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ÉDITORIAL : L’illusion d’un cessez-le-feu en Ukraine ou comment Poutine achète du temps pendant que Kyiv gèle
Crédit: Adobe Stock

L’art de la trêve en trompe-l’œil

Ce n’est pas la première fois que Moscou accepte une pause temporaire et limitée des combats. Le printemps dernier a vu défiler le prétendu cessez-le-feu de Pâques, celui de la mer Noire, et un autre portant sur les infrastructures énergétiques. L’Ukraine a systématiquement rapporté que les hostilités n’avaient jamais véritablement cessé pendant ces périodes. Les drones continuaient de voler. Les missiles continuaient de pleuvoir. Les morts continuaient de s’empiler. Mais chaque fois, Poutine pouvait se présenter devant les caméras comme un homme raisonnable, un partenaire de négociation de bonne foi, un dirigeant capable de retenue. Et chaque fois, l’Occident mordait à l’hameçon.

Ryhor Nizhnikau, expert de la Russie à l’Institut finlandais des affaires internationales, pose un diagnostic clinique sur la situation. Le processus de paix est dans l’impasse. Poutine a besoin d’apaiser Trump, de gagner du temps, et idéalement de le convaincre qu’un nouvel échec des négociations n’est pas vraiment de la faute de la Russie. La stratégie est limpide pour qui veut bien la voir. Offrir des miettes de concessions sans substance pour paraître coopératif, tout en poursuivant sur le terrain une guerre d’usure qui, jour après jour, grignote le territoire ukrainien et brise la résistance de sa population. C’est un poker menteur joué à l’échelle des nations, où les jetons sont des vies humaines et où le croupier triche ouvertement.

Il y a quelque chose de fascinant dans l’audace de cette manipulation. Poutine ne se cache même plus. Il lance 111 drones la nuit même où Trump annonce sa victoire diplomatique, et personne ne semble s’en offusquer vraiment. On continue de parler de progrès, de discussions constructives, de rapprochement des positions. Comme si les explosions qui résonnent dans les rues de Kyiv n’étaient qu’un bruit de fond, un détail technique sans importance dans la grande mécanique des négociations internationales. Cette capacité à dissocier les mots des actes, cette faculté de faire comme si la réalité n’existait pas — voilà peut-être le vrai génie de la diplomatie poutinienne.

Flatter l’ego, masquer l’échec

Jenny Mathers, experte en politique internationale, décrypte la mécanique psychologique à l’œuvre. La trêve était apparemment l’idée de Trump, et en y consentant, Poutine parvient à flatter le président américain et à lui donner le sentiment que son intervention dans cette guerre fait une différence. C’est un jeu de miroirs où chacun trouve ce qu’il cherche. Trump peut se vanter d’avoir obtenu ce que personne n’avait obtenu avant lui, une concession personnelle du maître du Kremlin. Poutine, lui, gagne du temps précieux tout en apparaissant accommodant aux yeux d’une opinion internationale fatiguée de cette guerre qui s’éternise.

Mais cette pause partielle et floue est à des années-lumière du véritable cessez-le-feu que Trump exigeait initialement comme pierre angulaire de sa stratégie de médiation. Face aux refus obstinés de Moscou, l’administration américaine a progressivement abandonné cette demande, acceptant de jouer selon les règles du Kremlin. Oleksandr Merezhko, président de la commission des affaires étrangères du Parlement ukrainien, qualifie cette capitulation d’erreur monumentale. La pire erreur que les diplomates puissent commettre, surtout quand ils communiquent avec les Russes, c’est de jouer selon leurs règles. Et c’est exactement ce qui se passe. Washington a renoncé à imposer ses conditions pour accepter des miettes enrobées de rhétorique.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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