Un président mentionné des milliers de fois
Le nom de Donald Trump apparaît des milliers de fois dans les documents publiés à ce jour. Todd Blanche s’est empressé de préciser que la majorité de ces mentions proviennent d’articles de presse archivés dans les dossiers. Comme si cela changeait quoi que ce soit. Comme si la présence obsédante du nom du président actuel dans les fichiers d’un réseau pédocriminel était un détail sans importance. Les documents révèlent qu’Epstein et Trump échangeaient, que le financier parlait du futur président dans ses correspondances, que des vols sur le jet privé d’Epstein incluaient Trump comme passager dans les années 1990.
Un document FBI daté d’octobre 2020 contient une allégation de viol impliquant Trump. Le document ne nomme pas la source, les détails sont caviardés. Mais les mots sont là, noir sur blanc : quelqu’un a déclaré aux autorités que « Donald J. Trump l’avait violée avec Jeffrey Epstein ». Un chauffeur de limousine rapporte une conversation téléphonique « très préoccupante » en 1995 où Trump répétait le prénom « Jeffrey » et faisait référence à « abuser d’une fille ». Le DOJ a brièvement retiré puis republié un fichier contenant un tableau récapitulatif des plaintes reçues par le FBI mentionnant Epstein et Trump. Pourquoi ce retrait ? Pourquoi cette republication ? Personne n’a répondu.
On nous dit que ces allégations sont « non vérifiées » et « non fondées ». Peut-être. Mais alors pourquoi les cacher ? Pourquoi cette danse grotesque de publication, retrait, republication ? Si ces accusations sont fausses, qu’elles soient exposées au grand jour pour être démontées. Si elles sont vraies… eh bien, c’est peut-être pour ça qu’on les cache.
La plainte de 2016 que personne ne veut mentionner
Il y a une histoire que les médias américains évitent comme la peste. En 2016, une femme sous le pseudonyme « Jane Doe » a déposé une plainte au tribunal fédéral de Manhattan contre Donald Trump et Jeffrey Epstein. Elle affirmait avoir été violée par les deux hommes lors de soirées chez Epstein à New York durant l’été 1994. Elle avait 13 ans. Dans sa déclaration sous serment, elle décrivait une « attaque sexuelle sauvage » où Trump l’aurait attachée à un lit, frappée au visage et violée malgré ses supplications. Epstein l’aurait violée à son tour et les deux hommes se seraient disputés pour savoir qui aurait dû prendre sa virginité.
La plainte incluait deux témoignages sous serment. Celui de « Tiffany Doe », une employée d’Epstein qui affirmait avoir été témoin de quatre rencontres sexuelles forcées entre la plaignante et Trump. Et celui de « Joan Doe », une camarade de classe à qui la victime aurait raconté les faits à l’époque. La plainte a été abandonnée en novembre 2016, quelques jours avant l’élection présidentielle. L’avocate de la plaignante, Lisa Bloom, avait annoncé qu’une conférence de presse où « Jane Doe » devait s’exprimer avait dû être annulée. La plaignante n’a plus jamais été entendue. Trump a toujours nié catégoriquement ces accusations. Mais dans les nouveaux documents du DOJ, une plainte de janvier 2020 d’une autre « Jane Doe » détaille des abus similaires aux mains d’Epstein et Maxwell, incluant une rencontre avec Trump en 1994 où Epstein lui aurait présenté la victime alors âgée de 14 ans en demandant : « Celle-là est bien, non ? »
Section 3 : Les puissants et leurs alibis
Elon Musk et l’invitation à l’île
Les documents révèlent des échanges de courriels entre Jeffrey Epstein et Elon Musk en 2012 et 2013. Le milliardaire de la Tesla et de SpaceX, aujourd’hui conseiller de l’ombre de Trump, avait écrit : « Quel jour/nuit sera la fête la plus folle sur ton île ? » En décembre 2013, Musk informait Epstein qu’il serait dans les parages des îles Vierges britanniques pendant les fêtes et demandait un bon moment pour visiter. Epstein répondait : « N’importe quel jour du 1er au 8 ». Musk a toujours nié s’être rendu sur l’île. En 2025, quand les démocrates de la Chambre ont publié un calendrier d’Epstein mentionnant une potentielle visite de Musk, ce dernier a posté sur X : « Epstein a essayé à plusieurs reprises de me faire venir sur son île et J’AI REFUSÉ. »
Mais les courriels racontent une autre histoire. Celle d’un Musk apparemment enthousiaste à l’idée de participer aux « fêtes les plus folles ». On ne sait pas s’il s’y est finalement rendu. Les documents ne le disent pas. Musk n’a pas répondu aux demandes de commentaires des journalistes ce vendredi 30 janvier. Le silence, parfois, est plus éloquent que les mots. Dans les mêmes documents, on trouve des échanges entre Epstein et Howard Lutnick, actuel secrétaire au Commerce de Trump. Epstein l’invitait à déjeuner sur son île avec sa famille en décembre 2012. L’épouse de Lutnick avait accepté, précisant qu’ils arriveraient en yacht avec leurs enfants. Lutnick affirme avoir coupé les ponts avec Epstein il y a des décennies, le qualifiant de « dégoutant ». Les documents suggèrent le contraire.
Ce qui me frappe, c’est la banalité de ces échanges. Ces hommes riches et puissants qui discutent de visites sur une île comme s’ils planifiaient un week-end à la campagne. Pas un mot sur ce qui s’y passait vraiment. Pas une once de gêne. Comme si violer des adolescentes était un détail négligeable dans l’agenda d’un milliardaire.
Steve Bannon et les centaines de textos
Les documents contiennent des centaines de messages texte amicaux entre Jeffrey Epstein et Steve Bannon dans les mois précédant la mort du financier en août 2019. Bannon, ancien stratège de Trump à la Maison-Blanche, échangeait des plaisanteries politiques avec le pédocriminel, discutait de déjeuners, de dîners et de petits-déjeuners ensemble. Le 29 mars 2019, Bannon demandait à Epstein s’il pouvait envoyer son avion privé le chercher à Rome. Epstein lui répondait que son pilote et son équipage faisaient de leur mieux pour organiser ce vol, mais que si Bannon pouvait trouver un vol charter, « je serai heureux de payer ». Puis : « Mes gars peuvent venir te chercher. Viens dîner. »
Ces échanges se poursuivaient alors qu’Epstein était déjà un délinquant sexuel condamné depuis 2008. Tout le monde savait. Les accusations de Virginia Giuffre étaient publiques. Le « Lolita Express », le surnom du jet privé d’Epstein, était connu de tous. Et pourtant, Bannon demandait à emprunter l’avion du prédateur. Bannon qui se présente aujourd’hui comme un champion de la lutte contre les élites pédocriminelles. Bannon qui a alimenté les théories QAnon sur les réseaux de trafic d’enfants impliquant les démocrates. Bannon qui textait tranquillement avec Jeffrey Epstein pour organiser des dîners.
Section 4 : La chute d'un prince
Andrew Mountbatten Windsor, l’homme sans titre
Parmi les dommages collatéraux de cette affaire, il y a un prince déchu. En octobre 2025, le roi Charles III a officiellement retiré tous les titres royaux à son frère Andrew. Plus de « Son Altesse Royale ». Plus de « duc d’York ». Plus de « comte d’Inverness ». Plus de « baron Killyleagh ». Juste « Andrew Mountbatten Windsor ». Un homme de 65 ans contraint de quitter son manoir de 30 pièces à Royal Lodge pour une résidence plus modeste sur le domaine de Sandringham. La dernière fois qu’un membre de la famille royale britannique a été ainsi déchu de ses titres remonte à 1917, quand le duc de Cumberland avait prêté allégeance à l’Allemagne pendant la Première Guerre mondiale.
Virginia Giuffre l’accusait d’avoir eu des relations sexuelles avec elle à trois reprises alors qu’elle avait 17 ans, sur ordre d’Epstein. Il a toujours nié. Mais en 2022, il a versé plusieurs millions de dollars pour éviter un procès civil à New York. Dans ses mémoires posthumes publiées le 21 octobre 2025, Virginia maintenait ses accusations. Elle décrivait un homme qui semblait croire que « coucher avec elle était son droit de naissance ». Le livre a fait l’effet d’une bombe. Une photographie publiée dans la presse montrait Epstein, Ghislaine Maxwell et Harvey Weinstein réunis dans les jardins de Royal Lodge lors du 18e anniversaire de Béatrice, la fille d’Andrew. Trois prédateurs sexuels dans le jardin d’un prince. La famille de Virginia Giuffre a salué la décision de Charles III : « Aujourd’hui, une fille américaine ordinaire issue d’une famille américaine ordinaire a fait tomber un prince britannique avec sa vérité et son courage extraordinaire. »
Virginia n’a pas vécu assez longtemps pour voir cette victoire. Elle s’est battue pendant des décennies contre des hommes qui pensaient que leur argent et leur pouvoir les rendaient intouchables. Elle a vu Epstein échapper à la justice avec un accord de plaidoyer scandaleux en 2008. Elle l’a vu mourir en prison avant son procès. Elle a dû se contenter d’un règlement financier au lieu d’un verdict. Et puis elle est partie. Et c’est maintenant, neuf mois après sa mort, que les documents affluent et que les princes tombent. Il y a quelque chose de profondément injuste là-dedans.
Maxwell, seule condamnée
Ghislaine Maxwell purge une peine de 20 ans de prison. Elle est la seule personne à avoir été condamnée en lien avec les crimes d’Epstein. Une seule. Sur un réseau qui a opéré pendant des décennies, qui a impliqué des dizaines de victimes, qui a bénéficié de la complicité de domestiques, de pilotes, de recruteurs, de propriétaires de résidences. Une seule. Les nouveaux documents mentionnent huit « co-conspirateurs » dans un mémo interne du FBI datant d’août 2019, cinq jours après la mort d’Epstein. Huit personnes identifiées. Aucune autre inculpation à ce jour. Todd Blanche a affirmé vendredi qu’il n’existait pas de « liste secrète de noms d’hommes qui ont abusé de femmes en lien avec Epstein » que le DOJ cacherait.
Les avocats des victimes ne le croient pas. Brad Edwards, qui représente des survivantes d’Epstein depuis plus de 20 ans, affirme que les noms de nombreuses victimes apparaissent non caviardés dans la dernière publication, y compris des femmes dont les noms n’avaient jamais été rendus publics. « Nous recevons des appels constants de victimes parce que leurs noms, bien qu’elles ne se soient jamais manifestées publiquement, viennent d’être publiés pour la consommation publique », a-t-il déclaré. Les victimes exposées. Les agresseurs protégés. Voilà la transparence version DOJ.
Section 5 : Les Clinton dans la tourmente
Bill et ses vols sur le Lolita Express
Les documents confirment ce que beaucoup soupçonnaient depuis des années. L’ancien président Bill Clinton a volé au moins 26 fois sur le jet privé d’Epstein selon les registres de vol. Certains vols incluaient Ghislaine Maxwell comme passagère. Des photographies publiées dans les premières tranches de documents montraient Clinton aux côtés de Maxwell. Dans une déposition de 2016, Epstein a invoqué le Cinquième Amendement — le droit de ne pas s’incriminer soi-même — à chaque question concernant l’ancien président. Pas de réponse. Juste le silence constitutionnel d’un homme qui savait ce que ses mots pourraient révéler.
Un courriel de 2009 d’une publiciste new-yorkaise à Epstein mentionne une fête chez Maxwell où « Bill Clinton et Jeff Bezos étaient présents ». Clinton a toujours affirmé avoir coupé les ponts avec Epstein bien avant que les accusations ne deviennent publiques. Il a toujours nié avoir eu connaissance des crimes du financier. Mais les questions s’accumulent. Le Comité de surveillance de la Chambre a voté le 21 janvier 2026 pour renvoyer Bill et Hillary Clinton devant la Chambre plénière pour un vote sur leur mise en accusation pour outrage au Congrès, après qu’ils n’ont pas respecté une assignation à comparaître.
On pourrait passer des heures à dresser la liste des puissants qui ont côtoyé Epstein. Démocrates, républicains, membres de la famille royale britannique, milliardaires de la tech, stars de Hollywood. La liste est interminable. Et c’est peut-être ça le plus effrayant. Ce n’était pas une aberration. C’était un système. Un réseau tissé au cœur même du pouvoir mondial. Et ce système, on nous demande de croire qu’il n’impliquait qu’une seule coupable : Ghislaine Maxwell.
Les emails qui ne mentent pas
Un message de mai 2015 montre Epstein proposant au cinéaste Woody Allen une « journée musée / visite de la Maison-Blanche » la semaine suivante. Obama était alors président. Allen répondait : « Avec mon casier judiciaire, je ne passerai jamais la sécurité. » La blague était censée faire rire. Elle fait froid dans le dos quand on sait ce qu’Epstein faisait à des adolescentes. Allen lui-même a été accusé par sa fille adoptive Dylan Farrow d’abus sexuels — accusations qu’il a toujours niées. Un message de septembre 2012 évoque la possibilité d’aller à Mar-a-Lago après Noël « au lieu de son île ». Mar-a-Lago. La résidence de Trump. L’endroit même où Virginia Giuffre avait été recrutée à 16 ans.
Les documents incluent également des correspondances avec l’ancienne conseillère juridique de la Maison-Blanche d’Obama, Kathryn Ruemmler. Dans un échange, Epstein la prévenait que les démocrates devaient cesser de diaboliser Trump comme une figure mafieuse, tout en qualifiant lui-même le président de « maniaque ». Le réseau d’Epstein traversait les lignes partisanes. Il ne s’agissait pas de politique. Il s’agissait de pouvoir. Et le pouvoir n’a pas de couleur.
Section 6 : La mort suspecte d'Epstein
Le leurre du fourgon mortuaire
Les nouveaux documents révèlent des détails troublants sur la mort d’Epstein dans sa cellule du Metropolitan Correctional Center de Manhattan le 10 août 2019. Un mémo du 16 août 2019 décrit comment les autorités pénitentiaires ont organisé une diversion pour les médias. Face à la « présence importante de médias » devant la prison après l’annonce du décès, les employés ont créé un faux corps avec des boîtes et des draps, l’ont chargé dans un fourgon blanc portant l’inscription du bureau du médecin légiste en chef, et ont laissé les journalistes le suivre. Pendant ce temps, le vrai corps d’Epstein était chargé dans un véhicule noir qui partait « sans être remarqué ».
Pourquoi cette mise en scène ? Pourquoi cette obsession du secret autour d’un cadavre ? Les documents montrent également qu’Epstein avait fait une possible tentative de suicide le 23 juillet 2019, deux semaines après son arrestation. Il avait été placé sous surveillance suicide pendant les deux premiers jours suivant son incarcération. Puis retiré de cette surveillance. Puis retrouvé mort. Les caméras de surveillance ne fonctionnaient pas. Les gardiens dormaient. Deux coïncidences de trop pour beaucoup d’observateurs. Une lettre prétendument écrite par Epstein et adressée au prédateur sexuel condamné Larry Nassar a été publiée puis retirée par le DOJ, qui a ensuite affirmé qu’il s’agissait probablement d’un faux. L’écriture ne correspondait pas. Le cachet postal venait de Virginie, pas de New York. L’enveloppe avait été traitée trois jours après le suicide. Quelqu’un a fabriqué cette lettre. Qui ? Pourquoi ?
Je ne suis pas complotiste. Je ne crois pas qu’Epstein a été assassiné par un escadron de la mort envoyé par des élites pédophiles. Mais je crois que quelqu’un, quelque part, avait intérêt à ce qu’il ne parle jamais. Et je crois que ce quelqu’un dort très bien la nuit pendant que nous nous noyons dans trois millions de pages qui ne répondent à aucune question essentielle.
Les huit co-conspirateurs fantômes
Un document interne du FBI créé en août 2019, cinq jours après la mort d’Epstein, liste neuf personnes comme famille ou associés du financier. Huit d’entre elles sont identifiées comme « co-conspirateurs ». Leurs noms et visages sont caviardés, à l’exception de Maxwell et de Jean-Luc Brunel, l’agent de mannequins français retrouvé pendu dans sa cellule parisienne en février 2022. Un autre suicide. Un autre homme qui emporte ses secrets dans la tombe. Le procureur de Manhattan Geoffrey Berman avait déclaré après la mort d’Epstein que « notre enquête sur les faits reprochés dans l’acte d’accusation — qui comprenait un chef de complot — reste en cours ».
Sept ans plus tard, aucune autre inculpation. Huit co-conspirateurs identifiés par le FBI. Zéro poursuites. Todd Blanche affirme qu’il n’existe pas de liste secrète. Mais alors, où sont ces huit personnes ? Que font-elles aujourd’hui ? Continuent-elles à vivre leurs vies de riches et de puissants pendant que les victimes continuent à souffrir ? Le représentant Robert Garcia « exige que Donald Trump publie les noms des co-conspirateurs de Jeffrey Epstein et des hommes puissants qui ont abusé, violé et trafiqué des femmes et des filles ». L’exigence restera probablement lettre morte.
Section 7 : Trump et la promesse trahie
De l’appel à la transparence au mur du silence
Sur la campagne électorale, Donald Trump avait fait de la publication des dossiers Epstein un cheval de bataille. Il avait alimenté les théories conspirationnistes, promis de révéler ce que le gouvernement cachait, joué sur la soif de vérité de ses partisans. Et puis il est revenu au pouvoir. Et soudain, la transparence est devenue un concept plus… nuancé. Le DOJ a raté la date limite du 19 décembre 2025 fixée par le Congrès pour publier tous les documents. La première publication ne contenait qu’une fraction des fichiers. Les caviardages étaient massifs — des pages entières noircies. Fox News rapportait que les rédactions incluaient des « personnalités politiquement exposées et des fonctionnaires gouvernementaux », bien que Blanche ait nié avoir caviardé les noms de politiciens ou de célébrités.
Moins de 24 heures après la première publication, 16 fichiers ont mystérieusement disparu de la page web publique sans explication. Un sondage Reuters de décembre 2025 révélait que seulement 23 % des Américains approuvaient la gestion de l’affaire Epstein par Trump. Un sondage CNN de janvier 2026 montrait que 49 % des Américains étaient insatisfaits de la quantité de documents publiés, seulement 6 % étaient satisfaits, et les deux tiers estimaient que le gouvernement cachait délibérément des informations. Trump avait promis la lumière. Il livre des ombres.
Il y a une ironie cruelle à voir Trump, qui a bâti une partie de sa base politique sur les théories QAnon et les accusations de pédocriminalité contre les élites démocrates, se retrouver à la tête d’un appareil d’État qui cache la moitié des dossiers d’un réseau pédocriminel dont il était un familier. Les partisans de QAnon réclamaient des révélations sur les prédateurs de l’élite. Leur champion leur livre trois millions de pages de bruit et trois millions de pages de silence.
La défense pathétique du DOJ
« Il n’y a pas de ‘protéger le président Trump‘. Nous n’avons protégé personne », a affirmé Todd Blanche face aux questions de la presse. La phrase sonne creux quand on sait que Blanche était l’avocat personnel de Trump avant d’être nommé procureur général adjoint. Le renard gardant le poulailler. Le DOJ a publié un communiqué préventif affirmant que « certains documents contiennent des allégations fausses et sensationnalistes contre le président Trump qui ont été soumises au FBI juste avant l’élection de 2020 ». Comment le DOJ peut-il affirmer que ces allégations sont « fausses » sans enquête approfondie ? Qui a déterminé leur fausseté ? Sur quelle base ?
Le représentant Ro Khanna, démocrate co-parrain de la loi sur la transparence, s’interroge : « Le DOJ dit avoir identifié plus de 6 millions de pages potentiellement concernées mais n’en publie qu’environ 3,5 millions après examen et caviardages. Cela soulève des questions sur les raisons pour lesquelles le reste est retenu. » Khanna cherche à savoir si les fichiers publiés incluent les entretiens du FBI avec les victimes, un projet d’acte d’accusation et des informations collectées par les procureurs lors d’une enquête de 2007 en Floride. Les questions restent sans réponse. La transparence promise reste un mirage.
Section 8 : Les victimes sacrifiées
Des noms révélés contre leur gré
Vingt femmes qui affirment avoir été victimes d’Epstein ont publié une déclaration commune critiquant le DOJ pour n’avoir pas publié tous les documents. Mais ce n’est pas leur seule critique. Leurs avocats rapportent que des noms et informations personnelles de nombreuses victimes apparaissent non caviardés dans cette dernière publication. Des femmes qui n’avaient jamais voulu être identifiées publiquement. Des femmes qui avaient reconstruit leurs vies dans l’anonymat. Des femmes dont les noms sont maintenant « publiés pour la consommation publique ». Le DOJ était censé protéger les victimes. C’était l’une des exceptions prévues par la loi. Les noms des agresseurs restent cachés. Les noms des victimes sont exposés.
Virginia Giuffre elle-même a vu son vrai nom apparaître non caviardé dans plusieurs endroits de la première publication de décembre 2025. Son avocate avait demandé des corrections. Le DOJ n’avait pas répondu pendant des jours. C’était déjà trop tard — Virginia était morte depuis des mois. Mais d’autres victimes vivantes subissent maintenant cette violation de leur vie privée. Le procureur fédéral de New York Jay Clayton a certifié qu’aucune information identifiant les victimes ne serait publiée sans caviardage. Cette certification semble avoir été aussi fiable que les promesses de transparence du gouvernement.
Je pense à ces femmes ce soir. Celles qui ont survécu à l’horreur, qui ont reconstruit leurs vies brique par brique, qui ont peut-être réussi à garder leur passé secret de leurs enfants, de leurs collègues, de leurs voisins. Et voilà que le gouvernement des États-Unis publie leurs noms pour que tout le monde puisse les lire. Les bourreaux sont protégés. Les victimes sont exposées. Si ce n’est pas la définition même de l’injustice, je ne sais pas ce qui l’est.
Le poids insupportable de la vérité
Virginia Giuffre s’est donné la mort après avoir porté seule le poids de cette bataille pendant des décennies. Sa famille a déclaré qu’elle s’était suicidée « après avoir souffert tout au long de sa vie des agressions sexuelles et du trafic sexuel » dont elle avait été victime. « En fin de compte, il est devenu insupportable pour Virginia de supporter le poids des agressions » subies. Elle avait 16 ans quand Maxwell l’avait recrutée. Elle avait 41 ans quand elle est morte. Vingt-cinq ans à se battre. Vingt-cinq ans à raconter la même histoire que personne ne voulait entendre. Vingt-cinq ans à voir ses agresseurs vivre libres et riches pendant qu’elle luttait contre ses démons.
Son père doute de la version officielle du suicide. Il affirme qu’elle lui avait dit à plusieurs reprises que si elle mourait dans des circonstances suspectes, il ne devrait pas y croire. Quelques semaines avant sa mort, elle avait été hospitalisée après un accident de voiture en Australie occidentale. Elle avait posté des images d’elle blessée en affirmant qu’il ne lui restait que quelques jours à vivre. La police et le chauffeur du bus impliqué dans l’accident avaient contesté cette version. Son agente avait précisé que Virginia ne s’était pas rendu compte que ses messages avaient été rendus publics. Quelque chose n’allait pas. Quelque chose n’allait plus depuis longtemps. Et personne n’a su — ou voulu — l’aider.
Section 9 : L'échec systémique
Un accord de plaidoyer qui a tout permis
En 2008, Jeffrey Epstein avait accepté un accord de plaidoyer avec les procureurs de Floride qui reste l’une des plus grandes hontes du système judiciaire américain. Condamné pour sollicitation de prostitution impliquant une mineure de 14 ans, il avait écopé de 13 mois de prison — avec des permissions de sortie quotidiennes pour aller travailler dans son bureau. Les victimes n’avaient pas été informées de l’accord, en violation de leurs droits. Le procureur qui avait négocié cet arrangement ? Alexander Acosta, qui deviendra plus tard secrétaire au Travail de Trump. Il a démissionné en 2019 quand l’affaire est revenue sur le devant de la scène. L’accord de 2008 accordait également une immunité aux « co-conspirateurs potentiels » d’Epstein. Qui étaient ces co-conspirateurs ? Nous ne le savons toujours pas. L’immunité continue de les protéger.
Ce n’est qu’en juillet 2019 qu’Epstein a été à nouveau inculpé, cette fois par les procureurs fédéraux de New York, pour trafic sexuel de mineures. Un mois plus tard, il était mort. Ghislaine Maxwell a été arrêtée en juillet 2020 et condamnée en décembre 2021. Elle purge 20 ans de prison tout en continuant à nier toute responsabilité. Elle est la seule. Une seule condamnation pour un réseau qui a opéré pendant des décennies, qui a impliqué des dizaines de complices identifiés, qui a détruit des centaines de vies. La justice américaine dans toute sa splendeur.
Je ne peux pas m’empêcher de penser que ce système n’a jamais voulu attraper les coupables. Il a voulu protéger les puissants. L’accord de 2008 n’était pas une erreur. C’était un choix. Le suicide d’Epstein n’était peut-être pas une conspiration, mais c’était certainement une aubaine pour beaucoup de gens. Et maintenant, la moitié des documents reste cachée. Pas par hasard. Par choix.
Les questions qui restent
Qui sont les huit co-conspirateurs identifiés par le FBI en 2019 ? Pourquoi aucun d’entre eux n’a été poursuivi ? Que contiennent les trois millions de pages que le DOJ refuse de publier ? Pourquoi Trump était-il mentionné dans des allégations de viol soumises au FBI ? Pourquoi Musk demandait-il quel soir serait la « fête la plus folle » sur l’île d’Epstein ? Pourquoi Bannon demandait-il à emprunter l’avion d’un pédocriminel condamné ? Pourquoi les victimes sont-elles exposées alors que les agresseurs sont protégés ? Pourquoi le gouvernement a-t-il créé un faux cadavre pour distraire les médias le jour de la mort d’Epstein ? Pourquoi des fichiers ont-ils disparu puis réapparu sur le site du DOJ ?
Ces questions resteront probablement sans réponse. C’est peut-être ça le plus révoltant. Pas ce que nous savons. Ce que nous ne saurons jamais. Les secrets emportés dans la tombe par Epstein. Par Brunel. Par Virginia Giuffre. Les secrets enfouis dans les trois millions de pages que personne ne lira jamais. Les secrets protégés par des avocats, des procureurs, des juges, des présidents. Le système fonctionne exactement comme il a été conçu pour fonctionner. Il protège les puissants. Il sacrifie les vulnérables. Et il nous demande d’applaudir la « transparence ».
Section 10 : Le cynisme au pouvoir
Blanche, l’avocat devenu procureur
Todd Blanche était l’avocat personnel de Donald Trump avant d’être nommé procureur général adjoint. Il l’a défendu dans plusieurs affaires criminelles, y compris le procès pour falsification de documents commerciaux à New York où Trump a été reconnu coupable. Et c’est cet homme qui supervise maintenant la publication des dossiers Epstein. C’est cet homme qui affirme que le DOJ n’a protégé personne. C’est cet homme qui déclare qu’il n’existe pas de documents secrets cachés. Le conflit d’intérêts est tellement flagrant qu’il en devient presque comique. Presque. Si le sujet n’était pas l’abus sexuel de centaines d’adolescentes.
La procureure générale Pam Bondi, qui chapeaute Blanche, a elle-même été interrogée par la Commission judiciaire du Sénat sur la gestion de l’affaire. Le directeur du FBI Kash Patel, lors de son audition de confirmation, avait déclaré : « J’ai vu de mes propres yeux les dossiers Epstein. Il n’y a pas de liste de clients. » Puis, questionné par le sénateur Adam Schiff, il a rétropédalé : « Je n’ai jamais dit qu’Epstein n’avait trafiqué personne d’autre. » Les auditions se succèdent. Les contradictions s’accumulent. La vérité s’éloigne.
Il y a une forme de génie maléfique dans tout ça. Confier l’enquête à l’ancien avocat de l’un des principaux protagonistes. Publier des millions de pages pour noyer l’essentiel dans le bruit. Crier à la transparence tout en cachant la moitié des documents. Exposer les victimes tout en protégeant les bourreaux. Ce n’est pas de l’incompétence. C’est de l’artisanat. L’artisanat du pouvoir qui se protège lui-même.
Un sondage qui dit tout
Deux tiers des Américains pensent que leur gouvernement cache délibérément des informations sur l’affaire Epstein. Deux tiers. Ce n’est pas une minorité de complotistes. C’est une majorité de citoyens qui ont perdu confiance. Et comment leur donner tort ? Quand le gouvernement rate une date limite légale, puis publie des documents incomplets, puis retire des fichiers pour les republier, puis expose les victimes tout en caviardant les agresseurs, puis nomme l’ancien avocat du président pour superviser le tout — comment faire confiance ? La confiance se mérite. Elle se construit par des actes, pas par des conférences de presse.
Le représentant Eric Swalwell, démocrate, a tweeté en octobre 2025 que « beaucoup de républicains de la Chambre » lui avaient confié en privé qu’ils n’avaient pas l’intention de continuer à défendre Trump sur ce dossier. L’un d’eux lui aurait dit : « Cette bombe Epstein est sur le point d’exploser. » Nous sommes en janvier 2026. La bombe a-t-elle explosé ? Ou a-t-elle été désamorcée par trois millions de pages de bruit et trois millions de pages de silence ?
Conclusion : Ce que nous refusons de voir
Un système qui fonctionne comme prévu
L’affaire Epstein n’est pas un scandale. C’est un miroir. Un miroir tendu à une société qui permet aux riches et aux puissants d’abuser des vulnérables en toute impunité. Epstein n’était pas un monstre isolé. Il était le produit d’un système. Un système où l’argent achète le silence. Où le pouvoir achète l’immunité. Où les victimes sont des dommages collatéraux acceptables. Ce système existe toujours. Il fonctionne toujours. Et trois millions de pages de documents ne changeront rien tant que les responsables resteront intouchables.
Virginia Giuffre s’est battue pendant vingt-cinq ans pour que la vérité éclate. Elle est morte neuf mois avant cette publication massive. Elle n’a jamais vu la chute du prince Andrew. Elle n’a jamais vu les documents qui confirment ce qu’elle répétait depuis des décennies. Elle n’a jamais eu la justice qu’elle méritait. Elle a eu des règlements financiers, des accords à l’amiable, des reconnaissances tacites. Jamais un verdict. Jamais une condamnation de ceux qu’elle accusait. Elle est partie en emportant le poids de ce combat. Et maintenant, les survivantes qui restent voient leurs noms publiés contre leur gré pendant que les agresseurs dorment tranquilles.
Je termine cet article avec un goût amer. Trois millions de pages publiées et nous ne savons toujours pas qui sont les co-conspirateurs. Nous ne savons toujours pas pourquoi le DOJ cache l’autre moitié. Nous ne savons toujours pas si les allégations contre Trump sont fondées ou non. Nous savons seulement que Virginia Giuffre avait raison. Elle avait raison sur Epstein. Elle avait raison sur Maxwell. Elle avait raison sur le prince Andrew. Et elle est morte avant de voir sa vérité reconnue. Quelque part, cette nuit, des hommes puissants vont s’endormir en sachant que leurs noms restent cachés dans ces trois millions de pages de silence. Et quelque part, des femmes brisées vont pleurer en découvrant que leurs noms, eux, ne le sont plus.
La question qui reste
Todd Blanche a dit quelque chose de vrai vendredi. « Il y a une faim, une soif d’information que je ne pense pas pouvoir satisfaire par l’examen de ces documents. » Il a raison. Cette soif ne sera jamais satisfaite. Parce que ce n’est pas une soif d’information. C’est une soif de justice. Et la justice, elle, reste introuvable dans ces millions de pages. La justice aurait été d’inculper les co-conspirateurs. La justice aurait été de protéger les victimes. La justice aurait été de laisser Virginia Giuffre voir ses bourreaux condamnés. La justice aurait été de publier tous les documents, sans exception, sans caviardage des noms des puissants. Cette justice-là, nous ne l’aurons jamais. Pas de ce gouvernement. Pas de ce système. Pas de cette société.
Et nous, qu’allons-nous faire ? Nous allons lire des articles, nous indigner pendant quelques jours, puis passer à autre chose. C’est ce que nous faisons toujours. C’est ce qu’ils comptent sur nous pour faire. Parce que tant que nous continuons à accepter l’inacceptable, le système continuera à fonctionner exactement comme il a été conçu. Pour protéger les puissants. Pour sacrifier les vulnérables. Pour nous demander d’applaudir la transparence pendant qu’ils cachent la moitié de la vérité. Et quelque part, dans une ferme d’Australie occidentale, trois enfants grandissent sans leur mère. Parce qu’elle a osé parler. Parce qu’elle a refusé de se taire. Parce qu’elle a porté seule le poids d’une vérité que personne ne voulait entendre. Virginia Roberts Giuffre. 1983-2025. Elle méritait mieux. Nous méritons tous mieux.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques de pouvoir, des scandales politiques et des dysfonctionnements systémiques qui façonnent nos sociétés. Mon travail consiste à décortiquer les mécanismes de protection des élites, à comprendre comment le pouvoir se perpétue et se protège, et à proposer des perspectives critiques sur les événements qui redéfinissent notre rapport à la justice et à la vérité.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et politique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqué officiel du Département de la Justice américain, conférence de presse du procureur général adjoint Todd Blanche du 30 janvier 2026, documents publiés sur le site justice.gov, texte de l’Epstein Files Transparency Act.
Sources secondaires : ABC News, Al Jazeera, The Boston Globe, NBC News, CBS News, NPR, CNN, The Washington Post, TIME Magazine, Wikipedia (pour la compilation chronologique des événements).
Les données statistiques citées proviennent de sondages Reuters et CNN. Les informations sur la plainte Jane Doe v. Trump de 2016 proviennent de documents judiciaires archivés et de reportages contemporains de Courthouse News Service et Newsweek.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques de pouvoir contemporaines, et de leur donner un sens cohérent. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires politiques et judiciaires américaines.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées.
Sources
Sources primaires
Department of Justice – Communiqué officiel – 30 janvier 2026
ABC News – DOJ releasing 3 million pages of Epstein files – 30 janvier 2026
Al Jazeera – US Department of Justice releases 3 million new Epstein documents – 30 janvier 2026
Sources secondaires
The Boston Globe – Justice Department releases 3 million pages from its Jeffrey Epstein files – 30 janvier 2026
NBC News – DOJ publishes millions of pages of additional Epstein records – 30 janvier 2026
CBS News – Massive trove of Epstein files released by DOJ – 30 janvier 2026
NPR – DOJ releases tranche of Epstein files – 30 janvier 2026
TIME – Trump Named in New Epstein Files – 23 décembre 2025
Wikipedia – Epstein files (chronologie) – Mise à jour janvier 2026
Wikipedia FR – Virginia Giuffre – Biographie et décès
RTS – Le prince Andrew perd son titre royal – 31 octobre 2025
Courthouse News Service – Rape Allegations Refiled Against Trump – 30 septembre 2016
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