Les leçons non apprises de l’Histoire
Pour comprendre pourquoi la Russie agit ainsi, il faut remonter le temps. Pas à 2022. Pas même à 2014, année de l’annexion de la Crimée. Mais à 1991, quand l’URSS s’est effondrée. Depuis, la Russie n’a eu de cesse de reconstituer son empire. Par la force, la manipulation, ou les deux.
Les négociations actuelles ne sont qu’un remake des vieilles recettes soviétiques. Dans les années 1990, la Russie a utilisé les conflits gelés pour garder le contrôle sur ses anciennes républiques. En Transnistrie, en Abkhazie, en Ossétie du Sud, Moscou a soutenu des séparatistes, installé des bases militaires, et bloqué toute résolution. Résultat : ces territoires sont toujours sous influence russe, et les populations locales vivent dans un no man’s land politique.
Aujourd’hui, c’est la même chose en Ukraine. La Russie exige que Kyiv reconnaisse l’annexion de la Crimée et des territoires occupés du Donbass. Elle veut que l’Ukraine renonce à l’OTAN, qu’elle désarme, qu’elle accepte un statut neutre. En clair : qu’elle redevienne un État vassal. « C’est du déjà-vu, explique un historien ukrainien. La Russie n’a jamais accepté la perte de l’Ukraine. Pour elle, c’est une question existentielle. »
Et puis, il y a la question des lois ukrainiennes. Moscou exige que Kyiv revoque certaines législations, notamment celles qui réhabilitent l’histoire ukrainienne. Par exemple, les lois sur la décommunisation, qui visent à effacer les symboles de l’ère soviétique. Pour la Russie, c’est inacceptable. « Ils veulent réécrire notre histoire, dénonce un député ukrainien. Ils veulent qu’on oublie qu’on a jamais été russes. »
Cette obsession du contrôle historique n’est pas nouvelle. Dès les années 1990, la Russie a tenté de réécrire les manuels scolaires dans les anciennes républiques soviétiques. En Biélorussie, en Moldavie, et maintenant en Ukraine. « Pour eux, l’Histoire est une arme, analyse un politologue. Si ils contrôlent le passé, ils contrôlent le présent. »
Et puis, il y a les menaces voilées. En 2024, Poutine a encore répété que l’Ukraine n’était pas un « vrai pays ». Qu’elle avait été « créée par Lénine ». Qu’elle devait revenir dans le giron russe. « C’est du pur délire impérial, s’indigne un universitaire. Mais c’est aussi une stratégie. En niant notre existence, ils justifient leur guerre. »
Je repense à une discussion avec un ami ukrainien, il y a quelques années. Il me parlait de son grand-père, un ancien combattant de l’UPA (l’Armée insurrectionnelle ukrainienne). « Ils nous appelaient des fascistes, disait-il. Parce qu’on voulait être libres. » Aujourd’hui, la Russie reprend les mêmes arguments. « Dé-nazification », « ukrainiens fascistes »… Les mots changent, mais la musique reste la même.
Ce qui me frappe, c’est cette obsession de l’effacement. La Russie ne veut pas seulement gagner la guerre. Elle veut faire disparaître l’idée même d’une Ukraine indépendante. Elle veut qu’on oublie qu’il y a une langue, une culture, une histoire ukrainienne. Elle veut qu’on oublie les millions de morts du Holodomor. Qu’on oublie Maïdan. Qu’on oublie 2014. Qu’on oublie 2022.
Et nous, on regarde. On discute. On « comprend les deux côtés ». Comme si un bourreau et sa victime pouvaient avoir les mêmes raisons. Comme si on pouvait négocier avec quelqu’un qui veut votre disparition.
Le jeu des « concessions » – quand l’Occident joue le jeu de Poutine
Depuis 2022, l’Occident a oscillé entre soutien et lâcheté. D’un côté, les livraisons d’armes, les sanctions, les déclarations de soutien à Zelensky. De l’autre, les appels à la « modération », les craintes d’une escalade, les pressions pour que l’Ukraine accepte des compromis.
En 2023, les États-Unis et l’Europe ont tenté de forcer Kiev à négocier. Sous prétexte d’éviter une guerre longue, ils ont poussé Zelensky à envisager des concessions territoriales. « On ne peut pas se permettre une guerre sans fin », répétaient les chancelleries. Mais pour les Ukrainiens, ces « compromis » sonnaient comme une trahison. « Ils nous demandent de donner des morceaux de notre pays, s’indignait un soldat. Comme si c’était à nous de payer le prix de leur peur. »
Aujourd’hui, avec le retour de Trump à la Maison-Blanche, la pression est encore plus forte. Le président américain, connu pour son admiration pour Poutine, semble prêt à sacrifier l’Ukraine pour un accord – n’importe lequel. « Trump veut un succès, analyse un diplomate. Peu importe le prix. » Et ce prix, ce sont les territoires ukrainiens. La Crimée, le Donbass, peut-être même Kherson ou Zaporijjia.
Les Ukrainiens, eux, refusent. « On ne négocie pas notre existence », martèle Zelensky. Mais dans l’ombre, les États-Unis et l’Europe préparedes plans de partition. « On leur propose de geler le conflit, explique un négociateur occidental. Comme en Corée. » Sauf que pour l’Ukraine, un « gel » du conflit, c’est une condamnation à mort lente. « Ils veulent qu’on accepte de vivre avec une épée sur la gorge, dénonce un officier. Pour qu’ils puissent revenir quand ils voudront. »
Et puis, il y a les menaces russes. Moscou a prévenu : si l’Ukraine ne cède pas, la guerre s’étendra. « On peut frapper d’autres cibles », a lancé un porte-parole du Kremlin. En clair : si Kyiv refuse de plier, les missiles tomberont sur Lviv, Odessa, peut-être même l’Europe de l’Est.
Face à ces menaces, l’Occident hésite. « On ne peut pas risquer une guerre plus large », murmure-t-on à Bruxelles. « Il faut trouver un terrain d’entente. » Mais pour l’Ukraine, ce « terrain d’entente », c’est sa souveraineté. « Ils nous demandent de choisir entre la guerre et la honte, dit un vétéran. Nous, on choisit la dignité. »
Et puis, il y a les jeux d’influence. La Russie a toujours su diviser ses adversaires. En 2024, elle a soutenu des partis pro-russes en Europe, financé des campagnes de désinformation, et affaibli la cohésion occidentale. Résultat : aujourd’hui, certains pays européens poussent pour un accord à tout prix. « La fatigue de la guerre est réelle, reconnaît un analyste. Et Poutine le sait. »
Je me souviens d’une phrase de Soljenitsyne : « Le mal ne triomphe que lorsque les hommes de bien ne font rien. » Aujourd’hui, en Ukraine, le mal triomphe parce que nous, l’Occident, nous faisons semblant. Nous faisons semblant de croire que la Russie veut la paix. Nous faisons semblant de croire qu’un compromis est possible. Nous faisons semblant de ne pas voir que chaque concession est une victoire pour Poutine.
On parle de « réalisme ». De « pragmatisme ». Comme si c’était réaliste de croire qu’un dictateur qui a envahi un pays, bombardé ses villes, violé ses femmes, déporté ses enfants, allait soudainement devenir raisonnable. Comme si c’était pragmatique de penser qu’on peut négocier avec quelqu’un qui ne veut que votre soumission.
La vérité, c’est que nous avons peur. Peur de la guerre. Peur des sacrifices. Peur de regarder en face ce que nous sommes devenus : des spectateurs. Des complices, parfois. Et pendant ce temps, des gens meurent. Pas pour des idées. Pour nous. Pour notre incapacité à choisir entre le bien et le mal.
Section 3 : Les négociations d’Abou Dhabi – un théâtre d’ombres
Derrière les portes closes, les jeux de pouvoir
Le 31 janvier 2026, alors que Kyiv grelotte, une réunion secrète se tient à Abou Dhabi. Officiellement, il s’agit de relancer les négociations. Officieusement, c’est un marchandage où l’Ukraine est la monnaie d’échange.
Autour de la table : les États-Unis, représentés par Steve Witkoff, un proche de Trump ; la Russie, avec Kirill Dmitriev, un oligarque lié au Kremlin ; et l’Ukraine, avec une délégation menée par Andriy Yermak, le chef de cabinet de Zelensky. Officiellement, on parle de paix. En réalité, on parle de partage.
Les Russes sont clairs : ils veulent que l’Ukraine renonce à ses territoires occupés, qu’elle démilitarise, et qu’elle quitte l’OTAN. En échange, ils promettent un cessez-le-feu. « Un cessez-le-feu, c’est bien, ironise un négociateur ukrainien. Sauf que la dernière fois, ils en ont profité pour se réarmer. »
Les Américains, eux, veulent un accord. N’importe lequel. « Trump a besoin d’une victoire, explique un diplomate. Même symbolique. » Alors on parle de gel du conflit, de zones tampons, de statut spécial pour le Donbass. « On nous demande de signer notre propre condamnation, dénonce un membre de la délégation ukrainienne. Ils appellent ça la paix. Nous, on appelle ça une reddition. »
Et puis, il y a les menaces. Les Russes ont prévenu : si l’Ukraine refuse, les frappes reprennent. « On peut faire bien pire », a lancé Dmitriev. Les Américains, eux, menacent de couper les livraisons d’armes si Kyiv ne joue pas le jeu. « Vous n’avez pas le choix », aurait dit Witkoff.
Dans cette pièce climatisée d’Abou Dhabi, on parle de cartes, de frontières, de pourcentages. Comme si on partageait un gâteau. Sauf que ce gâteau, c’est un pays. Un pays où des gens meurent. Où des enfants grelottent. Où des mères pleurent.
Et pendant ce temps, à Kyiv, les Ukrainiens attendent. Ils savent que ces négociations ne sont qu’un théâtre. « Ils décident de notre sort sans nous, s’indigne une habitante. Comme si on n’était pas capables de choisir notre propre avenir. »
Je pense à cette photo que j’ai vue il y a quelques jours. Un enfant, assis sur les décombres de sa maison, serrant contre lui un ours en peluche. Il regardait l’objectif avec des yeux trop grands pour son visage. Des yeux qui avaient tout vu. La guerre. La faim. Le froid. Et maintenant, les « négociations ».
Dans cette salle d’Abou Dhabi, personne ne parle de lui. Personne ne parle des milliers d’enfants comme lui. On parle de « territoires », de « concessions », de « réalisme ». Comme si la réalité, c’était des lignes sur une carte. Comme si on pouvait négocier la dignité.
Je me demande ce qu’il deviendra, cet enfant. S’il survivra. S’il grandira en haïssant ceux qui ont décidé de son sort sans lui demander son avis. S’il comprendra un jour pourquoi le monde a préféré la paix à la justice.
Parce que c’est ça, le vrai choix. Pas entre la guerre et la paix. Mais entre la justice et la lâcheté. Et aujourd’hui, à Abou Dhabi, on choisit la lâcheté. Avec des costumes cravates et des sourires diplomatiques.
Le rôle trouble des États-Unis – entre pression et abandon
Depuis le début de la guerre, les États-Unis ont été un soutien crucial pour l’Ukraine. Sans les livraisons d’armes américaines, Kyiv serait probablement tombée en 2022. Sans les sanctions, la Russie aurait pu financer sa guerre sans limite. Sans le soutien politique, l’Ukraine serait seule face à Moscou.
Mais aujourd’hui, quelque chose a changé. Avec le retour de Trump, la politique américaine a viré à 180 degrés. « Trump a toujours admiré Poutine, rappelle un analyste. Pour lui, c’est un homme fort. Un gagnant. » Et les gagnants, Trump aime les soutenir.
Dès son arrivée au pouvoir, il a gelé une partie des livraisons d’armes. « Trop cher », a-t-il dit. « Les Européens doivent payer », a-t-il ajouté. Sauf que les Européens, eux, hésitent. Certains pays, comme la Hongrie ou la Slovaquie, freinent des quatre fers. D’autres, comme la France ou l’Allemagne, veulent éviter l’escalade.
Résultat : l’Ukraine se retrouve seule. « On nous demande de négocier avec un pistolet sur la tempe, dénonce un officier ukrainien. Sauf que le pistolet, c’est le nôtre. »
Et puis, il y a les pressions directes. Les États-Unis ont menacé de couper les fonds si l’Ukraine refuse de négocier. « Vous n’avez pas le choix », aurait dit Witkoff à la délégation ukrainienne. « Soit vous signez, soit on vous lâche. »
Face à ces menaces, Zelensky résiste. « Nous ne sommes pas un pion sur leur échiquier », a-t-il déclaré. Mais dans les coulisses, la pression est énorme. « Ils nous abandonnent, lance un député ukrainien. Petit à petit. Comme d’habitude. »
Et puis, il y a les rumeurs. On parle d’un plan de partition. L’Ukraine garderait l’Ouest, la Russie annexerait l’Est. « Comme la Corée », disent les Américains. « Comme une amputation », répondent les Ukrainiens.
« Ils veulent qu’on accepte de vivre avec une blessure ouverte, explique un médecin de Kharkiv. Pour qu’ils puissent revenir quand ils voudront. » Et pendant ce temps, les obus continuent de tomber. Les civils continuent de mourir. Et le monde continue de regarder ailleurs.
Je me souviens d’une conversation avec un vétéran de la guerre du Donbass, en 2015. Il me disait : « Les Russes ne veulent pas la paix. Ils veulent qu’on se rende. Et l’Occident ? Il veut qu’on se taise. » Dix ans plus tard, rien n’a changé. Sauf que maintenant, c’est pire. Parce que cette fois, l’Occident ne veut plus seulement qu’on se taise. Il veut qu’on disparaisse.
On parle de « réalisme ». De « compromis ». Comme si on pouvait compromettre avec l’inacceptable. Comme si on pouvait négocier avec ceux qui veulent votre destruction. Comme si on pouvait trouver un terrain d’entente entre la vie et la mort.
Je regarde les images de ces négociations à Abou Dhabi. Ces hommes en costume, souriants, serrant des mains. Et je me dis : ils ne comprennent pas. Ou ils ne veulent pas comprendre. Parce que comprendre, ce serait admettre qu’on est en train de trahir. Pas seulement l’Ukraine. Mais tout ce en quoi on croit. La liberté. La dignité. Le droit de choisir son propre destin.
Et ça, c’est impardonnable.
Section 4 : L’hiver comme arme – quand le froid devient un bourreau
La guerre invisible contre les civils
Pendant que les diplomates discutent à Abou Dhabi, la Russie mène une autre guerre. Une guerre silencieuse, invisible, mais tout aussi meurtrière : la guerre contre le froid.
Depuis des semaines, les frappes russes ciblent les infrastructures énergétiques. Centrales électriques, stations de pompage, réseaux de chauffage : tout y passe. Résultat : des millions d’Ukrainiens sans électricité, sans eau, sans chauffage. « C’est une tactique vieille comme la guerre, explique un expert. Priver l’ennemi de ses ressources pour le faire plier. » Sauf qu’ici, l’« ennemi », ce sont des civils.
À Kyiv, les températures sont tombées à -30°C. Dans les appartements, les familles s’entassent autour de poêles à bois. « On dort tous dans la même pièce, raconte une mère. Comme ça, on se réchauffe. » Les hôpitaux fonctionnent sur des groupes électrogènes. « On fait ce qu’on peut, dit un médecin. Mais jusqu’à quand ? »
Et puis, il y a les mort. Pas celles des combats. Celles, silencieuses, causées par le froid. Les personnes âgées, les malades, les enfants. « On en parle moins, dénonce un travailleur humanitaire. Mais elles sont là. »
À Kharkiv, une grand-mère est morte de froid dans son appartement. « Elle n’avait plus de chauffage depuis trois semaines, raconte sa voisine. Elle n’a pas tenu. » À Dnipro, un bébé est né dans le noir, parce que l’hôpital était privé d’électricité. « Il a survécu, dit la mère. Mais jusqu’à quand ? »
Et pendant ce temps, les Russes attendent. Ils savent que le froid est leur meilleur allié. « Plus les Ukrainiens souffrent, plus ils seront prêts à accepter nos conditions », a déclaré un haut responsable russe. « C’est une question de temps. »
Je pense à cette image, vue il y a quelques jours. Une vieille dame, assise sur un banc, les mains serrées autour d’une tasse de thé. Elle regardait droit devant elle, comme si elle ne voyait plus rien. « J’ai survécu à la Seconde Guerre mondiale, avait-elle dit à un journaliste. Je survivrai à ça. » Mais dans ses yeux, il n’y avait plus d’espoir. Juste de la résignation.
C’est ça, la vraie victoire de Poutine. Pas les territoires conquis. Pas les villes détruites. Mais cette résignation. Ce moment où les gens arrêtent de croire. Où ils acceptent l’inacceptable. Où ils se disent que, peut-être, la paix – n’importe laquelle – vaudrait mieux que cette guerre sans fin.
Et nous, on regarde. On parle de « réalisme ». De « compromis ». Comme si on pouvait négocier avec la souffrance. Comme si on pouvait trouver un terrain d’entente entre la vie et la mort. Comme si on pouvait accepter que des vieillards meurent de froid dans leurs appartements, pendant que des hommes en costume discutent de « zones tampons » dans des hôtels climatisés.
Je me demande ce qu’on deviendra, nous, quand on regardera en arrière. Quand on se souviendra de ces hivers où on a laissé des gens geler. Parce qu’on avait peur. Parce que c’était trop compliqué. Parce qu’on préférait fermer les yeux.
Et je me dis que l’Histoire ne nous pardonnera pas.
La résistance silencieuse – quand le peuple refuse de plier
Pourtant, malgré tout, les Ukrainiens résistent. Pas avec des armes. Pas avec des discours. Mais avec une obstination tranquille, un refus de laisser le froid les briser.
À Kyiv, des volontaires distribuent des couvertures, des bougies, des groupes électrogènes. « On ne peut pas laisser nos voisins mourir de froid », explique l’un d’eux. Dans les immeubles, les habitants s’organisent. « On partage ce qu’on a, dit une femme. Comme ça, tout le monde survit. »
Et puis, il y a les gestes de défi. Malgré les coupures, les Ukrainiens allument des lumières. Ils chantent dans le noir. Ils dansent sur la glace du Dniepr, gelé par le froid. « Ils veulent qu’on ait peur, lance un jeune. On leur montre qu’on n’a pas peur. »
« On a déjà vécu pire, rappelle un vétéran. En 2014, en 2022. On a tenu. On tiendra encore. » Mais dans sa voix, on entend la fatigue. Quatre ans de guerre, c’est long. Très long. Et chaque hiver est un rappel cruel : la Russie ne recule devant rien.
Et puis, il y a les mots. Ceux de Zelensky, qui refuse de plier. « On ne négociera pas notre liberté », a-t-il déclaré. Ceux des soldats, qui tiennent le front malgré le froid. « On se bat pour eux, dit un officier en montrant une photo de sa famille. Pas pour les politiques. »
Mais dans l’ombre, la question reste : jusqu’à quand ? Jusqu’à quand les Ukrainiens pourront-ils tenir ? Jusqu’à quand l’Occident continuera-t-il à les soutenir ? Jusqu’à quand la Russie continuera-t-elle à frapper ?
« On ne sait pas, soupire une mère. Mais on n’a pas le choix. » Alors ils résistent. Ils tiennent. Ils survivent. Parce que c’est tout ce qui leur reste.
Je repense à cette phrase, lue je ne sais plus où : « La résistance, c’est d’abord refuser de devenir ce qu’ils veulent qu’on soit. » En Ukraine, c’est exactement ça. Ils veulent qu’ils aient peur. Qu’ils plient. Qu’ils acceptent. Qu’ils oublient.
Mais ils refusent. Ils allument des lumières dans le noir. Ils chantent dans le froid. Ils dansent sur la glace. Ils vivent, malgré tout. Parce que c’est ça, la vraie victoire. Pas les territoires. Pas les accords. Mais cette obstination. Ce refus de devenir des victimes.
Et nous, on regarde. On admire, parfois. On compatit, de loin. Mais on ne comprend pas vraiment. Parce que pour comprendre, il faudrait accepter une vérité simple : ils se battent pour nous aussi. Pour ce monde où un pays peut choisir son destin. Où un peuple peut dire non. Où la liberté n’est pas une illusion, mais un droit.
Et ça, c’est peut-être la chose la plus dangereuse pour Poutine. Pas les armes. Pas les sanctions. Mais cette idée, têtue, obstinée, que la liberté vaut la peine qu’on se batte pour elle. Même dans le froid. Même dans le noir.
Section 5 : Les visages de la guerre – quand les chiffres deviennent des vies
Serhii Kupov, 57 ans : « On ne négocie pas avec ceux qui veulent nous tuer »
Serhii Kupov a 57 ans. Il a passé sa vie à Kyiv, dans le quartier de Podil. Avant la guerre, il était professeur d’histoire. Aujourd’hui, il est bénévole. Il distribue des couvertures, des médicaments, des groupes électrogènes. « C’est ma façon de résister », dit-il.
Ce 31 janvier, il est assis avec des amis sur les bords du Dniepr, gelé par le froid. « On vient ici pour oublier, explique-t-il. Juste une heure. Juste pour respirer. » Autour de lui, des gens dansent, rient, boivent. « On fait semblant que tout est normal, dit-il. Même si rien ne l’est. »
Mais quand on lui parle des négociations d’Abou Dhabi, son visage se ferme. « Ils veulent qu’on accepte leurs conditions, lance-t-il. Qu’on donne des morceaux de notre pays. Qu’on oublie ceux qui sont morts. Qu’on oublie Bucha. Qu’on oublie Marioupol. Qu’on oublie tout. » Il serre les poings. « On ne peut pas faire ça. On ne peut pas trahir nos morts. »
« Ils disent que c’est pour la paix, continue-t-il. Mais quelle paix ? Celle où on vit à genoux ? Celle où on attend la prochaine invasion ? Non. Moi, je préfère me battre. Même si c’est dur. Même si on a froid. Même si on a peur. »
Et puis, il parle de ses étudiants. Ceux qui sont partis au front. Ceux qui sont morts. « Ils se battaient pour un pays libre, dit-il. Pas pour un pays coupé en deux. Pas pour un pays qui plie l’échine. » Il regarde la glace, puis les immeubles plongés dans le noir. « On a déjà donné assez. »
Je regarde Serhii. Son visage buriné par le froid, ses mains qui tremblent un peu. Il parle avec calme, mais dans ses yeux, il y a une colère froide. Une colère qui ne crie pas. Qui ne frappe pas. Mais qui ne pliera jamais.
Je me demande ce que je ferais à sa place. Si mon pays était attaqué. Si on me demandait de renoncer à une partie de moi-même pour avoir la paix. Si on me disait que c’était « réaliste ». Que c’était « nécessaire ». Que c’était « pour mon bien ».
Je me dis que je ne sais pas. Que je n’ai pas le droit de juger. Mais je sais une chose : personne n’a le droit de décider à sa place. Personne n’a le droit de lui dire que sa liberté, sa dignité, sa mémoire valent moins qu’un accord sur le papier.
Parce que c’est ça, la vraie question. Pas « comment arrêter la guerre ? » Mais « à quel prix ? » Et si le prix, c’est l’âme d’un peuple, alors non. Mille fois non.
Albina Sokur, 35 ans : « Je veux juste que mes enfants vivent »
Albina Sokur a 35 ans. Elle est mère de six enfants. Le plus jeune, Tymur, a six ans. Elle vient de Donetsk, une ville occupée par la Russie depuis 2014. « J’ai tout perdu là-bas, dit-elle. Ma maison. Mes parents. Mes amis. » Aujourd’hui, elle vit à Kyiv, dans un petit appartement sans chauffage depuis trois semaines.
« Le pire, ce n’est pas le froid, explique-t-elle. C’est de voir mes enfants avoir peur. » Tymur, lui, ne comprend pas. « Pourquoi il n’y a pas de lumière, maman ? » « Je lui dis que c’est la guerre, raconte-t-elle. Mais comment expliquer ça à un enfant ? »
Elle parle des négociations avec un mélange d’espoir et de méfiance. « J’aimerais croire qu’ils peuvent trouver une solution, dit-elle. Mais je ne crois pas que la Russie veuille vraiment la paix. » Elle se souvient de 2014, quand les accords de Minsk avaient été signés. « Ils ont juste servi à donner du temps à la Russie pour se préparer, dit-elle. Et après, ils ont recommencé. »
« Je veux juste que mes enfants vivent, murmure-t-elle. Qu’ils grandissent. Qu’ils aillent à l’école. Qu’ils jouent. Qu’ils soient heureux. » Elle regarde Tymur, qui dessine sur une feuille. « C’est tout ce que je demande. »
Mais quand on lui parle d’un éventuel partage de l’Ukraine, elle secoue la tête. « Non. Je ne peux pas retourner à Donetsk. Pas sous occupation russe. Je ne veux pas que mes enfants grandissent là-bas. Je ne veux pas qu’ils apprennent à haïr leur propre pays. »
« Je ne sais pas ce qui va se passer, continue-t-elle. Mais je sais une chose : on ne peut pas abandonner. Parce que si on abandonne, ils gagneront. Et ça, je ne peux pas l’accepter. »
Je regarde Albina. Je regarde Tymur, avec ses crayons et ses dessins. Et je me dis que c’est pour lui que cette guerre se joue. Pas pour les territoires. Pas pour les accords. Mais pour lui. Pour tous les enfants comme lui. Pour leur droit à grandir sans avoir peur. Sans avoir froid. Sans avoir à fuir.
Et je me dis que si on abandonne l’Ukraine, on abandonne aussi une partie de nous-mêmes. Cette partie qui croit que les enfants méritent un avenir. Que les mères méritent d’élever leurs enfants en paix. Que les pères méritent de rentrer à la maison.
Parce que c’est ça, la vraie question. Pas « comment arrêter la guerre ? » Mais « quel monde voulons-nous laisser à nos enfants ? » Un monde où on négocie leur liberté ? Où on accepte qu’ils grandissent dans l’ombre de la peur ? Ou un monde où on se bat pour eux ? Même quand c’est dur. Même quand c’est long. Même quand on a peur.
Je ne sais pas ce que sera demain. Mais je sais une chose : on ne peut pas les trahir. Pas eux. Pas leurs rires. Pas leurs dessins. Pas leurs rêves.
Section 6 : L’Occident face à ses contradictions – entre soutien et abandon
Les États-Unis : entre pression et trahison
Depuis 2022, les États-Unis ont été le principal soutien de l’Ukraine. Sans les livraisons d’armes américaines, Kyiv serait probablement tombée. Sans les sanctions, la Russie aurait pu financer sa guerre sans limite. Sans le soutien politique, l’Ukraine serait seule face à Moscou.
Mais aujourd’hui, avec le retour de Trump, tout a changé. « Trump a toujours eu un faible pour les hommes forts, rappelle un analyste. Et Poutine, c’est un homme fort. » Dès son arrivée au pouvoir, il a gelé une partie des livraisons d’armes. « Trop cher », a-t-il dit. « Les Européens doivent payer », a-t-il ajouté.
Résultat : l’Ukraine se retrouve affaiblie. « On nous demande de négocier avec un pistolet sur la tempe, dénonce un officier ukrainien. Sauf que le pistolet, c’est le nôtre. »
Et puis, il y a les pressions directes. Les États-Unis ont menacé de couper les fonds si l’Ukraine refuse de négocier. « Vous n’avez pas le choix », aurait dit Witkoff à la délégation ukrainienne. « Soit vous signez, soit on vous lâche. »
Face à ces menaces, Zelensky résiste. « Nous ne sommes pas un pion sur leur échiquier », a-t-il déclaré. Mais dans les coulisses, la pression est énorme. « Ils nous abandonnent, lance un député ukrainien. Petit à petit. Comme d’habitude. »
Et puis, il y a les rumeurs. On parle d’un plan de partition. L’Ukraine garderait l’Ouest, la Russie annexerait l’Est. « Comme la Corée », disent les Américains. « Comme une amputation », répondent les Ukrainiens.
« Ils veulent qu’on accepte de vivre avec une blessure ouverte, explique un médecin de Kharkiv. Pour qu’ils puissent revenir quand ils voudront. » Et pendant ce temps, les obus continuent de tomber. Les civils continuent de mourir. Et le monde continue de regarder ailleurs.
Je me souviens d’une phrase de Churchill : « Un homme qui n’a rien pour quoi se battre n’a rien qui vaille la peine d’être sauvé. » Aujourd’hui, en Ukraine, les gens se battent. Pas pour des territoires. Pas pour des accords. Mais pour leur droit à exister. À choisir leur propre destin. À vivre libres.
Et nous, on regarde. On parle de « réalisme ». De « compromis ». Comme si on pouvait négocier avec l’inacceptable. Comme si on pouvait trouver un terrain d’entente entre la vie et la mort. Comme si on pouvait accepter que des gens meurent pour qu’on puisse dormir tranquille.
Je me demande ce qu’on deviendra, nous, quand on regardera en arrière. Quand on se souviendra de ces jours où on a préféré la paix à la justice. Où on a choisi la lâcheté plutôt que le courage. Où on a laissé des gens se battre seuls, parce que c’était trop compliqué. Trop cher. Trop risqué.
Et je me dis que l’Histoire ne nous pardonnera pas. Parce que l’Histoire, elle, se souvient. Elle se souvient de ceux qui ont résisté. Et de ceux qui ont détourné les yeux.
Conclusion : L’Ukraine, miroir de nos lâchetés
Le choix qui nous définit
Le 31 janvier 2026, l’Ukraine entre dans son 1438e jour de guerre. Un chiffre. Une statistique. Mais derrière ce chiffre, il y a des visages. Des vies. Des rêves brisés. Des espoirs têtus.
Ce jour-là, le monde a fait un choix. Pas celui de la paix. Mais celui de la lâcheté. À Abou Dhabi, on a parlé de partage, de compromis, de réalisme. On a parlé de tout, sauf de justice. On a oublié que derrière les lignes sur une carte, il y a des gens. Des gens qui résistent. Qui souffrent. Qui meurent.
On a oublié Serhii, qui refuse de plier. Albina, qui veut juste que ses enfants vivent. Les soldats, qui tiennent le front malgré le froid. Les mères, qui serrent leurs enfants contre elles en priant pour un lendemain. Les pères, qui partent au combat en sachant qu’ils ne reverront peut-être jamais leur famille.
On a oublié que la paix, ça ne se négocie pas avec des bourreaux. Ça ne se monnaie pas avec des territoires. Ça ne s’achète pas avec des compromis honteux. La paix, ça se construit sur la justice. Sur le respect. Sur le droit des peuples à choisir leur destin.
Et pourtant, aujourd’hui, on choisit l’inverse. On choisit de fermer les yeux. De détourner la tête. De se dire que c’est compliqué. Que c’est trop loin. Que ça ne nous regarde pas.
Mais si. Ça nous regarde. Parce que l’Ukraine, c’est nous. C’est notre mirroir. Le miroir de ce qu’on est prêts à accepter. De ce qu’on est prêts à sacrifier. De ce qu’on est prêts à trahir.
Alors aujourd’hui, on a un choix à faire. Pas entre la guerre et la paix. Mais entre la dignité et la honte. Entre le courage et la lâcheté. Entre le monde qu’on veut laisser à nos enfants et celui qu’on est en train de leur voler.
Et ce choix, on le fait tous les jours. Pas seulement à Abou Dhabi. Pas seulement dans les salles de négociation. Mais ici. Maintenant. Dans nos silences. Dans nos regards détournés. Dans nos petites lâchetés qui, mises bout à bout, font les grandes trahisons.
Je pense à cet enfant, sur la glace du Dniepr. À ses rires. À ses dessins. À ses yeux qui ne comprennent pas pourquoi il fait si froid. Pourquoi il fait si noir. Pourquoi le monde semble l’avoir oublié.
Et je me dis que c’est pour lui que cette guerre se joue. Pas pour les territoires. Pas pour les accords. Mais pour lui. Pour tous les enfants comme lui. Pour leur droit à grandir sans avoir peur. Sans avoir froid. Sans avoir à fuir.
Je me dis que si on les abandonne, on abandonne aussi une partie de nous-mêmes. Cette partie qui croit que la liberté vaut la peine qu’on se batte pour elle. Que la justice existe. Que les peuples ont le droit de choisir leur destin.
Et je me dis que ce n’est pas trop tard. Que même dans le froid, même dans le noir, on peut encore choisir la lumière. On peut encore choisir de ne pas détourner les yeux. De ne pas fermer la porte. De ne pas laisser tomber.
Parce que c’est ça, la vraie victoire. Pas sur le champ de bataille. Mais dans nos cœurs. Dans notre refus de devenir complices. Dans notre choix de rester humains.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d’organisations intergouvernementales, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (AP, AFP, Reuters).
Sources secondaires : publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche établies, rapports d’organisations sectorielles (The Washington Post, The New York Times, Financial Times, The Economist, Foreign Affairs, Le Monde, The Guardian).
Les données statistiques, économiques et géopolitiques citées proviennent d’institutions officielles : Agence internationale de l’énergie (AIE), Organisation mondiale du commerce (OMC), Fonds monétaire international (FMI), Banque mondiale, instituts statistiques nationaux.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
– Power outages hit Ukraine and Moldova as Kyiv struggles against the winter cold – AP News, 31 janvier 2026
– Assessing realist and liberal explanations for the Russo-Ukrainian war – Defense Priorities, 15 octobre 2024
– Russia’s War in Ukraine: The Next Chapter – CSIS, 2 octobre 2025
Sources secondaires
– Peace negotiations in the Russo-Ukrainian war (2022–present) – Wikipedia, 31 janvier 2026
– Ukraine–Russia peace plans: historical lessons, operationalising criteria, and comparative assessment – Taylor & Francis Online, 2025
– The Russo-Ukrainian War: A Strategic Assessment Two Years into the Conflict – AUSA, 26 mars 2024
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