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ÉDITORIAL : Trente mille morts et une armada – l’hypocrisie américaine dans toute sa splendeur
Crédit: Adobe Stock

Quand compter les morts devient un acte de résistance

6 126 morts confirmés. HRANA, l’agence basée aux États-Unis, les a tous vérifiés. Un par un. 5 777 manifestants. 214 membres des forces de sécurité. 86 enfants. 49 passants qui ne manifestaient même pas. Ils étaient juste là. Au mauvais endroit. Au mauvais moment. Et 17 091 autres morts en cours de vérification. 17 091. Parce que dans le chaos, dans le blackout Internet, dans la terreur, documenter prend du temps. Les témoins ont peur. Les familles se terrent. Les hôpitaux reçoivent des ordres de ne rien dire. Alors les militants compilent. Recoupent. Vérifient. Et le bilan monte. Et monte. Et monte.

Iran Human Rights, basée en Norvège. Mahmood Amiry-Moghaddam, son directeur, dit : « 30 000 morts, c’est possible. Oui. » Il explique. « Dans chaque localité, même les plus petites, il y a eu une tuerie. Ils ont utilisé des armes de guerre. Certains tiraient depuis les toits. D’autres pourchassaient les manifestants dans les rues. On parle d’un massacre de masse sans équivalent à notre époque. » Des armes de guerre. Pas des gaz lacrymogènes. Pas des matraques. Des fusils. Des fusils à pompe chargés de projectiles métalliques. Du calibre militaire. Tiré sur des civils désarmés. Sur des jeunes de moins de trente ans, pour la plupart. Sur des gens qui voulaient juste manger. Juste vivre. Juste respirer sans qu’un régime leur dise comment.

30 000. J’essaie de visualiser. C’est quoi, 30 000 personnes ? C’est un stade de foot. C’est une petite ville. C’est trente stades de 1 000 personnes chacun. Morts. En quelques jours. Les corps s’empilent devant les hôpitaux dans des sacs. Les médecins, débordés, doivent choisir qui ils sauvent. Qui mérite le sang qu’il reste pour les transfusions. Le triage de guerre. En pleine capitale. Le régime iranien dit que c’était 3 117 morts. Dont 2 427 étaient des « martyrs » du régime. Des membres des forces de sécurité. Ils inversent les victimes et les bourreaux. Ils appellent « terroristes » ceux qu’ils ont abattus dans les rues. Et le monde ? Le monde attendait qu’une armada américaine se pointe pour commencer à s’indigner.

Les témoignages qui filtrent malgré le silence

The Times, le 19 janvier. Un réseau de médecins iraniens. Huit grands hôpitaux ophtalmologiques. Seize services d’urgence. Leurs données convergent : entre 16 500 et 18 000 morts. Entre 330 000 et 360 000 blessés. Une majorité a moins de trente ans. Les personnels de santé racontent. Ils manquent de sang. Ils manquent de lits. Ils manquent de temps. Les blessés arrivent par vagues. Des blessures par balles. Des fractures multiples par coups. Des brûlures par gaz lacrymogènes. Et le régime envoie ses hommes dans les hôpitaux. Pour arrêter les blessés. Pour les emmener. Où ? Personne ne sait. Les familles supplient leurs proches blessés de ne pas aller à l’hôpital. Mieux vaut mourir chez soi que disparaître dans les geôles du régime.

The Guardian, le 10 janvier. Malgré la coupure Internet, les témoignages filtrent. Un témoin oculaire à Téhéran : « J’ai vu des centaines de corps. » Dans les rues. Alignés. Comme des marchandises. Le 25 janvier, un médecin irano-allemand, Amir Mobarez Parasta, publie dans Le Point. Il a documenté, via un réseau hospitalier en Iran, au moins 30 304 décès de civils. Son estimation prudente : 33 000 morts. Ces chiffres sont fondés sur des données cliniques agrégées. Pas des rumeurs. Pas des estimations au doigt mouillé. Des rapports médicaux. Des certificats de décès. Des registres hospitaliers. La vérité médicale contre le mensonge officiel.

Vous voulez savoir ce qui me hante ? Ce n’est même pas le chiffre. C’est le fait qu’on doive se battre pour l’établir. Que des ONG, des médecins, des militants risquent leur vie pour compter les morts. Parce que le régime ment. Parce qu’Internet est coupé. Parce que le monde préfère ne pas savoir. 30 000 morts, et il a fallu attendre que Trump envoie sa flotte pour que ça devienne une « crise« . Pendant trois semaines, c’était juste des « troubles » en Iran. Des « manifestations« . Comme si c’était banal. Comme si des dizaines de milliers de personnes abattues dans les rues, c’était juste un fait divers.

Sources

Sources primaires

Euronews – Voici la « flotte massive » américaine que Trump a envoyée en Iran – 25 janvier 2026

France Info – États-Unis : Donald Trump maintient le doute sur une intervention en Iran – 29 janvier 2026

France Info – Iran : les États-Unis prêts à frapper ? – 31 janvier 2026

Al Jazeera – Iran rejects Trump’s threats, says ready to respond to any US attack – 28 janvier 2026

Al Jazeera – Updates: EU labels Iran’s Revolutionary Guard as ‘terrorist organisation’ – 29 janvier 2026

Sources secondaires

Wikipedia FR – Répression des manifestations iraniennes en 2026 – 31 janvier 2026

France Info – « Nous parlons d’une tuerie de masse sans équivalent » : en Iran, la répression aurait fait plus de 30 000 morts – 27 janvier 2026

RTS – Plus de 6000 morts confirmés dans la répression des manifestations en Iran – 28 janvier 2026

CNBC – What a U.S. intervention in Iran could look like as Trump weighs options – 12 janvier 2026

The Times of Israel – Trump stalls on Iran intervention, leaving an uncertain future for a divided nation – 17 janvier 2026

The Washington Post – In Iran crisis, Trump confronted limits of U.S. military power – 17 janvier 2026

Atlantic Council – The expert conversation: Should Trump strike Iran? What happens next if he does? – 29 janvier 2026

Human Rights Watch – Iran : Nouveau cycle de répression sanglante de manifestations – 8 janvier 2026

Amnesty International France – « Ils tirent à balles réelles » : En Iran, un massacre sans précédent contre les manifestations – Janvier 2026

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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