La Silicon Valley au cœur du réseau Epstein
Commençons par les géants de la tech, car c’est dans ce secteur que la liste est la plus impressionnante. Elon Musk, PDG de Tesla, SpaceX et propriétaire de X. Les e-mails révèlent des échanges réguliers avec Epstein entre 2012 et 2014. Dans un e-mail de novembre 2012, Musk demande quel jour sera « la fête la plus folle » sur l’île d’Epstein, annonçant qu’il viendra avec sa femme Talulah Riley. En septembre 2014, Epstein l’invite à passer Noël « encore » à Saint-Barthélemy, mentionnant Reid Hoffman. L’assistant d’Epstein note dans un planning que « Musk doit aller sur l’île le 6 décembre ». Musk dément s’y être jamais rendu, affirmant avoir eu « très peu de correspondance » avec Epstein. Mais les documents disent le contraire. Et les documents, dans cette affaire, ont toujours eu raison.
Bill Gates, cofondateur de Microsoft. Les fichiers contiennent des brouillons d’e-mails rédigés par Epstein en 2013, dans lesquels le prédateur accuse Gates d’avoir eu des relations extraconjugales. La Fondation Gates a qualifié ces allégations d’« absolument absurdes », les attribuant à la « frustration » d’Epstein. Mais les rencontres multiples entre Gates et Epstein entre 2011 et 2014 — après la condamnation de 2008 — sont documentées. Des photos publiées en décembre 2025 montrent les deux hommes ensemble. Melinda Gates a cité ces liens comme facteur dans leur divorce de 2021. Le philanthrope qui prétend sauver le monde était l’ami régulier d’un homme qui le détruisait.
La Silicon Valley se vend au monde comme le temple de l’innovation, de la disruption, du progrès. Et voilà que ses plus grands noms apparaissent dans les fichiers d’un trafiquant sexuel. Quelle innovation. Quelle disruption. Quel progrès. Le futur que ces hommes nous promettent est-il construit sur les mêmes fondations que l’île d’Epstein ?
Peter Thiel, Sergey Brin, Reid Hoffman : les étoiles moins visibles de la constellation Epstein
Peter Thiel, cofondateur de PayPal et investisseur influent de la droite libertarienne américaine. Les fichiers montrent qu’Epstein avait correspondu avec Thiel même après sa condamnation de 2008. Quatre ans après leur premier contact, Epstein lui proposait de venir dans les Caraïbes en décembre : « Dec visit me Caribbean. » Il n’est pas clair si Thiel a jamais répondu à cette invitation. Mais le fait même qu’un pédocriminel condamné puisse contacter librement l’un des hommes les plus riches du monde sans se voir rejeté instantanément en dit long sur l’écosystème qui entourait Epstein. Sergey Brin, cofondateur de Google, avait fait des plans pour rencontrer Epstein et Maxwell, proposant d’amener l’ancien PDG de Google, Eric Schmidt. Reid Hoffman, cofondateur de LinkedIn, est mentionné dans un e-mail de 2014 où Epstein le cite en parlant à Musk. Trois des plus grandes entreprises technologiques de l’histoire — PayPal, Google, LinkedIn — ont des cofondateurs qui apparaissent dans le carnet d’adresses d’un pédocriminel. Ce n’est plus une coïncidence. C’est un écosystème.
Le cercle politique : Trump, Bannon, Lutnick, Warsh, Ruemmler
Le pouvoir exécutif américain infiltré à tous les niveaux
La liste politique est peut-être la plus glaçante. Au sommet, Donald Trump, 47e président des États-Unis. Les fichiers contiennent des milliers de références à son nom. L’expression d’Epstein le qualifiant de « chien qui n’aboie pas » parce qu’il avait « passé des heures chez moi avec une victime » est la plus explosive. Un procureur fédéral avait noté en 2020 que Trump avait voyagé avec Epstein plus souvent qu’on ne le croyait. Une photo montrant Trump a été supprimée des fichiers publiés. Le DOJ de Trump qualifie les allégations contre le président d’« infondées et fausses ». Mais quand c’est votre propre département de la Justice qui évalue les allégations contre vous, la crédibilité de l’évaluation est nulle.
Steve Bannon, ancien stratège en chef de Trump. Des centaines de textos amicaux avec Epstein dans les mois précédant sa mort. Un projet de documentaire pour réhabiliter la réputation d’Epstein. Des heures d’entretiens filmés. Des montres Hermès Apple Watch à 1 499 dollars offertes par Epstein à Bannon et à son fils Sean. La relation Bannon-Epstein est l’une des plus troublantes de ces fichiers. L’architecte idéologique du trumpisme était en contact régulier avec le prédateur, acceptait ses cadeaux, planifiait de blanchir son image. Et dans un échange de 2018, les deux hommes discutaient des menaces de Trump de renvoyer le président de la Fed Jerome Powell — une conversation qui prend une dimension prophétique maintenant que Trump a nommé Kevin Warsh pour le remplacer.
Regardez cette liste. Le président. Son ancien stratège en chef. Son secrétaire au Commerce. Son choix pour la Réserve fédérale. Quatre des hommes les plus puissants de l’administration Trump apparaissent dans les fichiers d’un pédocriminel. Ce n’est pas un scandale. C’est une catastrophe institutionnelle. C’est la preuve que le réseau Epstein n’a pas seulement touché le pouvoir américain — il l’a pénétré.
Howard Lutnick et Kevin Warsh : le gouvernement actuel directement éclaboussé
Howard Lutnick, secrétaire au Commerce. Invité sur l’île d’Epstein en décembre 2012 pour un déjeuner. Son épouse a accepté avec enthousiasme, annonçant qu’ils arriveraient en yacht avec leurs enfants. En 2011, les deux hommes prenaient un verre ensemble. Lutnick a qualifié Epstein de « dégoûtant » et de « plus grand maître chanteur de tous les temps » en octobre 2025, affirmant avoir coupé les liens depuis longtemps. Mais les documents contredisent cette version. Un porte-parole du Commerce affirme qu’il a eu des « interactions limitées » avec Epstein, toujours « en présence de sa femme ». Kevin Warsh, le choix de Trump pour la Réserve fédérale, figure sur une liste d’invités pour un rassemblement de Noël d’Epstein en 2010. Le futur patron de la politique monétaire mondiale sur une liste de Noël d’un trafiquant sexuel. Kathy Ruemmler, ancienne conseillère juridique d’Obama et actuelle directrice juridique de Goldman Sachs, est invitée à un rassemblement en mars 2018 avec Epstein, Lajcak et Bannon. Elle a déclaré en 2023 : « Je regrette d’avoir connu Jeffrey Epstein. »
Le monde du spectacle et du sport : Clinton, Tisch et les photos qui hantent
Bill Clinton : les images d’un ancien président dans l’orbite du prédateur
Bill Clinton, 42e président des États-Unis. Les fichiers contiennent certaines des images les plus accablantes de cette affaire. Clinton dans un jacuzzi avec une personne dont l’identité est caviardée. Clinton nageant avec Ghislaine Maxwell et une femme non identifiée. Clinton allongé dans un bain à remous avec un autre individu anonymisé. Clinton assis, les bras autour d’une femme dont le visage a été masqué. Clinton et Maxwell aux Winston Churchill War Rooms à Londres. Clinton avec Mick Jagger et Kevin Spacey dans l’entourage d’Epstein. Photo après photo, la même scène se répète : un ancien président dans des situations de proximité physique avec des personnes dont l’identité doit être protégée. Clinton a exprimé ses regrets et affirme n’avoir eu connaissance d’aucune activité criminelle. Mais le volume d’images raconte une histoire de fréquentation régulière, soutenue et documentée.
Le DOJ de Trump a instrumentalisé ces images. Deux porte-parole ont publié sur les réseaux sociaux des clichés qu’ils affirmaient montrer Clinton avec des victimes d’Epstein. Le chef de cabinet adjoint de Clinton a accusé la Maison-Blanche de tenter de « se protéger » en détournant l’attention. Cette guerre des images entre Républicains et Démocrates est le signe le plus clair que l’affaire Epstein a été entièrement absorbée par la machine partisane américaine. Les victimes ne sont plus des personnes. Elles sont devenues des munitions politiques.
Deux anciens présidents dans les fichiers Epstein. L’un Démocrate, l’autre Républicain. L’un dans un jacuzzi, l’autre qualifié de « chien qui n’aboie pas ». La pédocriminalité n’a pas de couleur politique. Mais son exploitation cynique, elle, en a toutes. Et dans le cirque partisan américain, les victimes sont toujours les dernières à parler.
Steve Tisch et le monde du sport : la NFL dans l’ombre d’Epstein
Steve Tisch, copropriétaire des New York Giants, producteur de cinéma oscarisé. Les e-mails de 2013 le montrent en train de discuter de plusieurs femmes avec Epstein et de demander des détails sur une « fille ukrainienne » rencontrée chez le prédateur. Le mot « fille » — pas « femme », pas « associée » — dans le contexte de la maison d’Epstein, est un signal d’alarme que personne ne peut ignorer. Tisch dit regretter « profondément » d’avoir connu Epstein et n’être « jamais allé sur son île ». Mais la question n’est pas de savoir s’il est allé sur l’île. La question est de savoir ce que signifie demander des « détails » sur une jeune femme dans la maison d’un trafiquant sexuel. D’autres célébrités figurent dans les photos des fichiers : Michael Jackson, Mick Jagger, Kevin Spacey, Chris Tucker, Sarah Ferguson, Walter Cronkite, Richard Branson, Woody Allen, Larry Summers. Chaque nom est une brique dans le mur qui protégeait Epstein.
Le monde académique : Harvard, Martin Nowak et le Bureau 610
Quand neuf millions de dollars achètent un bureau et un badge dans la plus grande université du monde
La liste des noms ne se limite pas aux politiques et aux milliardaires. Elle s’étend au monde académique, et la révélation est tout aussi dévastatrice. Martin Nowak, professeur de mathématiques à Harvard, a créé en 2003 le Programme de dynamique évolutionnaire grâce à un don de 6,5 millions de dollars d’Epstein. Au total, Harvard a accepté plus de 9 millions de dollars du prédateur en une décennie. En échange, Epstein avait un bureau personnel — le Bureau 610, surnommé « Jeffrey’s Office » — dans le bâtiment du programme. Il disposait d’un badge d’accès illimité, contournant les règles de sécurité du campus. Il avait visité Harvard plus de 40 fois. Il rencontrait des chercheurs pour écouter leurs travaux. Un pédocriminel condamné qui se promenait librement dans les couloirs de la plus prestigieuse université du monde, avec son propre bureau et son propre badge.
En 2021, Harvard a sanctionné Nowak, lui interdisant de démarrer de nouvelles recherches ou de superviser des étudiants pendant au moins deux ans. Les derniers fichiers publiés contiennent un e-mail de 2018 de l’assistante d’Epstein demandant des nouvelles d’un badge d’accès manquant pour le bureau de Nowak. Ce détail — un badge manquant pour le bureau d’un professeur dans une université de l’Ivy League, réclamé par l’assistante d’un pédocriminel — est le genre de détail qui devrait faire exploser toute confiance résiduelle dans l’intégrité des institutions académiques américaines. Si Harvard — Harvard ! — a pu être infiltrée par l’argent d’Epstein, quelle institution est à l’abri ?
Un bureau au nom d’un pédocriminel dans les murs de Harvard. Des chercheurs qui présentaient leurs travaux à un trafiquant sexuel. Neuf millions de dollars d’argent sale transformés en programmes de recherche. Si les universités sont les temples du savoir, alors Epstein a profané le plus grand de tous. Et Harvard a tenu la porte ouverte.
Le monde diplomatique : Lajcak et la contagion mondiale des fichiers Epstein
La Slovaquie tremble : une démission qui secoue l’Europe
La liste des noms ne respecte pas les frontières. Miroslav Lajcak, ancien président de l’Assemblée générale des Nations Unies, ancien ministre des Affaires étrangères slovaque et conseiller en sécurité nationale du Premier ministre Robert Fico, a démissionné le 31 janvier 2026. Les fichiers montrent qu’Epstein l’avait invité à dîner et à d’autres réunions en 2018. Un e-mail de mars 2018 du bureau d’Epstein invite Kathy Ruemmler à un rassemblement avec Epstein, Lajcak et Bannon. Lajcak n’est accusé d’aucun méfait. Il affirme que ses contacts faisaient partie de ses fonctions diplomatiques et avaient eu lieu avant l’ouverture de l’enquête américaine sur Epstein. Mais les partis d’opposition slovaques et un partenaire nationaliste de la coalition au pouvoir ont exigé sa démission. Et il est tombé.
Ce qui est remarquable dans la chute de Lajcak, c’est le contraste avec ce qui se passe aux États-Unis. Un haut responsable européen démissionne pour un dîner. Aux États-Unis, le président reste en place malgré la qualification de « chien qui n’aboie pas ». Le secrétaire au Commerce reste en place malgré le yacht familial vers l’île. Le conseiller reste en place malgré les montres Hermès. Le futur patron de la Fed est nommé malgré la liste de Noël. Ce que la liste des noms révèle, ce n’est pas seulement qui fréquentait Epstein. C’est qui est tenu responsable — et qui ne l’est pas. Et cette asymétrie est la preuve la plus accablante que l’Amérique a un système de justice à deux vitesses.
En Slovaquie, un dîner coûte une carrière. En Amérique, une île ne coûte qu’un communiqué de presse. Quand je lis cette liste de noms, ce qui me frappe le plus, ce n’est pas les noms eux-mêmes. C’est l’impunité absolue qui les entoure. Chacun de ces hommes continue de vivre sa vie comme si Epstein n’avait jamais existé. Et c’est peut-être la plus grande insulte aux victimes.
Le réseau international d’Epstein : des tentacules qui dépassent les frontières américaines
La liste révèle un réseau profondément international. Andrew Mountbatten-Windsor, ancien prince britannique, invitait Epstein au palais de Buckingham et demandait à Maxwell de lui trouver de « nouvelles amies inappropriées ». Lajcak, slovaque, dînait avec Epstein à New York. Epstein opérait depuis les Îles Vierges américaines, New York, Palm Beach, Paris, Londres, Saint-Barthélemy. Son réseau traversait l’Atlantique comme un câble sous-marin de corruption et d’exploitation. Et à chaque nœud de ce réseau, un nom puissant. Un diplomate. Un prince. Un milliardaire. Ce que cette cartographie dit sur le pouvoir mondial, c’est que les élites ne sont pas nationales. Elles sont transnationales. Et leur impunité l’est aussi.
La monarchie britannique : Andrew et l'effondrement d'une institution séculaire
Le prince déchu et le témoignage posthume de Virginia Giuffre
Aucun nom sur cette liste n’a eu des conséquences aussi concrètes que celui d’Andrew Mountbatten-Windsor. L’ancien prince Andrew, frère du roi Charles III, a été dépouillé de tous ses titres royaux en octobre 2025. Il a été forcé de quitter le Royal Lodge. Il n’est plus prince. Il n’est plus duc. Il est un simple citoyen britannique dont le nom est associé pour l’éternité à celui d’un pédocriminel. Les fichiers confirment les liens profonds : l’invitation au palais de Buckingham en septembre 2010, l’e-mail du 16 août 2001 à Maxwell demandant « de nouvelles amies inappropriées », les photos troublantes. Et surtout, le témoignage posthume de Virginia Giuffre, morte le 25 avril 2025, qui raconte dans « Nobody’s Girl » avoir été violée par Andrew à 17 ans. Trois fois.
Virginia Giuffre avait été recrutée par Maxwell alors qu’elle était adolescente. Elle avait été présentée à Andrew à Londres en mars 2001. Elle avait engagé des poursuites en 2021. Andrew avait payé plusieurs millions de dollars pour éviter un procès. Il a toujours nié. Mais son silence, ses millions versés, et maintenant les fichiers du DOJ, dessinent un portrait que plus personne ne peut contester. Le roi Charles III a agi. Il a tranché. Il a sacrifié son propre frère pour sauver la monarchie. C’est un acte d’une brutalité institutionnelle rare. Et c’est peut-être le seul acte de vraie justice que cette affaire ait produit — ironiquement, pas de la part d’un tribunal, mais de la part d’un roi.
Virginia Giuffre est morte. Son livre est sorti. Et ses mots résonnent plus fort que jamais. Elle avait écrit, avant de mourir : « Si je venais à décéder, je voudrais m’assurer que ce livre soit publié. » Son dernier acte a été de faire en sorte que la vérité lui survive. Quand un système entier refuse de rendre justice aux victimes, c’est une morte qui finit par le faire. Voilà ce que cette liste de noms dit vraiment sur le pouvoir.
Ce que la liste dit sur le pouvoir : une analyse structurelle
Le réseau Epstein comme radiographie du capitalisme américain
Prenons du recul. Regardons cette liste dans son ensemble. Que voit-on ? On voit les quatre piliers du pouvoir américain, chacun infiltré par le réseau Epstein. Premier pilier : la technologie — Musk, Gates, Thiel, Brin, Hoffman. Deuxième pilier : la politique — Trump, Clinton, Bannon, Lutnick, Warsh, Ruemmler. Troisième pilier : la culture et le sport — Tisch, Jackson, Jagger, Spacey, Branson, Allen. Quatrième pilier : le savoir — Harvard, Nowak, le Bureau 610. Epstein n’a pas simplement fréquenté le pouvoir. Il l’a cartographié. Il l’a infiltré. Il l’a instrumentalisé. Son carnet d’adresses est la radiographie du capitalisme américain du XXIe siècle. Et cette radiographie montre une tumeur au centre de chaque organe vital.
Comment un seul homme a-t-il pu pénétrer simultanément la Silicon Valley, Wall Street, la Maison-Blanche, Hollywood, la NFL et Harvard ? La réponse est simple : l’argent. Epstein avait de l’argent. Des millions. Et cet argent ouvrait toutes les portes. Il finançait des recherches à Harvard. Il offrait des montres Hermès à Bannon. Il organisait des dîners avec des diplomates. Il invitait des familles en yacht sur son île. Chaque dollar était un hameçon. Et chaque hameçon attrapait un poisson plus gros que le précédent. Le système capitaliste américain, avec son culte de l’argent, de la réussite et des relations, était le terrain idéal pour un prédateur comme Epstein. Il n’a pas corrompu le système. Il a exploité sa corruption préexistante.
Le capitalisme américain repose sur un principe simple : l’argent parle. Dans le cas d’Epstein, l’argent ne parlait pas. Il hurlait. Il hurlait si fort que personne n’entendait les cris des adolescentes violées derrière les murs des villas de Palm Beach, sur les plages de Little Saint James, dans les couloirs du Bureau 610 à Harvard. Cette liste de noms n’est pas un scandale. C’est un diagnostic. Et le diagnostic est terminal.
L’absence de conséquences comme preuve ultime de la maladie du système
Mais le plus révélateur dans cette liste n’est pas les noms qui y figurent. C’est ce qui ne se passe pas après leur publication. Zéro inculpation nouvelle. Zéro démission aux États-Unis — seul Lajcak en Slovaquie a payé le prix. Zéro enquête parlementaire d’envergure. Le DOJ de Trump a même publié un mémo en juillet 2025 concluant qu’« aucune preuve crédible » n’existait qu’Epstein faisait du chantage. Un mémo dont le scepticisme a été partagé par des commentateurs aussi opposés qu’Alex Jones et John Oliver. Quand la droite conspirationniste et la gauche satirique sont d’accord pour dire que le gouvernement ment, c’est que le mensonge est évident.
Les victimes sacrifiées : le scandale dans le scandale
Des noms de survivantes exposés pendant que les prédateurs restent protégés
Au cœur de cette liste de puissants, il y a une absence déchirante : celle des victimes. Ou plutôt, une présence involontaire. Car le DOJ a commis ce que l’avocate Gloria Allred a qualifié de « désastre complet » : des noms de survivantes ont été révélés alors qu’elles n’avaient jamais rendu leur identité publique. Des femmes qui avaient été violées adolescentes par Epstein et son réseau se sont retrouvées identifiées dans des documents publics. Leurs agresseurs potentiels, eux, restent protégés derrière des caviardages soigneux. L’inversion est obscène. Les victimes sont exposées. Les bourreaux sont masqués. Le système qui devait les protéger les a revictimisées.
La représentante Julie Johnson, démocrate du Texas, ne mâche pas ses mots : elle n’est pas convaincue que cette publication représente « tous les fichiers » et dénonce le « distillage au compte-gouttes » comme une « dissimulation ». D’autres élus et survivantes ont critiqué les caviardages qu’ils jugent haphazards — protégeant certains associés d’Epstein tout en exposant les victimes. La liste des noms puissants est donc accompagnée d’une liste invisible : celle des femmes dont la vie privée a été violée une seconde fois par le même système qui avait échoué à les protéger la première fois. Cette double trahison est peut-être le verdict le plus accablant sur l’état de la justice américaine en 2026.
On m’a souvent dit que le journalisme d’opinion était un luxe. Que les « vrais » journalistes se contentent des faits. Mais les faits, les voici : des victimes exposées, des bourreaux protégés, des puissants en place, une justice absente. Et face à ces faits, le silence n’est pas de l’objectivité. C’est de la complicité. Alors oui, je prends position. Et ma position est simple : cette liste de noms est la preuve que le pouvoir, en Amérique, est au-dessus de la loi.
La liste complète : un inventaire pour l'histoire
Les noms que les trois millions de pages ont révélés au monde
Dressons l’inventaire. Pour l’histoire. Pour que personne ne puisse dire qu’il ne savait pas. Donald Trump, président des États-Unis — qualifié de « chien qui n’aboie pas » par Epstein. Elon Musk, PDG de Tesla et SpaceX — demandait quel jour serait « la fête la plus folle » sur l’île. Bill Gates, cofondateur de Microsoft — accusé d’infidélité dans des brouillons d’Epstein. Steve Bannon, ancien stratège de Trump — des centaines de textos amicaux, des montres Hermès, un projet de documentaire. Howard Lutnick, secrétaire au Commerce — déjeuner en yacht avec sa famille sur l’île. Kevin Warsh, futur président de la Fed — sur une liste de Noël d’Epstein. Kathy Ruemmler, directrice juridique de Goldman Sachs — invitée à un rassemblement avec Epstein et Bannon. Bill Clinton, ancien président — dans un jacuzzi, nageant avec Maxwell, les bras autour de femmes anonymisées.
Andrew Mountbatten-Windsor, ancien prince britannique — invitait Epstein à Buckingham, demandait des « amies inappropriées ». Steve Tisch, copropriétaire des New York Giants — demandait des détails sur une « fille ukrainienne ». Martin Nowak, professeur à Harvard — offrait un bureau et un badge à Epstein. Miroslav Lajcak, diplomate slovaque — invité à dîner par Epstein, démissionnaire. Peter Thiel, cofondateur de PayPal — invité dans les Caraïbes. Sergey Brin, cofondateur de Google — plans de rencontre avec Epstein et Maxwell. Et des dizaines d’autres : Michael Jackson, Mick Jagger, Kevin Spacey, Chris Tucker, Richard Branson, Woody Allen, Larry Summers, Sarah Ferguson. Voilà la liste. Voilà l’annuaire du pouvoir qui fréquentait un pédocriminel.
Cette liste est un monument. Un monument à la faillite morale d’une civilisation qui vénère le pouvoir et l’argent au-dessus de tout. Chaque nom est gravé dans le marbre de l’histoire. Et chaque nom porte en lui la question que les victimes posent depuis des années : si vous saviez, pourquoi n’avez-vous rien dit ? Si vous ne saviez pas, comment est-ce possible ?
Le pouvoir en Amérique après Epstein — la conclusion qui hante
Un système intouché malgré la plus grande divulgation de l’histoire
La liste est publique. Les noms sont connus. Les e-mails sont lus. Les photos sont vues. Et rien ne change. C’est la leçon définitive de l’affaire Epstein. En Amérique, le pouvoir n’est pas seulement au-dessus de la loi. Il est au-dessus de la vérité. Trois millions de pages de vérité documentée, et pas une seule conséquence pour les vivants qui figurent sur la liste. Epstein est mort. Maxwell est en prison. Virginia Giuffre est morte. Et tous les autres — les présidents, les milliardaires, les secrétaires d’État, les patrons de la tech, les princes déchus, les professeurs, les diplomates — continuent de vivre, de gouverner, de s’enrichir, de décider du sort du monde. La liste n’a rien changé. Et c’est cette immobilité face à l’avalanche de preuves qui constitue le verdict le plus accablant sur l’état du pouvoir en Amérique.
Peut-être qu’un jour, un procureur courageux ouvrira ces trois millions de pages et y trouvera les éléments pour des inculpations. Peut-être qu’un jour, un Congrès moins partisan lancera une commission d’enquête à la hauteur du scandale. Peut-être qu’un jour, les victimes obtiendront autre chose que des regrets et des communiqués de presse. Mais en ce 31 janvier 2026, en ce jour où la liste complète est enfin devant nos yeux, force est de constater que la justice américaine a échoué. Elle a échoué face au pouvoir. Elle a échoué face à l’argent. Elle a échoué face au réseau le plus toxique de l’histoire contemporaine. Et les noms sur cette liste — de Trump à Gates, de Musk à Clinton, de Bannon à Tisch, d’Andrew à Nowak — resteront gravés dans la mémoire collective comme la preuve que le pouvoir absolu corrompt absolument. Et que dans l’Amérique de 2026, cette corruption reste impunie.
On ferme ce dossier. On range ces trois millions de pages. On éteint l’écran. Et demain, les hommes de cette liste se lèveront, enfileraient leur costume, et continueront de diriger le monde. Comme si de rien n’était. Comme si Epstein n’avait jamais existé. Comme si les adolescentes violées sur son île n’avaient jamais crié. Mais Virginia Giuffre a crié. Elle a crié jusqu’à sa mort. Et son cri résonne encore dans chaque page de ces fichiers, dans chaque nom de cette liste, dans chaque silence de ces hommes puissants. Ce cri ne s’éteindra jamais. Et tant qu’il résonnera, cette liste sera notre accusation.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Cet article est une chronique d’opinion. Il reflète le point de vue personnel de son auteur, Maxime Marquette, et non une position éditoriale institutionnelle. Les faits rapportés s’appuient sur des sources vérifiables citées en fin d’article. L’analyse, les interprétations et le ton engagé relèvent de la liberté d’expression du chroniqueur. Le lecteur est invité à consulter les sources primaires pour se forger sa propre opinion.
Sources primaires
United States Department of Justice — Epstein Library
CBS News — Massive trove of Epstein files released by DOJ, including 3 million documents and photos
Fox Baltimore — LIST: Which public figures are in the Epstein files?
Sources secondaires
CNN — What 3 million new documents tell us about Trump’s ties to Jeffrey Epstein
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.