L’obsession petroliere comme boussole geopolitique
Pour comprendre la politique etrangere de Trump, il faut oublier les ideologies, les valeurs, les alliances. Il faut regarder une seule chose : le petrole. Tout ramene au petrole. Le Venezuela possede les plus grandes reserves prouvees au monde — plus de 300 milliards de barils. Le Groenland regorge de mineraux critiques et de potentiel energetique arctique. L’Ukraine possede des terres rares et des ressources energetiques considerables. La Russie exporte du petrole et du gaz qui font concurrence au petrole de schiste americain. Dans chaque dossier, la meme logique : controler la ressource. Pas la democratie. Pas les droits de l’homme. La ressource. Le slogan de campagne « Drill, baby, drill » n’etait pas une blague. C’etait un programme de politique etrangere. Forer. Extraire. S’emparer. Partout. Tout le temps. A n’importe quel prix politique, diplomatique, humain. Le petrole est le sang de l’empire, et l’empire a soif.
L’analyste du Grand Continent a pose la question qui derange : pourquoi Trump veut-il maintenant un blocage des exportations de petrole russe ? La reponse n’est pas humanitaire. Elle est economique. Le niveau actuel du prix du petrole est trop bas pour rentabiliser l’exploitation du petrole de schiste americain. En reduisant l’offre russe sur le marche mondial, les prix montent. Et quand les prix montent, les soutiens milliardaires de Trump — les magnats du schiste du Texas et du Dakota du Nord — voient leurs profits exploser. Voila la logique. Pas de geopolitique. Pas de valeurs. Du business. Les sanctions contre la Russie ne sont pas un instrument de justice. Elles sont un instrument de profit. Et les soldats ukrainiens qui meurent sur le front ne sont pas les victimes d’une guerre de liberation. Ils sont les dommages collateraux d’une guerre du petrole.
Il faut le dire crument : pour Trump, le monde est un gisement a exploiter. Les pays sont des concessions minieres. Les peuples sont de la main-d’oeuvre. Et la politique etrangere est un contrat d’extraction. Si vous pensez que j’exagere, regardez le Venezuela. Puis regardez le Groenland. Puis regardez l’Ukraine. Le patron n’est pas un homme. C’est un baril de brut.
Le petrodollar en crise — la vraie raison de l’agressivite americaine
Pour saisir l’urgence qui anime Washington, il faut remonter au 9 juin 2024. Ce jour-la, dans un silence mediatique assourdissant, l’Arabie saoudite a choisi de ne pas reconduire son accord historique avec les Etats-Unis sur le petrodollar. Cet accord, signe en 1974 entre Henry Kissinger et Riyad, etait le pilier invisible de la puissance americaine. Il obligeait les pays acheteurs de petrole saoudien a payer en dollars, creant une demande mondiale structurelle pour la monnaie americaine. Cette demande permettait aux Etats-Unis d’imprimer de la monnaie sans inflation catastrophique, de financer leur dette colossale, de maintenir leur hegemonie financiere. Et du jour au lendemain, le socle s’est fissure. L’Arabie saoudite vend desormais du petrole en yuan, en roupie, en euro. Et les Etats-Unis, prives de leur monopole monetaire, doivent trouver d’autres moyens de maintenir la suprematie du dollar. Ces autres moyens s’appellent : Venezuela. Groenland. Congo. Ukraine. Le petrole comme remplacement du petrodollar. La saisie physique des ressources comme substitut au controle financier. C’est la regression la plus spectaculaire de la politique americaine depuis un siecle.
Jake Sullivan, l’ancien conseiller a la securite nationale de Biden, avait pose les bases d’une politique de transition energetique et de cooperation multilaterale. Trump a jete tout cela a la poubelle. La strategie est desormais brutale : s’emparer des plus grandes reserves de petrole au monde et, ce faisant, retablir la force geopolitique du petrodollar par la force brute plutot que par le consentement. Le La Releve et la Peste l’a formule sans ambages : Trump veut retablir la puissance du petrodollar en « s’emparant des plus grandes ressources de petrole au monde ». Le verbe « s’emparer » est la. Net. Brutal. Colonial.
Le Groenland dans le viseur -- quand un allie devient une proie
L’Arctique, nouveau terrain de chasse de l’empire
Le lendemain de l’operation au Venezuela, Donald Trump a renouvele ses appels pour une prise de controle americaine du Groenland. Ce n’est plus une lubie de milliardaire excentrique. C’est un objectif strategique inscrit dans la politique de la premiere puissance mondiale. Le Groenland, territoire autonome du Danemark, possede 25 des 30 materiaux critiques identifies par l’Union europeenne. Des terres rares indispensables pour les batteries electriques, les semi-conducteurs, les systemes d’armement avances. Un potentiel petrolier et gazier enorme dans l’Arctique qui se rechauffe. Et une position strategique sur la route maritime du Nord que le changement climatique rend de plus en plus navigable. Trump a evoque « plusieurs options » pour s’emparer du territoire, y compris l’utilisation de l’armee. Vous avez bien lu. Le president des Etats-Unis menace d’utiliser la force militaire contre le territoire d’un allie de l’OTAN. Le Danemark, membre fondateur de l’Alliance atlantique, pays qui a envoye 43 soldats mourir en Afghanistan et 7 en Irak aux cotes des Americains, se retrouve traite comme une cible.
Les sondages sont sans appel : 85 % des Groenlandais s’opposent a toute integration aux Etats-Unis. Seuls 6 % y sont favorables. Mais depuis quand la volonte des peuples arrete un empire ? Sur le marche de prediction Kalshi, la probabilite que les Etats-Unis prennent le controle d’une partie du Groenland est montee a 40 %, contre 20 % mi-2025. Les parieurs — qui ont souvent un meilleur instinct que les analystes — sentent que ce n’est plus de la rhetorique. C’est un plan. Et ce plan dit quelque chose de terrifiant sur le monde dans lequel nous vivons : meme vos allies ne sont plus a l’abri. Si vous avez quelque chose que l’empire veut, l’empire viendra le chercher. Peu importe les traites. Peu importe le droit. Peu importe l’amitie. Adam Lajeunesse, titulaire de la chaire de politique canadienne et arctique a l’Universite St. Francis Xavier, a prevenu : les Etats-Unis ne sont « plus vus comme un ami et un partenaire, mais comme un tyran auquel il faut resister ».
Le Danemark a envoye ses enfants mourir dans les guerres americaines. Et voila la recompense : une menace d’annexion militaire. Si ca, ce n’est pas la definition de la trahison, alors le dictionnaire a besoin d’une mise a jour. L’amitie americaine, sous Trump, est devenue un contrat de protection mafieux : payez, ou nous prenons.
Le Congolais, l’Ukrainien et l’Australien — tous sur la liste
Le Groenland n’est pas un cas isole. C’est un symptome. La logique predatrice s’etend a toute la planete. En avril 2025, Trump a conditionne le soutien militaire et financier a l’Ukraine a des contrats d’exploitation de ses minerais. L’accord signe entre Washington et Kiev prevoit que des entreprises americaines auront acces aux gisements de terres rares, de lithium, de titane ukrainiens. Le prix de l’aide n’est plus la solidarite. C’est la concession miniere. L’Ukraine se bat pour sa survie, et les Etats-Unis lui presentent la facture en droits d’exploitation. En Republique democratique du Congo, les Etats-Unis ont promis leur soutien en echange de faire du pays une « reserve strategique de minerais » pour les entreprises americaines. Le mot « reserve » est revoltant. On ne parle pas d’un parc naturel. On parle d’un pays souverain de 100 millions d’habitants transforme en reserve de chasse pour multinationales. Patrice, 28 ans, mineur de cobalt dans la province du Katanga, gagne 3 dollars par jour en creusant a mains nues dans des galeries qui s’effondrent. Son cobalt finira dans un iPhone ou une Tesla. Lui ne possede ni l’un ni l’autre. Et demain, c’est Washington qui decidera combien de cet argent restera au Congo.
La Strategie de securite nationale de Trump est explicite : les entreprises americaines doivent controle l’« infrastructure energetique » et l’« acces aux mineraux critiques » de l’Amerique latine, afin de « reduire les dependances » et l’« influence exterieure nefaste » — reference transparente a la Chine. Ce n’est pas de la geopolitique. C’est un plan d’affaires a l’echelle planetaire. Un plan qui utilise l’armee la plus puissante du monde comme departement acquisitions d’une holding mondiale de matieres premieres.
Les coffres vides du Kremlin -- la Russie saigne mais ne tombe pas
L’hemorragie financiere de la machine de guerre russe
Pendant que Washington devore le monde, Moscou se vide de son sang economique. Les chiffres sont brutaux. Les revenus federaux russes issus du petrole et du gaz ont chute de plus de 21 % sur les dix premiers mois de 2025. La baisse des prix du brut, combinee aux sanctions occidentales — meme imparfaitement appliquees — a frappe le budget russe comme un coup de massue. La Fondation pour la defense des democraties (FDD) a resume la situation en une phrase : « Apres des mois de menaces de punition economique, Trump a porte un premier coup. Il est maintenant temps de donner suite et de porter le combat dans les coffres du Kremlin. » Les coffres du Kremlin. Voila l’image. Un coffre-fort dont le fond se rapproche. Un tresor de guerre qui fond. Vladimir Poutine a engage la Russie dans une economie de guerre totale, consacrant une part enorme du PIB aux depenses militaires. Mais une economie de guerre sans revenus, c’est une horloge qui compte a rebours.
Sergei, 45 ans, ouvrier dans une usine d’armement de Nijni Novgorod, travaille douze heures par jour, six jours par semaine. Son salaire a augmente — la penurie de main-d’oeuvre force les employeurs a payer plus — mais l’inflation russe devore cette augmentation plus vite qu’il ne la recoit. Le kilo de poulet a double. Les medicaments importes sont devenus un luxe. Sa femme, Elena, institutrice, n’a pas eu d’augmentation depuis deux ans. Leur fils Alexei, 19 ans, est mobilise quelque part dans la region de Donetsk. Ils n’ont pas de nouvelles depuis trois semaines. La machine de guerre russe ne devore pas seulement de l’argent. Elle devore des vies. Des familles. Des avenirs. Et elle le fait avec une voracite qui ne connait pas de satiete. Mais combien de temps peut-on demander a un peuple de se saigner pour les ambitions imperiales de son dirigeant ? Combien de Sergei et d’Elena peuvent encore tenir ? Combien d’Alexei peuvent encore mourir avant que le systeme ne craque ?
Les coffres du Kremlin se vident, oui. Mais ce ne sont pas des billets qui coulent. C’est du sang russe. Le sang des soldats de vingt ans envoyes dans un broyeur. Le sang des familles qui s’appauvrissent. Le sang d’une economie qui se cannibalise pour nourrir une guerre qu’elle ne peut pas gagner. Poutine compte ses roubles. Les meres russes comptent leurs fils.
Les sanctions : un coup porte, mais pas un coup fatal
Les nouvelles sanctions americaines contre les geants petroliers russes Rosneft et Lukoil, annoncees en octobre 2025, ont ete presentees comme « massives » par l’administration Trump. Elles l’etaient — sur le papier. La NPR a rapporte que ces sanctions visaient a « pousser le president russe Vladimir Poutine a la table des negociations » pour mettre fin a la guerre en Ukraine. Mais la realite est plus nuancee. Selon une analyse de la Carnegie Endowment for International Peace, la Russie pourrait perdre « quelques milliards de dollars chaque annee », et bien que ce coup financier puisse pousser le Kremlin a « depenser un peu moins pour la defense », ce n’est « pas suffisant pour que Poutine commence a envisager de changer de cap ». Quelques milliards. Pour un pays qui a restructure toute son economie autour de la guerre. C’est un emplâtre sur une jambe de bois. Un geste pour les cameras, pas pour l’histoire. Et surtout, les signaux envoyes par Washington sont contradictoires. Le meme jour ou le Tresor americain montrait les muscles, Trump recevait le Premier ministre hongrois Viktor Orban et lui accordait une exemption d’un an sur les sanctions energetiques. L’exemption qui sapait la credibilite du paquet avant meme que l’encre ne seche.
Le Centre pour le progres americain a frappe juste : « Les sanctions de Trump sur la Russie sont serieuses — l’application determinera si elles fonctionnent. » Et c’est la que le bat blesse. Car l’application depend de la volonte politique. Et la volonte politique de Trump en matiere de Russie est un mystere enveloppe dans une enigme. Un jour, il sanctionne Rosneft. Le lendemain, il rencontre Poutine a Anchorage, Alaska, et repart les mains vides, sans nouvel accord de cessez-le-feu, sans nouvelles sanctions. Le surlendemain, on apprend que des projets comme le Sakhaline-1 sous ExxonMobil pourraient etre relances, injectant des milliards dans le budget de Moscou et annulant les dommages infliges par l’Ukraine a l’industrie energetique russe. Les sanctions d’une main, les milliards de l’autre. C’est la politique de l’Amerique predatrice dans toute sa splendeur : punir juste assez pour faire monter les prix du petrole, sans jamais abattre la Russie pour de bon.
Le sommet d'Anchorage -- la poignee de main sur le dos de l'Ukraine
Quand Trump et Poutine se regardent dans le miroir
Le 15 aout 2025, Donald Trump et Vladimir Poutine se sont retrouves a Anchorage, en Alaska. Le choix du lieu etait symbolique : un territoire americain face a la Siberie russe, a mi-chemin entre deux empires. Le sommet s’est termine sans progres sur un cessez-le-feu et sans accord de paix. Mais il a revele quelque chose de bien plus troublant que l’absence de resultat : la complicite structurelle entre deux hommes qui ont plus en commun qu’ils ne veulent l’admettre. Trump veut le petrole venezuelien. Poutine veut le territoire ukrainien. Trump veut le Groenland. Poutine a pris la Crimee. Trump conditionne l’aide a des concessions minieres. Poutine conditionne la paix a des concessions territoriales. Les deux hommes parlent le meme langage : celui de la force, de la saisie, de l’accaparement. Ils sont les deux faces d’une meme piece. La piece de l’empire predateur.
Byline Times a revele ce qui se cachait peut-etre derriere les sourires d’Anchorage : un accord petrolier impliquant ExxonMobil et le projet Sakhaline-1 en Extreme-Orient russe. Si cet accord se concretise, il pourrait injecter des milliards de dollars dans le budget de Moscou — annulant l’effet des sanctions et permettant a la Russie de poursuivre, voire d’intensifier, son effort de guerre. L’ironie est vertigineuse : les Etats-Unis sanctionnent la Russie pour aider l’Ukraine d’un cote, et negocient des contrats petroliers avec la Russie de l’autre. L’Ukraine se retrouve prise en etau entre deux predateurs qui se disputent le butin tout en feignant de s’affronter. Volodymyr Zelensky l’a dit avec une amertume dechirant : « Maduro est juge a New York. Mais Poutine n’est pas juge. » Pourquoi ? Parce que Maduro n’avait que du petrole. Poutine a du petrole et des armes nucleaires. La justice, dans le monde de Trump, est inversement proportionnelle au megatonnage de vos ogives.
A Anchorage, deux predateurs se sont assis face a face et se sont reconnus. Ils se sont renifles comme des loups sur un meme territoire. Non pas pour se combattre, mais pour se partager le gibier. Et le gibier, c’est nous. C’est l’Ukraine. C’est l’Europe. C’est chaque pays trop faible pour dire non.
La flotte fantome et la guerre de l’ombre en haute mer
La confrontation petrolio-geopolitique entre les Etats-Unis et la Russie ne se joue pas seulement dans les salles de conference. Elle se joue en haute mer, dans des eaux glaciales, loin des cameras. Les Etats-Unis ont saisi dans l’Atlantique Nord un petrolier lie a la Russie, intercepte entre l’Islande et l’Ecosse par des garde-cotes americains aides par les Britanniques. L’operation, menee dans le cadre du blocus americain visant l’exportation du petrole venezuelien, a dure plusieurs semaines. La Russie avait depeche ses propres navires militaires pour escorter le petrolier. Imaginez la scene : des batiments de guerre russes face a des garde-cotes americains, dans les eaux froides de l’Atlantique Nord, autour d’un petrolier aux cuves vides. Ce n’est plus de la geopolitique. C’est de la piraterie d’Etat. Le Kremlin a vivement condamne l’operation, rappelant qu’« aucun Etat n’a le droit d’employer la force a l’encontre de navires dument immatricules dans la juridiction d’autres Etats ». Mais le droit, dans ce nouveau monde, est une suggestion, pas une obligation.
La « flotte fantome » russe — ces centaines de petroliers vieillissants qui transportent du petrole russe sous pavillons de complaisance pour contourner les sanctions — est devenue le champ de bataille le plus etrange de cette guerre economique. Ces navires sillonnent les oceans avec des assurances douteuses, des equipages exploites, des cargaisons non declarees. Certains ont plus de trente ans et menacent de provoquer des marees noires catastrophiques. Lars, 52 ans, pecheur dans les iles Shetland, voit ces mastodontes rouilles passer au large presque chaque semaine. « Un jour, l’un d’eux coulera », dit-il. « Et c’est nous qui paierons, avec nos poissons et nos plages. » L’Atlantique Nord est devenu un Far West maritime ou deux empires se disputent des barils de brut tandis que les pecheurs, les marins et les ecologistes regardent, impuissants, les bombes a retardement flotter a l’horizon.
L'Ukraine comme monnaie d'echange -- le cynisme ultime
Des minerais contre des missiles : le marche de la survie
L’Ukraine occupe une place particuliere dans l’architecture predatrice de Trump. Elle n’est pas une proie comme le Venezuela. Elle n’est pas une cible comme le Groenland. Elle est un client force. Un pays en guerre de survie qui n’a d’autre choix que d’accepter les conditions de son « protecteur ». En fevrier 2025, l’accord sur les ressources minerales entre Washington et Kiev a ete signe. CNN l’a decortique : les entreprises americaines obtiennent un acces privilegie aux gisements de mineraux critiques ukrainiens — lithium, titane, graphite, terres rares — en echange du soutien militaire et financier americain. Zelensky lui-meme a reconnu que « les gisements de ressources critiques en Ukraine, ainsi que le potentiel de production energetique et alimentaire d’importance mondiale de l’Ukraine, font partie des principaux objectifs predateurs de la Federation de Russie dans cette guerre ». Mais il a omis de mentionner que ces memes ressources sont devenues les objectifs predateurs des Etats-Unis — simplement obtenus par un contrat plutot que par une invasion. Le resultat est le meme : l’Ukraine perd le controle de ses richesses. La methode seule differe.
Oleksandr, 38 ans, geologue a Kryvyi Rih — la ville natale de Zelensky — travaille sur la cartographie des gisements de lithium de la region. Il sait que ces gisements valent des milliards. Il sait aussi que son pays n’en verra qu’une fraction. « On se bat pour notre terre », dit-il avec un rire amer. « Et quand on aura fini de se battre, notre terre appartiendra a quelqu’un d’autre. » La phrase est d’une lucidite devastatrice. L’Ukraine se vide de son sang pour defendre un sol dont les richesses sont deja hypothequees. Les soldats ukrainiens meurent pour proteger des gisements de titane que des multinationales americaines exploiteront. Et si la guerre se termine un jour, l’Ukraine emergera peut-etre libre mais depossedee. Libre de sa souverainete politique, mais enchainee par des contrats d’extraction signes sous la contrainte de la survie. C’est la version moderne du colonialisme : on ne conquiert plus les pays par les armes. On attend qu’ils soient a genoux pour leur tendre un stylo.
Voila le monde que nous construisons : un monde ou un pays en guerre doit vendre ses entrailles geologiques pour acheter le droit de survivre. L’Ukraine n’est pas liberee. Elle est refinancee. Et le taux d’interet se paie en minerais, en terres, en souverainete. La difference entre un predateur et un sauveur ? Le predateur envoie la facture.
Le precedent qui detruit le droit international
Ce que les Etats-Unis font avec l’Ukraine cree un precedent devastateur. Si la premiere puissance mondiale peut conditionner l’aide a un pays agresse a des concessions economiques, alors le principe meme de la solidarite internationale est mort. Demain, quand un autre petit pays sera envahi, il saura que l’aide ne viendra pas gratuitement. Il faudra payer. En petrole. En minerais. En concessions. En souverainete. Le systeme international fonde sur le droit est remplace par un systeme fonde sur le marchandage. Et dans un systeme de marchandage, ce sont toujours les plus faibles qui paient le prix le plus eleve. La Charte des Nations Unies, le droit international humanitaire, les conventions de Geneve — tous ces textes qui devaient proteger les faibles contre les forts deviennent des reliques decoratives dans un monde ou la force est la seule monnaie qui compte. Et l’Amerique predatrice de Trump n’est pas l’antidote a ce monde. Elle en est le symptome le plus avance.
La doctrine Monroe ressuscitee -- le XIXe siecle en costume du XXIe
Quand un president invoque les fantomes de 1823
Il y a quelque chose de vertigineux dans le retour de la doctrine Monroe. Promulguee en 1823 par le president James Monroe, elle declarait l’hemisphere occidental chasse gardee des Etats-Unis. Toute intervention europeenne en Amerique latine serait consideree comme un acte hostile. A l’epoque, c’etait deja du colonialisme deguise en principe de defense. Deux siecles plus tard, Trump la ressuscite. La Strategie de securite nationale de 2025 appelle explicitement a « reassertir et appliquer la doctrine Monroe ». Les mots sont choisis avec soin. Reassertir. Comme si l’hemisphere occidental avait oublie a qui il appartenait. Appliquer. Avec quels moyens ? Les memes que ceux utilises au Venezuela : des bombes, des marines, des saisies. Le Geopolitical Economy Report a parle de « Doctrine Donroe » — un jeu de mots cruel qui fusionne Trump et Monroe en un seul projet imperial. L’article decrit l’attaque sur le Venezuela comme partie d’un « plan imperial visant a imposer l’hegemonie americaine en Amerique latine ».
Le CFR — Council on Foreign Relations — a liste les operations militaires de Trump avec une precision clinique : bombardements en Iran, Irak, Nigeria, Somalie, Syrie, Yemen. Attaques contre des « bateaux de drogue » presumes dans les Caraibes et le Pacifique. Attaque sur le Venezuela et capture de Maduro. Menaces contre la Colombie, Cuba, l’Iran, le Mexique, le Groenland. Velleites d’annexion du Canada. Et le CFR conclut : « En pratique, les politiques du president se caracterisent par du neo-imperialisme, pas du neo-isolationnisme. » La boucle est bouclee. L’« America First » de Trump ne signifie pas que l’Amerique se retire du monde. Elle signifie que l’Amerique prend en premier. Premiere a la table des ressources. Premiere a la table des negociations. Premiere a la table des saisies. Et les autres ? Les autres attendent les miettes.
Monroe avait au moins la decence de presenter sa doctrine comme defensive. Trump ne se donne meme plus cette peine. C’est de la predation assumee, revendiquee, applaudie par une base electorale qui confond grandeur nationale et pillage international. L’Amerique ne veut plus etre le leader du monde libre. Elle veut etre le proprietaire du monde entier.
L’Amerique latine sous le talon de fer
Les consequences pour l’Amerique latine sont deja visibles. La chute de Maduro a envoye un signal sismique a travers tout le continent. Cuba est sous surveillance. La Colombie a ete menacee de represailles quand elle a voulu limiter les expulsions de migrants. Le Mexique marche sur des oeufs, sachant que la moindre provocation pourrait declencher des sanctions economiques devastatrices. Le Bresil, la plus grande puissance regionale, observe avec une inquietude mal dissimilee. L’Amerique latine de 2026 ressemble a l’Amerique latine des annees 1950, quand la CIA renversait les gouvernements qui ne plaisaient pas a Washington. Le Guatemala en 1954. Le Chili en 1973. Le Panama en 1989. Et maintenant le Venezuela en 2026. L’histoire ne se repete pas, dit-on. Mais l’Amerique latine sait que c’est un mensonge. Pour elle, l’histoire se repete avec une regularite de metronome. Seuls les noms des presidents americains changent. La musique reste la meme : celle des bottes et des helicopteres.
L'Europe, dindon de la farce energetique mondiale
Le piege petrolier tendu par Washington a ses propres allies
L’Europe se retrouve prise dans un piege d’une elegance machiavélique. D’un cote, les Etats-Unis sanctionnent le petrole russe, forcant les Europeens a chercher d’autres fournisseurs. De l’autre, les Etats-Unis se positionnent comme le fournisseur de remplacement — en GNL (gaz naturel liquefie) et en produits petroliers. Resultat : l’Europe, en se coupant de la Russie, devient dependante de l’Amerique. Et cette dependance n’est pas un effet secondaire. C’est le but. L’analyste du Grand Continent a decrypte la strategie : les sanctions contre le petrole russe « accroissent la pression sur les Europeens pour les obliger a s’aligner contre la Chine » et « securisent la hausse des exportations americaines vers l’Europe ». L’Europe n’est pas un allie dans cette strategie. Elle est un client captif. Un marche a conquérir. Un continent a vassaliser energetiquement.
Hans, 56 ans, patron d’une PME industrielle en Rhenanie, a vu sa facture de gaz tripler depuis la coupure du gaz russe. Il achete desormais du GNL americain, transporte par des methaniers qui traversent l’Atlantique — une methode trois fois plus couteuse et beaucoup plus polluante que le pipeline. « On a quitte un fournisseur qui nous faisait chanter pour un autre qui nous fait payer plus cher », dit-il avec l’amertume d’un homme qui voit son entreprise perdre en competitivite face aux concurrents americains qui, eux, beneficient d’une energie bon marche. L’industrie europeenne — chimie, siderurgie, verre, ceramique — saigne a cause du cout de l’energie. Et a chaque usine qui ferme en Europe, c’est une usine qui ouvre aux Etats-Unis, ou l’energie coute quatre fois moins cher. Ce n’est pas un hasard. C’est un transfert industriel organise. L’Amerique predatrice ne vole pas seulement du petrole au Venezuela. Elle vole des emplois a l’Europe.
L’Europe s’est liberee de la dependance russe pour tomber dans la dependance americaine. Et entre un dealer russe et un dealer americain, la seule difference, c’est l’accent. Le produit est le meme : de l’energie vendue au prix de la soumission geopolitique. Tant que l’Europe n’aura pas sa propre autonomie energetique, elle restera un vassal. La question est juste de savoir de quel empire.
La desindustrialisation comme arme geopolitique
Les chiffres de la desindustrialisation europeenne sont un requiem. En Allemagne, les geants de la chimie comme BASF delocalisent vers les Etats-Unis et la Chine. En France, les fonderies ferment les unes apres les autres. En Italie, le secteur ceramique — une fierté nationale — est etouffe par des couts energetiques insoutenables. Et pendant que l’Europe se desindustrialise, les Etats-Unis attirent les investissements grace a l’Inflation Reduction Act et a une energie bon marche. Trump n’a pas besoin de bombarder l’Europe. Il lui suffit de contrôler le robinet energetique et de regarder les usines traverser l’Atlantique. C’est de la guerre economique par d’autres moyens. Et l’Europe, hypnotisee par le drapeau de l’OTAN et les discours sur l’alliance transatlantique, ne voit pas que son allie est en train de la devorer de l’interieur. Comme un parasite qui se nourrit de son hote en lui chuchotant des mots d’amour.
Chatham House sonne l'alarme -- quand le monde academique crie au feu
Les think tanks face a l’impensable
Quand Chatham House — le prestigieux institut britannique de relations internationales, temple de la moderation analytique — publie un article avertissant que les Etats-Unis ne sont plus vus comme un « ami et partenaire » mais comme un « tyran auquel il faut resister », c’est que quelque chose de fondamental a change. L’article de janvier 2026 est sans ambiguïte : la politique americaine sur le Groenland et les mineraux critiques est qualifiee d’« imperialiste ». Le titre meme appelle Trump a « cesser sa rhetorique imperialiste » s’il veut une cooperation en 2026. Le Council on Foreign Relations, autre pilier de l’establishment washingtonien, parle de « penchant neo-imperialiste » masque par la rhetorique « America First ». CNN titre que Trump veut le Groenland « parce qu’il est la » — paraphrasant la celebre reponse de l’alpiniste George Mallory quand on lui demandait pourquoi il voulait gravir l’Everest. Sauf que Mallory risquait sa propre vie. Trump risque celle des autres.
Le monde academique et mediatique anglo-saxon — d’habitude si prudent, si mesure, si attache a la nuance — utilise desormais des mots qu’il n’utilisait jusqu’ici que pour decrire les adversaires de l’Amerique. Imperialisme. Predation. Piraterie. Annexion. Ces mots, traditionnellement reserves a la Russie de Poutine ou a la Chine de Xi, sont maintenant appliques aux Etats-Unis de Trump. C’est un basculement epistemique. Un changement de paradigme. Le gendarme est devenu le braqueur. Et les analystes qui passaient leur carriere a expliquer pourquoi l’Amerique etait une force pour le bien doivent maintenant expliquer pourquoi elle est devenue une force pour le butin. Charles Kupchan, du CFR, l’a formule avec la precision d’un chirurgien : les « instincts ‘America First' » de Trump et de sa base MAGA sont « neo-isolationnistes », mais ses politiques sont « tout sauf ». Des forces americaines restent deployees en Asie, en Europe, au Moyen-Orient. Trump a bombarde l’Iran, l’Irak, le Nigeria, la Somalie, la Syrie, le Yemen. Il a attaque le Venezuela. Il menace le Groenland. « En pratique, les politiques du president se caracterisent par du neo-imperialisme, pas du neo-isolationnisme. »
Quand vos propres allies vous appellent un empire predateur, c’est que vous avez franchi une ligne qu’aucun discours sur la liberte ne peut effacer. L’Amerique de Trump a reussi l’impossible : faire regretter au monde l’epoque ou elle pretendait etre le leader du monde libre. Au moins, a l’epoque, il y avait le pretexte de la democratie. Maintenant, il n’y a meme plus le pretexte.
Le Danemark trahi — un allie qui compte ses morts
L’histoire du Danemark face aux ambitions americaines sur le Groenland est une parabole sur la valeur des alliances dans le monde de Trump. Le Danemark, pays de 6 millions d’habitants, a envoye 43 soldats mourir en Afghanistan et 7 en Irak aux cotes des forces americaines. Proportionnellement a sa population, c’est un des sacrifices les plus eleves de l’OTAN. Quarante-trois familles danoises ont pleure un fils, une fille, un pere, une mere — pour soutenir l’Amerique dans ses guerres. Et voila la recompense : une menace d’annexion militaire de leur territoire. Mette Frederiksen, la Premiere ministre danoise, a rappele que les Etats-Unis n’ont « aucun droit d’annexer » le Groenland. Mais depuis quand le droit arrete un empire ? Le droit n’a pas arrete l’annexion de la Crimee. Il n’a pas arrete l’invasion de l’Ukraine. Il n’a pas arrete l’attaque sur le Venezuela. Et il n’arretera probablement pas les ambitions americaines sur l’Arctique.
Henrik, 63 ans, veteran danois de l’Afghanistan, a perdu sa jambe gauche dans un IED a Helmand en 2009. Il marchait aux cotes des Marines americains. Il a saigne pour le drapeau americain autant que pour le sien. Quand il a appris les menaces de Trump sur le Groenland, il a dit a un journaliste du Politiken : « J’ai donne ma jambe pour eux. Et ils veulent nous prendre notre terre. » Quatre mots qui resument tout. « J’ai donne ma jambe. » C’est le prix de l’amitie americaine. Et le remboursement, c’est une menace d’invasion. Si ca ne vous revolte pas, c’est que vous avez perdu quelque chose de plus important qu’une jambe : votre humanite.
Le nouvel ordre mondial predateur -- qui mangera qui ?
La loi de la jungle planetaire
Ce qui emerge des ruines de l’ordre international d’apres-guerre n’est pas le « monde multipolaire » que predisaient les analystes. C’est un monde de predateurs. Un monde ou les grandes puissances ne pretendent meme plus respecter les regles qu’elles ont elles-memes ecrites. La Russie envahit. Les Etats-Unis saisissent. La Chine etouffe. Et les petits pays — Ukraine, Venezuela, Groenland, Congo, Taiwan — sont les proies sur lesquelles les predateurs se jettent. Le droit international est devenu une fiction juridique aussi credible qu’un permis de conduire en Monopoly. Les Nations Unies sont paralysees. La CPI est impuissante. L’OMC est ignoree. Les traites sont des bouts de papier. Et la seule loi qui compte est celle que Thucydide avait formulee il y a 2 400 ans : « Les forts font ce qu’ils veulent, les faibles souffrent ce qu’ils doivent. »
Poutine prend l’Ukraine parce qu’il le peut. Trump prend le Venezuela parce qu’il le peut. Xi regarde Taiwan et calcule s’il le peut. C’est le retour a l’etat de nature hobbesien, la « guerre de tous contre tous », ou la vie des petites nations est « solitaire, pauvre, desagreable, brutale et courte ». Et le plus terrifiants dans cette regression, c’est qu’elle est applaudie. Par les nationalistes. Par les populistes. Par les electorats qui confondent la puissance avec la grandeur et le pillage avec la force. La base MAGA de Trump exulte quand l’Amerique bombarde le Venezuela. Les ultranationalistes russes jubilent quand la Russie rase une ville ukrainienne. Le peuple-loup applaudit son loup-chef. Et les agneaux ? Les agneaux n’ont pas de tribune a Davos.
Nous assistons, en direct, a la fin d’une epoque. L’epoque ou l’on pretendait que les regles s’appliquaient a tous. C’etait peut-etre un mensonge. Mais c’etait un mensonge utile. Un mensonge qui protegeait les faibles. Maintenant, meme le mensonge a disparu. Et il ne reste que la verite nue : les forts mangent, les faibles sont manges. Bienvenue dans le monde predateur.
Le spectre de Taiwan dans l’ombre des empires
A Taipei, les strateges ne dorment plus. Chaque operation americaine — Venezuela, Groenland, Ukraine — est decortiquee, analysee, modelisee. Non pas pour en admirer l’audace, mais pour calculer ce qu’elle signifie pour Taiwan. Si les Etats-Unis saisissent les ressources de leurs propres allies, pourquoi defentraient-ils Taiwan ? Si le droit international ne protege plus le Venezuela, protegera-t-il l’ile ? Si Trump est capable de menacer le Danemark — allie de l’OTAN — pour du minerai, que ferait-il face a un conflit avec la Chine qui menacerait les interets economiques americains ? Xi Jinping observe tout cela avec l’attention d’un joueur d’echecs. Il voit que la parole americaine ne vaut plus rien. Il voit que les alliances sont des calculs d’interet, pas des engagements moraux. Et il calcule. Patient. Methodique. Froid. Le monde predateur que Trump construit n’effraie pas la Chine. Il l’encourage. Car si les regles ne comptent plus pour personne, elles ne comptent plus pour Pekin non plus. Et Taiwan, comme l’Ukraine, comme le Venezuela, comme le Groenland, deviendra une proie de plus dans un monde ou seule la force parle.
La Russie et l'Amerique -- deux empires, un meme appétit
Le miroir deformant de la geopolitique predatrice
La symetrie entre la Russie de Poutine et l’Amerique de Trump est devenue si flagrante qu’elle en est genante. Observons. La Russie envahit l’Ukraine en invoquant des « menaces a la securite » et des « populations russophones a proteger ». Les Etats-Unis attaquent le Venezuela en invoquant le « narcotrafic » et le « terrorisme ». Les deux invoquent des justifications legales que personne ne prend au serieux. La Russie veut les terres et les ressources de l’Ukraine. Les Etats-Unis veulent le petrole du Venezuela et les minerais du Groenland. Les deux sont prets a utiliser la force militaire pour obtenir ce qu’ils veulent. Les deux ignorent le droit international quand il les derange. Les deux traitent les petits pays comme des territoires a exploiter. La seule difference ? L’Amerique a une meilleure communication. De meilleures cameras. De meilleurs avocats. Et un meilleur service de relations publiques pour habiller le pillage en « liberation ».
Cette convergence est le phenomene le plus dangereux de notre epoque. Car quand les deux superpuissances se comportent en predateurs, il n’y a plus de recours pour les proies. A qui faire appel ? Aux Nations Unies ou les deux predateurs ont un droit de veto ? A la CPI que les deux ignorent ? A l’« opinion publique internationale » qui n’existe que dans les discours ? Il n’y a nulle part ou fuir. Les petits pays du monde sont pris entre deux machoires : la machoire russe et la machoire americaine. Et entre les deux, ils sont broyes. L’Ukraine est broyee entre l’agression russe et le cynisme americain. Le Venezuela est broye entre la dictature et l’invasion. Le Groenland est broye entre la souverainete et la convoitise. Et le monde regarde, impuissant, le spectacle de deux empires qui se disputent les morceaux d’une planete qu’ils sont en train de dechiqueter.
Quand on ne peut plus distinguer le comportement de l’Amerique de celui de la Russie, c’est que quelque chose de fondamental s’est brise dans l’ordre du monde. Pas l’ordre juridique — celui-la etait deja fragile. L’ordre moral. L’idee qu’il existe des limites que meme les puissants ne franchissent pas. Cette idee est morte. Et nous sommes tous plus pauvres de sa disparition.
Les coffres vides, les coeurs pleins de rage -- ou va le monde ?
L’horizon de cendres du nouveau desordre mondial
Les coffres du Kremlin se vident. L’appetit de l’Amerique grandit. L’Europe se desindustrialise. L’Ukraine saigne. Le Venezuela est occupe. Le Groenland est menace. Le Congo est negocie. Taiwan est guette. Et au milieu de tout ca, huit milliards d’etres humains essaient de survivre dans un monde ou les regles ont ete dechirées et remplacees par la loi du plus fort. Le rapport d’Oxfam publie a Davos l’a dit avec des chiffres : les milliardaires s’enrichissent trois fois plus vite que le reste du monde. Et les empires s’arment trois fois plus vite que les institutions qui etaient censees les contenir. Le monde predateur n’est pas un avenir dystopique. C’est le present. C’est maintenant. C’est ici. Pas dans un roman de science-fiction. Dans les journaux du matin.
Ou va-t-on ? Personne ne le sait. Mais les precedents historiques ne sont pas encourageants. Chaque epoque ou les grandes puissances se sont comportees en predateurs sans contrainte a fini par produire une catastrophe. Le colonialisme du XIXe siecle a produit les guerres mondiales du XXe. La course aux armements de la Guerre froide a failli produire l’annihilation nucleaire. Et le neo-imperialisme du XXIe siecle — americain, russe, chinois — produira quoi ? Personne ne le sait. Mais Elena a Nijni Novgorod, Oleksandr a Kryvyi Rih, Patrice au Katanga, Hans en Rhenanie, Henrik au Danemark et Lars aux Shetland — ils sentent tous la meme chose. Ce tremblement sous leurs pieds. Ce grondement a l’horizon. Le son d’un monde qui se fissure sous le poids de sa propre voracite.
Le monde predateur est un monde qui se devore lui-meme. Les empires mangent les petits pays. Les multinationales mangent les economies locales. Les milliardaires mangent les classes moyennes. Et a la fin, quand il n’y aura plus rien a manger, les predateurs se mangeront entre eux. C’est la seule fin possible de cette histoire. La question n’est pas si. C’est quand.
Le dernier mot aux fantomes
Ce texte porte sur les empires, les coffres et le petrole. Mais il devrait porter sur les gens. Sur Sergei qui travaille douze heures par jour pour fabriquer des obus qui tueront des Ukrainiens. Sur Oleksandr qui cartographie les richesses de son sol en sachant qu’elles finiront dans des mains etrangeres. Sur Patrice qui creuse du cobalt a mains nues pour que des Californiens puissent envoyer des emojis. Sur Henrik qui a laisse sa jambe en Afghanistan pour un pays qui veut maintenant lui voler le Groenland. Sur Hans qui regarde son usine mourir parce que l’energie coute trop cher. Sur Lars qui voit les petroliers fantomes passer au large et se demande lequel polluera ses eaux. Tous ces gens — ces visages, ces noms, ces vies — sont les dommages collateraux d’un monde ou le petrole vaut plus que le sang. Un monde ou les empires comptent leurs barils et oublient de compter leurs morts. Un monde predateur. Notre monde.
Signe Maxime Marquette
Encadre de transparence du chroniqueur
Cet article est une chronique d’opinion. Il reflete le point de vue personnel de son auteur, Maxime Marquette, et non une position editoriale institutionnelle. Les faits rapportes s’appuient sur des sources verifiables citees en fin d’article. L’analyse, les interpretations et le ton engage relevent de la liberte d’expression du chroniqueur. Le lecteur est invite a consulter les sources primaires pour se forger sa propre opinion.
Sources primaires
The Washington Post — Trump isolationism replaced by imperialism
Sources secondaires
Le Grand Continent — Donald Trump cible le petrole russe : quelle est la veritable raison ?
Geopolitical Economy Report — Donroe Doctrine: Trump attack on Venezuela is part of imperial plan
Carnegie Endowment — Will Trump’s Sanctions Make a Dent in Russia’s Oil Exports?
Franceinfo — Petrolier russe saisi : Trump defie Poutine en haute mer
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