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CHRONIQUE : Musk crie a la « distraction » et a la « mauvaise interpretation » — anatomie d’une strategie de deni
Crédit: Adobe Stock

Quand « mauvaise interpretation » signifie « vous avez lu mes mots et vous les avez compris »

Arretons-nous sur ce mot, « misinterpreted », parce qu’il est le pilier central de la defense de Musk et qu’il merite d’etre decortique avec la precision d’un chirurgien. « Mal interprete ». Le mot implique qu’il existe une interpretation correcte et une interpretation erronee de ses emails, et que le public a choisi la mauvaise. Mais quelle serait la « bonne » interpretation de « What day/night will be the wildest party on your island? » ? Quelle serait la lecture « correcte » de « Ratio is not a problem for Talulah » ? Quelle serait la comprehension « juste » de passeports de trois filles envoyes pour une visite a SpaceX ? Musk ne le dit pas. Il ne propose aucune interpretation alternative. Il ne dit pas : « voici ce que je voulais dire ». Il dit simplement que le public a mal compris. C’est la strategie du flou. En ne proposant aucune alternative, il laisse planer l’idee qu’il en existe une sans jamais avoir a la defendre. C’est le tour de magie prefere des puissants pris en flagrant delit : accuser le public de ne pas comprendre sans jamais rien expliquer.

Cette tactique a un nom dans le monde de la communication de crise : le « deflection by ambiguity » — la deflection par l’ambiguite. Plutot que de confronter les faits specifiques, l’accuse remet en question le cadre meme de l’interpretation. C’est une technique qui fonctionne remarquablement bien dans les environnements polarises, ou une partie significative du public est predisposee a croire que toute attaque contre son « heros » est forcement injuste. Et Musk le sait. Il sait que ses supporters, les fideles de la secte Tesla, les admirateurs du « genie » qui colonisera Mars, sont programmes pour rejeter automatiquement toute critique. Ils n’ont pas besoin d’une explication alternative. Ils ont juste besoin que Musk dise « misinterpreted » pour se convaincre que tout va bien. Le mot fonctionne comme un sortilege : il n’a pas besoin d’etre vrai pour etre efficace. Il a juste besoin d’etre repete assez fort et assez souvent.

« Misinterpreted. » Le mot prefere des puissants quand les preuves parlent trop clairement. Parce que accuser le public de mal comprendre est tellement plus facile que d’admettre que le public a parfaitement compris.

La grammaire du deni : chaque mot est un calcul

Analysons la structure exacte du message principal de Musk sur X, parce que chaque mot est un choix strategique. Il ecrit : « I was well aware that some email correspondence with him could be misinterpreted and used by detractors to smear my name. » Decortiquons. « I was well aware » — je savais parfaitement. Ce n’est pas un homme surpris. C’est un homme qui se presente comme ayant le controle. « Some email correspondence »« une certaine correspondance ». Le mot « some » est essentiel. Il minimise. Il suggere que parmi un ocean de communications banales, quelques emails pourraient preter a confusion. En realite, la quasi-totalite des seize emails publies est compromettante. « With him » — avec « lui ». Meme dans sa defense, Musk evite de prononcer le nom d’Epstein. C’est une technique de distanciation linguistique : en le reduisant a un pronom, il tente de depersonnaliser la relation. « Could be misinterpreted »« pourrait etre mal interprete ». Le conditionnel. Pas « a ete », mais « pourrait etre ». Une nuance qui permet a Musk de ne pas accuser frontalement les medias tout en plantant le doute. « Used by detractors »« utilise par des detracteurs ». Voila l’ennemi. Ce ne sont pas les faits le probleme. Ce sont les « detracteurs ». Ceux qui veulent nuire a Musk. Ceux qui exploitent ces emails a des fins malveillantes. En un seul message, Musk a transforme une crise de credibilite en guerre culturelle.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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