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CHRONIQUE : Les yeux dans le ciel ne mentent jamais — les satellites trahissent la machine de guerre russe
Crédit: Adobe Stock

Un système d’arme concu pour semer la mort

Pour comprendre la gravité de ce qui se prépare aux frontières de l’Ukraine, il faut d’abord comprendre ce qu’est un Iskander. Ce n’est pas un simple missile. C’est un système d’arme complet, un écosystème de destruction conçu par le Bureau d’études de construction de machines de Kolomna (KBM) pour être le bras armé de la doctrine de frappe tactique russe. Le système 9K720 Iskander existe en deux variantes principales : l’Iskander-M, qui tire des missiles balistiques à trajectoire quasi balistique avec des manoeuvres terminales imprévisibles, et l’Iskander-K, qui lance des missiles de croisière volant à basse altitude en suivant le relief du terrain. Les deux sont nucléaires ou conventionnels. Les deux peuvent frapper à cinq cents kilomètres. Les deux sont conçus pour être quasiment impossibles à intercepter. L’Iskander-M peut emporter au moins sept types différents de missiles balistiques, chacun optimisé pour un profil de mission spécifique. Sa phase terminale inclut des manoeuvres de zigzag à des vitesses supérieures à Mach 6, rendant les systèmes de défense antimissile comme le Patriot partiellement aveugles. Au printemps 2025, la Defense Intelligence Agency américaine a confirmé que la Russie avait amélioré les capacités de manoeuvre terminale de l’Iskander et du Kh-47M2 Kinzhal spécifiquement pour contourner les Patriot ukrainiens. Le résultat ? Le taux d’interception ukrainien, qui avait grimpé à 37 % en août 2025, est tombé à seulement 6 % en septembre. Six pour cent. Sur cent missiles tirés, quatre-vingt-quatorze atteignent leur cible.

Et ce missile de croisière 9M727, la variante tirée par l’Iskander-K ? Le renseignement militaire ukrainien, le GUR, a minutieusement démonté des exemplaires récupérés et identifié quarante et une entreprises — quarante russes et une biélorusse — impliquées dans sa fabrication. Le développeur principal est le Bureau d’études expérimental Novator, filiale du géant étatique Almaz-Anteï. Mais le plus scandaleux, c’est que huit de ces quarante et une entreprises ne sont frappées par aucune sanction d’aucun pays de la coalition internationale. Huit usines qui fabriquent des composants de missiles tueurs de civils, et pas une seule sanction. L’ogive du 9M727 pèse entre 480 et 500 kilogrammes — un demi-tonne d’explosifs et de fragmentation guidés par navigation satellite et inertielle. Et quand le 7 septembre 2025, un de ces missiles a frappé le bâtiment du Cabinet des ministres ukrainien en plein Kyiv, les experts ont découvert à l’intérieur des débris plus de trente composants fabriqués à l’étranger — aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Japon, en Suisse. Nos composants. Dans leurs missiles. Sur leurs victimes.

Permettez-moi d’être brutal : chaque puce électronique occidentale retrouvée dans les entrailles d’un Iskander est un acte de complicité involontaire. Nous vendons les yeux du missile qui tue. Et tant que huit usines tournent sans sanctions, nous sommes les fournisseurs discrets de la machine à tuer.

La production qui ne s’arrete jamais

Les chiffres de production sont peut-être l’élément le plus alarmant de toute cette enquête. Selon les données du renseignement ukrainien, rapportées par le Kyiv Independent, la production russe de missiles balistiques a augmenté d’au moins 66 % au cours de la dernière année. Moscou produit désormais entre 60 et 70 missiles balistiques Iskander-M par mois — contre quarante en mai 2024. En parallèle, les usines russes sortent 10 à 15 Kinzhal hypersoniques par mois, 20 à 30 Iskander-K de croisière, 60 à 70 Kh-101, 25 à 30 Kalibr, jusqu’à 10 Kh-32, et 20 à 30 missiles anti-navires Onyx et Zircon. Faisons le calcul : cela représente plus de deux cents missiles de divers types chaque mois. Deux cents instruments de mort qui sortent des chaînes de montage russes comme des produits industriels ordinaires. Des documents de procurement fuités du ministère russe de la Défense, couvrant la période 2024-2027, révèlent que le Bureau d’études Novator a reçu au moins deux contrats portant sur 303 missiles 9M727/9M728 pour 2024-2025, chacun facturé entre 135 et 142 millions de roubles — soit environ 1,6 à 1,7 million de dollars pièce. Le KBM de Kolomna a reçu des commandes pour 1 202 missiles Iskander-M sur la même période. Mille deux cent deux. Chaque missile est une condamnation à mort potentielle pour un immeuble, un hôpital, une école, une famille endormie.

Qui peut encore prétendre que la Russie manque de munitions ? Qui peut encore affirmer que les sanctions fonctionnent quand la production de missiles augmente de 66 % en un an ? En 2025, la Russie a procédé à environ 492 lancements de missiles balistiques Iskander contre l’Ukraine. Quatre cent quatre-vingt-douze. Plus d’un par jour en moyenne. Et chaque jour, les usines en produisent deux ou trois de plus. L’arithmétique de l’horreur est implacable : la Russie tire plus vite qu’elle ne produit, mais elle produit plus vite que quiconque ne l’imaginait. Et les neuf sites de lancement photographiés par les satellites ne sont que la partie visible d’un iceberg de destruction industrialisée.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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