Skip to content
CHRONIQUE : L’Europe ouvre les yeux sur l’abîme Epstein et découvre que l’Amérique protège ses monstres
Crédit: Adobe Stock

Un Français au cœur de la machine

L’Europe n’est pas qu’un spectateur dans cette tragédie. Elle est complice par omission. Et la France, plus que tout autre pays européen, porte le poids de cette complicité. Car au cœur du réseau Epstein, il y avait un Français. Un homme dont le nom aurait dû faire trembler l’industrie de la mode parisienne bien avant qu’il ne devienne synonyme d’horreur : Jean-Luc Brunel. Agent de mannequins, fondateur de MC2 Model Management — financé directement par Epstein à hauteur d’un million de dollars — Brunel était le recruteur. Le chasseur. L’homme qui parcourait les castings parisiens, les agences de mannequins, les halls d’hôtel où de très jeunes filles venues d’Europe de l’Est, d’Afrique, de banlieues françaises, rêvaient d’une carrière sur les podiums. Et ce qu’il leur offrait, ce n’était pas un contrat. C’était un piège. Virginia Roberts-Giuffre, l’accusatrice la plus connue d’Epstein, se souvenait de trois fillettes de douze ans qu’Epstein avait fait venir par avion pour son anniversaire. Par l’intermédiaire de Brunel. Elles venaient de France. Cette phrase, prononcée sous serment, devrait être gravée sur les murs de chaque tribunal parisien. Elles venaient de France. Des enfants françaises. Livrées à un prédateur américain par un entremetteur français. Et pendant des années, personne n’a rien fait.

Les documents publiés en janvier 2026 confirment ce que les enquêteurs soupçonnaient depuis longtemps : Brunel apparaît comme passager dans les registres de vol de l’avion privé d’Epstein sur 25 trajets entre 1998 et 2005. Il était un visiteur si régulier de la prison où Epstein purgeait sa peine dérisoire en 2008 qu’on y a comptabilisé plus de 70 visites. Soixante-dix visites à un pédocriminel condamné. Et personne, ni aux États-Unis ni en France, n’a jugé bon de s’interroger sur la nature de cette relation. L’appartement du 22 avenue Foch, dans le seizième arrondissement de Paris, était le quartier général européen du réseau. Perquisitionné en septembre 2019, après des années de déni, il a livré des secrets que la justice française peine encore à digérer. L’Office central de répression des violences à la personne a mené plus de 500 auditions. L’association Innocence en Danger a réclamé que la justice française se saisisse pleinement du dossier, soulignant que plusieurs victimes du réseau étaient de nationalité française. Mais la justice française avance au pas, avec la lenteur d’un système qui semble davantage soucieux de protéger les réputations que de réparer les vies brisées.

Je pense à ces trois fillettes venues de France. Douze ans. L’âge où l’on joue encore dans les cours d’école. L’âge où l’on croit encore que les adultes sont là pour nous protéger. Ces enfants ont été livrées à un monstre par un Français, dans un système financé par des milliardaires américains. Et la justice française, vingt ans plus tard, en est encore aux auditions. Quelle honte. Quelle insupportable, inguérissable honte.

La mort suspecte qui a tout enterré

Jean-Luc Brunel ne témoignera jamais. Il a été retrouvé mort dans sa cellule de la prison de la Santé à Paris, dans la nuit du 18 au 19 février 2022. Pendu. Comme Epstein. La coïncidence est si grotesque qu’elle en devient presque insultante pour l’intelligence. Deux hommes au cœur du même réseau pédocriminel, deux morts en détention, deux suicides officiels, deux enquêtes qui s’éteignent avec eux. L’avocate des parties civiles a exprimé la frustration et l’amertume des victimes, privées de la possibilité d’obtenir justice. Car la mort de Brunel signifie l’extinction de l’action publique dans le volet français de l’affaire. Les victimes françaises n’auront pas leur procès. Elles n’auront pas leur vérité. Elles n’auront que le silence assourdissant d’un système qui a protégé leurs bourreaux jusqu’au bout. Et ce silence, vu de Paris, vu de Bruxelles, vu de Berlin, est plus éloquent que n’importe quel verdict.

L’émission Complément d’enquête de France 2 a révélé que des témoins de premier ordre dans le volet français de l’instruction sont passés entre les mailles du filet. Des hommes qui n’ont jamais été ni interrogés ni inquiétés par la justice. Des noms soigneusement anonymisés dans les documents judiciaires américains déclassifiés. Des Français, probablement puissants, probablement connectés, probablement intouchables. La France, qui aime tant se présenter comme le pays des Lumières et des droits de l’homme, a sa propre zone d’ombre dans cette affaire. Une zone d’ombre qu’elle préfère ignorer, pendant qu’elle pointe du doigt les turpitudes américaines. L’hypocrisie est bilatérale. Elle traverse l’Atlantique dans les deux sens.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu