Quand compter les morts devient un acte de résistance
6 126 morts confirmés. HRANA, l’agence basée aux États-Unis, les a tous vérifiés. Un par un. 5 777 manifestants. 214 membres des forces de sécurité. 86 enfants. 49 passants qui ne manifestaient même pas. Ils étaient juste là. Au mauvais endroit. Au mauvais moment. Et 17 091 autres morts en cours de vérification. 17 091. Parce que dans le chaos, dans le blackout Internet, dans la terreur, documenter prend du temps. Les témoins ont peur. Les familles se terrent. Les hôpitaux reçoivent des ordres de ne rien dire. Alors les militants compilent. Recoupent. Vérifient. Et le bilan monte. Et monte. Et monte.
Iran Human Rights, basée en Norvège. Mahmood Amiry-Moghaddam, son directeur, dit : « 30 000 morts, c’est possible. Oui. » Il explique. « Dans chaque localité, même les plus petites, il y a eu une tuerie. Ils ont utilisé des armes de guerre. Certains tiraient depuis les toits. D’autres pourchassaient les manifestants dans les rues. On parle d’un massacre de masse sans équivalent à notre époque. » Des armes de guerre. Pas des gaz lacrymogènes. Pas des matraques. Des fusils. Des fusils à pompe chargés de projectiles métalliques. Du calibre militaire. Tiré sur des civils désarmés. Sur des jeunes de moins de trente ans, pour la plupart. Sur des gens qui voulaient juste manger. Juste vivre. Juste respirer sans qu’un régime leur dise comment.
30 000. J’essaie de visualiser. C’est quoi, 30 000 personnes ? C’est un stade de foot. C’est une petite ville. C’est trente stades de 1 000 personnes chacun. Morts. En quelques jours. Les corps s’empilent devant les hôpitaux dans des sacs. Les médecins, débordés, doivent choisir qui ils sauvent. Qui mérite le sang qu’il reste pour les transfusions. Le triage de guerre. En pleine capitale. Le régime iranien dit que c’était 3 117 morts. Dont 2 427 étaient des « martyrs » du régime. Des membres des forces de sécurité. Ils inversent les victimes et les bourreaux. Ils appellent « terroristes » ceux qu’ils ont abattus dans les rues. Et le monde ? Le monde attendait qu’une armada américaine se pointe pour commencer à s’indigner.
Les témoignages qui filtrent malgré le silence
The Times, le 19 janvier. Un réseau de médecins iraniens. Huit grands hôpitaux ophtalmologiques. Seize services d’urgence. Leurs données convergent : entre 16 500 et 18 000 morts. Entre 330 000 et 360 000 blessés. Une majorité a moins de trente ans. Les personnels de santé racontent. Ils manquent de sang. Ils manquent de lits. Ils manquent de temps. Les blessés arrivent par vagues. Des blessures par balles. Des fractures multiples par coups. Des brûlures par gaz lacrymogènes. Et le régime envoie ses hommes dans les hôpitaux. Pour arrêter les blessés. Pour les emmener. Où ? Personne ne sait. Les familles supplient leurs proches blessés de ne pas aller à l’hôpital. Mieux vaut mourir chez soi que disparaître dans les geôles du régime.
The Guardian, le 10 janvier. Malgré la coupure Internet, les témoignages filtrent. Un témoin oculaire à Téhéran : « J’ai vu des centaines de corps. » Dans les rues. Alignés. Comme des marchandises. Le 25 janvier, un médecin irano-allemand, Amir Mobarez Parasta, publie dans Le Point. Il a documenté, via un réseau hospitalier en Iran, au moins 30 304 décès de civils. Son estimation prudente : 33 000 morts. Ces chiffres sont fondés sur des données cliniques agrégées. Pas des rumeurs. Pas des estimations au doigt mouillé. Des rapports médicaux. Des certificats de décès. Des registres hospitaliers. La vérité médicale contre le mensonge officiel.
Vous voulez savoir ce qui me hante ? Ce n’est même pas le chiffre. C’est le fait qu’on doive se battre pour l’établir. Que des ONG, des médecins, des militants risquent leur vie pour compter les morts. Parce que le régime ment. Parce qu’Internet est coupé. Parce que le monde préfère ne pas savoir. 30 000 morts, et il a fallu attendre que Trump envoie sa flotte pour que ça devienne une « crise« . Pendant trois semaines, c’était juste des « troubles » en Iran. Des « manifestations« . Comme si c’était banal. Comme si des dizaines de milliers de personnes abattues dans les rues, c’était juste un fait divers.
L'armada qui arrive quand les morts sont déjà froids
La puissance militaire comme réponse politique
L’USS Abraham Lincoln. Classe Nimitz. Propulsion nucléaire. 880 000 tonnes. 332,8 mètres de long. Deux réacteurs nucléaires Westinghouse A4W. Autonomie illimitée. Vitesse supérieure à 30 nœuds — 56 km/h sur l’eau. À son bord, 75 appareils. Des F/A-18 Super Hornet. Des avions de commandement. De quoi raser une capitale. De quoi détruire des infrastructures. De quoi tuer encore plus. L’USS Delbert D. Black, destroyer lance-missiles, a accosté à Eilat, en Israël, le 30 janvier. L’USS Frank E. Petersen Jr., autre destroyer. Système de combat Aegis. 96 cellules de lancement vertical. Des missiles Tomahawk. Des missiles Standard. De quoi frapper. Fort. Vite.
Au total, dix navires de guerre américains dans la région. Ils s’ajoutent aux 50 000 soldats américains déjà déployés sur des bases au Moyen-Orient. Jordanie. Arabie Saoudite. Émirats. Qatar. Des avions de chasse stationnés. Des drones en vol. Une machinerie militaire prête à frapper. Trump dit que c’est « massif« . Que c’est « prêt à frapper avec vitesse et violence« . Il compare ça au Venezuela. Au raid qui a capturé Nicolás Maduro début janvier. Un coup rapide. Spectaculaire. Mais l’Iran, ce n’est pas le Venezuela. L’Iran a des missiles. Des drones. Des alliés dans toute la région. L’Iran peut fermer le Détroit d’Ormuz — par où passe 20% du pétrole mondial. L’Iran peut frapper les bases américaines. Les installations pétrolières du Golfe. L’Iran n’est pas un État failli. C’est une puissance régionale acculée, affaiblie, mais encore dangereuse.
Soyons clairs. Cette armada n’est pas là pour « sauver » les Iraniens. Elle est là pour intimider le régime. Pour montrer la force. Pour rappeler qui a les plus gros porte-avions. Mais les Iraniens dans les rues, ils n’ont pas besoin de porte-avions. Ils avaient besoin que le monde les voie avant. Ils avaient besoin de pression diplomatique. De sanctions ciblées sur les responsables. D’un soutien aux médias indépendants. D’une aide pour contourner la censure. Elon Musk et son Starlink ? Le régime l’a brouillé. Trump a dit qu’il allait l’appeler. Il ne l’a jamais fait. Mais envoyer des navires de guerre ? Ça, c’est facile. Ça fait de belles images. Ça rassure les alliés. Ça fait peur aux ennemis. Ça ne sauve personne.
Le timing qui en dit long
Le 8 janvier, le massacre commence vraiment. Des dizaines de milliers dans les rues. Le régime coupe Internet. Coupe les téléphones. Et tire. Partout. Le 9 janvier, les estimations parlent de 36 500 morts. En 48 heures. Les hôpitaux débordent. Les morgues saturent. Les familles cherchent leurs disparus. L’USS Abraham Lincoln ? Il était prévu dans l’Indo-Pacifique. Pour surveiller la Chine. Il reçoit l’ordre de faire demi-tour. Quand ? Après. Après que le pire soit passé. Après que le régime ait repris le contrôle. Après que les rues se vident. Parce que les manifestants sont morts, arrêtés, ou terrifiés.
C’est la troisième fois en un an qu’un groupe d’intervention déployé dans l’Indo-Pacifique reçoit l’ordre de se rediriger vers le Golfe. L’Abraham Lincoln avait déjà été dérouté en 2024. Le porte-avions Nimitz, en juin 2025. Chaque fois, une crise. Chaque fois, une démonstration de force. Chaque fois, après les faits. Le déploiement est rapide. Mais pas assez pour empêcher. Juste assez pour réagir. Pour montrer qu’on est là. Pour rappeler qu’on peut frapper. Mais qu’on ne va pas forcément frapper. Parce que frapper l’Iran, c’est ouvrir la boîte de Pandore. C’est risquer une guerre régionale. C’est mettre en danger les 50 000 soldats américains déjà sur place. C’est donner au régime ce qu’il veut : un ennemi extérieur pour justifier la répression interne.
Vous comprenez le piège ? Si Trump frappe, il donne un prétexte au régime. « Vous voyez ? Les Américains nous attaquent ! Les manifestants sont des agents de l’étranger ! » Le régime peut mobiliser le nationalisme. Souder le pays contre l’ennemi extérieur. Justifier la répression comme une défense de la patrie. Si Trump ne frappe pas, il passe pour faible. Après avoir envoyé une « armada massive« . Après avoir posé un ultimatum. Il est coincé. Et pendant qu’il hésite, les Iraniens meurent. Pas des bombes américaines. Des balles iraniennes. Dans l’indifférence. Parce que tant qu’il n’y a pas de menace d’intervention américaine, ça n’intéresse personne.
Les Iraniens pris en étau entre deux horreurs
Le régime qui massacre son propre peuple
Ali Khamenei, Guide suprême depuis 1989. 37 ans au pouvoir. Il a 86 ans. Il a survécu à tout. À la guerre Iran-Irak. Aux révoltes de 1999, 2009, 2019, 2022. À chaque fois, la même recette : répression brutale, arrestations massives, exécutions publiques. Cette fois, il a dit : « Les émeutiers doivent être remis à leur place. » Le 3 janvier. Quand les forces de sécurité ont tué au moins 11 manifestants ce jour-là. « Remis à leur place. » C’est-à-dire morts. Ou emprisonnés. Ou torturés. Ou les trois. Le Corps des Gardiens de la Révolution, le CGRI, a déclaré que la période de « tolérance » était terminée. Ils allaient cibler les « émeutiers« , les « organisateurs« , les « leaders » sans « leniency » — sans clémence.
Les forces de sécurité ont tiré depuis les toits. Elles ont poursuivi les manifestants dans les ruelles. Elles ont utilisé des canons à eau, des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc d’abord. Puis des balles réelles. Puis des fusils de guerre. Les provinces du Lorestan et d’Ilam, où vivent les minorités kurdes et loris, ont connu les répressions les plus meurtrières. Au moins huit morts dans le Lorestan. Cinq dans l’Ilam. Mais aussi à Téhéran. À Chiraz. À Kermanshah. À Isfahan. Partout. Le 5 janvier, le chef du pouvoir judiciaire a ordonné aux procureurs de ne montrer « aucune indulgence » envers les manifestants. D’accélérer leurs procès. Traduire : condamner vite. Exécuter vite. Faire des exemples.
Et moi je regarde ça et je me dis : c’est ça, le régime que certains défendent au nom de la « souveraineté » ? C’est ça, le gouvernement qu’il ne faudrait pas « déstabiliser » ? Un régime qui tue 30 000 de ses propres citoyens en quelques jours ? Qui coupe Internet pour que le monde ne voie pas ? Qui arrête les blessés dans les hôpitaux ? Qui diffuse des « aveux » forcés d’une fille de 16 ans et d’une jeune femme de 18 ans accusées de « mener des émeutes » ? Des gamines. 16 ans. 18 ans. Torturées jusqu’à ce qu’elles « avouent » devant les caméras. Et après, exécutées, probablement. C’est ça qu’on doit « respecter » ?
La menace américaine qui pourrait tout empirer
Mais d’un autre côté, que vont faire les États-Unis ? Bombarder ? Frapper quoi ? Les sites nucléaires qu’ils prétendent avoir déjà « oblitérés » en juin 2025 ? Les installations militaires du CGRI ? Et après ? Ça renverse le régime ? Non. Ça le renforce. Ça lui donne le martyr dont il a besoin. Le prétexte parfait. « Voyez, les Américains nous attaquent ! Tous ceux qui manifestent sont des traîtres à la solde de Washington ! » Le nationalisme se réveille. Les Iraniens qui détestent le régime mais détestent encore plus l’intervention étrangère se rangent derrière Khamenei. L’opposition se disloque. Les manifestations s’arrêtent. Pas parce que le régime a gagné. Mais parce qu’on ne manifeste pas pendant que son pays est bombardé.
Et puis il y a les conséquences régionales. L’Iran ne va pas rester les bras croisés. Il a des missiles qui peuvent atteindre les bases américaines. Il a des drones. Il a des alliés — ou ce qu’il en reste. Le Hezbollah au Liban, affaibli mais pas mort. Des milices en Irak. En Syrie, même si le régime d’Assad est tombé. Il peut frapper les installations pétrolières en Arabie Saoudite, aux Émirats. Il peut fermer le Détroit d’Ormuz. 20% du pétrole mondial passe par là. Le prix du baril exploserait. L’économie mondiale, déjà fragile, prendrait un coup. Les États-Unis seraient obligés de répondre. L’escalade. La spirale. La guerre.
Et pendant ce temps, qui meurt ? Les Iraniens. Toujours les Iraniens. D’abord sous les balles de leur régime. Puis sous les bombes américaines. Puis dans la guerre qui s’ensuivrait. Les géopoliticiens à Washington et à Téhéran jouent aux échecs. Les Iraniens sont les pions. 30 000 morts ? C’est un chiffre. Une statistique. Pas des vies. Pas des familles. Pas des rêves brisés. Juste un argument dans un débat stratégique. « Faut-il intervenir ? » « Quels sont les risques ? » « Quels sont les bénéfices ? » Jamais : « Comment sauver des vies ? » Jamais : « Comment aider les Iraniens à se libérer eux-mêmes ? »
L'hypocrisie occidentale dans toute sa splendeur
L’Union européenne et ses sanctions tardives
L’Union européenne. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, déclare le 10 janvier : « Nous condamnons sans équivoque la répression violente. Les responsables resteront du mauvais côté de l’histoire. » Belle phrase. Creuse. Le 13 janvier, elle annonce que de nouvelles sanctions vont « rapidement » être instaurées. Rapidement. C’est-à-dire après que 30 000 personnes soient mortes. Les sanctions, elles arrivent quand ? Fin janvier. L’UE inscrit le CGRI sur sa liste des « organisations terroristes« . Ça veut dire quoi ? Gel des avoirs en Europe. Interdiction de voyager. Les responsables du CGRI vont pleurer dans leurs palais à Téhéran. Pendant que les familles iraniennes pleurent leurs morts.
Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, se dit « choqué » par la répression. « Choqué. » Pas « horrifié« . Pas « révolté« . Choqué. Comme si c’était inattendu. Comme si le régime iranien n’avait pas un historique de massacres. 1988 : 5 000 exécutions de prisonniers politiques. 2009 : 72 manifestants tués. 2019 : 1 500 morts. 2022 : 551 morts pour Mahsa Amini. À chaque fois, le monde s’indigne. À chaque fois, des déclarations. Des condamnations. Des sanctions. Et le régime continue. Parce que les mots ne tuent pas. Les résolutions de l’ONU ne renversent pas les dictatures.
Vous voulez que je vous dise ce qui me met vraiment en colère ? Ce n’est pas que l’UE soit hypocrite. C’est qu’elle le soit si ouvertement. Si tranquillement. « On condamne. » « On va sanctionner. » « Les responsables paieront. » Non. Ils ne paieront pas. Ils ne paient jamais. Khamenei a 86 ans. Il mourra dans son lit. Entouré de ses gardes. Pas dans un tribunal. Pas en prison. Les généraux du CGRI ? Pareil. Les responsables de la répression ? Ils seront promus. Décorés. Célébrés comme des « défenseurs » de la révolution. Pendant que les victimes pourrissent dans des fosses communes.
Les États-Unis et leur double jeu permanent
Donald Trump twitte : « L’Iran regarde la LIBERTÉ, peut-être comme jamais auparavant. Les USA sont prêts à aider !!! » Trois points d’exclamation. Parce qu’un seul ne suffirait pas. Il dit que le militaire examine les options. Qu’ils envisagent des « frappes fortes« . Qu’ils pourraient rétablir Internet en Iran. « On va peut-être remettre Internet en marche, » dit-il. « Je vais appeler Elon Musk. » Il ne l’appelle jamais. Starlink reste brouillé. Les Iraniens restent dans le noir. Mais les navires de guerre, eux, arrivent. Parce qu’envoyer des porte-avions, c’est visible. C’est spectaculaire. Ça fait les gros titres.
Mais où étaient les États-Unis avant ? Quand les manifestations ont commencé le 28 décembre ? Quand le rial s’effondrait ? Quand les Iraniens descendaient dans les rues pour réclamer du pain ? Où étaient les sanctions sur les dirigeants du régime ? Où était le soutien aux médias indépendants ? Où était l’aide pour contourner la censure ? Les États-Unis ont 50 000 soldats dans la région. Depuis des années. Sur des bases. Ils ont des satellites. Des renseignements. Ils savaient. Ils savaient que le régime allait réprimer. Ils savaient que ça allait être brutal. Et ils n’ont rien fait. Jusqu’à ce que ça devienne politiquement utile de faire quelque chose.
Parce que c’est ça, le fond du problème. L’Iran n’est pas une question humanitaire pour Washington. C’est une question stratégique. C’est le pétrole. C’est l’influence dans la région. C’est Israël et l’Arabie Saoudite qui veulent voir l’Iran affaibli. C’est la Chine et la Russie qui veulent voir l’Iran résister. Les Iraniens qui meurent dans les rues ? Ils ne comptent que s’ils servent un agenda. Si leur mort justifie une intervention. Si leur souffrance légitime une frappe. Sinon, ils sont invisibles. 30 000 morts, et il a fallu attendre qu’une armada parte pour que le monde s’en soucie.
Les scénarios sur la table : tous conduisent au désastre
Le blocus naval qui affame un peuple déjà à genoux
Scénario 1 : le blocus naval. Les États-Unis positionnent leurs navires pour empêcher l’Iran d’exporter son pétrole. Couper les revenus. Étrangler l’économie. Forcer le régime à négocier. En théorie, ça marche. En pratique, c’est un acte de guerre. Et qui paie le prix ? Pas le régime. Le peuple. Les Iraniens qui souffrent déjà de l’inflation, du chômage, de la misère. Un blocus, ça signifie moins d’argent pour l’État. Donc moins d’argent pour les services publics. Les hôpitaux. Les écoles. Les routes. Les Iraniens ordinaires vont crever encore plus. Pendant que les élites du régime, elles, ont leurs réserves. Leurs comptes à l’étranger. Leurs circuits de contrebande.
Un blocus, c’est aussi la guerre économique contre tous ceux qui commercent avec l’Iran. Trump a déjà annoncé : tout pays commerçant avec l’Iran se verra frapper d’une hausse de 25% des droits de douane. La Chine ? La Russie ? Ils vont ignorer. Ils vont continuer à acheter le pétrole iranien en sous-main. Avec des rabais. L’Iran vendra moins cher. Le régime encaissera moins. Mais il encaissera quand même. Et les Iraniens, eux, paieront le prix de la guerre économique. Encore. Toujours.
Un blocus, c’est l’arme des lâches. C’est dire : « On va vous faire souffrir jusqu’à ce que vous cédiez. » Sauf que ceux qui souffrent, ce ne sont jamais ceux qui décident. Khamenei ne manquera jamais de nourriture. Les généraux du CGRI ne manqueront jamais de médicaments. Mais les familles de Téhéran, de Chiraz, de Kermanshah ? Elles vont crever de faim. Et après, on dira : « C’est la faute du régime. » Oui, c’est la faute du régime. Mais c’est nous qui imposons le blocus.
Les frappes chirurgicales qui ne restent jamais chirurgicales
Scénario 2 : les frappes chirurgicales. Cibler les sites nucléaires restants. Les bases du CGRI. Les installations militaires. Les centres de commandement. Entrer, frapper, sortir. Propre. Précis. Sans victimes civiles. Sauf que ça n’existe pas. Les frappes chirurgicales, c’est un mythe. Une légende militaire. En juin 2025, les États-Unis et Israël ont mené la « Guerre des Douze Jours » contre l’Iran. Ils ont frappé les sites nucléaires. Ils ont dit qu’ils avaient « oblitéré » le programme iranien. Et maintenant, Trump menace encore de frapper les sites nucléaires. Donc soit ils ont menti la première fois, soit il reste des cibles. Ou alors, c’est juste du bluff.
Des frappes, ça provoque des représailles. L’Iran a des missiles qui peuvent atteindre les bases américaines en Jordanie, en Arabie Saoudite, aux Émirats. Il a des drones. Il a prouvé qu’il pouvait frapper Israël. Il peut frapper les installations pétrolières du Golfe. Le régime iranien a déclaré que tous les moyens américains dans le Golfe sont « à portée de nos missiles de moyenne portée ». Le ministre des Affaires étrangères iranien, Abbas Araghchi, a dit que les forces armées avaient « les doigts sur la gâchette« . Prêts à répondre « immédiatement et puissamment » à toute agression.
Et moi je me pose la question finale. La seule qui compte vraiment. Combien de morts faut-il avant qu’on arrête de jouer à ce jeu ? 30 000 Iraniens massacrés par leur régime. Combien d’autres sous les bombes américaines ? Combien d’autres dans la guerre régionale qui suivrait ? Combien d’autres dans la spirale de violence qui ne s’arrête jamais ? Parce que c’est ça, l’histoire de l’Iran et des États-Unis. Une spirale. Depuis 1953, quand la CIA a renversé Mossadegh. Depuis 1979, quand les Iraniens ont pris l’ambassade. Depuis toujours. Et à chaque fois, ce sont les Iraniens ordinaires qui paient. Pas les mollahs. Pas les généraux américains. Les gens. Les familles. Ceux qui veulent juste vivre.
Conclusion : Le prix de l'indifférence et du cynisme
Quand sauver devient bombarder
L’USS Abraham Lincoln est dans le Golfe Persique. 10 000 soldats prêts à intervenir. 75 avions de combat sur le pont. Une « armada massive« , dit Trump. Elle est venue « sauver » l’Iran. Sauver de quoi ? Des 30 000 morts déjà tombés ? C’est trop tard pour eux. De la répression du régime ? En bombardant ? En tuant encore plus ? En donnant au régime le prétexte qu’il cherche ? Cette armada n’est pas là pour sauver. Elle est là pour intimider. Pour montrer la force. Pour rappeler qui a les plus gros porte-avions. C’est de la géopolitique. De la stratégie. Du cynisme pur.
Les Iraniens dans les rues ne demandaient pas de bombes. Ils demandaient d’être vus. D’être entendus. Que le monde fasse pression sur leur régime. Mais Internet a été coupé. Et le monde a regardé ailleurs. Pendant trois semaines. Jusqu’à ce que Trump décide que c’était le moment d’envoyer sa flotte. Le moment politique. Le moment où ça sert ses intérêts. Les 50 000 soldats américains déjà dans la région n’ont rien fait pendant le massacre. Mais maintenant, ils sont prêts. Prêts à quoi ? À tuer encore plus ? À déclencher une guerre qui détruira toute la région ?
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, des stratégies politiques et des relations internationales qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies militaires, à comprendre les mouvements géopolitiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements. Face au massacre de manifestants en Iran et à la menace d’une intervention militaire américaine, je refuse la neutralité complaisante. Je m’indigne. Je dénonce l’hypocrisie. Je rappelle que derrière les chiffres et les stratégies, il y a des vies humaines.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels et déclarations du gouvernement américain (Donald Trump, porte-paroles militaires), déclarations du régime iranien (Ali Khamenei, Abbas Araghchi, porte-paroles officiels), rapports d’organisations internationales (ONU, Union européenne), dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Euronews, France Info, Al Jazeera, The Guardian, The Times, RTS, CNBC).
Sources secondaires : rapports d’organisations de défense des droits humains (Human Rights Activists News Agency – HRANA, Iran Human Rights, Human Rights Watch, Amnesty International), analyses d’instituts de recherche (Atlantic Council), publications spécialisées (Washington Post, Times of Israel), sources médicales (réseau de médecins iraniens en exil, données hospitalières agrégées), sources encyclopédiques vérifiées (Wikipedia avec sources croisées).
Les données statistiques concernant le déploiement militaire américain proviennent de sources militaires officielles et de médias spécialisés en défense. Les bilans humains de la répression en Iran sont issus d’organisations indépendantes reconnues pour leur méthodologie rigoureuse de vérification des décès (HRANA, Iran Human Rights, HRW, Amnesty).
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles en janvier 2026, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques au Moyen-Orient, des relations États-Unis-Iran depuis 1979, et des stratégies de démonstration de force américaines. Face à un massacre de cette ampleur et à une menace d’intervention militaire, j’assume une position critique de l’hypocrisie des acteurs internationaux qui réagissent tardivement et sélectivement aux crises humanitaires.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
Euronews – Voici la « flotte massive » américaine que Trump a envoyée en Iran – 25 janvier 2026
France Info – États-Unis : Donald Trump maintient le doute sur une intervention en Iran – 29 janvier 2026
France Info – Iran : les États-Unis prêts à frapper ? – 31 janvier 2026
Al Jazeera – Iran rejects Trump’s threats, says ready to respond to any US attack – 28 janvier 2026
Al Jazeera – Updates: EU labels Iran’s Revolutionary Guard as ‘terrorist organisation’ – 29 janvier 2026
Sources secondaires
Wikipedia FR – Répression des manifestations iraniennes en 2026 – 31 janvier 2026
France Info – « Nous parlons d’une tuerie de masse sans équivalent » : en Iran, la répression aurait fait plus de 30 000 morts – 27 janvier 2026
RTS – Plus de 6000 morts confirmés dans la répression des manifestations en Iran – 28 janvier 2026
CNBC – What a U.S. intervention in Iran could look like as Trump weighs options – 12 janvier 2026
The Times of Israel – Trump stalls on Iran intervention, leaving an uncertain future for a divided nation – 17 janvier 2026
The Washington Post – In Iran crisis, Trump confronted limits of U.S. military power – 17 janvier 2026
Atlantic Council – The expert conversation: Should Trump strike Iran? What happens next if he does? – 29 janvier 2026
Human Rights Watch – Iran : Nouveau cycle de répression sanglante de manifestations – 8 janvier 2026
Amnesty International France – « Ils tirent à balles réelles » : En Iran, un massacre sans précédent contre les manifestations – Janvier 2026
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