Les premières discussions trilatérales depuis le début de la guerre
Le 23 janvier 2026, dans la chaleur climatisée d’Abou Dhabi, un événement que beaucoup jugeaient impossible s’est matérialisé. Pour la première fois depuis l’invasion à grande échelle de février 2022, des délégations russe, ukrainienne et américaine se sont assises autour d’une même table. Les Émirats arabes unis, qui avaient déjà facilité 17 médiations pour des échanges de prisonniers ayant permis la libération de 4 641 détenus, offraient leur territoire neutre. Sheikh Abdullah bin Zayed Al Nahyan, vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères émirien, a salué l’accueil de ces pourparlers avec la solennité que l’occasion commandait. Côté russe, c’est l’amiral Igor Olegovich Kostyukov, un haut responsable du renseignement militaire, qui menait la délégation. Le choix n’est pas anodin : Moscou envoyait un militaire, pas un diplomate. Le message était clair avant même que le premier mot ne soit prononcé. Côté ukrainien, Rustem Umerov, négociateur en chef, était accompagné de Kyrylo Boudanov, chef du renseignement, et d’Andrii Hnatov, chef de l’état-major général. Côté américain, Steve Witkoff et Jared Kushner représentaient l’administration Trump. La composition même des délégations racontait déjà toute l’histoire : des espions, des généraux, des hommes de l’ombre. Pas des poètes de la paix.
Les discussions ont duré deux jours, les 23 et 24 janvier. Zelensky les a qualifiées de « constructives ». Un responsable américain a parlé de « journées historiques ». Witkoff, depuis Davos, avait déclaré que « beaucoup de progrès » avaient été accomplis et qu’il ne restait « qu’un seul point de blocage ». Mais ce point de blocage, c’est un gouffre : le territoire. La Russie exige que l’Ukraine retire ses forces des zones du Donbass qu’elle contrôle encore. Elle exige la neutralité ukrainienne. Elle exige le contrôle des territoires contestés. En d’autres termes, Moscou négocie en demandant à l’Ukraine de capituler — et appelle cela de la diplomatie. Les pourparlers se sont terminés sans accord, mais avec un engagement à se retrouver le 1er février. Un succès ? Ou simplement le prolongement d’une illusion savamment entretenue ?
Des « journées historiques », dit-on à Washington. Historiques pour qui ? Pour les Ukrainiens qui chauffent leurs appartements avec des bougies pendant que des diplomates sirotent leur café dans des salons climatisés d’Abou Dhabi ? L’histoire retiendra peut-être ces pourparlers. Mais elle retiendra surtout ce qui se passait pendant qu’on parlait.
Le prix du silence territorial
Car voilà la vérité que personne à Abou Dhabi n’a osé formuler à voix haute : la Russie ne négocie pas pour la paix. Elle négocie pour la reddition. Quand Moscou pose comme condition préalable le retrait ukrainien du Donbass, elle ne propose pas un compromis — elle dicte les termes d’une capitulation. Ruth Deyermond, du King’s College de Londres, l’a résumé avec une lucidité désarmante : « Aucune des conditions pour une résolution finale du conflit n’est réunie. » Ni l’Ukraine ni la Russie ne sont en mesure de remporter une victoire décisive sur le champ de bataille, ni de s’effondrer sous la pression. C’est le piège parfait : deux adversaires trop forts pour perdre, trop faibles pour gagner. Oleg Ignatov, du Crisis Group, ajoute une couche de réalisme glaçant : « Les deux parties comprennent que prolonger la guerre à grande échelle trop longtemps risque de les déstabiliser », mais « les deux parties croient que continuer la guerre pourrait améliorer leur position de négociation en 2026 ». Vous avez bien lu : les deux camps savent que cette guerre les détruit, mais continuent parce qu’ils espèrent que l’autre s’effondrera d’abord. C’est la logique de la destruction mutuelle appliquée non pas à des ogives nucléaires, mais à des vies humaines.
Le Conseil on Foreign Relations a noté que l’administration Trump affichait une confiance surprenante quant à la possibilité d’un accord, affirmant que le contrôle territorial de l’est de l’Ukraine restait le dernier obstacle. Mais cette confiance masque une réalité que les experts connaissent trop bien : Poutine ne peut accepter aucun accord qui garantit la souveraineté ukrainienne. L’Atlantic Council l’a formulé sans ambiguïté : le président russe ne signera jamais un traité qui reconnaît l’existence même de l’Ukraine comme État indépendant. C’est ici que la diplomatie se heurte au mur de l’idéologie impériale. On peut négocier des frontières, des cessez-le-feu, des zones tampons. Mais comment négocie-t-on avec quelqu’un qui refuse votre droit d’exister ?
La double face du Kremlin — bombarder et sourire
339 drones en une nuit, puis « nous sommes ouverts au dialogue »
Retenez ce chiffre : 339 drones de combat à longue portée et 34 missiles en une seule nuit. C’est le barrage que la Russie a lancé contre l’Ukraine pendant que les pourparlers d’Abou Dhabi faisaient encore la une des journaux. Pas avant. Pas après. Pendant. La simultanéité n’est pas un hasard — c’est un message. Le RCSGS (Research Centre for Strategy and Geopolitics Studies) a qualifié cette stratégie de « diplomatie par le feu » — un concept qui devrait faire frémir quiconque croit encore à la bonne foi du Kremlin. En ciblant les infrastructures de chauffage au cœur de l’hiver le plus froid depuis plus d’une décennie, Moscou tente délibérément de créer une catastrophe humanitaire. Pas comme effet secondaire. Comme objectif. La CNN a rapporté que près de la moitié de Kiev s’est retrouvée sans chauffage ni électricité après certaines de ces attaques. Le maire Vitaliy Klitschko — oui, l’ancien champion du monde de boxe, celui qui cognait sur un ring et qui désormais se bat contre des missiles — a déclaré que 500 immeubles de grande hauteur étaient sans chauffage et qu’il y avait une pénurie aiguë d’électricité, même pour les infrastructures critiques. Quand une ville de trois millions d’habitants ne peut plus alimenter ses hôpitaux, ce n’est plus de la guerre — c’est de l’extermination par le gel.
Mais le cynisme ne s’arrête pas là. Au même moment, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, multipliait les déclarations sur l’ouverture de la Russie au dialogue. Le même gouvernement qui ordonnait le lancement de centaines de drones kamikaze sur des immeubles d’habitation parlait de « conditions favorables aux négociations ». C’est comme si un pyromane vous tendait un extincteur de la main gauche tout en vous aspergeant d’essence de la main droite. La déléguée adjointe américaine aux Nations Unies, Tammy Bruce, a qualifié ces attaques d’« escalade dangereuse et inexplicable » à un moment où Washington tente de faire avancer les négociations de paix. Inexplicable ? Non. Parfaitement explicable, au contraire. La pression militaire est l’outil de négociation. Les bombes sont les mots que le Kremlin prononce quand il s’assoit à la table.
On dit que la diplomatie est l’art de dire « joli chien » jusqu’à ce qu’on trouve une pierre. La Russie, elle, lance la pierre en disant « joli chien ». Et le monde fait semblant de ne pas voir le sang.
Le budget militaire qui dit la vérité
Les mots mentent. Les budgets, jamais. Malgré des défis économiques croissants liés à la chute des revenus d’exportation d’énergie, le budget de défense russe pour 2026 reste proche de niveaux records. Moscou continue de prioriser la production domestique de drones, tout en allouant des sommes considérables au financement de primes généreuses et de salaires élevés pour les recrues de l’armée. Quand un pays en difficulté économique maintient ses dépenses militaires au plus haut niveau de son histoire, il ne prépare pas la paix — il prépare la prochaine escalade. Chaque rouble investi dans un drone Shahed est un rouble qui ne nourrit pas un citoyen russe, qui ne soigne pas un malade, qui ne construit pas une école. Mais Poutine a fait son choix. Et ce choix raconte tout ce qu’il y a à savoir sur les véritables intentions du Kremlin à la table des négociations. Qui investit dans la guerre tout en parlant de paix ? Quelqu’un qui ne veut pas la paix.
Trump, le courtier improbable — entre ego et géopolitique
La pause de Kiev — un geste humanitaire ou un spectacle politique ?
Le 29 janvier 2026, lors d’une réunion de Cabinet, Donald Trump a annoncé qu’il avait « personnellement demandé au président Poutine » de cesser les bombardements sur Kiev pendant une semaine, en raison du « froid extraordinaire » qui s’abattait sur l’Ukraine. Le lendemain, Peskov confirmait que Moscou avait accédé à cette « demande personnelle » de Trump et cesserait les frappes sur la capitale jusqu’au 1er février. Notez bien les termes : jusqu’au 1er février. Pas indéfiniment. Pas jusqu’à la paix. Jusqu’à dimanche. Trois jours de répit. C’est ce que vaut la vie de millions d’Ukrainiens dans cette négociation : un week-end. Et encore, Peskov n’a pas précisé si cette pause s’étendait aux autres villes. Kiev dormait peut-être un peu mieux, mais Kharkiv, Dnipro, Zaporijjia — ces villes-là continuaient de brûler dans le silence médiatique. Le 30 janvier, Zelensky a confirmé qu’il n’y avait eu « aucune attaque contre les installations énergétiques », à l’exception d’une infrastructure gazière touchée dans la région de Donetsk. Mais — et ce « mais » pèse des tonnes — les attaques de drones et les bombardements aériens habituels se sont poursuivis tout au long de la journée. Sept attaques de drones contre des infrastructures ferroviaires en 24 heures. La « pause » du Kremlin ne concernait que les centrales électriques de Kiev. Le reste de l’Ukraine restait un terrain de tir.
Qui est le véritable bénéficiaire de cette mise en scène ? Trump peut se présenter comme l’homme qui a arrêté les bombes — même si c’est pour 72 heures, même si le reste du pays continue d’être pilonné. Poutine peut afficher sa magnanimité — voyez, il écoute, il consent, il est raisonnable. Et pendant ce temps, les chars russes avancent dans le Donbass, prenant les localités de Berestok et de Ritchné, cette dernière à moins de trente kilomètres de la capitale régionale de Zaporijjia. Des familles de sept villages de la région de Kharkiv ont reçu l’ordre d’évacuer. La guerre ne connaît pas de pause. Elle connaît des distractions.
Trump négocie des pauses de bombardements comme on négocie des remises dans un magasin de meubles. « Donnez-moi une semaine sans missiles, et je vous ferai une bonne couverture médiatique. » Le problème, c’est qu’on ne marchande pas la vie des gens comme on marchande des canapés.
Witkoff, Kushner et la diplomatie des belles-familles
Steve Witkoff et Jared Kushner. L’envoyé spécial et le gendre. L’un a passé quatre heures au Kremlin avec Poutine dans la nuit du 22 au 23 janvier. L’autre apporte son réseau et son entregent. Ensemble, ils incarnent une diplomatie américaine qui fonctionne davantage sur les relations personnelles que sur les institutions. C’est Witkoff qui, depuis Davos, a annoncé que le territoire était le dernier point de friction. Comme si résoudre la question territoriale était un détail logistique plutôt que le nœud gordien de quatre années de guerre. La rencontre entre Zelensky et Trump en marge du Forum économique mondial a précédé l’annonce des pourparlers d’Abou Dhabi. Tout se fait en coulisses, dans des couloirs feutrés, entre des hommes en costume qui ne sentiront jamais l’odeur de la poudre ni le froid du métal contre la peau. Cette diplomatie peut-elle fonctionner ? L’histoire des tentatives de trêve précédentes suggère la prudence : en mai 2025, une trêve de trois jours avait été annoncée. La Russie avait été accusée de la violer immédiatement. Le ministère russe de la Défense avait affirmé que ses troupes avaient « cessé toutes les hostilités » et accusé l’Ukraine de poursuivre les frappes. Le même schéma se répète. Les mêmes promesses. Les mêmes trahisons.
L'Europe se réveille — garanties de sécurité et bottes sur le terrain
Paris et Londres posent leurs conditions
Pendant que Washington jouait au médiateur et que Moscou jouait au pyromane, l’Europe prenait enfin une décision qui pourrait changer la donne. Le 6 janvier 2026, à Paris, le premier ministre britannique Keir Starmer et le président français Emmanuel Macron ont signé une déclaration conjointe engageant leurs pays à déployer des troupes en Ukraine en cas d’accord de paix entre Moscou et Kiev. Vous avez bien lu : des soldats français et britanniques sur le sol ukrainien. Des « hubs militaires » seraient établis à travers le pays. Des installations protégées pour les armes et l’équipement militaire seraient construites pour soutenir les besoins défensifs de l’Ukraine. Le Royaume-Uni a alloué 200 millions de livres sterling de son budget de défense 2026 pour préparer un éventuel déploiement. Ce n’est plus de la rhétorique. Ce sont des chèques signés et des plans opérationnels. Et c’est exactement ce qui terrifie le Kremlin. Car si la Russie signe un cessez-le-feu et que des troupes de l’OTAN s’installent en Ukraine, toute future agression deviendrait un acte de guerre directe contre des puissances nucléaires. Poutine l’a d’ailleurs dit clairement : il refuse catégoriquement tout déploiement de troupes de pays de l’OTAN sur le sol ukrainien. Pourquoi ? Parce que cela rendrait sa prochaine invasion impossible.
La « Coalition des Volontaires », comme la presse l’a baptisée, représente un tournant stratégique. Jusqu’ici, le soutien occidental à l’Ukraine se limitait à des armes, des munitions, de l’argent. Mais pas des hommes. Pas des uniformes. Pas des bottes dans la boue ukrainienne. Cette ligne rouge est en train d’être franchie, au moins sur le papier. Et sur le papier, parfois, commencent les révolutions. La question qui brûle toutes les lèvres est simple : Poutine acceptera-t-il un accord qui place des soldats européens entre lui et sa proie ? Tout ce que nous savons de cet homme, de sa psychologie, de ses obsessions impériales, suggère que non. Ce qui signifie que la proposition européenne n’est pas seulement une garantie de sécurité — c’est un test. Un test pour déterminer si le Kremlin veut véritablement la paix, ou seulement une pause pour recharger ses batteries.
Macron et Starmer ont posé la question que personne n’osait formuler : êtes-vous prêts à mourir pour l’Ukraine ? La réponse n’a pas encore été donnée par les peuples européens. Mais au moins, la question est sur la table. Et c’est déjà un tremblement de terre.
L’Atlantic Council et l’illusion des garanties sans pression
L’Atlantic Council a publié une analyse dont la conclusion devrait être imprimée en lettres de feu dans chaque chancellerie occidentale : les garanties de sécurité pour l’Ukraine sont futiles sans une pression accrue sur Poutine. En d’autres termes, promettre à l’Ukraine qu’on la protégera demain ne sert à rien si on ne contraint pas la Russie aujourd’hui. Les sanctions, malgré leur ampleur, n’ont pas empêché Moscou de maintenir un budget militaire record. Les livraisons d’armes, malgré leur volume, n’ont pas retourné le rapport de forces sur le terrain. La diplomatie, malgré Abou Dhabi, n’a produit aucun accord. Alors que reste-t-il ? Que faut-il de plus pour forcer un autocrate à lâcher prise ? Combien de centrales détruites, combien de civils gelés, combien de villes éteintes faudra-t-il avant que le monde comprenne que Poutine ne négocie pas — il temporise ?
Le front qui ne dort jamais — Donbass, l'enfer quotidien
Berestok, Ritchné, et l’avancée silencieuse
Pendant que le monde fixait Abou Dhabi et comptait les drones au-dessus de Kiev, la guerre terrestre poursuivait sa marche implacable. L’armée russe a revendiqué la prise de Berestok, dans la région de Donetsk, et de Ritchné, dans la région de Zaporijjia. Ritchné se trouve à moins de trente kilomètres de la capitale régionale. Trente kilomètres. La distance d’un marathon. La distance qu’un civil en voiture peut couvrir en vingt minutes. La distance qui sépare une ville de plusieurs centaines de milliers d’habitants du front de guerre. Chaque village pris est un pas de plus vers un objectif que Moscou ne cache même plus : le contrôle total du Donbass. Les combats y sont d’une intensité inhumaine — ce que les analystes appellent pudiquement des « guerres positionnelles », mais qui ressemblent davantage à un hachoir à viande industriel. Les pertes sont effroyables des deux côtés. L’Ukraine fait face à des contraintes de personnel sévères. La Russie compense ses pertes par des primes massives et un recrutement agressif.
Dans le nord-est, la région de Kharkiv subit une pression croissante. Sept villages ont reçu l’ordre d’évacuation — un indicateur que les forces russes progressent dans cette zone aussi. L’Ukraine a adopté ce que les analystes militaires décrivent comme une posture défensive dominante : des lignes fortifiées, une capacité de frappe à longue portée, et une intégration de plus en plus profonde avec les systèmes de commandement occidentaux. Malgré un épuisement considérable et des problèmes de main-d’œuvre, la cohésion politique ukrainienne et les systèmes de commandement restent fonctionnels. C’est peut-être le miracle le plus sous-estimé de ce conflit : après quatre ans de guerre totale, l’Ukraine tient encore debout. Courbée, ensanglantée, gelée — mais debout.
On parle de « guerre positionnelle » pour ne pas dire « boucherie ». On parle d’« avancées » pour ne pas montrer les corps. Derrière chaque village pris, il y a des mères qui ne reverront jamais leurs fils. Des deux côtés. C’est la seule symétrie que cette guerre connaît.
Quatre horloges qui tournent en même temps
Les analystes du RCSGS ont identifié quatre horloges stratégiques qui tournent simultanément dans ce conflit : l’horloge du champ de bataille, l’horloge industrielle, l’horloge de la politique de coalition, et l’horloge de la stabilité du régime russe. Chacune avance à son propre rythme, et aucune ne s’arrêtera pour attendre les autres. Sur le champ de bataille, c’est l’impasse : ni victoire décisive ni effondrement en vue. Sur le plan industriel, la Russie produit des drones à un rythme effréné tandis que l’Ukraine dépend de livraisons occidentales de plus en plus politiquement fragiles. Sur le plan des coalitions, la réélection de Trump a profondément modifié l’équilibre, poussant l’Europe à prendre davantage de responsabilités. Et sur le plan du régime, Poutine maintient son emprise, mais à quel prix intérieur ? Le scénario le plus probable pour 2026-2028, selon ces mêmes analystes, est une impasse prolongée. Pas de paix. Pas de victoire. Juste la continuation d’un cauchemar sans fin.
Zelensky — le funambule entre guerre et paix
L’homme qui ne peut ni accepter ni refuser
Volodymyr Zelensky se trouve dans la position la plus impossible qu’un dirigeant puisse occuper. Accepter les conditions russes signifierait céder le Donbass, renoncer à la souveraineté, et trahir les dizaines de milliers de soldats morts pour défendre ces territoires. Refuser toute négociation signifierait perdre le soutien américain, risquer la fatigue européenne, et condamner son peuple à des années supplémentaires de destruction. Alors il marche sur un fil. Il qualifie les pourparlers de « constructifs » tout en dénonçant les bombardements. Il accepte le principe d’une trêve énergétique réciproque tout en précisant qu’il n’y a « aucun accord officiel de cessez-le-feu » et « aucun dialogue direct » avec la Russie. Il a déclaré le 30 janvier que la pause annoncée par Trump était « une initiative du côté américain et personnellement du président des États-Unis » — pas un accord bilatéral. « Nous pouvons la considérer comme une opportunité plutôt que comme un accord », a-t-il ajouté, choisissant chaque mot avec la précision d’un démineur. Car un faux pas, un mot de trop, et tout explose.
Zelensky réclame davantage de munitions antiaériennes. Le 25 janvier, au lendemain des pourparlers d’Abou Dhabi, il a lancé un appel pressant à ses alliés pour qu’ils fournissent plus de moyens de défense aérienne. Car même si la diplomatie progresse, les missiles, eux, ne s’arrêtent pas. La première ministre Ioulia Svyrydenko a recensé sept attaques de drones contre des infrastructures ferroviaires en 24 heures, même pendant la prétendue « pause ». Le message de Kiev est clair : nous négocierons, mais nous ne déposerons pas les armes. Nous parlerons, mais nous ne nous agenouillerons pas. Le prix de cette fierté est payé chaque nuit par des civils ordinaires qui n’ont jamais demandé à devenir des héros.
Zelensky marche sur un fil tendu au-dessus d’un gouffre sans fond. Un pas vers Trump et il trahit ses morts. Un pas loin de Trump et il condamne ses vivants. Il n’y a pas de bonne direction sur un fil de funambule. Il n’y a que le mouvement — et la terreur de tomber.
L’approche réciproque — un pari dangereux
En acceptant le principe d’une « approche réciproque » sur les frappes énergétiques — si la Russie ne frappe pas, l’Ukraine fera de même — Zelensky prend un risque calculé. Il offre à Moscou la possibilité de démontrer sa bonne foi, tout en se réservant le droit de répliquer. Mais la réciprocité suppose une symétrie qui n’existe pas. L’Ukraine n’a jamais mené de campagne systématique de destruction des infrastructures civiles russes comparable à ce que subit sa population. La réciprocité est donc un leurre sémantique : elle implique une équivalence morale entre l’agresseur et l’agressé, entre celui qui bombarde des hôpitaux et celui qui défend ses frontières. C’est le piège rhétorique le plus vicieux de cette guerre : forcer la victime à se comporter « comme » l’agresseur pour mériter le droit de ne plus être bombardée.
Poutine — l’homme qui ne peut pas dire oui
Vladimir Poutine a commencé 2026 dans ce que les analystes décrivent comme une position difficile. Il reste réticent à froisser Trump, dont la bienveillance pourrait alléger les sanctions et offrir une sortie négociée favorable. Mais il n’ose pas accepter le compromis que le président américain propose. Car tout compromis implique de reconnaître, même implicitement, que l’Ukraine continue d’exister comme entité souveraine. Et c’est exactement ce que Poutine ne peut pas faire. Son récit intérieur — celui qui justifie quatre années de guerre, des centaines de milliers de morts, une économie saignée — repose sur l’idée que l’Ukraine n’est pas un vrai pays. Accepter un traité qui consacre sa souveraineté, c’est admettre que toute cette destruction était inutile. C’est admettre que les mères russes ont perdu leurs fils pour rien. Aucun autocrate ne survit à un tel aveu.
Ses intérêts, selon les analystes, sont donc de prolonger les négociations tout en travaillant vers une solution militaire. Gagner du temps à la table de négociation. Grignoter du terrain sur le champ de bataille. Épuiser la volonté occidentale. Attendre que l’Europe se lasse, que l’Amérique se détourne, que l’Ukraine s’effondre. C’est une stratégie de l’usure, pas de la résolution. Et elle nécessite exactement ce que nous observons : des pourparlers sans fin ponctués de bombardements sans répit. Poutine a besoin soit d’une victoire totale, soit d’un conflit indéfini. La paix, la vraie, celle qui reconnaît l’Ukraine et fixe des frontières, n’est pas dans son vocabulaire. Elle ne l’a jamais été.
Poutine est prisonnier de sa propre propagande. Il a dit à son peuple que l’Ukraine n’existait pas, et maintenant il ne peut pas signer un traité qui prouve le contraire. L’histoire est pleine de dictateurs piégés par leurs propres mensonges. Celle-ci ne fera pas exception.
L’économie russe sous perfusion militaire
Derrière la façade de puissance, les fissures économiques s’élargissent. Les revenus d’exportation d’énergie chutent. Les sanctions occidentales, bien que contournées par des circuits parallèles, exercent une pression croissante sur les secteurs technologiques et financiers. Pourtant, le Kremlin maintient ses dépenses militaires à un niveau qui défie la logique économique. C’est le choix d’un régime qui a fait de la guerre son identité. Chaque drone produit, chaque prime versée à un soldat, chaque missile assemblé est un acte de foi dans la poursuite du conflit. La Russie ne prépare pas l’après-guerre. Elle n’imagine même pas qu’il y ait un après.
Les Nations Unies — le chœur impuissant
Des mots forts, des actes faibles
Le Conseil de sécurité s’est réuni en urgence. Rosemary DiCarlo a prononcé des mots qui auraient dû faire trembler les murs du bâtiment de l’ONU à New York. Tammy Bruce, la déléguée adjointe américaine, a condamné les attaques russes avec une vigueur inhabituelle, parlant d’« escalade dangereuse et inexplicable ». Mais le veto russe plane sur chaque résolution comme une ombre mortelle. Que peut faire l’ONU quand l’agresseur siège au Conseil de sécurité avec un droit de veto ? Quand celui qui lance les missiles peut bloquer toute condamnation ? Quand le pyromane fait partie du jury ? L’appel humanitaire de 2,31 milliards de dollars est nécessaire, vital même. Mais il soigne les symptômes sans toucher à la maladie. On envoie des couvertures pendant que les bombes continuent de tomber. On distribue des repas chauds pendant que les centrales brûlent. C’est de la compassion sans conséquence. Et la compassion sans conséquence, c’est de la complicité polie.
10,8 millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire en Ukraine. Gravez ce chiffre. C’est davantage que la population de la Suède. C’est l’équivalent de la Belgique tout entière plongée dans le besoin. Et pourtant, la machine diplomatique internationale continue de tourner à vide, produisant des déclarations, des résolutions, des appels — et rien qui arrête les missiles. Les Nations Unies ont été créées pour empêcher exactement ce qui se passe en Ukraine. Et elles échouent. Spectaculairement. Tragiquement. Quotidiennement.
L’ONU condamne, déplore, appelle, exhorte. Cinq verbes qui ne sauvent personne. Pendant que les diplomates onusiens rédigent des communiqués, des Ukrainiens meurent de froid dans leurs propres appartements. La bureaucratie de la compassion a ses limites. Nous les avons atteintes.
L’appel à 2,31 milliards — le prix de l’indifférence
Le plan de réponse humanitaire 2026 pour l’Ukraine cible 4,12 millions de personnes parmi les plus vulnérables. Des personnes âgées qui ne peuvent pas fuir. Des enfants qui ne comprennent pas pourquoi il fait si froid. Des personnes à mobilité réduite prisonnières d’immeubles sans ascenseur, sans électricité, sans chauffage. Deux milliards trois cent dix millions de dollars. C’est une somme colossale. Et pourtant, rapportée au budget militaire annuel des États-Unis ou de la Russie, c’est une poussière. Le monde a les moyens de nourrir, chauffer et soigner l’Ukraine. Il n’en a simplement pas la volonté.
La guerre de l’information — Trump dit oui, Zelensky dit peut-être, Poutine dit rien
La confusion qui a suivi l’annonce de la « pause » des bombardements illustre parfaitement le brouillard informationnel qui entoure ce conflit. Trump annonce que Poutine a accepté d’arrêter les frappes pendant une semaine. Le Kremlin confirme, mais seulement pour Kiev, et seulement jusqu’au 1er février. Zelensky dit qu’il n’y a « aucun accord officiel » et « aucun dialogue direct ». NBC News titre sur la « confusion à Kiev et à Moscou ». Qui dit vrai ? Tout le monde et personne. C’est la post-vérité appliquée à la géopolitique : chaque acteur raconte sa version, chaque version sert ses intérêts, et la vérité se noie dans le bruit. Le Washington Post a révélé que la « trêve énergétique » poussée par Trump était déjà presque terminée au moment où le monde en prenait connaissance. CBS News rapportait une « nuit plus calme » en Ukraine, tout en précisant que plus de 100 drones et un missile avaient été lancés pendant cette même nuit « calme ». Calme selon quels standards ? Ceux d’un pays en guerre depuis quatre ans, où 100 drones constituent une amélioration par rapport aux 300 habituels.
La manipulation informationnelle est une arme aussi puissante que les missiles. Quand le Kremlin accepte une « pause » limitée à une ville et à trois jours, puis la présente comme un geste de bonne volonté, c’est du théâtre stratégique. Quand Trump s’en attribue le mérite devant son Cabinet, c’est du spectacle politique. Quand Zelensky accepte l’« opportunité » tout en refusant de l’appeler un « accord », c’est de la survie sémantique. Et vous, lecteur, dans cette tempête de récits contradictoires, comment démêlez-vous le vrai du faux ? Comment savez-vous qui ment, qui exagère, qui dissimule ? La réponse est brutale : vous ne le savez pas. Personne ne le sait avec certitude. Et c’est exactement ce que veut le Kremlin.
Les médias entre urgence et fatigue
Après quatre ans de guerre, la fatigue médiatique est une réalité que personne ne veut admettre. Les titres sur l’Ukraine génèrent moins de clics qu’en 2022. Les images de bâtiments détruits ressemblent trop à celles d’hier pour choquer encore. Le public occidental s’est habitué — et cette habituation est peut-être la victoire la plus perverse de Poutine. Quand la destruction d’un pays devient de la routine, l’agresseur a gagné la bataille de l’attention. NPR a publié un reportage sur les Ukrainiens partageant des astuces de survie en ligne. C’est devenu du contenu lifestyle. « Comment survivre aux coupures d’électricité hivernales » — comme si c’était un article sur le camping. La normalisation de l’horreur est en marche, et chaque jour qui passe la rend plus difficile à combattre.
Les quatre scénarios de 2026 — entre espoir et cauchemar
Scénario 1 : Le cessez-le-feu précaire
Le scénario le plus optimiste — et le moins probable — verrait les pourparlers d’Abou Dhabi aboutir à un cessez-le-feu partiel, peut-être limité aux frappes énergétiques, suivi d’un gel des lignes de front. Les troupes européennes se déploieraient comme force d’interposition. L’Ukraine conserverait sa souveraineté sur les territoires qu’elle contrôle, tandis que le statut des régions occupées serait reporté à des négociations ultérieures. C’est le scénario dont rêvent les diplomates. Mais il exige que Poutine accepte ce qu’il a toujours refusé : une Ukraine souveraine aux portes de la Russie. Probabilité ? Infime. Mais pas nulle. Et dans un monde où le mur de Berlin est tombé en une nuit, l’infime mérite d’être considéré.
Le scénario 2, celui de l’impasse prolongée, est considéré par la majorité des analystes comme le plus probable. Pas de paix, pas de victoire, pas d’effondrement. Juste la continuation de ce que nous voyons : des pourparlers qui n’aboutissent pas, des bombardements qui ne cessent pas, des avancées territoriales mesurées en mètres plutôt qu’en kilomètres. Le scénario 3 verrait une escalade majeure — par exemple, une offensive russe de grande envergure au printemps, ou une frappe qui provoquerait une réponse directe de l’OTAN. Et le scénario 4, le plus sombre, imagine un effondrement du soutien occidental, une fatigue terminale de l’Ukraine, et une capitulation déguisée en accord de paix. Chaque scénario a ses probabilités, ses déclencheurs, ses conséquences. Mais tous partagent une constante : des gens meurent en attendant.
Les analystes dessinent des scénarios sur des tableaux blancs. Les politiciens calculent des probabilités dans des bureaux feutrés. Mais dans un appartement sans chauffage de Kiev, une femme serre son enfant contre elle et ne se demande pas quel scénario se réalisera. Elle se demande si elle sera encore vivante demain matin.
Ce que les horloges ne mesurent pas
Les quatre horloges stratégiques — champ de bataille, industrie, coalition, régime — mesurent des variables géopolitiques. Mais elles ne mesurent pas le traumatisme d’une génération entière d’enfants ukrainiens qui grandissent sous les bombes. Elles ne mesurent pas la dépression des soldats qui reviennent du front avec des corps intacts et des âmes en miettes. Elles ne mesurent pas le deuil des mères russes qui reçoivent des cercueils scellés et des mensonges officiels. Ces horloges-là ne sont pas sur les graphiques des think tanks. Mais elles tournent. Impitoyablement.
La leçon que le monde refuse d'apprendre
Négocier avec un lance-flammes en main
Il y a une leçon fondamentale que ce conflit enseigne, et que le monde s’obstine à ignorer : on ne négocie pas avec quelqu’un qui vous bombarde pendant les négociations. La stratégie russe de pression militaire parallèle à la diplomatie n’est pas un accident de parcours — c’est une doctrine. C’est la conviction profonde du Kremlin que la force est le seul langage que le monde comprend, et que la diplomatie n’est qu’un costume que l’on enfile pour paraître présentable pendant qu’on continue de poignarder dans le dos. Chaque missile lancé pendant les pourparlers est une déclaration d’intention plus sincère que n’importe quel communiqué diplomatique. Chaque drone envoyé sur une centrale électrique pendant une « pause » est une confession involontaire. La Russie nous dit exactement ce qu’elle veut. Nous refusons simplement de l’entendre.
L’histoire offre des parallèles terrifiants. Les accords de Munich en 1938. Les négociations avec le Japon impérial pendant que la flotte faisait route vers Pearl Harbor. À chaque fois, le même schéma : un agresseur qui parle de paix pour gagner du temps, et un monde qui veut tellement y croire qu’il ferme les yeux sur les préparatifs de guerre. Nous connaissons la fin de ces histoires. Et pourtant, nous rejouons la pièce, acte après acte, comme si le dénouement pouvait être différent cette fois. Il ne le sera pas. Pas tant que les bombes accompagneront les mots.
La définition de la folie, disait-on, c’est de refaire la même chose en espérant un résultat différent. Le monde négocie avec la Russie depuis quatre ans en espérant que cette fois, elle tiendra parole. Quatre ans. Et toujours pas de résultat différent. Devinez pourquoi.
Le coût moral de l’inaction
Chaque jour qui passe sans qu’une pression décisive ne soit exercée sur le Kremlin est un jour de plus où des civils ukrainiens paient le prix de notre prudence. Notre prudence a un coût humain. Notre réalisme géopolitique a un visage — celui d’un ambulancier mort en répondant à un appel de détresse. Notre patience diplomatique a une température — moins vingt degrés dans un appartement sans chauffage. Notre modération a un chiffre — 10,8 millions de personnes dans le besoin. À quel moment la modération devient-elle de la lâcheté ? À quel moment la prudence devient-elle de la complicité ? Ces questions n’ont pas de réponses confortables. Mais elles méritent d’être posées.
L'Ukraine qui ne se rend pas — et ce que cela nous dit de l'humanité
Quatre ans, et toujours debout
Quatre ans. Près de 1 500 jours de guerre totale. Des centaines de milliers de morts. Des millions de déplacés. Des villes rasées. Des infrastructures détruites et reconstruites et détruites encore. Et l’Ukraine est toujours là. Cet acharnement à exister, cette obstination à ne pas disparaître, devrait inspirer chaque être humain sur cette planète. Kiev se relève après chaque bombardement. Les techniciens réparent les lignes électriques sous les tirs. Les enseignants donnent cours dans des abris. Les médecins opèrent à la lumière de générateurs. Les parents rassurent des enfants terrorisés avec des histoires de héros — tout en sachant qu’ils vivent eux-mêmes dans un cauchemar. Ce n’est pas du patriotisme de carte postale. C’est de la résistance viscérale, celle qui vient des tripes et du refus animal de se laisser effacer.
L’Ukraine a adopté une posture défensive, certes. Mais une défense qui tient depuis quatre ans contre la deuxième armée du monde n’est pas un signe de faiblesse — c’est un exploit militaire que les manuels d’histoire raconteront pendant des siècles. La cohésion politique reste intacte. Les systèmes de commandement fonctionnent. L’intégration avec les systèmes occidentaux se renforce. Et surtout, le peuple — ce peuple qu’on disait épuisé, brisé, fini — refuse de tomber. Il refuse de tomber avec une férocité qui devrait faire honte à ceux qui parlent de « fatigue de la guerre » depuis leurs salons chauffés. La fatigue, c’est eux qui la vivent, pas nous. Et malgré elle, ils se battent. Encore. Toujours.
Il y a dans la résistance ukrainienne quelque chose qui dépasse la géopolitique, qui transcende les calculs stratégiques, qui échappe aux analyses. C’est la rage pure de ceux qui refusent de mourir en silence. Et cette rage, aucun missile ne pourra jamais l’éteindre.
Le message au monde
L’Ukraine ne se bat pas seulement pour l’Ukraine. Elle se bat pour le principe qu’un pays souverain ne peut pas être englouti par son voisin au XXIe siècle. Si l’Ukraine tombe, ce principe tombe avec elle. Et chaque petit pays du monde, chaque nation qui vit à côté d’un voisin plus puissant, prendra note. Taïwan prendra note. Les pays Baltes prendront note. La Moldavie prendra note. La Géorgie prendra note. L’enjeu n’est pas seulement ukrainien. Il est civilisationnel.
Quand les bombes cesseront — le silence qui viendra
La paix qui n’existe pas encore
Un jour, cette guerre finira. Par l’épuisement, par l’accord, par l’effondrement d’un des deux camps, ou par une combinaison des trois. Mais le silence qui suivra les dernières bombes ne sera pas un silence de paix. Ce sera un silence de dévastation. Les ruines ne se reconstruisent pas en un jour. Les traumas ne se soignent pas en un an. Les morts ne reviennent pas. Et les négociateurs qui se serrent la main devant les caméras n’entendront pas les pleurs de ceux qui ont tout perdu — leur maison, leur famille, leur santé, leur foi en l’humanité. La diplomatie signera peut-être un document. Mais aucun document ne réparera ce qui a été brisé. Et la question la plus cruelle restera sans réponse : tout cela en valait-il la peine ? Pour qui ? Pour les morts ? Ils ne répondront pas. Pour les survivants ? Demandez-leur dans vingt ans, quand ils se réveilleront encore en sursaut au son d’un orage qu’ils confondront avec un bombardement.
Les pourparlers d’Abou Dhabi reprendront le 1er février. Les diplomates parleront. Les missiles voleront. Les civils grelotteront. Et le monde tournera, indifférent, fatigué, distrait par le prochain scandale, la prochaine crise, le prochain tweet. Mais en Ukraine, il fera toujours moins vingt. Et des familles chaufferont toujours leurs appartements avec des bougies et des briques. Et un enfant demandera toujours à sa mère pourquoi il fait si froid. Et la mère n’aura toujours pas de réponse. Parce qu’il n’y en a pas. Il n’y a que des bombes qui accompagnent des mots. Et des mots qui ne valent rien tant que les bombes continuent de tomber.
La dernière image que je garderai de cette chronique, ce n’est pas celle des diplomates d’Abou Dhabi. Ce n’est pas celle de Trump au téléphone avec Poutine. C’est celle d’une mère ukrainienne qui chauffe une brique sur un réchaud à gaz pour réchauffer le lit de son enfant. Cette brique pèse plus lourd que tous les traités de paix du monde. Parce qu’elle contient tout ce que la diplomatie a oublié : l’amour désespéré de ceux qui survivent malgré tout.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Cet article est une chronique d’opinion. Il reflète le point de vue personnel de son auteur, Maxime Marquette, et non une position éditoriale institutionnelle. Les faits rapportés s’appuient sur des sources vérifiables citées en fin d’article. L’analyse, les interprétations et le ton engagé relèvent de la liberté d’expression du chroniqueur. Le lecteur est invité à consulter les sources primaires pour se forger sa propre opinion.
Sources primaires
Al Jazeera — US-brokered Russia-Ukraine talks close with no breakthrough (24 janvier 2026)
ABC News — Russia, Ukraine and US hold first trilateral talks since start of war (janvier 2026)
UN News — Ukraine: Deadly Russian strikes push civilians deeper into winter crisis (janvier 2026)
Sources secondaires
RCSGS — The Russia-Ukraine War in 2026: Military Pressure and Diplomatic Uncertainty
Atlantic Council — Putin cannot accept any peace deal that secures Ukrainian statehood
NBC News — Confusion in Kyiv and Moscow after Trump says Putin agreed to pause attacks
CNN — Hundreds of thousands of households in Kyiv without power after Russian strikes (janvier 2026)
La Presse — Le Kremlin affirme avoir accepté une pause jusqu’à dimanche (30 janvier 2026)
IFRC — Large-scale power disruptions in and around Kyiv leave 200,000 people without heating
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