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ÉDITORIAL : 85 drones sur l’Ukraine — Moscow cible les civils même quand le monde regarde
Crédit: Adobe Stock

Alabuga : l’usine qui redéfinit la guerre

Pour comprendre la logique derrière les 85 drones de cette nuit, il faut comprendre Alabuga. C’est le nom de la ville russe où la Russie a construit l’une des plus grandes usines de production de drones kamikaze du monde. À l’origine, ces engins étaient iraniens — du modèle Shahed-136, conçu à Téhéran pour une utilisation militaire locale. Depuis que la Russie a acquis les droits de production et la technologie en 2022-2023, elle a commencé à les reproduire en masse. Aujourd’hui, l’usine d’Alabuga produit plusieurs variantes : le Geran-2 (copie directe du Shahed-136), le Geran-3 (version propulsée par un réacteur, plus rapide, plus difficile à intercepter), et récemment les Geran-4 et Geran-5, testés à la fin de 2025. La dernière génération integre des caméras en direct, des modems radio, et même des missiles sol-air — les transformant en drones multi-rôles qui peuvent à la fois attaquer et menacer les avions ukrainiens qui tentent de les neutraliser.

Le coût unitaire de ces drones reste le point clé de la stratégie russe. Un Shahed coûte entre 20 000 et 50 000 dollars. Un missile de défense aérienne moderne utilisé pour l’abattre coûte plusieurs centaines de milliers de dollars. La logique est simple mais brutale : la Russie peut se permetter de perdre des dizaines de drones par nuit, tant que chaque intercepteur utilisé par l’Ukraine représente une ressource irremplacée qui s’étrécie. C’est une guerre d’attrition menée depuis le ciel. Et d’après les données du Centre de Recherche de Sciences Internationales (CSIS) de Washington, cette stratégie fonctionne, au moins en termes de pression : les forces de défense ukrainiennes sont soumises à une contrainte permanente, chaque nuit, sans relâche. Le 30 janvier, les 64 drones abattus représentent un taux d’interception de 75% — un résultat impressionnant, mais qui laisse quand même 21 engins toucher leur cible. Et ces 21 drones sont suffisants pour détruire des maisons, des ponts, des transformateurs, et la vie de ceux qui se trouvaient derrière.

On parle souvent de « chiffres » dans cette guerre. Des pourcentages. Des taux d’interception. Comme si c’était un jeu de statistiques. Mais chaque drone qui passe à travers les mailles — chacun des 21 drones qui ont touché leur cible cette nuit — représente un quartier détruit, une famille réveillée par une explosion, des enfants qui n’ont jamais demandé à naître dans cette réalité. Je refuse de réduire cette attaque à un exercice mathématique. Derrière chaque « point de touche », il y a un visage que personne ne montre à la télévision mondiale.

La stratégie de saturation : noyer l’adversaire dans le volume

La campagne de drones russe ne cherche pas à être précise. Elle cherche à submerger. C’est ce que les analystes appellent la doctrine de « saturation aérienne » — lancer tellement d’engins que même un système de défense parfait ne pourra pas tout intercepter. En janvier 2026, l’Ukraine a détruit au total 9 707 cibles aériennes russes, dont 79 missiles de divers types. Ce chiffre impressionnant illustre à quel point la pression est intense : presque 10 000 interceptations en un mois. Mais la logique russe est clairement posée : pour chaque drone abattu, un autre est lancé le lendemain. Et le lendemain du lendemain. Et ainsi de suite, chaque nuit, sans jamais s’arrêter. Le CSIS souligne que depuis septembre 2024, la Russie a multiplié ses lancements de drones par cinq — passant de 200 par semaine à plus de 1 000 par semaine en mars 2025. Le résultat net : une forme de terrorisme aérien systématique qui force les millions d’Ukrainiens à se réveiller chaque matin avec l’incertitude de savoir si leur quartier a survécu la nuit.

Dans cette logique de saturation, les drones ne sont pas tous identiques. Parmi les 85 engins lancés le 30 janvier, environ 55 étaient du type Shahed — les classiques. Les autres étaient des Gerbera (utilisés comme leurres pour distraire les défenses), des Italmas et d’autres variantes plus récentes. Cette diversité n’est pas anodine : elle force les forces de défense aérienne à s’adapter constamment, à recalculer leurs priorités en temps réel, à décider en fractions de seconde quel engin intercepter en premier. C’est une guerre informationnelle autant que militaire — et la Russie l’a bien comprise. Chaque nuit est une nouvelle equation à résoudre pour les défenseurs ukrainiens, avec des variables qui changent perpétuellement.

On pourrait croire que cette guerre aérienne est froide, technologique, détachée. Deux côtés qui jouent une partie d’échecs avec des drones et des missiles. Mais imaginez. Vous êtes dans votre maison, à Kyiv ou à Zaporizhzhia, il fait moins 8 degrés dehors. Votre chauffage fonctionne à peine parce que la dernière vague de frappe a détruit un transformateur. Et à 17h40, les sirènes retentissent. Encore. Vous ne savez pas combien de drones sont en l’air. Vous ne savez pas si votre quartier sera touché. Vous attendez. C’est la vie dans l’Ukraine de janvier 2026. Chaque nuit. Sans exception.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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