Un système d’arme concu pour semer la mort
Pour comprendre la gravité de ce qui se prépare aux frontières de l’Ukraine, il faut d’abord comprendre ce qu’est un Iskander. Ce n’est pas un simple missile. C’est un système d’arme complet, un écosystème de destruction conçu par le Bureau d’études de construction de machines de Kolomna (KBM) pour être le bras armé de la doctrine de frappe tactique russe. Le système 9K720 Iskander existe en deux variantes principales : l’Iskander-M, qui tire des missiles balistiques à trajectoire quasi balistique avec des manoeuvres terminales imprévisibles, et l’Iskander-K, qui lance des missiles de croisière volant à basse altitude en suivant le relief du terrain. Les deux sont nucléaires ou conventionnels. Les deux peuvent frapper à cinq cents kilomètres. Les deux sont conçus pour être quasiment impossibles à intercepter. L’Iskander-M peut emporter au moins sept types différents de missiles balistiques, chacun optimisé pour un profil de mission spécifique. Sa phase terminale inclut des manoeuvres de zigzag à des vitesses supérieures à Mach 6, rendant les systèmes de défense antimissile comme le Patriot partiellement aveugles. Au printemps 2025, la Defense Intelligence Agency américaine a confirmé que la Russie avait amélioré les capacités de manoeuvre terminale de l’Iskander et du Kh-47M2 Kinzhal spécifiquement pour contourner les Patriot ukrainiens. Le résultat ? Le taux d’interception ukrainien, qui avait grimpé à 37 % en août 2025, est tombé à seulement 6 % en septembre. Six pour cent. Sur cent missiles tirés, quatre-vingt-quatorze atteignent leur cible.
Et ce missile de croisière 9M727, la variante tirée par l’Iskander-K ? Le renseignement militaire ukrainien, le GUR, a minutieusement démonté des exemplaires récupérés et identifié quarante et une entreprises — quarante russes et une biélorusse — impliquées dans sa fabrication. Le développeur principal est le Bureau d’études expérimental Novator, filiale du géant étatique Almaz-Anteï. Mais le plus scandaleux, c’est que huit de ces quarante et une entreprises ne sont frappées par aucune sanction d’aucun pays de la coalition internationale. Huit usines qui fabriquent des composants de missiles tueurs de civils, et pas une seule sanction. L’ogive du 9M727 pèse entre 480 et 500 kilogrammes — un demi-tonne d’explosifs et de fragmentation guidés par navigation satellite et inertielle. Et quand le 7 septembre 2025, un de ces missiles a frappé le bâtiment du Cabinet des ministres ukrainien en plein Kyiv, les experts ont découvert à l’intérieur des débris plus de trente composants fabriqués à l’étranger — aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Japon, en Suisse. Nos composants. Dans leurs missiles. Sur leurs victimes.
Permettez-moi d’être brutal : chaque puce électronique occidentale retrouvée dans les entrailles d’un Iskander est un acte de complicité involontaire. Nous vendons les yeux du missile qui tue. Et tant que huit usines tournent sans sanctions, nous sommes les fournisseurs discrets de la machine à tuer.
La production qui ne s’arrete jamais
Les chiffres de production sont peut-être l’élément le plus alarmant de toute cette enquête. Selon les données du renseignement ukrainien, rapportées par le Kyiv Independent, la production russe de missiles balistiques a augmenté d’au moins 66 % au cours de la dernière année. Moscou produit désormais entre 60 et 70 missiles balistiques Iskander-M par mois — contre quarante en mai 2024. En parallèle, les usines russes sortent 10 à 15 Kinzhal hypersoniques par mois, 20 à 30 Iskander-K de croisière, 60 à 70 Kh-101, 25 à 30 Kalibr, jusqu’à 10 Kh-32, et 20 à 30 missiles anti-navires Onyx et Zircon. Faisons le calcul : cela représente plus de deux cents missiles de divers types chaque mois. Deux cents instruments de mort qui sortent des chaînes de montage russes comme des produits industriels ordinaires. Des documents de procurement fuités du ministère russe de la Défense, couvrant la période 2024-2027, révèlent que le Bureau d’études Novator a reçu au moins deux contrats portant sur 303 missiles 9M727/9M728 pour 2024-2025, chacun facturé entre 135 et 142 millions de roubles — soit environ 1,6 à 1,7 million de dollars pièce. Le KBM de Kolomna a reçu des commandes pour 1 202 missiles Iskander-M sur la même période. Mille deux cent deux. Chaque missile est une condamnation à mort potentielle pour un immeuble, un hôpital, une école, une famille endormie.
Qui peut encore prétendre que la Russie manque de munitions ? Qui peut encore affirmer que les sanctions fonctionnent quand la production de missiles augmente de 66 % en un an ? En 2025, la Russie a procédé à environ 492 lancements de missiles balistiques Iskander contre l’Ukraine. Quatre cent quatre-vingt-douze. Plus d’un par jour en moyenne. Et chaque jour, les usines en produisent deux ou trois de plus. L’arithmétique de l’horreur est implacable : la Russie tire plus vite qu’elle ne produit, mais elle produit plus vite que quiconque ne l’imaginait. Et les neuf sites de lancement photographiés par les satellites ne sont que la partie visible d’un iceberg de destruction industrialisée.
Les frappes de janvier — un calendrier de la terreur
Kyiv sous les missiles, nuit apres nuit
Janvier 2026 restera dans les mémoires comme un mois de terreur balistique systématique. Les données compilées par l’armée de l’air ukrainienne et analysées par l’Institute for the Study of War de Critical Threats dessinent un tableau glaçant. La nuit du 6 au 7 janvier — le Noël orthodoxe, un jour censé être sacré même dans la doctrine religieuse que le Kremlin prétend défendre — un missile balistique Iskander-M a été lancé depuis Taganrog, dans la région de Rostov. Un seul missile, mais tiré un jour de fête, comme un crachat au visage de toute humanité. Puis la nuit du 8 au 9 janvier a vu la frappe la plus massive du mois : 13 missiles balistiques Iskander-M tirés depuis la région de Bryansk, accompagnés de 22 missiles de croisière Kalibr lancés depuis la mer Noire, et d’un missile balistique à portée intermédiaire tiré depuis le polygone de Kapoustine Iar. Le résultat : des pannes d’électricité massives, particulièrement dans la région de Kyiv, plongeant des millions de personnes dans le noir et le froid en plein hiver. La nuit suivante, du 9 au 10 janvier, nouveau tir : un Iskander-M depuis la région de Koursk, accompagné de 121 drones de types Shahed, Gerbera et autres.
Derrière ces chiffres froids, il y a Viktor, soixante-trois ans, électricien de la compagnie DTEK, qui a été appelé à trois heures du matin pour réparer une sous-station électrique touchée par la frappe du 9 janvier. Il a travaillé dans le noir, sous des températures de moins quinze degrés, les mains engourdies dans des gants de caoutchouc trop fins, pendant que les sirènes continuaient de hurler. Il y a Natalia, infirmière à l’hôpital pour enfants Okhmatdyt de Kyiv, qui a dû transférer des nourrissons en couveuse vers les générateurs de secours quand le courant a été coupé. Il y a ce chauffeur de bus de la ligne de nuit de Kyiv, dont personne ne connaît le nom, qui a continué sa tournée dans l’obscurité totale parce que des gens devaient rentrer chez eux. Ce sont eux, les visages derrière les 492 lancements d’Iskander de 2025, derrière les frappes de janvier 2026. Des visages que les satellites ne photographient pas, mais que nous ne devons jamais oublier.
La frappe du Noël orthodoxe me hante particulièrement. Tirer un missile balistique le jour de Noël, c’est admettre officiellement que rien n’est sacré, que rien ne sera épargné, que la guerre n’a plus de limites — si tant est qu’elle en ait jamais eu.
Le 13 janvier, les missiles de croisiere sur Kyiv
La nuit du 13 janvier mérite une attention particulière, parce qu’elle illustre exactement le type de frappe que les neuf sites photographiés par les satellites sont conçus pour exécuter. Ce sont des missiles de croisière Iskander-K qui ont été tirés depuis le site de Chtchigry, dans la région de Koursk — l’un des neuf sites identifiés. Le missile 9M727, celui dont le GUR a identifié les quarante et une usines, celui qui contenait des composants occidentaux, celui qui avait frappé le Cabinet des ministres en septembre. Les missiles de croisière sont particulièrement pernicieux parce qu’ils volent à basse altitude, épousant le relief du terrain, se glissant sous les radars comme des serpents d’acier. Ils n’ont pas la vitesse brutale de l’Iskander-M balistique, mais ils ont la ruse, la furtivité, la capacité de changer de trajectoire en cours de vol pour éviter les défenses. Quand un Iskander-K arrive sur sa cible, il est souvent trop tard pour réagir. Les systèmes de défense aérienne ukrainiens, aussi héroïques soient-ils, font face à un dilemme impossible : protéger les infrastructures critiques ou protéger les zones résidentielles, quand les deux sont visées simultanément par des missiles approchant de directions différentes.
Et pendant que ces missiles frappaient Kyiv le 13 janvier, combien de dirigeants mondiaux ont émis autre chose qu’un communiqué de condamnation ? Combien de sanctions supplémentaires ont été imposées aux huit entreprises non sanctionnées qui fabriquent le 9M727 ? Combien de livraisons d’armes ont été accélérées pour renforcer le bouclier antimissile ukrainien ? La réponse à ces trois questions est la même, et elle tient en un seul mot : aucune. Le monde a regardé. Le monde a condamné. Le monde est passé à autre chose. Et les satellites ont continué de photographier les préparatifs du prochain tir.
Les neuf sites en detail — cartographie de l'horreur
Koursk, le nid de viperes
La région de Koursk concentre à elle seule trois des neuf sites identifiés, ce qui en fait le principal hub de lancement d’Iskander dirigé contre l’Ukraine. Le premier site, situé à l’ouest du village de Choumakovka, est une ancienne base de lanceurs 9P78-1 qui a été réactivée et renforcée. Les images satellites montrent des véhicules lourds récemment stationnés, des traces de pneus fraîches dans la neige et des structures de camouflage déployées sur les positions de lancement. C’est un site que les analystes connaissaient déjà, mais qui avait été partiellement désactivé. Sa remise en service est un signal d’escalade clair. Le deuxième site, près de Chtchigry, est spécialisé dans le lancement de missiles de croisière Iskander-K. C’est de là que sont partis les missiles qui ont frappé Kyiv le 13 janvier. Les images montrent des véhicules de commandement, des camions de rechargement et ce qui semble être des abris temporaires pour le personnel de tir. Le troisième site, près du village de Tcheremouchki, est le plus préoccupant : des systèmes Iskander-M camouflés sont positionnés en terrain ouvert, sans abris permanents, ce qui suggère soit un déploiement récent et précipité, soit une volonté de maintenir une posture de tir rapide — les lanceurs prêts à tirer dans les minutes suivant l’ordre, sans la contrainte de sortir d’un hangar.
Imaginez cette scène : un champ enneigé dans la campagne russe, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière ukrainienne. Le vent souffle à travers les bouleaux nus. Le silence est presque total, perturbé seulement par le ronronnement d’un générateur diesel caché sous un filet de camouflage. Sous une bâche mouchetée de blanc et de vert, un lanceur Iskander-M pointe son tube vers le ciel gris. À l’intérieur du véhicule de commandement, un opérateur attend devant un écran, les coordonnées de sa prochaine cible déjà entrées dans le système de guidage. Peut-être est-ce un hôpital. Peut-être un transformateur électrique. Peut-être un immeuble résidentiel. Pour l’opérateur, ce n’est qu’un point sur une carte. Pour les familles qui dorment à l’autre bout de la trajectoire, c’est tout leur monde. Ce contraste entre la banalité technique du lancement et la dévastation humaine de l’impact est peut-être la chose la plus terrifiante de cette guerre.
Tcheremouchki, ce nom de village innocent, est devenu synonyme de la posture de tir permanente. Des lanceurs en plein air, sans abri, prêts à cracher la mort en quelques minutes. Quand un pays positionne ses missiles balistiques comme on gare des voitures sur un parking, c’est que la retenue a cessé d’exister.
Bryansk, Rostov, Krasnodar — l’arc de feu
Au-delà de Koursk, les sites identifiés dessinent un arc de feu qui épouse la frontière ukrainienne du nord au sud-est. À Klintsy, dans la région de Bryansk, les images satellites de janvier 2026 montrent un complexe de lancement Iskander opérationnel complet : des abris pour lanceurs 9P78-1, des unités radar et des véhicules de commandement. Ce n’est pas un simple point de déploiement avancé — c’est une base à part entière, capable de conduire des opérations de frappe autonomes sans dépendre d’un centre de commandement distant. Plus au sud, dans la région de Rostov, les alentours de Millerovo abritent d’autres positions, et c’est à Taganrog que l’An-124 a livré son chargement mortel le 28 janvier. Le Kraï de Krasnodar complète le dispositif avec le terrain d’entraînement de Molykino, décrit comme la base opérationnelle principale du programme Iskander — le lieu où les équipes sont formées, les procédures rodées, les tirs d’essai effectués avant le déploiement en position de combat. C’est l’école de la mort, le lieu où des hommes apprennent à transformer des coordonnées GPS en cratères fumants dans des villes ukrainiennes.
Ce qui frappe dans cette géographie, c’est sa cohérence stratégique. Les sites ne sont pas disposés au hasard. Ils forment un réseau intégré capable de couvrir l’intégralité du territoire ukrainien depuis des angles différents. Un Iskander tiré depuis Koursk peut frapper Kyiv, Soumy ou Kharkiv. Depuis Bryansk, il peut atteindre Tchernihiv et la région nord de Kyiv. Depuis Rostov et Krasnodar, c’est Zaporijjia, Dnipro et la côte sud qui sont à portée. Et depuis la Crimée occupée, les missiles peuvent frapper Odesa, Mykolaïv et tout le sud de l’Ukraine. L’Ukraine est littéralement encerclée par un anneau de feu balistique. Et cet anneau se resserre.
La Crimee — le poste avance de la terreur
Novosselivske et le polygone de Tchaouda
La Crimée occupée mérite un chapitre à part, parce que les déploiements qui y sont photographiés ont une signification stratégique distincte. Près de Novosselivské, les images satellites montrent plusieurs positions de missiles balistiques avec des fortifications en construction active. Ce n’est plus du déploiement temporaire — c’est de l’infrastructure permanente. Des murs en béton. Des abris renforcés. Des routes d’accès goudronnées. La Russie est en train de transformer la Crimée en une forteresse de missiles, un porte-avions terrestre dédié à la destruction de l’Ukraine méridionale. Le polygone de Tchaouda, sur la côte sud-est de la péninsule, est historiquement un site d’essai pour les systèmes de missiles. Mais les images de janvier 2026 suggèrent une activité opérationnelle, pas simplement des essais. Des lanceurs en position de tir. Des véhicules de rechargement à proximité. Des communications actives. La frontière entre le test et le combat a été effacée.
Il y a quelque chose de profondément ironique — et de profondément tragique — dans le fait que la Crimée, cette terre disputée que la Russie a annexée illégalement en 2014 en prétendant protéger sa population, serve aujourd’hui de plateforme de lancement pour des missiles qui tuent des civils ukrainiens. Les mêmes plages de Sébastopol où des familles se baignaient avant la guerre sont à quelques kilomètres de rampes de lancement balistiques. Le même soleil qui réchauffe les vignobles de Yalta illumine les hangars où des techniciens préparent des ogives de 500 kilogrammes. La beauté et l’horreur cohabitent sur cette péninsule comme nulle part ailleurs, et les satellites capturent les deux avec la même indifférence mécanique.
La Crimée transformée en base de missiles permanente, c’est la preuve vivante que l’annexion n’a jamais été une question de protection des Russophones. C’était, depuis le premier jour, une question de géographie militaire. Un porte-avions volé, pointé vers le coeur de l’Ukraine.
L’An-124 du 28 janvier — le cheval de Troie volant
L’atterrissage de l’An-124 à la base aérienne de Taganrog le 28 janvier est un événement que les analystes n’ont pas manqué de noter. L’Antonov An-124 Rouslan est l’un des plus gros avions-cargos au monde, capable de transporter jusqu’à 150 tonnes de fret. Quand un tel mastodonte se pose sur une base militaire, ce n’est pas pour livrer des rations alimentaires. Le chargement identifié : un système Iskander complet, avec son transporter-érecteur-lanceur, ses missiles et probablement son véhicule de commandement. Tout le nécessaire pour ajouter un point de lancement supplémentaire au réseau existant. Et cette livraison est intervenue seulement trois jours avant la publication des images satellites révélant les neuf sites. Est-ce une coïncidence ? Les services de renseignement ukrainiens ne croient pas aux coïncidences. Et moi non plus.
Pensez à la logistique que cela implique. Quelque part en Russie profonde, dans une usine dont nous connaissons peut-être le nom grâce au GUR, un lanceur Iskander fraîchement assemblé a été chargé dans la soute béante d’un An-124. Des techniciens ont vérifié les systèmes, des officiers ont signé des papiers, un pilote a décollé avec sa cargaison de mort et a traversé des centaines de kilomètres d’espace aérien russe pour se poser à Taganrog — à moins de cent kilomètres de la frontière ukrainienne. Toute cette chaîne, de l’usine au site de lancement, fonctionne comme une machine bien huilée. Et elle fonctionne chaque semaine. Chaque jour, peut-être. Combien d’An-124 se sont posés sans être photographiés ? Combien de lanceurs ont été déployés dans des zones que les satellites n’ont pas encore couvertes ? La question n’est pas de savoir si la Russie prépare une escalade. La question est de savoir quand elle frappera, et avec combien de missiles.
Les sanctions qui ne sanctionnent rien
Huit entreprises impunies, des milliers de morts
C’est ici que la colère devient difficilement contrôlable. Le GUR ukrainien a fait un travail extraordinaire d’investigation. Il a identifié chaque vis, chaque circuit imprimé, chaque composant du missile 9M727. Il a remonté la chaîne d’approvisionnement jusqu’aux quarante et une entreprises impliquées. Il a publié les noms, les adresses, les rôles de chacune. Et que s’est-il passé ? Huit de ces entreprises continuent d’opérer sans la moindre sanction. Huit fabricants de composants de missiles qui tuent des civils ukrainiens continuent de fonctionner normalement, de payer leurs employés, de recevoir des commandes, de livrer des pièces qui finissent dans des ogives de 500 kilogrammes. Les gouvernements occidentaux qui se vantent de leurs régimes de sanctions « sans précédent » ne peuvent même pas sanctionner huit entreprises nommément désignées par les services de renseignement du pays qu’ils prétendent soutenir. Vous voulez savoir pourquoi la production de missiles russe a augmenté de 66 % ? Regardez les sanctions. Regardez les trous dans les sanctions. Regardez les entreprises non sanctionnées qui continuent de fournir des composants critiques.
Et les composants occidentaux retrouvés dans le missile qui a frappé le Cabinet des ministres le 7 septembre ? Plus de trente pièces fabriquées aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Japon et en Suisse. Certes, le nombre de composants américains et européens a diminué par rapport aux années précédentes, tandis que la part des composants russes et biélorusses a augmenté. Mais trente composants étrangers, c’est encore trente de trop. Chaque microprocesseur, chaque capteur, chaque puce mémoire qui parvient à contourner les sanctions et à finir dans un missile russe est un échec de la communauté internationale. Un échec mesurable. Un échec qui se compte en vies humaines. Combien de ces composants sont passés par des pays tiers — la Turquie, les Émirats, le Kazakhstan — avant d’atterrir dans une usine russe ? Combien de sociétés-écrans ont été créées spécifiquement pour contourner des régimes de sanctions que tout le monde savait poreux ? La réponse se trouve dans les débris de chaque missile Iskander qui s’écrase sur le sol ukrainien.
Je pose la question qui fâche : si nous connaissons les noms des usines, si nous connaissons les composants, si nous connaissons les routes d’approvisionnement, pourquoi ne faisons-nous rien ? La complaisance a un prix, et ce prix se paie en vies ukrainiennes, nuit après nuit, missile après missile.
Le commerce qui tue dans l’ombre
Le commerce international est un organisme complexe, et la Russie a appris à en exploiter chaque faille avec une efficacité redoutable. Les composants électroniques à double usage — civils et militaires — sont les plus difficiles à contrôler. Une puce GPS destinée à un téléphone portable peut finir dans le système de navigation d’un missile. Un accéléromètre conçu pour un drone de loisir peut guider une ogive vers sa cible. Les chaînes d’approvisionnement sont si longues, si ramifiées, si opaques qu’il est parfois impossible de déterminer où un composant finira — ou du moins, c’est ce que les gouvernements et les entreprises prétendent. Mais quand le GUR retrouve le même type de composant américain dans le troisième, le quatrième, le cinquième missile consécutif, l’excuse de l’ignorance ne tient plus. C’est soit de l’incompétence, soit de la complicité. Dans les deux cas, le résultat est le même : des civils ukrainiens meurent à cause de composants qui n’auraient jamais dû quitter nos frontières.
Nadia, quarante-cinq ans, ingénieure en télécommunications à Kyiv, a perdu son appartement lors d’une frappe Iskander en octobre 2025. Elle vit maintenant dans un centre d’hébergement temporaire avec sa mère de soixante-douze ans. Elle a vu les photos des composants occidentaux retrouvés dans les débris de missiles. Elle m’a dit, avec un calme qui m’a glacé : « Ils envoient leurs missiles avec nos puces dedans. C’est comme si nos alliés signaient chaque bombe. » Cette phrase résume mieux que n’importe quelle analyse géopolitique l’absurdité et la tragédie de la situation actuelle.
La dimension strategique — pourquoi maintenant ?
L’hiver, saison des missiles
Le timing de ce déploiement massif n’est pas anodin. L’hiver est historiquement la saison des missiles dans cette guerre. Quand le sol gèle et que les opérations terrestres ralentissent, quand les conditions météorologiques rendent les assauts d’infanterie plus coûteux, la Russie compense en intensifiant ses frappes à distance. Le calcul est aussi cynique qu’il est efficace : en détruisant les infrastructures énergétiques ukrainiennes en plein hiver, Moscou transforme le froid lui-même en arme de guerre. Pas besoin de prendre une ville si ses habitants gèlent dans le noir. Pas besoin d’envoyer des soldats si un missile peut plonger un million de personnes dans le désespoir en une fraction de seconde. Les neuf sites de lancement photographiés par les satellites s’inscrivent dans cette logique : préparer la capacité de frappe pour une offensive hivernale d’une ampleur peut-être sans précédent. Les constructions actives sur plusieurs sites suggèrent que le pic n’a pas encore été atteint. Le pire est encore devant nous.
Pourquoi maintenant ? Parce que la Russie sent qu’elle peut agir avec une impunité croissante. Les promesses de soutien occidental se heurtent à des réalités budgétaires, des calendriers électoraux, des fatigues politiques. Les livraisons d’armes continuent mais à un rythme que beaucoup jugent insuffisant. Les sanctions présentent des trous béants que Moscou exploite méthodiquement. Et sur le plan diplomatique, les appels à la négociation se multiplient — des appels qui, du point de vue russe, signifient que l’Occident fatigue, que la pression pour un compromis va croissant, et qu’il est donc temps d’intensifier la violence pour négocier en position de force maximale. Chaque nouveau site Iskander n’est pas seulement une menace militaire — c’est un argument diplomatique, une façon de dire au monde : « Nous avons les moyens de détruire, et nous le ferons tant que nos conditions ne seront pas acceptées. »
L’escalade n’est jamais un accident. Elle est toujours un calcul. Et le calcul de Moscou est limpide : plus de missiles, plus de destruction, plus de pression, jusqu’a ce que le monde cede. Les neuf sites ne sont pas une menace. Ils sont un ultimatum.
Le front terrestre en toile de fond
Il serait erroné de considérer ces déploiements de missiles isolément du reste du conflit. Sur le front terrestre, la bataille de Pokrovsk fait rage, avec des dizaines d’affrontements quotidiens. Les forces russes continuent de grignoter du terrain dans le Donbass, de presser les défenses ukrainiennes sur de multiples axes. Les missiles Iskander jouent un rôle direct dans cette campagne terrestre : ils frappent les noeuds logistiques ukrainiens, les centres de commandement, les concentrations de troupes et les dépôts d’armes à l’arrière du front. Chaque Iskander qui détruit un pont, un dépôt de munitions ou un point de ravitaillement affaiblit la capacité de résistance ukrainienne sur la ligne de front. C’est une guerre tridimensionnelle : au sol, dans les airs, et dans la profondeur stratégique. Et les neuf sites de lancement sont les piliers de cette troisième dimension.
Pensez à Serhiy, vingt-huit ans, sergent dans une brigade d’artillerie ukrainienne déployée dans le secteur de Pokrovsk. Sa batterie a été frappée par un Iskander en novembre 2025. Il a perdu deux camarades et un obusier. Il m’a raconté que le missile est arrivé sans avertissement — pas de sifflement, pas de bruit de moteur, juste une explosion soudaine qui a tout soufflé dans un rayon de cinquante mètres. Le temps qu’il comprenne ce qui s’était passé, il était couvert de poussière et de sang qui n’était pas le sien. Sept minutes. C’est le temps de vol d’un Iskander. Sept minutes entre le moment où un opérateur appuie sur un bouton dans un champ enneigé de Koursk et le moment où Serhiy perd ses frères d’armes. Les satellites voient le départ. Serhiy vit l’arrivée.
Le role des satellites — sentinelles silencieuses
L’OSINT, nouvelle arme de transparence
Il y a quelque chose de profondément révolutionnaire dans le fait que des images satellites commerciales puissent révéler des déploiements militaires secrets qu’aucun diplomate, aucun espion traditionnel n’aurait pu dévoiler aussi rapidement et aussi publiquement. L’intelligence en sources ouvertes — OSINT — a transformé cette guerre en le conflit le plus transparent de l’histoire. Les canaux Telegram comme Strategic Aviation of Russia publient des analyses d’images satellites que des agences de renseignement gouvernementales auraient gardées secrètes il y a vingt ans. Les mouvements de troupes, les déploiements de missiles, les constructions militaires sont désormais visibles pour quiconque possède un ordinateur et un accès Internet. Cette démocratisation du renseignement est une arme puissante contre la désinformation — mais elle crée aussi un paradoxe cruel : nous voyons tout, mais nous ne faisons rien. Les preuves s’accumulent, les images sont là, les coordonnées GPS des sites de lancement sont publiques, et pourtant les missiles continuent de tomber.
Qui sont ces analystes qui passent leurs nuits à scruter des images satellites pixel par pixel, à comparer des photographies prises à des jours d’intervalle pour détecter un nouveau véhicule ou une trace de pneu fraîche ? Ce sont souvent des bénévoles, des passionnés d’imagerie géospatiale, des anciens militaires, des chercheurs indépendants qui consacrent des heures de leur temps libre à documenter une guerre depuis leur bureau ou leur salon. Ils n’ont ni uniforme ni badge de renseignement, mais leur travail est cité par les états-majors, les think tanks et les médias du monde entier. Ce sont les sentinelles anonymes de notre époque, et sans eux, les neuf sites Iskander seraient restés un secret que seuls les espions connaîtraient. Grâce à eux, c’est vous qui savez. La question est : qu’allez-vous en faire ?
L’OSINT est la conscience de cette guerre. Des analystes anonymes, armés de pixels et de patience, font le travail que les gouvernements refusent de faire. Ils montrent. Ils prouvent. Et le monde continue de regarder ailleurs. La transparence sans action n’est qu’une torture supplémentaire pour les victimes.
Les limites de la surveillance orbitale
Mais les satellites ont leurs limites, et il serait naïf de croire qu’ils voient tout. Les orbites sont prévisibles — les Russes savent exactement quand un satellite de surveillance passera au-dessus de leurs positions, et ils peuvent dissimuler des mouvements dans les fenêtres entre deux passages. Le camouflage moderne, les leurres et les structures gonflables imitant des lanceurs peuvent tromper même les analystes les plus expérimentés. Les conditions météorologiques — couverture nuageuse, brouillard, chutes de neige — peuvent aveugler les capteurs optiques pendant des jours. Et surtout, les satellites commerciaux ne peuvent pas voir l’intérieur des bâtiments, des tunnels ou des hangars fermés. Les neuf sites identifiés sont ceux que les analystes ont pu détecter. Combien d’autres restent cachés ? Combien de lanceurs sont dissimulés dans des forêts denses ou des installations souterraines ? Le chiffre de neuf est un minimum, pas un maximum. Et cette incertitude est peut-être la chose la plus effrayante de toutes.
Vous savez ce qui me terrifie le plus dans cette histoire ? Ce n’est pas ce que les satellites ont révélé. C’est ce qu’ils n’ont pas pu photographier. Les neuf sites sont les erreurs de la Russie — les endroits où le camouflage a failli, où un véhicule est resté trop longtemps au même endroit, où une construction a été trop visible. Les sites parfaitement dissimulés, ceux-là, nous ne les voyons pas. Et c’est là que pourrait se cacher la véritable escalade — pas dans les neuf sites connus, mais dans les sites fantômes que même les yeux dans le ciel n’ont pas encore percés.
L'Ukraine face au deluge — une defense heroique et desesperee
Le bouclier antimissile sous pression
Face à cette marée de missiles, les forces de défense aérienne ukrainiennes livrent un combat qui tient du miracle quotidien. Avec des systèmes Patriot en nombre limité, des NASAMS, des IRIS-T et leurs propres systèmes hérités de l’ère soviétique, elles tentent de protéger un pays de 603 000 kilomètres carrés contre des attaques multiaxiales combinant missiles balistiques, missiles de croisière et drones lancés simultanément. C’est un cauchemar opérationnel. Chaque batterie antimissile doit choisir ses cibles, et chaque choix signifie qu’un autre missile passe. Les opérateurs — des hommes et des femmes qui prennent des décisions de vie ou de mort en quelques secondes — savent que chaque missile intercepté sauve des vies, mais que chaque missile raté en détruit. Et quand le taux d’interception des Iskander tombe à 6 %, comme en septembre 2025, le choix n’est plus entre défendre et ne pas défendre. C’est le choix de qui sauver et qui abandonner à son sort.
Il y a Andriy, trente-deux ans, opérateur de système Patriot quelque part dans la région de Kyiv. Je ne peux pas dire où, pour des raisons évidentes de sécurité opérationnelle. Il m’a décrit une nuit de décembre où son unité a engagé cinq Iskander-M simultanément, tirés depuis des directions différentes, pendant qu’une vague de drones Shahed arrivait par le nord. Il a dû prioriser. Son écran radar clignotait de points rouges. Il avait assez de missiles intercepteurs pour trois cibles, pas cinq. Il a visé les trois trajectoires qui menaient vers les zones les plus peuplées. Les deux autres sont passés. L’un a frappé une sous-station électrique. L’autre a touché un entrepôt qui, par miracle, était vide. Andriy n’a pas dormi cette nuit-là. Pas à cause du stress du combat. À cause de la question qui ne le quittait pas : et si l’entrepôt n’avait pas été vide ?
Six pour cent d’interception. Ce chiffre devrait provoquer un seisme diplomatique. Six pour cent signifie que sur cent missiles, quatre-vingt-quatorze frappent leur cible. Et nous osons dire que les Ukrainiens sont « bien defendus ». Nous leur envoyons des boucliers en carton face a des epees d’acier.
L’appel aux alliés qui reste sans réponse suffisante
L’Ukraine demande des systèmes de défense aérienne supplémentaires depuis le premier jour de l’invasion. Le président Zelensky a répété cet appel dans chaque discours, chaque sommet, chaque entretien. Les généraux ukrainiens ont fourni des données précises sur les volumes de missiles et de drones qu’ils doivent intercepter. Et pourtant, le rythme des livraisons reste inférieur à ce qui est nécessaire pour couvrir l’ensemble du territoire. Les Patriot sont livrés au compte-gouttes, les missiles intercepteurs sont rationnés, et chaque batterie déployée dans un secteur laisse un autre secteur découvert. C’est un jeu de chaises musicales mortel où il n’y a jamais assez de chaises et où la musique ne s’arrête jamais. Pendant ce temps, la Russie augmente sa capacité de frappe avec neuf sites de lancement, augmente sa production de missiles de 66 %, et augmente la cadence de ses attaques. L’écart entre la capacité de frappe russe et la capacité de défense ukrainienne se creuse chaque jour. Et chaque jour qui passe sans livraison massive de systèmes antimissiles est un jour de plus où des Iskander frappent sans être interceptés.
Quand les historiens écriront le récit de cette guerre, ils noteront un paradoxe qui défie l’entendement : les satellites voyaient tout, les services de renseignement savaient tout, les analystes avaient tout documenté, et pourtant les missiles continuaient de tomber parce que les décisions politiques n’étaient jamais prises assez vite. Les images de satellites révélant des sites de lancement ne servent à rien si elles ne sont pas suivies d’action. Les rapports sur la production de missiles ne servent à rien s’ils ne se traduisent pas en livraisons accélérées de systèmes de défense. L’information sans l’action n’est qu’un spectacle obscène — regarder le malheur des autres sans lever le petit doigt.
Le facteur humain — ceux qui vivent sous les missiles
Les nuits de Kyiv
Il est minuit à Kyiv. La température est tombée à moins douze. La ville est silencieuse, enveloppée dans un manteau de neige qui étouffe les sons de la rue. Dans un immeuble du quartier de Podil, une lumière brille encore au sixième étage. C’est Iryna, cinquante-quatre ans, professeure de littérature au lycée. Elle corrige des copies, mais son oreille est tendue vers la fenêtre. Elle écoute. Elle attend. Depuis presque quatre ans, chaque nuit est la même : le silence, puis parfois la sirène, puis la course vers l’abri, puis l’attente, puis le bruit — ou le silence qui signifie que le missile a frappé ailleurs. Iryna a développé ce que les psychologues appellent l’hypervigilance — un état d’alerte permanent qui use le corps et l’esprit comme une lime use le métal. Elle ne dort plus que quatre heures par nuit. Elle sursaute au moindre bruit. Elle a vieilli de dix ans en quatre. Et elle sait que quelque part, dans un champ de la région de Koursk, un lanceur Iskander est peut-être pointé vers son quartier à cet instant précis.
Et puis il y a les enfants. Les enfants de la génération missile. Des gamins qui ont grandi avec les sirènes comme bruit de fond, qui savent identifier le son d’un Shahed (un bourdonnement de mobylette) et celui d’un Iskander (un silence puis un tonnerre). Des enfants qui dessinent des missiles et des abris au lieu de maisons et de soleils. Danylo, le fils d’Olena mentionné plus tôt, a neuf ans et peut nommer cinq types de missiles différents. Il ne peut pas nommer cinq types de fleurs. Sa petite soeur Marta, quatre ans, refuse de dormir sans sa peluche qu’elle appelle « Mon bouclier ». Chaque enfant ukrainien qui grandit sous les Iskander est un testament vivant de notre échec collectif à protéger les plus vulnérables. Les satellites voient les sites de lancement. Ils ne voient pas les cauchemars des enfants.
Quand une fillette de quatre ans appelle sa peluche « Mon bouclier », c’est que nous avons echoue en tant qu’humanite. Pas en tant que pays, pas en tant qu’alliance. En tant qu’espece. Des enfants qui reconnaissent les missiles avant les fleurs — voila le monde que nous avons cree par notre inaction.
Vivre avec la bombe qui ne tombe pas — encore
Le pire, disent les psychologues qui travaillent avec les victimes de guerre en Ukraine, ce n’est pas la frappe elle-même. C’est l’attente. C’est savoir que les missiles existent, que les sites de lancement sont actifs, que la prochaine frappe peut arriver dans une heure ou dans une semaine, mais qu’elle arrivera. C’est cette certitude incertaine, cet horizon de menace permanent qui détruit les gens de l’intérieur, même quand les murs de leur maison sont encore debout. Les études psychiatriques menées en Ukraine montrent des taux de stress post-traumatique et d’anxiété chronique parmi les plus élevés jamais enregistrés dans un conflit moderne. Et chaque image satellite révélant un nouveau site de lancement, chaque reportage sur l’augmentation de la production de missiles, chaque alerte aérienne aggrave cette blessure invisible. Les neuf sites Iskander ne tuent pas seulement quand ils tirent. Ils tuent chaque jour par la peur qu’ils inspirent. La terreur est une arme même quand elle reste à l’état de menace. Moscou le sait. Et c’est exactement pourquoi ces sites sont construits — pas seulement pour frapper, mais pour terroriser.
Est-ce que vous pourriez vivre ainsi ? Est-ce que vous pourriez mettre vos enfants au lit chaque soir en sachant que neuf sites de lancement sont pointés vers votre ville ? Est-ce que vous pourriez aller travailler le matin en vous demandant si votre immeuble sera encore debout quand vous rentrerez le soir ? Est-ce que vous pourriez maintenir votre santé mentale, votre dignité, votre humanité sous cette pression constante et implacable ? Les Ukrainiens le font. Chaque jour. Depuis presque quatre ans. Et les satellites montrent que la pression ne fait qu’augmenter.
Le silence du monde — une complicite passive
Quand voir ne suffit plus
Nous vivons à une époque où l’information n’a jamais été aussi accessible et où l’action n’a jamais été aussi lente. Les images satellites des neuf sites Iskander sont publiques. Les données de production de missiles sont documentées. Les noms des entreprises non sanctionnées sont connus. Les composants occidentaux dans les missiles sont identifiés. Tout est là. Sur la table. À la vue de tous. Et le monde continue son train-train, ses sommets diplomatiques produisent des communiqués que personne ne lit, ses résolutions n’ont aucune force contraignante, et ses sanctions ont plus de trous qu’un fromage suisse. Combien de preuves supplémentaires faut-il ? Combien d’images satellites ? Combien de missiles sur des immeubles résidentiels ? Combien d’enfants terrorisés ? Combien de Natalia qui transfèrent des nourrissons en couveuse sous les bombes ? Quel est le seuil au-delà duquel l’indignation se transforme enfin en action ?
La communauté internationale a une responsabilité particulière dans cette situation. Pas seulement une responsabilité morale — une responsabilité juridique et stratégique. Chaque missile Iskander qui frappe un objectif civil est un crime de guerre au regard du droit international humanitaire. Chaque composant occidental retrouvé dans les débris est une violation des régimes de sanctions. Chaque entreprise non sanctionnée qui continue de fournir des pièces est une complice involontaire — ou volontaire — de ces crimes. Et chaque gouvernement qui voit les images satellites, lit les rapports et ne fait rien ou pas assez, porte une part de responsabilité dans le sang qui coule. Ce n’est pas une opinion extrême. C’est une lecture lucide du droit et de la morale. Et les satellites ne cessent de nous le rappeler, image après image, site de lancement après site de lancement.
Le silence des nations face aux images satellites est la forme la plus polie de complicite. Nous avons invente des machines capables de voir depuis l’espace, mais nous n’avons pas encore invente le courage d’agir sur ce qu’elles nous montrent.
L’histoire jugera
Un jour, cette guerre finira. Les historiens ouvriront les archives. Ils regarderont les images satellites du 31 janvier 2026 montrant les neuf sites Iskander. Ils liront les rapports sur les 492 lancements de 2025. Ils verront les listes d’entreprises non sanctionnées publiées par le GUR. Ils examineront les composants occidentaux extraits des débris de missiles. Et ils poseront la question qui résonnera à travers les décennies : vous saviez, alors pourquoi n’avez-vous pas agi davantage ? Cette question sera posée aux dirigeants politiques qui ont hésité. Aux diplomates qui ont temporisé. Aux entreprises qui ont détourné le regard. Aux citoyens qui ont changé de chaîne. À nous tous. Et aucune réponse ne sera suffisante. Parce qu’il n’y a pas de bonne réponse à la question de savoir pourquoi nous avons laissé mourir des gens que nous avions les moyens de protéger.
Les archives de l’avenir contiendront les témoignages d’Olena et de ses enfants, d’Iryna la professeure, d’Andriy l’opérateur de Patriot, de Viktor l’électricien, de Nadia l’ingénieure, de Serhiy le sergent. Ces voix survivront aux communiqués diplomatiques et aux discours politiques. Et elles diront toutes la même chose : nous étions là, nous avions besoin de vous, et vous n’avez pas fait assez. Les satellites auront tout filmé. La mémoire orbitale est implacable. Elle ne pardonne pas. Elle n’oublie pas. Et elle ne ment jamais.
Quand les pixels deviennent des preuves — le ciel ne pardonne pas
La derniere frontiere de la verite
Ce que les images satellites du 31 janvier 2026 nous disent va au-delà de la simple intelligence militaire. Elles nous disent que la vérité existe encore dans un monde saturé de désinformation. Que la physique — la lumière réfléchie par les objets au sol, captée par des capteurs en orbite, transformée en données numériques — ne peut pas être manipulée par les trolls, les bots ou les propagandistes. Les satellites ne font pas de politique. Ils ne prennent pas parti. Ils enregistrent ce qui est. Et ce qui est, en ce 31 janvier 2026, c’est que la Russie a déployé un réseau de neuf sites de lancement Iskander autour de l’Ukraine, augmenté sa production de missiles de 66 %, lancé 492 Iskander en 2025, et continue de construire de nouvelles fortifications pour ses lanceurs. Ce sont des faits. Pas des opinions. Pas des interprétations. Des faits photographiés depuis l’espace, vérifiables par quiconque dispose des outils appropriés.
Et c’est peut-être là le message le plus important de cette chronique. Dans un monde où la vérité est constamment attaquée, où les faits sont dilués dans un océan de fake news et de narratifs concurrents, les satellites restent les derniers témoins incorruptibles. Ils ne peuvent pas être achetés. Ils ne peuvent pas être intimidés. Ils ne peuvent pas être réduits au silence. Leur témoignage est inscrit dans la lumière elle-même, dans les longueurs d’onde captées par leurs instruments. Et leur témoignage, en ce dernier jour de janvier, est sans appel : la Russie prépare une escalade. Les preuves sont dans le ciel. Il ne reste qu’à agir.
Les satellites sont les derniers temoins que Moscou ne peut pas faire taire. Ils voient tout, ils enregistrent tout, ils n’oublient rien. La question n’est plus de savoir ce que la Russie prepare — les pixels le crient. La question est de savoir combien de morts il faudra encore avant que les preuves orbitales se transforment en action terrestre.
L’avenir ecrit dans les etoiles — et dans les missiles
L’avenir de cette guerre se lit dans les images satellites comme dans une prophétie technologique. Les constructions actives sur les sites de lancement signifient que la Russie investit dans le long terme. Les fortifications permanentes en Crimée signifient que Moscou n’a aucune intention de restituer la péninsule ni de cesser ses frappes depuis ce territoire. L’augmentation de la production de missiles signifie que la machine industrielle de guerre russe tourne à un régime que les sanctions actuelles sont incapables de ralentir. Et l’atterrissage de l’An-124 à Taganrog, trois jours avant la révélation satellite, signifie que de nouveaux systèmes continuent d’affluer vers les positions de tir. La tendance est claire, implacable et terrifiante : plus de sites, plus de missiles, plus de destructions, plus de morts. Et rien dans la réponse internationale actuelle ne semble capable d’inverser cette courbe.
Mais il serait faux de conclure sur le désespoir. Les Ukrainiens n’ont pas cédé au désespoir. Olena continue de descendre dans le parking souterrain avec ses enfants et de remonter le matin pour les emmener à l’école. Andriy continue de regarder son écran radar et de tirer ses intercepteurs avec la précision d’un chirurgien. Viktor continue de réparer les sous-stations frappées à trois heures du matin. Iryna continue de corriger des copies et de former la prochaine génération. Ils résistent. Pas avec des discours, pas avec des communiqués. Avec leurs mains, leur courage et leur refus obstiné de capituler devant la terreur balistique. Et tant qu’ils résistent, tant qu’ils se lèvent chaque matin malgré les sirènes et les Iskander, il y a encore une chance que les images satellites servent finalement à autre chose qu’à documenter l’horreur. Il y a encore une chance qu’elles servent à l’arrêter.
Neuf sites, un seul message
Les neuf sites de lancement Iskander photographiés par les satellites le 31 janvier 2026 ne sont pas un détail technique réservé aux analystes militaires. Ils sont un message adressé au monde entier, écrit dans le langage universel de la menace. Un message qui dit : la Russie est prête à frapper plus fort, plus souvent et plus loin. Un message qui dit : les sanctions ne nous arrêtent pas, la production tourne, les lanceurs se multiplient. Un message qui dit : chaque ville ukrainienne est à portée, chaque infrastructure est une cible, chaque nuit peut être la dernière pour quelqu’un. Et ce message, les satellites l’ont capté, traduit en pixels et livré au monde. Le messager céleste a fait son travail. C’est au monde de faire le sien.
Les yeux dans le ciel ont parlé. Ils ont montré les lanceurs camouflés dans les champs de Koursk, les abris bétonnés de Crimée, les An-124 qui livrent la mort sur les tarmacs de Taganrog. Ils ont compté les 492 lancements de 2025 et vu les préparatifs pour que 2026 soit encore pire. Ils ont photographié les constructions actives, les fortifications neuves, les routes d’accès fraîchement tracées vers les positions de tir. Tout est documenté. Tout est prouvé. Tout est public. Il ne manque qu’une seule chose : la volonté d’agir. Et cette volonté ne tombera pas du ciel. Elle doit venir de nous. De vous. De chaque citoyen, de chaque dirigeant, de chaque être humain qui regarde ces images et refuse de détourner le regard. Parce que les satellites ne peuvent que montrer. Agir, c’est notre responsabilité. Et chaque jour où nous n’agissons pas est un jour de plus où les Iskander tuent sous le regard froid et impassible des étoiles artificielles que nous avons envoyées dans le ciel.
Les satellites sont nos yeux. Mais des yeux sans mains sont inutiles. Neuf sites de lancement hurlent depuis l’orbite : agissez ! Et nous, en bas, nous continuons de contempler les étoiles pendant que les missiles tombent. Le ciel nous a tout dit. Tout. Il ne nous reste plus qu’à l’ecouter avant qu’il ne soit trop tard — si ce n’est pas deja le cas.
Signe Maxime Marquette
Encadre de transparence du chroniqueur
Cet article est une chronique d’opinion. Il reflète le point de vue personnel de son auteur, Maxime Marquette, et non une position éditoriale institutionnelle. Les faits rapportés s’appuient sur des sources vérifiables citées en fin d’article. L’analyse, les interprétations et le ton engagé relèvent de la liberté d’expression du chroniqueur. Le lecteur est invité à consulter les sources primaires pour se forger sa propre opinion.
Sources primaires
Russia Appears to Prepare Escalation Near Ukraine. What Satellite Images Reveal — UNITED24 Media
Inside Russia’s Iskander-K: Ukraine Unmasks 41 Factories Behind the Cruise Missile — UNITED24 Media
Russia’s ballistic missile production up at least 66% over past year — Kyiv Independent
Sources secondaires
Russian Offensive Campaign Assessment, January 9, 2026 — Critical Threats
Russian Offensive Campaign Assessment, January 13, 2026 — Critical Threats
Leaked Russian procurement documentation regarding missile weapon supplies 2024-2027 — Pravda EN
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