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ÉDITORIAL : « Arrêtez Obama maintenant !!! » — Quand un président en exercice bascule dans la chasse aux sorcières fascisante
Crédit: Adobe Stock

Le mécanisme de la désinformation présidentielle

Il y a une méthode dans la folie de Trump. Une mécanique parfaitement huilée qui transforme des documents ambigus en armes de destruction massive contre la vérité. Le processus est toujours le même : d’abord, un loyaliste placé à un poste stratégique — ici Tulsi Gabbard à la tête du renseignement national — déclassifie des documents en les sortant de leur contexte. Ensuite, ces documents sont présentés avec un langage hyperbolique et inflammatoire lors de conférences de presse soigneusement orchestrées. Puis Trump s’empare du récit sur Truth Social, l’amplifie, le déforme, le pousse jusqu’à l’absurde — « Arrêtez Obama !!! » — et le cycle médiatique fait le reste. Les chaînes d’information en continu débattent du contenu des accusations plutôt que de leur légitimité. Les républicains au Congrès hochent la tête avec la docilité de marionnettes aux fils sectionnés. Et la vérité, cette pauvre vérité essoufflée, arrive toujours en retard, quand l’attention publique s’est déjà déplacée vers le prochain scandale.

Ce que PolitiFact a documenté avec une précision chirurgicale, c’est que Trump « déforme faussement une évaluation de l’ère Obama sur l’ingérence électorale russe pour la qualifier de coup d’État ». La distinction est fondamentale et elle est délibérément oblitérée : personne dans l’administration Obama n’a jamais prétendu que des pirates russes avaient modifié les résultats du vote ou piraté les infrastructures électorales à grande échelle. L’évaluation de 2017 portait sur l’influence russe — les réseaux de désinformation sur les médias sociaux, les campagnes de piratage et de fuites, les fermes de trolls russes, et d’autres opérations psychologiques menées par des acteurs russes. Confondre les deux — comme le fait Trump — c’est comme accuser quelqu’un d’avoir volé votre voiture alors qu’on l’a accusé d’avoir rayé votre pare-chocs. La mauvaise foi est colossale.

Trump ne ment pas par accident. Il ne déforme pas les faits par maladresse. Il construit méthodiquement un récit alternatif où il est la victime éternelle, où ses ennemis sont des traîtres, et où quiconque ose vérifier les faits devient complice du « complot ». C’est la propagande à l’état pur — et elle fonctionne.

Les experts qui démontent le château de cartes

Le sénateur Mark Warner, vice-président du Comité sénatorial du renseignement, n’a pas mâché ses mots : « Il n’est malheureusement pas surprenant que la DNI Gabbard, qui avait promis de dépolitiser la communauté du renseignement, instrumentalise une fois de plus sa position pour amplifier les théories du complot électorales du président. » Ces mots portent un poids particulier quand on sait qu’en 2020, un comité sénatorial dirigé par les républicains avait confirmé les conclusions du renseignement : la Russie s’est bien ingérée dans l’élection de 2016 et a bien cherché à favoriser Trump plutôt que Hillary Clinton. Ce n’est pas une opinion démocrate. C’est la conclusion bipartisane du Sénat américain. Mais dans l’univers parallèle de Trump, les faits ne comptent pas. Seul le récit compte. Et le récit dit : Obama est un traître.

Des experts juridiques ont également souligné une évidence que Trump ignore avec superbe : le mot « trahison » a une définition constitutionnelle précise. La trahison, selon la Constitution américaine, ne peut survenir qu’en temps de guerre ou lors d’une rébellion armée contre le gouvernement. Aucune des accusations portées par Trump ou Gabbard ne se rapproche, même de loin, de cette définition. Mais Trump n’utilise pas le mot « trahison » dans un sens juridique. Il l’utilise comme un marteau émotionnel, un outil de propagande destiné à déshumaniser son adversaire et à légitimer sa persécution. Et ça, c’est un mécanisme fascisant vieux comme le monde.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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