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CHRONIQUE : Quand les bombes accompagnent les mots — la Russie négocie d’une main et bombarde de l’autre
Crédit: Adobe Stock

Les premières discussions trilatérales depuis le début de la guerre

Le 23 janvier 2026, dans la chaleur climatisée d’Abou Dhabi, un événement que beaucoup jugeaient impossible s’est matérialisé. Pour la première fois depuis l’invasion à grande échelle de février 2022, des délégations russe, ukrainienne et américaine se sont assises autour d’une même table. Les Émirats arabes unis, qui avaient déjà facilité 17 médiations pour des échanges de prisonniers ayant permis la libération de 4 641 détenus, offraient leur territoire neutre. Sheikh Abdullah bin Zayed Al Nahyan, vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères émirien, a salué l’accueil de ces pourparlers avec la solennité que l’occasion commandait. Côté russe, c’est l’amiral Igor Olegovich Kostyukov, un haut responsable du renseignement militaire, qui menait la délégation. Le choix n’est pas anodin : Moscou envoyait un militaire, pas un diplomate. Le message était clair avant même que le premier mot ne soit prononcé. Côté ukrainien, Rustem Umerov, négociateur en chef, était accompagné de Kyrylo Boudanov, chef du renseignement, et d’Andrii Hnatov, chef de l’état-major général. Côté américain, Steve Witkoff et Jared Kushner représentaient l’administration Trump. La composition même des délégations racontait déjà toute l’histoire : des espions, des généraux, des hommes de l’ombre. Pas des poètes de la paix.

Les discussions ont duré deux jours, les 23 et 24 janvier. Zelensky les a qualifiées de « constructives ». Un responsable américain a parlé de « journées historiques ». Witkoff, depuis Davos, avait déclaré que « beaucoup de progrès » avaient été accomplis et qu’il ne restait « qu’un seul point de blocage ». Mais ce point de blocage, c’est un gouffre : le territoire. La Russie exige que l’Ukraine retire ses forces des zones du Donbass qu’elle contrôle encore. Elle exige la neutralité ukrainienne. Elle exige le contrôle des territoires contestés. En d’autres termes, Moscou négocie en demandant à l’Ukraine de capituler — et appelle cela de la diplomatie. Les pourparlers se sont terminés sans accord, mais avec un engagement à se retrouver le 1er février. Un succès ? Ou simplement le prolongement d’une illusion savamment entretenue ?

Des « journées historiques », dit-on à Washington. Historiques pour qui ? Pour les Ukrainiens qui chauffent leurs appartements avec des bougies pendant que des diplomates sirotent leur café dans des salons climatisés d’Abou Dhabi ? L’histoire retiendra peut-être ces pourparlers. Mais elle retiendra surtout ce qui se passait pendant qu’on parlait.

Le prix du silence territorial

Car voilà la vérité que personne à Abou Dhabi n’a osé formuler à voix haute : la Russie ne négocie pas pour la paix. Elle négocie pour la reddition. Quand Moscou pose comme condition préalable le retrait ukrainien du Donbass, elle ne propose pas un compromis — elle dicte les termes d’une capitulation. Ruth Deyermond, du King’s College de Londres, l’a résumé avec une lucidité désarmante : « Aucune des conditions pour une résolution finale du conflit n’est réunie. » Ni l’Ukraine ni la Russie ne sont en mesure de remporter une victoire décisive sur le champ de bataille, ni de s’effondrer sous la pression. C’est le piège parfait : deux adversaires trop forts pour perdre, trop faibles pour gagner. Oleg Ignatov, du Crisis Group, ajoute une couche de réalisme glaçant : « Les deux parties comprennent que prolonger la guerre à grande échelle trop longtemps risque de les déstabiliser », mais « les deux parties croient que continuer la guerre pourrait améliorer leur position de négociation en 2026 ». Vous avez bien lu : les deux camps savent que cette guerre les détruit, mais continuent parce qu’ils espèrent que l’autre s’effondrera d’abord. C’est la logique de la destruction mutuelle appliquée non pas à des ogives nucléaires, mais à des vies humaines.

Le Conseil on Foreign Relations a noté que l’administration Trump affichait une confiance surprenante quant à la possibilité d’un accord, affirmant que le contrôle territorial de l’est de l’Ukraine restait le dernier obstacle. Mais cette confiance masque une réalité que les experts connaissent trop bien : Poutine ne peut accepter aucun accord qui garantit la souveraineté ukrainienne. L’Atlantic Council l’a formulé sans ambiguïté : le président russe ne signera jamais un traité qui reconnaît l’existence même de l’Ukraine comme État indépendant. C’est ici que la diplomatie se heurte au mur de l’idéologie impériale. On peut négocier des frontières, des cessez-le-feu, des zones tampons. Mais comment négocie-t-on avec quelqu’un qui refuse votre droit d’exister ?

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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