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ÉDITORIAL : Le mirage à 175 milliards de Donald Trump ou comment vendre du vent à l’Amérique
Crédit: Adobe Stock

Le discours de la forteresse impénétrable

Janvier 2025. Donald Trump, fraîchement réinvesti à la Maison-Blanche, convoque les médias pour une annonce majeure. Le décor est planté avec soin. Des drapeaux américains partout. Des généraux en uniforme dans le fond de la salle. Une ambiance de grande décision stratégique. Et puis Trump arrive, avec ce sourire satisfait qu’il arbore quand il s’apprête à dévoiler quelque chose qu’il juge génial. Il commence par rappeler les menaces qui pèsent sur l’Amérique. Les missiles hypersoniques russes. Les missiles balistiques chinois. Les drones iraniens. Les missiles nord-coréens. Le monde est dangereux, dit-il. L’Amérique doit se protéger. Et pour ça, il a la solution ultime : le « Dome d’Or », un bouclier antimissile qui couvrira tout le territoire américain. 500 sites équipés des technologies les plus avancées. Des radars capables de détecter n’importe quelle menace à des centaines de kilomètres. Des intercepteurs capables de détruire n’importe quel missile en vol. Une protection totale. Une sécurité absolue. Le rêve américain version défense.

Le prix ? 175 milliards de dollars. Une somme colossale, reconnaît-il, mais un investissement nécessaire pour la sécurité nationale. Et puis, ajoute-t-il avec ce ton de vendeur de voitures d’occasion qui vient de vous faire une super affaire, cet argent restera en Amérique. Il créera des emplois. Il enrichira les entreprises américaines. Il renforcera l’industrie de la défense. Tout le monde sera gagnant. Les Américains seront protégés. L’économie sera stimulée. Et l’Amérique redeviendra la première puissance militaire incontestée du monde. Les applaudissements éclatent. Les journalistes se précipitent pour poser leurs questions. Les experts de la défense commencent à analyser le projet. Et dans les salles de marché, les actions de Lockheed Martin, Raytheon, Northrop Grumman et Anduril s’envolent. Le Dome d’Or vient de naître. Et tout le monde y croit. Ou fait semblant d’y croire.

Moi, en écoutant ce discours, j’ai eu un flash. Je me suis rappelé toutes les fois où Trump avait promis des choses grandioses qui n’ont jamais vu le jour. Le mur à la frontière mexicaine que le Mexique devait payer. L’infrastructure modernisée qui devait transformer l’Amérique. Les emplois manufacturiers qui devaient revenir par millions. À chaque fois, le même schéma. Des promesses pharaoniques. Des chiffres astronomiques. Des délais irréalistes. Et puis rien. Ou presque rien. Juste assez pour dire qu’on a essayé. Alors quand j’ai entendu parler de 500 sites antimissiles pour 175 milliards, j’ai su. J’ai su qu’on allait droit dans le mur. Encore une fois.

Les technologies miracles promises

Dans le discours de Trump, tout semble simple. Des intercepteurs de nouvelle génération vont être déployés à travers le pays. Des systèmes capables de détruire n’importe quelle menace aérienne. Des missiles hypersoniques ? Pas de problème, on les abat. Des missiles balistiques intercontinentaux ? Facile, on les neutralise. Des drones furtifs ? On les repère et on les pulvérise. Le Dome d’Or sera omniscient et omnipotent. Rien ne passera à travers ses mailles. L’Amérique sera invulnérable. Les entreprises de défense sont citées avec enthousiasme. Anduril et ses intercepteurs Roadrunner réutilisables. Lockheed Martin et ses systèmes THAAD éprouvés. Raytheon et ses décennies d’expérience en défense antimissile. Chacun apporte sa pierre à l’édifice. Chacun contribue à ce bouclier doré qui va changer la donne stratégique mondiale.

Sauf que dans la vraie vie, les choses sont un peu plus compliquées. Les intercepteurs Roadrunner d’Anduril ? Impressionnants sur le papier, mais encore en phase de développement. Ils n’ont pas encore été testés dans des conditions réelles de combat. Ils n’ont pas encore prouvé qu’ils pouvaient intercepter un missile hypersonique lancé à Mach 10 avec des manœuvres évasives. Les systèmes THAAD de Lockheed Martin ? Efficaces, certes, mais conçus pour intercepter des missiles balistiques en phase terminale, pas des missiles hypersoniques ou des drones furtifs. Et surtout, ces systèmes coûtent une fortune. Un seul intercepteur THAAD vaut plusieurs millions de dollars. Multipliez ça par le nombre d’intercepteurs nécessaires pour couvrir tout le territoire américain, et vous comprenez vite pourquoi le chiffre de 175 milliards n’est peut-être pas si délirant que ça. Sauf que pour l’instant, cet argent n’existe que dans les projections budgétaires. Il n’a pas été débloqué. Il n’a pas été alloué. Il dort quelque part dans les tiroirs du Congrès américain, en attendant qu’on décide vraiment de le dépenser.

Et c’est là que ça devient vraiment pathétique. On nous vend des technologies révolutionnaires qui n’ont pas encore fait leurs preuves. On nous promet une invulnérabilité totale alors qu’aucun système de défense au monde n’est parfait. On nous parle de 500 sites comme si c’était aussi simple que d’ouvrir 500 Starbucks à travers le pays. Et pendant ce temps, les vrais experts en défense, ceux qui connaissent vraiment le sujet, ils se grattent la tête en se demandant comment on va faire pour que tout ça fonctionne. Parce qu’ils savent, eux, que la défense antimissile, c’est une science complexe. Que les taux d’interception sont loin d’être de 100%. Que chaque intercepteur coûte une fortune. Que les adversaires développent des contre-mesures pour déjouer ces systèmes. Mais bon, tout ça, c’est trop compliqué pour un discours présidentiel.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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