Le verrou stratégique du Donbass
Pokrovsk n’est pas qu’une ville de plus. C’est un nœud. Un point de jonction vital. Une artère qui irrigue toute la défense ukrainienne dans le Donbass. Perdre Pokrovsk, c’est ouvrir la route vers Dnipro. C’est exposer Kramatorsk et Sloviansk. C’est compromettre l’ensemble du dispositif défensif de l’est. Vladimir Poutine le sait. Ses généraux le savent. C’est pour ça qu’ils envoient vague après vague d’assaillants se briser sur les positions ukrainiennes. Depuis juillet 2024, l’offensive russe sur Pokrovsk n’a jamais vraiment cessé. Dix-huit mois d’une bataille ininterrompue. Dix-huit mois à grignoter, village par village, rue par rue, maison par maison. Prohres est tombé. Selydove aussi. Myrnohrad se bat encore, contesté, jamais totalement conquis malgré les assauts répétés.
Selon les estimations les plus récentes, cent soixante-cinq mille soldats russes sont massés autour de Pokrovsk. Cent soixante-cinq mille. Pour une ville qui couvre à peine trente kilomètres carrés. Un ratio démentiel. Une concentration de forces qui témoigne de l’obsession du Kremlin pour cette cible. Pourtant, après dix-huit mois d’assauts, Pokrovsk tient toujours. Le nord de la ville reste sous contrôle ukrainien. Les défenseurs multiplient les raids dans les quartiers nord pour empêcher les Russes de s’installer, de consolider, de transformer la ville en base arrière pour de nouvelles offensives. Chaque raid est un défi. Chaque sortie est un pari. Mais chaque action empêche l’ennemi de respirer. De s’organiser. De préparer la suite.
Cent soixante-cinq mille soldats pour trente kilomètres carrés. Laissez-moi reformuler ça autrement : cinq mille cinq cents soldats par kilomètre carré. Plus de cinq mille hommes concentrés sur chaque petit carré de terre. Et malgré ça, ils n’ont pas pris la ville. Dix-huit mois qu’ils essaient. Dix-huit mois qu’ils échouent. Il y a quelque chose de profondément humiliant pour le Kremlin dans cette équation. Et quelque chose de profondément admirable pour ceux qui tiennent.
Le coût humain de l’obsession
Les chiffres des pertes russes dans le secteur de Pokrovsk donnent le vertige. Selon les sources ukrainiennes et les analyses indépendantes, plus de quatre cent mille soldats russes ont été tués ou grièvement blessés sur l’ensemble du front ukrainien en 2025. Et la tendance s’accélère. Depuis 2024, le nombre de morts dépasse le nombre de blessés dans les statistiques. Ce qui signifie une chose : la guerre devient encore plus meurtrière. Les combats encore plus brutaux. La Russie envoie désormais des unités composées de soldats infectés par le VIH, l’hépatite et d’autres maladies graves. Des hommes que personne ne veut. Des hommes considérés comme jetables. Le colonel britannique Hamish de Bretton-Gordon, spécialiste des armes chimiques, qualifie ce déploiement de « preuve du désespoir de Poutine ». Mais le désespoir n’empêche pas les assauts. Il les rend juste plus sanglants.
En 2025, l’armée russe a conquis quatre mille trois cent trente-six kilomètres carrés de territoire ukrainien. Ça semble énorme. Jusqu’à ce qu’on réalise que ça représente 0,72% de la superficie totale de l’Ukraine. Moins d’un pour cent. Pour ce moins d’un pour cent, Moscou a sacrifié quatre cent mille hommes. Et l’Ukraine contrôle toujours 22% de la région de Donetsk, soit plus de six mille kilomètres carrés incluant l’agglomération de Kramatorsk-Sloviansk-Druzhkivka-Kostiantynivka. Des villes fortifiées. Des positions défensives stratégiques. Des bastions qui résistent. À Pokrovsk même, après dix-huit mois d’offensive, la ville n’est toujours pas tombée. Kramatorsk, que Poutine voudrait obtenir sans combattre, fait cent dix-sept kilomètres carrés. Quatre fois la taille de Pokrovsk. Si prendre trente kilomètres carrés demande dix-huit mois et des dizaines de milliers de morts, combien faudra-t-il pour Kramatorsk ?
Le 31 janvier 2026 : Anatomie d'une journée de guerre
L’aube des bombardements
Le 31 janvier 2026 commence comme les jours précédents. Dans le froid de l’hiver ukrainien, les positions s’éveillent sous le fracas de l’artillerie. Trois mille cent dix-sept tirs de bombardement vont s’abattre sur les défenses ukrainiennes au cours des prochaines vingt-quatre heures. Mais personne ne le sait encore. Pour l’instant, il y a juste le bruit. Le sifflement caractéristique des obus. Le grondement sourd des impacts. La terre qui tremble. Les abris qui vibrent. Les hommes qui comptent les secondes entre les salves. Quarante-deux frappes aériennes sont lancées. Cent six bombes guidées larguées. Des KAB-500, des KAB-1500, des monstres de métal bourrés d’explosifs qui transforment les bâtiments en poussière. L’aviation russe frappe de loin, hors de portée de la défense antiaérienne ukrainienne, larguant sa cargaison mortelle avant de faire demi-tour.
Puis viennent les drones. Quatre mille trois cent cinquante-huit drones kamikazes sont déployés sur l’ensemble du front. Des Shahed iraniens reconvertis aux couleurs russes. Des drones bon marché, produits en masse, lancés par centaines. Leur mission est simple : saturer les défenses. Épuiser les systèmes anti-aériens. Terroriser les positions. Certains sont abattus. Beaucoup passent. Dans le secteur de Pokrovsk seul, cinquante-deux drones sont détruits par les défenseurs ukrainiens. Cinquante-deux menaces neutralisées. Mais pour chaque drone abattu, combien sont passés ? Combien ont frappé leur cible ? Les chiffres officiels ne le disent pas. Mais le ciel continue de siffler. Et les explosions continuent de résonner.
Quatre mille trois cent cinquante-huit drones en une journée. J’essaie de me représenter ce que ça signifie. C’est un drone toutes les vingt secondes, en moyenne, pendant vingt-quatre heures. Toutes les vingt secondes, un nouvel engin de mort dans le ciel. Comment dort-on quand le ciel lui-même est devenu une menace permanente ? Comment garde-t-on sa lucidité quand le danger vient de partout, tout le temps, sans répit ?
Les trente-huit assauts de Pokrovsk
C’est dans ce déluge de feu que les forces russes lancent leurs assauts terrestres. Trente-huit attaques sur le secteur de Pokrovsk. Myrnohrad, à l’est de Pokrovsk, subit une pression constante. Des groupes d’assaut russes tentent d’infiltrer le centre-ville depuis plusieurs directions à la fois. Petits groupes. Rapides. Mobiles. Les Russes ont changé de tactique. Fini les assauts mécanisés massifs qui se font massacrer par l’artillerie ukrainienne. Désormais, c’est l’infiltration. Des soldats sur des motos. Des buggies légers. Des groupes de cinq, dix hommes maximum qui se faufilent entre les lignes. Certains passent. La plupart sont éliminés. Selon le porte-parole du 7e Corps de réaction rapide ukrainien, les forces ukrainiennes contrôlent toujours le centre et le nord de Myrnohrad. Contrôler, dans ce contexte, signifie se battre rue par rue. Maison par maison. Parfois pièce par pièce.
Au nord de Pokrovsk, Rodynske change de mains plusieurs fois en quelques semaines. Aujourd’hui ukrainien. Demain russe. Après-demain ukrainien à nouveau. Un village fantôme où se joue une partie d’échecs mortelle. À l’ouest, vers Hryshyne, les combats font rage. Hryshyne est devenu le principal bastion ukrainien dans le secteur. Si Hryshyne tombe, la route vers Dobropillia s’ouvre. Et si Dobropillia tombe, c’est toute la ligne défensive qui vacille. Les défenseurs le savent. Les attaquants aussi. Résultat : Hryshyne devient un point de fixation. Un aimant à violence. Un endroit où on meurt beaucoup pour gagner peu. Au sud-ouest, près de Kotlyne, Udachne, Molodetske, les Russes tentent de percer vers le nord. Objectif : couper la route Pokrovsk-Dnipro. Chaque tentative est repoussée. Mais chaque repousse coûte.
Les autres fronts : Une guerre sur mille kilomètres
Slobozhanshchyna et Kupiansk : Le nord qui résiste
Pendant que Pokrovsk encaisse trente-huit assauts, le nord du front n’est pas en reste. Dans le secteur Nord Slobozhanshchyna et Kursk, l’ennemi lance soixante-quinze attaques sur les positions et villages ukrainiens. Soixante-quinze. Dont deux utilisant des systèmes de roquettes multiples. Les villages de Starytsia, Prylipka, Vovchanski Khutory, Vovchansk subissent des assauts répétés. Dix-sept attaques sont repoussées. Trois combats continuent encore au moment où l’État-major publie son rapport. À Kupiansk, secteur névralgique du nord-est, les Ukrainiens stoppent quatre attaques vers Kurylivka, Petropavlivka et Novoosynove. Un cinquième engagement est toujours en cours. Kupiansk, cette ville que les Russes ont proclamé conquise à plusieurs reprises en 2025. Sauf que Kupiansk n’est toujours pas tombée. Pire encore pour le Kremlin : les Ukrainiens ont presque nettoyé la ville des infiltrés russes, détruisant plus de mille soldats dans le processus.
Le secteur de Lyman, situé plus au sud, voit sept tentatives russes brisées près de Zarichne, Tverdokhlibove, Druzheliubivka et Drobysheve. Lyman elle-même, cette petite ville devenue symbole de résistance, voit des combats constants. Les Russes tentent de la contourner. D’infiltrer directement. De créer des zones grises contestées qui compliquent la logistique ukrainienne. Selon l’observateur militaire Kostyantyn Mashovets, les forces russes s’infiltrent depuis Derylove vers les abords de Drobysheve, au nord-ouest de Lyman. L’infiltration, toujours l’infiltration. La nouvelle doctrine russe. Plus de colonnes de chars visibles à des kilomètres. Juste des ombres. Des fantômes. Des groupes qui surgissent là où on ne les attend pas.
Soixante-quinze attaques dans le nord. Trente-huit à Pokrovsk. Sept à Lyman. Quatorze à Kostiantynivka. Dix-sept à Huliaipole. Vous additionnez tout ça et vous obtenez quoi ? L’image d’une armée qui refuse de mourir. Pas l’armée russe. L’armée ukrainienne. Parce que face à cette pression démentielles, la plupart des armées du monde se seraient déjà effondrées. Pas celle-là. Elle encaisse. Elle résiste. Elle contre-attaque. Elle tient.
Sloviansk, Kostiantynivka et le centre qui tient bon
Dans le secteur de Sloviansk, les forces ukrainiennes repoussent sept tentatives d’avancée russes vers Zakitne et près de Dronivka, Yampil et Sviato-Pokrovske. Trois engagements sont toujours en cours. Sloviansk, ville jumelle de Kramatorsk, fait partie de cette ceinture de bastions urbains que Poutine voudrait briser. Depuis des mois, les Russes tentent de progresser le long de la rivière Siverskyi Donets, depuis Siversk et près de Lyman, pour atteindre Sloviansk. Les forces ukrainiennes ont jusqu’à présent empêché toute percée significative. Sur la rive opposée, les troupes russes ont atteint la rivière près de Sviatohirsk sur le flanc ouest. Sur le flanc est, elles ont capturé Dibrova et Ozerne. Mais Sloviansk tient. Et tant que Sloviansk tient, la route vers l’ouest reste fermée.
Pas d’actions offensives enregistrées dans le secteur de Kramatorsk ce 31 janvier. Un répit rare. Mais temporaire, forcément. À Kostiantynivka, situé entre Kramatorsk et Pokrovsk, les Russes lancent quatorze assauts sur les positions ukrainiennes près de Shcherbynivka, Pleshchiivka, Ivanopillia et Sofiivka, ainsi que vers Illinivka, Stepanivka et Novopavlivka. Quatorze assauts. Quatorze refus. Kostiantynivka est un verrou. Si elle tombe, la jonction entre les forces russes opérant depuis Pokrovsk et celles venant du nord devient possible. C’est exactement ce que cherche à éviter le commandement ukrainien. Et c’est exactement ce que les défenseurs de Kostiantynivka empêchent, jour après jour, assaut après assaut.
Le sud : Zaporizhzhia sous pression
Huliaipole : Le nouveau front chaud
Si Pokrovsk concentre l’attention médiatique, c’est dans le sud, vers Huliaipole en région de Zaporizhzhia, qu’une nouvelle offensive russe de grande ampleur se déroule. Dix-sept attaques ennemies sont enregistrées près de Huliaipole et vers Zelene, Dobropillia, Huliaipilske et Olenokostiantynivka. Des combats continuent encore dans certaines zones au moment du rapport. Pour faire face à cette pression soudaine, le commandement ukrainien a été contraint de redéployer des forces depuis le secteur de Pokrovsk vers Huliaipole. Un pari risqué. Affaiblir Pokrovsk pour renforcer Huliaipole. Mais un pari nécessaire. Parce que si Huliaipole tombe, c’est toute la défense de la région de Zaporizhzhia qui s’effondre. Et derrière Zaporizhzhia, il y a Dnipro. La grande ville. Le nœud logistique. La ligne rouge absolue.
Les frappes aériennes russes ciblent Rizdvianka, Barvinivka, Kopani, Vozdvyzhivka, Zaliznychne, Dorozhnianka et Charivne. Des villages aux noms qui sonnent étrangement poétiques pour des lieux transformés en champs de bataille. Dans le secteur Oleksandrivka, les unités ukrainiennes stoppent neuf attaques ennemies près de Rybne, Zlahoda et vers Oleksandrohrad et Nove Zaporizhzhia. Neuf fois, l’ennemi frappe. Neuf fois, il recule. À Orikhiv, trois attaques russes sont lancées près de Stepnohirsk et vers Prymorske. Zarichne subit une frappe aérienne. Dans le secteur du fleuve Dnipro, les forces ukrainiennes repoussent une attaque ennemie. Une seule. Mais dans cette guerre, chaque attaque compte. Chaque position tenue compte. Chaque jour gagné compte.
Dix-sept attaques à Huliaipole. Neuf à Oleksandrivka. Trois à Orikhiv. Le sud s’embrase pendant que Pokrovsk encaisse. Et le commandement ukrainien doit faire ce calcul impossible : où envoyer les renforts ? Quelle position renforcer sans en affaiblir une autre ? C’est l’équation cauchemardesque de toute guerre défensive. Et pourtant, malgré ce dilemme permanent, les lignes tiennent. Partout. Simultanément. Comment font-ils ?
La défense antiaérienne : Une victoire silencieuse
Pendant que les combats au sol font rage, la défense antiaérienne ukrainienne livre sa propre bataille. En janvier 2026, elle a détruit neuf mille sept cent sept cibles ennemies. Dont soixante-dix-neuf missiles. Neuf mille sept cent sept. En un mois. Cela représente plus de trois cents interceptions par jour. Trois cents fois par jour, des opérateurs scrutent leurs écrans. Trois cents fois par jour, des systèmes Patriot, NASAMS, Iris-T, S-300 ukrainiens se mettent en batterie. Trois cents fois par jour, un missile ou un drone est pulvérisé avant d’atteindre sa cible. Cette guerre silencieuse, invisible pour la plupart, sauve des centaines de vies. Peut-être des milliers. Les Russes lancent. Les Ukrainiens abattent. Un duel permanent, épuisant, vital.
Le 31 janvier, un seul missile russe est tiré. Une frappe unique, probablement destinée à tester les défenses ou à frapper une cible prioritaire. Quarante-deux frappes aériennes complètent l’arsenal. Cent six bombes guidées larguées. Mais le vrai danger vient des drones. Quatre mille trois cent cinquante-huit. Des essaims. Des nuées. Des vagues successives qui forcent les défenseurs à choisir : quelle menace prioriser ? Quel drone abattre en premier ? Lequel laisser passer parce qu’il n’y a pas assez de munitions pour tout intercepter ? Les opérateurs de la défense antiaérienne vivent dans cette tension permanente. Chaque choix peut signifier la vie ou la mort pour ceux qui se trouvent en dessous. Chaque décision pèse. Et ils choisissent. Encore. Et encore. Neuf mille sept cent sept fois en janvier.
La guerre d'usure : Qui tiendra le plus longtemps ?
Les chiffres qui donnent le vertige
Depuis le 1er janvier 2023, l’armée russe a gagné sept mille quatre cent soixante-trois kilomètres carrés de territoire ukrainien. 1,28% de la surface totale de l’Ukraine. Pour ce 1,28%, la Russie a perdu environ un million de soldats tués ou blessés. Un million. Laissez ce chiffre résonner un instant. Un million d’hommes. Morts, mutilés, traumatisés, rendus à leurs familles dans des cercueils ou avec des membres en moins. Et le ratio empire. Depuis 2024, le nombre de tués dépasse celui des blessés. Ce qui signifie que les combats sont devenus encore plus meurtriers. Que les armes tuent plus efficacement. Que moins de soldats survivent à leurs blessures. Quatre cent mille en 2025 seulement. Cent mille par trimestre en moyenne. Mille cent par jour. Quarante-six par heure. Presque un mort russe par minute, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, pendant toute l’année 2025.
Et malgré ces pertes astronomiques, Moscou continue. Continue d’envoyer des hommes. Continue de lancer des assauts. Continue de bombarder. Continue de sacrifier des vies pour des villages dont personne ne se souviendra dans dix ans. Parce que pour Vladimir Poutine, la guerre n’est pas une question de logique militaire. C’est une question d’ego. De fierté. D’impossibilité à reconnaître l’échec. Pokrovsk en est le symbole parfait. Dix-huit mois d’offensive. Cent soixante-cinq mille soldats engagés. Des dizaines de milliers de morts. Et la ville tient toujours. Le nord est ukrainien. Les raids se poursuivent. La résistance ne faiblit pas. Pour le Kremlin, c’est une humiliation quotidienne. Mais une humiliation qu’il refuse d’admettre.
Un million de soldats russes. Un million. J’essaie de me représenter ce que ça signifie humainement. Un million de familles brisées. Un million de vies interrompues. Un million de destins sacrifiés pour l’ego d’un seul homme. Et le plus fou, c’est que ces pertes n’arrêtent rien. Poutine continue. Les généraux continuent. L’armée continue. Comme si les morts ne comptaient pas. Comme si les vies n’avaient aucune valeur. C’est ça, le vrai visage de cette guerre : une machine à broyer les hommes qui refuse de s’arrêter.
La résilience ukrainienne : Un mystère pour les analystes
La vraie question que se posent les analystes militaires du monde entier n’est pas « pourquoi la Russie continue ». C’est « comment l’Ukraine tient encore ». Comment une armée constamment en infériorité numérique parvient-elle à stopper une offensive massive jour après jour ? Comment des soldats épuisés par des mois de combats trouvent-ils encore la force de repousser trente-huit assauts dans une seule journée ? Comment un pays de quarante millions d’habitants résiste-t-il à un empire de cent quarante millions ? Il n’y a pas de réponse simple. Ou plutôt, il y en a plusieurs. L’aide occidentale, bien sûr. Les systèmes d’armes modernes. Les Patriot, les HIMARS, les Leopard, les Abrams. Mais l’aide militaire ne suffit pas à expliquer la résilience. Il faut autre chose. Quelque chose de plus profond.
Le commandant d’un bataillon de systèmes non habités opérant dans le secteur de Pokrovsk rapporte que les opérateurs de drones ukrainiens maintiennent un contrôle de feu constant sur les lignes de communication terrestres russes. Les véhicules russes ne peuvent circuler en sécurité qu’à cinq ou sept kilomètres de la ligne de front. Au-delà, ils deviennent des cibles. Résultat : les soldats russes doivent débarquer et transporter les munitions à pied jusqu’aux positions avancées. Le ravitaillement ralentit. La logistique se grippe. Les équipes de mortiers et de drones russes manquent de munitions. Et sans munitions, même cent soixante-cinq mille hommes ne peuvent pas grand-chose. C’est cette guerre d’usure invisible, cette bataille des drones et de la logistique, qui fait la différence. Les Ukrainiens ne gagnent pas par la force brute. Ils gagnent par l’intelligence tactique. Par l’adaptation constante. Par le refus d’abandonner.
Conclusion : Le courage n'a pas de limite, mais l'endurance, oui
La fatigue qui s’accumule
Trente-huit attaques en une journée. Cent cinquante-sept engagements sur l’ensemble du front. Quatre mille trois cent cinquante-huit drones dans le ciel. Trois mille cent dix-sept bombardements. Les chiffres s’accumulent. Comme la fatigue s’accumule. Comme les pertes s’accumulent. Comme les mois de guerre s’accumulent. Nous sommes en janvier 2026. Cela fait bientôt quatre ans que cette guerre a commencé. Quatre ans de combats ininterrompus. Quatre ans d’alertes aériennes. Quatre ans de séparations. Quatre ans de deuil. Quatre ans à tenir. Les soldats qui défendent Pokrovsk aujourd’hui ont peut-être combattu à Bakhmut hier. Ou à Avdiivka. Ou à Mariupol. Certains sont là depuis le premier jour. Depuis février 2022. Depuis ce matin où le monde a basculé.
Comment fait-on pour tenir pendant quatre ans ? Comment garde-t-on sa lucidité quand chaque jour peut être le dernier ? Comment continue-t-on à se battre quand la fin semble si lointaine ? Je ne sais pas. Mais eux savent. Ou peut-être qu’ils ne savent pas non plus. Peut-être qu’ils tiennent simplement parce qu’il n’y a pas d’autre choix. Parce que derrière eux, il y a leurs familles. Leurs villes. Leur pays. Parce que céder signifierait tout perdre. Alors ils ne cèdent pas. Trente-huit fois, les Russes ont attaqué Pokrovsk le 31 janvier 2026. Trente-huit fois, les Ukrainiens ont dit non. Pas aujourd’hui. Pas ici. Pas nous. Et demain, quand le soleil se lèvera à nouveau sur le Donbass, les bombardements reprendront. Les drones reviendront. Les assauts recommenceront. Et les défenseurs seront toujours là. Épuisés. Mais debout.
Je termine ce texte et je réalise que demain, il faudra probablement en écrire un autre. Avec d’autres chiffres. D’autres attaques. D’autres morts. Parce que cette guerre ne s’arrête pas. Elle continue. Jour après jour. Nuit après nuit. Et tant qu’elle continuera, il y aura des hommes et des femmes qui tiendront la ligne. Qui refuseront de céder. Qui paieront le prix. Combien de temps encore ? Je n’en sais rien. Mais je sais une chose : tant qu’il y aura des gens capables de repousser trente-huit assauts en une journée, l’espoir n’est pas mort. Il est juste très, très fatigué.
L’équation impossible de la guerre moderne
La guerre en Ukraine pose une question que personne n’a vraiment réussi à résoudre : jusqu’où peut aller la résistance face à une force numériquement supérieure ? L’histoire militaire est remplie d’exemples où le courage a fini par céder face au nombre. Mais l’histoire est aussi remplie d’exceptions. De moments où une armée inférieure a tenu. A gagné. A changé le cours des événements. Pokrovsk pourrait être une de ces exceptions. Ou pas. L’avenir le dira. Ce qui est certain, c’est qu’au 31 janvier 2026, la ville tient encore. Malgré les cent soixante-cinq mille soldats russes. Malgré les dix-huit mois d’offensive. Malgré les trente-huit attaques d’aujourd’hui. Elle tient. Et tant qu’elle tient, il y a une chance. Une petite chance. Fragile. Précieuse. Une chance que le courage finisse par l’emporter sur la brutalité. Que la détermination triomphe du nombre. Que l’humain résiste à la machine.
Les forces ukrainiennes ont éliminé cinquante-neuf soldats russes et en ont blessé vingt et un dans le seul secteur de Pokrovsk ce 31 janvier. Elles ont détruit cinquante-deux drones, un poste de commandement, dix véhicules, deux unités d’équipement spécial, deux systèmes robotiques au sol. Elles ont endommagé trois véhicules et huit abris pour le personnel ennemi. Ce ne sont que des chiffres. Des statistiques froides. Mais derrière chaque chiffre, il y a une action. Un tir précis. Une décision rapide. Un soldat qui a fait ce qu’il devait faire. Et derrière l’accumulation de ces actions individuelles, il y a quelque chose de plus grand. Une volonté collective. Un refus partagé. Une détermination qui ne se mesure pas en chars ou en avions, mais en cœurs qui battent encore. En esprits qui refusent de plier. En âmes qui savent pourquoi elles se battent. Trente-huit attaques repoussées. Cent cinquante-sept engagements sur le front. Une journée de guerre parmi tant d’autres. Mais une journée où, une fois encore, l’Ukraine a tenu. Et c’est peut-être ça, au fond, la seule victoire qui compte vraiment : tenir un jour de plus. Puis un autre. Puis encore un autre. Jusqu’à ce que l’ennemi se lasse. Ou que le monde se réveille. Ou que la justice finisse par l’emporter.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, militaires et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les opérations militaires, à comprendre les mouvements tactiques et stratégiques des acteurs étatiques, à contextualiser les décisions des commandements militaires et à proposer des perspectives analytiques sur les conflits qui redéfinissent notre époque.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et tactique, et d’offrir une lecture critique des événements militaires.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels de l’État-major des Forces armées ukrainiennes (publiés sur Facebook le 31 janvier 2026 à 22h00 heure de Kyiv), rapports du commandement militaire ukrainien, déclarations des porte-paroles des unités engagées.
Sources secondaires : agence de presse ukrainienne Ukrinform, analyses de l’Institute for the Study of War (ISW/Critical Threats), média d’analyse Meduza, données de surveillance du conflit provenant d’observateurs indépendants, rapports d’organismes de recherche établis spécialisés dans les conflits armés.
Les données statistiques, militaires et géographiques citées proviennent d’institutions reconnues : État-major général des Forces armées ukrainiennes, ministère de la Défense ukrainien, centres d’analyse militaire indépendants, organisations de surveillance des conflits.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les évaluations d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques militaires et géopolitiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des opérations militaires et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs étatiques.
Toute évolution ultérieure de la situation militaire pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article reflète l’état des opérations au 31 janvier 2026 tel que rapporté par les sources officielles et analysé par les observateurs indépendants à cette date.
Sources
Sources primaires
État-major général des Forces armées d’Ukraine – Rapport de situation du 31 janvier 2026, 22h00 (publié sur Facebook) – 31 janvier 2026
Commandement opérationnel Skhid (Est) de l’Ukraine – Communications officielles sur la situation à Pokrovsk – Janvier 2026
7e Corps de réaction rapide des Forces d’assaut aérien d’Ukraine – Déclarations du porte-parole Serhiy Okishev – Janvier 2026
Sources secondaires
Ukrinform (Agence de presse ukrainienne) – « War update: 157 engagements on front lines, Ukrainian forces repel nearly 40 attacks in Pokrovsk sector » – 31 janvier 2026
Institute for the Study of War / Critical Threats – Russian Offensive Campaign Assessments (2-15 janvier 2026) – Janvier 2026
Meduza – « As fighting continues in Pokrovsk and Kupyansk, Russia bears down on Ukraine’s main remaining Donbas strongholds » – 16 janvier 2026
UNITED24 Media – « Russia’s 2025: Three False Claims on Kupiansk, 0.72% of Ukraine Seized, Over 400,000 Troops Lost » – 8 janvier 2026
Euromaidan Press – « Syrskyi: Ukraine retains control of northern Pokrovsk, repels Russian pressure near Myrnohrad » – 9 janvier 2026
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