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CHRONIQUE : La Russie et son manuel de négociation soviétique – quand l’histoire se répète dans le sang ukrainien
Crédit: Adobe Stock

Les leçons non apprises de l’Histoire

Pour comprendre pourquoi la Russie agit ainsi, il faut remonter le temps. Pas à 2022. Pas même à 2014, année de l’annexion de la Crimée. Mais à 1991, quand l’URSS s’est effondrée. Depuis, la Russie n’a eu de cesse de reconstituer son empire. Par la force, la manipulation, ou les deux.

Les négociations actuelles ne sont qu’un remake des vieilles recettes soviétiques. Dans les années 1990, la Russie a utilisé les conflits gelés pour garder le contrôle sur ses anciennes républiques. En Transnistrie, en Abkhazie, en Ossétie du Sud, Moscou a soutenu des séparatistes, installé des bases militaires, et bloqué toute résolution. Résultat : ces territoires sont toujours sous influence russe, et les populations locales vivent dans un no man’s land politique.

Aujourd’hui, c’est la même chose en Ukraine. La Russie exige que Kyiv reconnaisse l’annexion de la Crimée et des territoires occupés du Donbass. Elle veut que l’Ukraine renonce à l’OTAN, qu’elle désarme, qu’elle accepte un statut neutre. En clair : qu’elle redevienne un État vassal. « C’est du déjà-vu, explique un historien ukrainien. La Russie n’a jamais accepté la perte de l’Ukraine. Pour elle, c’est une question existentielle. »

Et puis, il y a la question des lois ukrainiennes. Moscou exige que Kyiv revoque certaines législations, notamment celles qui réhabilitent l’histoire ukrainienne. Par exemple, les lois sur la décommunisation, qui visent à effacer les symboles de l’ère soviétique. Pour la Russie, c’est inacceptable. « Ils veulent réécrire notre histoire, dénonce un député ukrainien. Ils veulent qu’on oublie qu’on a jamais été russes. »

Cette obsession du contrôle historique n’est pas nouvelle. Dès les années 1990, la Russie a tenté de réécrire les manuels scolaires dans les anciennes républiques soviétiques. En Biélorussie, en Moldavie, et maintenant en Ukraine. « Pour eux, l’Histoire est une arme, analyse un politologue. Si ils contrôlent le passé, ils contrôlent le présent. »

Et puis, il y a les menaces voilées. En 2024, Poutine a encore répété que l’Ukraine n’était pas un « vrai pays ». Qu’elle avait été « créée par Lénine ». Qu’elle devait revenir dans le giron russe. « C’est du pur délire impérial, s’indigne un universitaire. Mais c’est aussi une stratégie. En niant notre existence, ils justifient leur guerre. »


Je repense à une discussion avec un ami ukrainien, il y a quelques années. Il me parlait de son grand-père, un ancien combattant de l’UPA (l’Armée insurrectionnelle ukrainienne). « Ils nous appelaient des fascistes, disait-il. Parce qu’on voulait être libres. » Aujourd’hui, la Russie reprend les mêmes arguments. « Dé-nazification », « ukrainiens fascistes »… Les mots changent, mais la musique reste la même.

Ce qui me frappe, c’est cette obsession de l’effacement. La Russie ne veut pas seulement gagner la guerre. Elle veut faire disparaître l’idée même d’une Ukraine indépendante. Elle veut qu’on oublie qu’il y a une langue, une culture, une histoire ukrainienne. Elle veut qu’on oublie les millions de morts du Holodomor. Qu’on oublie Maïdan. Qu’on oublie 2014. Qu’on oublie 2022.

Et nous, on regarde. On discute. On « comprend les deux côtés ». Comme si un bourreau et sa victime pouvaient avoir les mêmes raisons. Comme si on pouvait négocier avec quelqu’un qui veut votre disparition.

Le jeu des « concessions » – quand l’Occident joue le jeu de Poutine

Depuis 2022, l’Occident a oscillé entre soutien et lâcheté. D’un côté, les livraisons d’armes, les sanctions, les déclarations de soutien à Zelensky. De l’autre, les appels à la « modération », les craintes d’une escalade, les pressions pour que l’Ukraine accepte des compromis.

En 2023, les États-Unis et l’Europe ont tenté de forcer Kiev à négocier. Sous prétexte d’éviter une guerre longue, ils ont poussé Zelensky à envisager des concessions territoriales. « On ne peut pas se permettre une guerre sans fin », répétaient les chancelleries. Mais pour les Ukrainiens, ces « compromis » sonnaient comme une trahison. « Ils nous demandent de donner des morceaux de notre pays, s’indignait un soldat. Comme si c’était à nous de payer le prix de leur peur. »

Aujourd’hui, avec le retour de Trump à la Maison-Blanche, la pression est encore plus forte. Le président américain, connu pour son admiration pour Poutine, semble prêt à sacrifier l’Ukraine pour un accord – n’importe lequel. « Trump veut un succès, analyse un diplomate. Peu importe le prix. » Et ce prix, ce sont les territoires ukrainiens. La Crimée, le Donbass, peut-être même Kherson ou Zaporijjia.

Les Ukrainiens, eux, refusent. « On ne négocie pas notre existence », martèle Zelensky. Mais dans l’ombre, les États-Unis et l’Europe préparedes plans de partition. « On leur propose de geler le conflit, explique un négociateur occidental. Comme en Corée. » Sauf que pour l’Ukraine, un « gel » du conflit, c’est une condamnation à mort lente. « Ils veulent qu’on accepte de vivre avec une épée sur la gorge, dénonce un officier. Pour qu’ils puissent revenir quand ils voudront. »

Et puis, il y a les menaces russes. Moscou a prévenu : si l’Ukraine ne cède pas, la guerre s’étendra. « On peut frapper d’autres cibles », a lancé un porte-parole du Kremlin. En clair : si Kyiv refuse de plier, les missiles tomberont sur Lviv, Odessa, peut-être même l’Europe de l’Est.

Face à ces menaces, l’Occident hésite. « On ne peut pas risquer une guerre plus large », murmure-t-on à Bruxelles. « Il faut trouver un terrain d’entente. » Mais pour l’Ukraine, ce « terrain d’entente », c’est sa souveraineté. « Ils nous demandent de choisir entre la guerre et la honte, dit un vétéran. Nous, on choisit la dignité. »

Et puis, il y a les jeux d’influence. La Russie a toujours su diviser ses adversaires. En 2024, elle a soutenu des partis pro-russes en Europe, financé des campagnes de désinformation, et affaibli la cohésion occidentale. Résultat : aujourd’hui, certains pays européens poussent pour un accord à tout prix. « La fatigue de la guerre est réelle, reconnaît un analyste. Et Poutine le sait. »


Je me souviens d’une phrase de Soljenitsyne : « Le mal ne triomphe que lorsque les hommes de bien ne font rien. » Aujourd’hui, en Ukraine, le mal triomphe parce que nous, l’Occident, nous faisons semblant. Nous faisons semblant de croire que la Russie veut la paix. Nous faisons semblant de croire qu’un compromis est possible. Nous faisons semblant de ne pas voir que chaque concession est une victoire pour Poutine.

On parle de « réalisme ». De « pragmatisme ». Comme si c’était réaliste de croire qu’un dictateur qui a envahi un pays, bombardé ses villes, violé ses femmes, déporté ses enfants, allait soudainement devenir raisonnable. Comme si c’était pragmatique de penser qu’on peut négocier avec quelqu’un qui ne veut que votre soumission.

La vérité, c’est que nous avons peur. Peur de la guerre. Peur des sacrifices. Peur de regarder en face ce que nous sommes devenus : des spectateurs. Des complices, parfois. Et pendant ce temps, des gens meurent. Pas pour des idées. Pour nous. Pour notre incapacité à choisir entre le bien et le mal.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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