposent rien d’autre que la force finissent toujours de la même manière. Ils s’effondrent. L’URSS s’est effondrée. L’empire des tsars s’est effondré. Le régime de Poutine s’effondrera aussi. La seule question est : combien de vies aura-t-il détruites avant ?
L'antidote : nommer les choses par leur nom
La vérité comme acte de résistance
Face à la narration russe, l’antidote le plus puissant est le plus simple : nommer les choses par leur nom. Ce n’est pas une « opération militaire spéciale ». C’est une guerre d’agression. Ce n’est pas une « libération ». C’est une invasion. Ce n’est pas une « dénazification ». C’est la destruction d’un État souverain. Ce n’est pas la « protection des Russophones ». C’est le bombardement de villes russophones. Les mots comptent. Chaque fois que nous utilisons le vocabulaire du Kremlin, même entre guillemets, nous participons à la normalisation du mensonge. Chaque fois que nous disons « conflit » au lieu de « guerre », « parties » au lieu d’« agresseur et victime », « crise » au lieu d’« invasion », nous faisons le jeu de la propagande russe. Les mots sont les premières tranchées de cette guerre. Et nous devons les défendre avec la même détermination que les soldats ukrainiens défendent leur territoire.
Le Service européen pour l’action extérieure a publié un document démolissant sept mythes répandus par la Russie. Le Département d’État américain a identifié les cinq récits principaux de la désinformation russe. Le gouvernement canadien a créé une page officielle de contre-désinformation. L’initiative EUvsDisinfo de l’Union européenne documente et démonte les fausses nouvelles russes quotidiennement. Les outils existent. Les preuves existent. Les analyses existent. Ce qui manque souvent, c’est la volonté politique de les utiliser. Et la volonté citoyenne de les relayer. Chacun d’entre nous, en refusant de reprendre les narratifs russes, en nommant la guerre par son nom, en partageant les faits plutôt que la confusion, participe à la défaite de la propagande. C’est un acte de résistance. Petit. Quotidien. Mais essentiel.
Nommer les choses par leur nom, c’est le premier acte de liberté. Et c’est précisément ce que le Kremlin nous demande de ne pas faire. C’est précisément ce que nous devons faire. Avec obstination. Avec rage. Avec la certitude que la vérité, même blessée, même étouffée, même noyée sous des océans de mensonges, finit toujours par refaire surface.
La responsabilité du citoyen informé
Vous lisez ces lignes. Cela signifie que vous avez accès à l’information. Cela signifie que vous pouvez vérifier, comparer, analyser. Cela signifie que vous n’avez aucune excuse pour croire la narration russe. Le citoyen russe moyen, enfermé dans un écosystème informationnel contrôlé par l’État, peut être pardonné de croire ce que sa télévision lui dit. Vous, non. Vous avez Google. Vous avez les rapports du OHCHR. Vous avez les enquêtes d’Amnesty International et de Human Rights Watch. Vous avez les images satellites. Vous avez les témoignages. Vous avez les arrêts de la CPI. Si, avec tout cela, vous répétez encore que la Russie est « menacée par l’OTAN » ou que l’Ukraine a besoin d’être « dénazifiée », ce n’est plus de l’ignorance. C’est un choix. Et ce choix a un nom : complicité. Pas la complicité de celui qui tire. La complicité de celui qui regarde tirer et dit : « Il avait peut-être ses raisons. »
Les négociations se poursuivront. À Miami, à Abu Dhabi, ailleurs. Les communiqués parleront de « discussions constructives ». Les diplomates serreront des mains. Les photographes captureront des sourires. Et pendant ce temps, quelque part en Ukraine, une mère bercera son enfant dans un sous-sol pendant qu’une alarme retentit au-dessus d’elle. Le son de la sirène. L’odeur de la poussière de béton. Le goût métallique de la peur dans la bouche. La texture rêche de la couverture d’urgence contre la peau. La question dans les yeux de l’enfant : « Maman, pourquoi ? ». Et la mère n’aura pas de réponse. Parce qu’il n’y en a pas.
Le mot final : les narrations meurent, les faits survivent
Ce qui restera quand le bruit se sera tu
La narration russe sur l’Ukraine mourra. Tous les récits de propagande meurent. Le « Lebensraum » nazi est mort. La « mission civilisatrice » coloniale est morte. Le « paradis des travailleurs » soviétique est mort. La « dénazification » et la « libération » poutiniennes mourront aussi. Elles mourront parce qu’elles sont bâties sur du vide. Parce que les mensonges, aussi sophistiqués soient-ils, finissent toujours par se heurter au mur de la réalité. Ce qui restera, ce sont les faits. Les 458 morts de Boutcha. Les 600 morts du théâtre de Marioupol. Les 16 000 enfants déportés. Les 14 775 civils dont la mort a été vérifiée par l’ONU. Les 14 millions de déplacés. Les villes rasées. Les vies brisées. Ces faits sont gravés dans la mémoire de l’humanité avec une encre que la propagande ne pourra jamais effacer.
Et ce qui restera aussi, c’est la résistance ukrainienne. Ce peuple qu’on disait « frère » des Russes, ce peuple qui devait tomber en trois jours, se bat depuis quatre ans. Contre la deuxième armée du monde. Contre les missiles, les drones, les bombes planantes. Contre le froid, la faim, la peur. Et contre la plus grande machine de propagande de l’histoire moderne. L’Ukraine se bat sur deux fronts : celui des armes et celui des mots. Et sur les deux fronts, elle tient bon.
La narration russe est un château de cartes construit dans la tempête. Chaque fait vérifié, chaque témoignage recueilli, chaque crime documenté est un souffle de vent qui la fragilise. Un jour, elle s’effondrera. Et ce jour-là, sous les décombres du mensonge, le monde retrouvera la vérité nue, terrible, indiscutable : la Russie n’a jamais libéré personne. Elle n’a fait que détruire.
La Russie n’a pas de narration de guerre de libération. Elle a une narration de guerre de conquête déguisée en croisade morale. Et la seule manière de vaincre un mensonge, c’est de refuser de le répéter.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Cet article est une chronique d’opinion. Il reflète le point de vue personnel de son auteur, Maxime Marquette, et non une position éditoriale institutionnelle. Les faits rapportés s’appuient sur des sources vérifiables citées en fin d’article. L’analyse, les interprétations et le ton engagé relèvent de la liberté d’expression du chroniqueur. Le lecteur est invité à consulter les sources primaires pour se forger sa propre opinion.
Sources primaires
en?s=166″>Service européen pour l’action extérieure — Debunking Seven Myths spread by Russia
Sources secondaires
U.S. Naval Institute Proceedings — Justifying Invasion: A Case Study in Russian Propaganda
DISA / PRIO — Russian Disinformation and Propaganda Regarding the Ukrainian Conflict
Al Jazeera — US says talks with Russia, Ukraine in Miami constructive, productive
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