Une guerre d’attrition sans fin
La Russie a changé de tactique. Finies les grandes offensives spectaculaires. Place à une guerre d’usure, où chaque mètre de terrain est disputé au prix de vies humaines. Les Russes avancent lentement, méthodiquement, en sacrifiant des vagues entières de soldats — souvent mal équipés, mal entraînés, mais nombreux. Leur objectif ? Épuiser l’Ukraine. Épuiser ses soldats. Épuiser son économie. Épuiser sa volonté de résister.
Et ça marche. Les Ukrainiens tiennent, mais à quel prix ? Les réserves de munitions s’amenuisent. Les soldats, épuisés, doivent être remplacés par des recrues de plus en plus jeunes, de moins en moins expérimentées. « On nous envoie des gamins de 19 ans, certains n’ont même pas fini leur entraînement », raconte Oleksandr, un sergent vétéran. « On leur donne un fusil et on leur dit de tenir. C’est ça, notre réalité. »
Je me souviens d’un reportage que j’avais lu il y a quelques semaines. Un jeune soldat ukrainien, 20 ans à peine, écrivait une lettre à sa mère avant une mission périlleuse. Il disait : « Maman, ne t’inquiète pas. Je reviendrai. » Il n’est pas revenu. Et ce qui me hante, c’est de savoir que des centaines, des milliers de mères, en Ukraine, reçoivent encore ces lettres. Des lettres écrites par des enfants — car oui, 19 ans, c’est un enfant — qui partent au combat en sachant qu’ils pourraient ne pas revenir. Et le monde ? Il parle de « fatigue de l’Ukraine ». Comme si la fatigue était un luxe que les Ukrainiens pouvaient se permettre. Comme si, quelque part, il y avait un choix. Comme si, à 19 ans, on pouvait décider de ne pas mourir pour son pays.
L’artillerie russe : une pluie de feu sans fin
L’artillerie russe est implacable. Les Ukrainiens estiment que les Russes tirent entre 5 et 10 obus pour chaque obus ukrainien. Cinq à dix. Imaginez : pour chaque projectile que l’Ukraine envoie, la Russie en envoie dix. Dix. Comment tenir face à une telle disproportion ? Comment résister quand l’ennemi vous écrase sous un déluge de feu ?
« On entend les obus siffler avant qu’ils n’explosent, explique Mykola, un artilleur ukrainien. Parfois, on a le temps de se jeter à terre. Parfois, non. Parfois, on entend juste le bruit, et puis plus rien. » Plus rien. Deux mots qui résument l’horreur de cette guerre : plus rien.
COMMENTAIRE : Les chiffres derrières les combats — ce que les rapports ne disent pas
338 combats : une journée « normale » sur le front
338. Ce chiffre, publié par l’état-major ukrainien, représente le nombre d’affrontements directs entre les forces ukrainiennes et russes en une seule journée. Mais que signifie vraiment ce chiffre ? Derrière chaque combat, il y a des vies en jeu. Des soldats qui avancent sous le feu. Des chars qui explosent. Des tranchées qui se transforment en pièges mortels. Et surtout, il y a cette réalité cruelle : chaque combat de plus est un combat où l’Ukraine, en sous-nombre et en sous-équipement, doit tenir coûte que coûte.
Pourtant, ce chiffre ne représente qu’une partie de la réalité. Il ne compte pas les tirs d’artillerie qui pleuvent en continu sur les positions ukrainiennes. Il ne compte pas les drones qui survolent le champ de bataille, prêts à frapper. Il ne compte pas les bombardements qui réduisent des villages en cendres. Il ne compte pas les blessés, évacués dans des ambulances qui roulent à tombeau ouvert sur des routes défoncées. Il ne compte pas les familles qui attendent, le cœur serré, un appel qui ne viendra peut-être jamais.
338. Trois cent trente-huit. J’ai relu ce chiffre plusieurs fois ce matin. Trois cent trente-huit combats en une journée. Et je me suis demandé : combien de ces combats se sont soldés par la mort d’un soldat ukrainien ? Combien de mères ont reçu un appel leur annonçant que leur fils ne reviendrait pas ? Combien de femmes ont vu leur mari partir au front en sachant qu’il pourrait ne plus jamais les serrer dans ses bras ? Combien d’enfants ont perdu leur père sans même comprendre pourquoi ? 338. Ce n’est pas un chiffre. C’est 338 fois où des familles ont retenu leur souffle. 338 fois où des soldats ont regardé la mort en face. 338 fois où le monde a détourné les yeux.
Pokrovsk, Kupiansk, Avdiivka : des noms qui devraient nous hanter
Pokrovsk, Kupiansk, Avdiivka. Trois noms. Trois secteurs où la guerre fait rage. Trois endroits où des soldats ukrainiens se battent, souvent à un contre dix, pour tenir la ligne. À Pokrovsk, les Russes lancent des assauts frontaux, sacrifiant des centaines de soldats pour gagner quelques mètres de terrain. À Kupiansk, les combats sont si intenses que les Ukrainiens parlent d’un « hachoir à viande ». À Avdiivka, les ruines de la ville, déjà dévastée l’hiver dernier, sont devenues un symbole de la résistance ukrainienne — et du prix exorbitant qu’elle paie.
« Avdiivka, c’est l’enfer, raconte Dmytro, un soldat qui y a combattu. Les Russes nous pilonnent sans arrêt. On avance, on recule, on avance encore. Mais chaque mètre coûte des vies. » Des vies. Toujours des vies. Comme si, dans cette guerre, le terrain se mesurait non pas en kilomètres, mais en sacrifices humains.
OPINION : L’Occident a-t-il déjà abandonné l’Ukraine ?
La « fatigue de l’Ukraine » : un luxe que les soldats n’ont pas
Pendant que les soldats ukrainiens se battent et meurent à Pokrovsk, l’Occident parle de « fatigue de l’Ukraine ». Comme si la lassitude était un sentiment compatible avec la survie d’un pays. Comme si, quelque part, il y avait le choix. Comme si, à 3 000 kilomètres de là, on pouvait décider d’arrêter de se battre parce qu’on est « fatigué ».
Mais à Pokrovsk, il n’y a pas de fatigue. Il n’y a que la guerre. Une guerre qui se gagne ou qui se perd, mais qui ne s’arrête pas parce que le monde a décidé de regarder ailleurs. « On nous parle de fatigue, mais qui parle des munitions qui manquent ? Qui parle des soldats qui meurent parce qu’on n’a pas assez d’obus pour riposter ? Qui parle des familles qui enterrent leurs morts pendant que l’Europe discute de sanctions ? », s’indigne Oleh, un officier ukrainien.
Je me souviens d’une discussion avec un diplomate européen, il y a quelques semaines. Il m’avait dit, avec un soupir las : « Vous savez, l’Ukraine, ça fait deux ans qu’on en parle. Les gens en ont marre. » Marre. Comme si la guerre était un feuilleton dont on pouvait se lasser. Comme si les obus qui tombent sur Pokrovsk étaient un épisode de trop dans une série. Comme si les soldats qui meurent étaient des personnages dont on peut décider qu’on n’a plus envie de suivre les aventures. Marre. Ce mot me hante. Parce qu’il résume tout ce qui ne va pas dans notre rapport à cette guerre : nous la traitons comme un spectacle. Un spectacle dont on peut changer de chaîne quand on en a assez. Sauf que, pour les Ukrainiens, il n’y a pas de télécommande. Il n’y a pas de « pause ». Il n’y a que la guerre. Et elle, elle ne se lasse jamais.
Les promesses non tenues de l’Occident
L’Occident a promis des armes. Des munitions. Un soutien « aussi longtemps qu’il le faudra ». Mais sur le terrain, les soldats ukrainiens attendent toujours. Les livraisons de munitions sont retardées. Les formations promises tardent à arriver. Les systèmes de défense aérienne, cruciaux pour protéger les villes des missiles russes, sont livrés au compte-gouttes. « On nous promet des miracles, mais on nous donne des miettes », résume Andriy, un soldat stationné près de Kupiansk.
Pendant ce temps, la Russie, elle, ne manque de rien. Elle produit des obus à la chaîne. Elle envoie des vagues de soldats, souvent mal équipés, mais en nombre suffisant pour submerger les défenses ukrainiennes. Elle utilise des drones iranien et nord-coréens pour cibler les positions ukrainiennes. Et elle avance. Lentement. Méthodiquement. Sans pitié.
CHRONIQUE : Une journée dans la vie d’un soldat ukrainien à Pokrovsk
4h30 : Le réveil sous les obus
Il est 4h30 du matin. Tarass, 28 ans, se réveille en sursaut. Les obus russes viennent de frapper à moins de 200 mètres de sa position. Il enfile son gilet pare-balles, attrape son fusil, et sort de l’abri de fortune où il a passé la nuit. Dehors, l’air est glacé. Le sol tremble encore sous les explosions lointaines. « C’est comme ça tous les matins, explique-t-il. On s’y habitue, mais on ne s’y fait jamais. »
Autour de lui, ses camarades se préparent. Certains fument une dernière cigarette avant le combat. D’autres vérifient leur équipement pour la énième fois. Personne ne parle beaucoup. Les mots sont inutiles. Tout le monde sait ce qui les attend : une nouvelle journée de combat, une nouvelle journée où la mort rôde, une nouvelle journée où chaque décision peut être la dernière.
Je me souviens d’un soldat qui m’avait décrit son réveil, un matin comme celui-ci. Il m’avait dit : « Le pire, ce n’est pas le bruit des obus. C’est le silence après. Parce que dans ce silence, tu te demandes : est-ce que le prochain va tomber sur toi ? Est-ce que tu vas entendre le sifflement avant qu’il n’explose ? Ou est-ce que tu vas juste… disparaître ? » Ce silence, je l’imagine. Ce silence qui suit chaque explosion, où le cœur bat à tout rompre, où chaque seconde semble durer une éternité. Ce silence où l’on attend, où l’on espère, où l’on prie. Ce silence qui, parfois, est rompu par un cri. Parfois, par un dernier souffle.
10h00 : L’assaut russe
À 10h00, les Russes lancent un nouvel assaut. Tarass et son unité sont en première ligne. Les obus pleuvent. Les balles sifflent. Les ordres crépitent dans les talkies-walkies : « Tenez la ligne ! Ne reculez pas ! »
« On voit les Russes avancer, raconte Tarass. Ils sont nombreux. Très nombreux. On tire. On espère toucher. On espère qu’ils reculeront. Mais ils continuent d’avancer. Comme des zombies. » Des zombies. Le mot est cruel, mais il résume bien l’horreur de ces assauts frontaux, où des soldats russes, souvent mal entraînés et mal équipés, sont envoyés en masse vers les positions ukrainiennes. Leur mission ? Submerger l’ennemi. Peu importe le coût humain.
BILLET : Pourquoi 338 combats en une journée devraient nous révolter
Un chiffre qui devrait nous réveiller
338. Trois cent trente-huit combats en une seule journée. Ce chiffre devrait nous réveiller. Il devrait nous indigner. Il devrait nous pousser à agir. Pourtant, il passe presque inaperçu. Les médias en parlent à peine. Les dirigeants occidentaux l’évoquent dans des communiqués techniques, froids, distants. Comme si 338 combats étaient une statistique de plus, un détail dans la grande machine de la guerre.
Mais 338 combats, c’est 338 fois où des soldats ukrainiens ont dû faire face à l’ennemi. 338 fois où des familles ont prié pour que leurs proches reviennent vivants. 338 fois où le monde a eu l’occasion de se souvenir que cette guerre n’est pas finie. Qu’elle continue. Qu’elle tue. Qu’elle détruit. Et que, pendant ce temps, nous regardons ailleurs.
Je me souviens d’une phrase que m’avait dite un médecin ukrainien, il y a quelques mois. Il soignait des soldats blessés, jour après jour, et il m’avait confié : « Vous savez, le pire, ce n’est pas les blessures. C’est l’indifférence. Le fait que, quelque part, des gens puissent lire qu’il y a eu 338 combats en une journée et hausser les épaules. Comme si c’était normal. Comme si c’était acceptable. Comme si, tant qu’ils ne voient pas le sang, tant qu’ils n’entendent pas les cris, ça ne les concernait pas. » Ses mots me hantent. Parce qu’il a raison. Nous avons normalisé l’horreur. Nous avons appris à vivre avec ces chiffres, avec ces rapports, avec ces communiqués. Nous avons appris à détourner les yeux. Et c’est ça, la vraie tragédie : que 338 combats en une journée deviennent une information comme une autre. Une de plus. Une de trop.
L’indifférence, pire ennemi de l’Ukraine
L’Ukraine ne perdra pas cette guerre à cause des Russes. Elle la perdra à cause de notre indifférence. À cause de notre capacité à nous habituer à l’horreur. À accepter que des soldats meurent, que des villes soient détruites, que des familles soient brisées, tant que cela ne nous touche pas directement.
« On nous dit de tenir, raconte Ihor, un soldat ukrainien. Mais tenir avec quoi ? Avec notre courage ? Notre courage, on l’a. Mais les munitions, les armes, le soutien, on ne les a pas. Et sans ça, notre courage ne suffira pas. »
ÉDITORIAL : Le monde a-t-il déjà oublié l’Ukraine ?
L’Ukraine, une guerre parmi d’autres ?
Il fut un temps où l’Ukraine était au cœur de l’actualité. Où chaque avancée russe faisait la une des journaux. Où chaque victoire ukrainienne était célébrée comme une victoire pour la démocratie. Mais ce temps semble révolu. Aujourd’hui, l’Ukraine est une guerre parmi d’autres. Un conflit de plus dans un monde en crise permanente. Les médias en parlent de moins en moins. Les dirigeants occidentaux en discutent lors de sommets, mais les décisions concrètes se font attendre. Et pendant ce temps, les soldats ukrainiens continuent de se battre. De mourir. De tenir.
« On se sent abandonnés, confie Vasyl, un soldat stationné près de Kupiansk. Au début, tout le monde nous soutenait. Aujourd’hui, on a l’impression d’être seuls. Comme si le monde avait décidé que notre guerre n’était plus assez intéressante. »
Je me souviens d’un reportage que j’avais vu, il y a quelques années, sur la guerre en Syrie. Un médecin syrien, épuisé, avait regardé la caméra et avait dit : « Le monde nous a oubliés. Et c’est ça, le pire. Pas les bombes. Pas la guerre. L’oubli. » Aujourd’hui, en écoutant les soldats ukrainiens, j’entends la même douleur. La même colère. La même incompréhension. Comment peut-on oublier ? Comment peut-on détourner les yeux ? Comment peut-on décider que cette guerre, qui se joue à quelques heures d’avion de nos capitales, n’est plus assez importante pour mériter notre attention ? L’oubli, c’est la seconde mort. Celle qui vient après les obus. Celle qui achève ce que les bombes ont commencé.
Et si c’était nous ?
Imaginez. Imaginez que ce soit votre pays qui soit envahi. Votre ville qui soit bombardée. Votre famille qui doive fuir. Vos amis qui meurent au combat. Imaginez que, pendant que vous vous battez pour survivre, le monde détourne les yeux. Qu’il parle de « fatigue ». Qu’il passe à autre chose. Qu’il oublie.
C’est ce que vivent les Ukrainiens. Chaque jour. Depuis deux ans. Depuis dix ans, pour certains. Et le pire, c’est qu’ils savent une chose : si le monde les oublie, ils sont condamnés. Parce qu’une guerre, ça ne se gagne pas seulement avec des soldats. Ça se gagne avec des armes. Avec des munitions. Avec un soutien indéfectible. Sans ça, même le courage le plus héroïque ne suffit pas.
COMMENTAIRE : Ce que les 338 combats de Pokrovsk révèlent sur l’avenir de la guerre
Une guerre d’usure qui pourrait durer des années
Les 338 combats enregistrés en une seule journée à Pokrovsk et dans d’autres secteurs du front révèlent une réalité cruelle : cette guerre est devenue une guerre d’usure. Une guerre où chaque côté cherche à épuiser l’autre, où les gains territoriaux se mesurent en mètres, et où le coût humain est exorbitant.
Pour la Russie, l’objectif est clair : user l’Ukraine, épuiser ses ressources, ses soldats, sa volonté de résister. Pour l’Ukraine, la stratégie est tout aussi évidente : tenir. Tenir coûte que coûte, en espérant que l’Occident finira par fournir les armes et les munitions nécessaires pour repousser l’ennemi. Mais cette stratégie a un prix. Un prix que paient, chaque jour, des soldats comme Tarass, Volodymyr, ou Oleksandr. Un prix que paient leurs familles. Un prix que paie tout un pays.
Je me souviens d’une discussion avec un historien, il y a quelques mois. Il comparait la guerre en Ukraine à la Première Guerre mondiale. « C’est la même logique, m’avait-il dit. Une guerre d’usure, où chaque côté sacrifie des vies par milliers pour gagner quelques mètres de terrain. Sauf qu’à l’époque, les soldats savaient au moins que leur sacrifice servait à quelque chose. Aujourd’hui, les soldats ukrainiens se demandent : à quoi bon tenir, si le monde les oublie ? À quoi bon mourir pour un pays que personne ne soutient plus ? » Ses mots résonnent aujourd’hui avec une force terrible. Parce qu’ils posent la question qui fâche : et si, demain, l’Ukraine devait capituler, non pas parce qu’elle a été vaincue sur le champ de bataille, mais parce qu’elle a été abandonnée par ceux qui promettaient de la soutenir ?
L’Ukraine peut-elle tenir sans un soutien accru ?
La question est simple, mais la réponse est complexe. L’Ukraine peut tenir. Ses soldats ont prouvé, maintes et maintes fois, leur courage et leur détermination. Mais tenir à quel prix ? Combien de vies encore ? Combien de villes réduites en cendres ? Combien de familles brisées ?
« On tiendra, affirme Bohdan, un officier ukrainien. Mais il faut que l’Occident comprenne une chose : notre résistance a un coût. Et ce coût, ce sont des vies. Des vies ukrainiennes. » Des vies. Toujours des vies. Comme si, dans cette guerre, tout se résumait à une équation macabre : combien de soldats ukrainiens sont prêts à mourir pour que l’Occident daigne enfin agir ?
CHRONIQUE : Les visages derrière les 338 combats
Les soldats : ceux qui tiennent la ligne
Tarass, 28 ans. Volodymyr, 35 ans. Oleksandr, 22 ans. Trois noms. Trois visages parmi des milliers. Trois soldats qui, hier, ont tenu la ligne à Pokrovsk. Trois soldats qui, aujourd’hui, se préparent à recommencer.
« On nous dit qu’on est des héros, raconte Tarass. Mais un héros, c’est quelqu’un qui a le choix. Nous, on n’a pas le choix. On se bat parce que c’est notre pays. Parce que si on ne le fait pas, personne ne le fera. »
Volodymyr, lui, pense à sa famille. « Ma femme me dit de faire attention. Mon fils me demande quand je rentrerai. Je lui réponds : bientôt. Mais je ne sais pas si c’est vrai. »
Oleksandr est le plus jeune. Il a 22 ans. Il aurait dû être à l’université. Il aurait dû étudier, rire avec ses amis, tomber amoureux. À la place, il est ici. Dans la boue. Sous les obus. Avec, pour seule certitude, que demain sera une nouvelle journée de combat.
Je me souviens d’un jeune soldat que j’avais rencontré l’année dernière. Il avait 19 ans. Il m’avait montré une photo de lui, prise un an plus tôt, avant la guerre. Il souriait. Il avait l’air insouciant. « Regardez, m’avait-il dit. C’était une autre vie. » Une autre vie. Trois mots qui résument tout. Parce que pour des milliers de jeunes Ukrainiens, la guerre a volé leur jeunesse. Elle a volé leurs rêves. Elle a volé leur insouciance. Et le pire, c’est que le monde, lui, continue de tourner. Comme si de l’autre côté de l’Europe, des jeunes hommes ne mouraient pas pour défendre un pays que nous avons promis de soutenir. Comme si, quelque part, il était acceptable que des pères, des fils, des frères meurent parce que nous avons décidé que nous étions « fatigués » de cette guerre.
Les familles : celles qui attendent
Derrière chaque soldat, il y a une famille. Une mère qui prie. Un père qui serre les poings. Une femme qui regarde son téléphone, espérant un message. Un enfant qui dessine son papa en uniforme, en se demandant quand il rentrera.
« Chaque fois que le téléphone sonne, j’ai peur, confie Olena, la mère de Tarass. Je me dis : et si c’était eux ? Et si c’était le dernier appel ? »
Pour Natalia, la femme de Volodymyr, chaque jour est une épreuve. « Je me réveille le matin, et la première chose que je fais, c’est regarder mon téléphone. Pour voir s’il m’a envoyé un message. Pour savoir s’il est encore en vie. »
OPINION : Que faire face à l’indifférence ?
Ne pas détourner les yeux
Face à l’indifférence, il n’y a qu’une seule réponse possible : ne pas détourner les yeux. Continuer à parler de l’Ukraine. Continuer à exiger que nos dirigeants agissent. Continuer à rappeler que cette guerre n’est pas finie. Qu’elle continue de tuer. De détruire. De briser des vies.
« Parlez de nous, demande Ihor. Parlez de ce qui se passe ici. Parce que si vous vous taisez, qui le fera ? »
Parler, oui. Mais aussi agir. Exiger que les promesses soient tenues. Que les armes soient livrées. Que les sanctions contre la Russie soient renforcées. Que l’Ukraine ne soit pas abandonnée à son sort.
Je me souviens d’une phrase que m’avait dite un vieil homme, dans un village près de Kharkiv. Il m’avait regardé droit dans les yeux et m’avait dit : « Vous, vous pouvez partir. Vous pouvez rentrer chez vous, dans votre pays en paix. Nous, on ne peut pas. On est coincés ici. Alors s’il vous plaît, ne nous oubliez pas. » Ne pas oublier. Trois mots simples. Trois mots qui devraient nous hanter. Parce qu’ils résument tout ce que nous devons à l’Ukraine : notre mémoire. Notre attention. Notre soutien. Notre refus de détourner les yeux.
Exiger des comptes
Il est temps d’exiger des comptes. De nos dirigeants, qui promettent et tergiversent. De nos médias, qui parlent de moins en moins de l’Ukraine. De nous-mêmes, qui avons peut-être baissé les bras, pensant que la guerre était finie.
« On nous a promis qu’on ne serait pas seuls, rappelle Bohdan. On nous a promis qu’on aurait ce qu’il fallait pour gagner. Alors où est-ce ? Où sont les armes ? Où sont les munitions ? Où est le soutien ? »
Où est-il, indeed.
ÉDITORIAL : L’Ukraine ne peut pas tenir seule — et nous ne pouvons pas la laisser tomber
Le devoir de mémoire et d’action
L’Ukraine ne peut pas tenir seule. Pas face à une Russie déterminée à la détruire. Pas face à des vagues de soldats envoyés au massacre. Pas face à une artillerie qui écrase tout sur son passage. L’Ukraine a besoin de nous. De notre soutien. De notre mémoire. De notre refus de l’oublier.
« On nous dit de tenir, répète Tarass. Mais tenir avec quoi ? Avec notre courage ? Notre courage, on l’a. Mais il faut plus que ça. Il faut des armes. Il faut des munitions. Il faut que le monde se réveille. »
Se réveiller. Trois mots qui devraient nous interpeller. Parce que, pendant que nous dormons, pendant que nous vaquons à nos occupations, pendant que nous parlons de « fatigue de l’Ukraine », des soldats meurent. Des familles pleurent. Un pays se bat pour survivre.
Je termine cet article avec une image en tête. Celle de Tarass, 28 ans, qui se réveille chaque matin sous les obus. Qui se bat chaque jour contre un ennemi dix fois plus nombreux. Qui tient, malgré tout. Parce qu’il n’a pas le choix. Parce que, derrière lui, il y a son pays. Sa famille. Son fils. Et je me demande : combien de temps encore allons-nous laisser des hommes comme Tarass se battre seuls ? Combien de temps encore allons-nous détourner les yeux ? Combien de vies encore devons-nous sacrifier avant de comprendre que cette guerre, c’est aussi la nôtre ? Que si l’Ukraine tombe, ce ne sera pas seulement une défaite pour Kyiv. Ce sera une défaite pour nous tous.
Agir, avant qu’il ne soit trop tard
Il est temps d’agir. Avant qu’il ne soit trop tard. Avant que l’Ukraine, épuisée, abandonnée, ne doive capituler. Avant que les soldats comme Tarass, Volodymyr ou Oleksandr n’aient plus la force de tenir.
« On tiendra, promet Oleksandr. Mais il faut que vous nous aidiez. Parce que sans vous, on ne peut pas gagner. Et sans nous, vous ne serez plus en sécurité. »
Ces mots devraient nous glacer le sang. Parce qu’ils sont vrais. Parce que l’Ukraine ne se bat pas seulement pour elle-même. Elle se bat pour nous. Pour nos valeurs. Pour notre sécurité. Pour notre droit à vivre dans un monde où un pays ne peut pas envahir son voisin en toute impunité.
Alors oui, parlons de ces 338 combats. Parlons des soldats qui tiennent la ligne. Parlons des familles qui attendent. Parlons de l’Ukraine. Parce que si nous nous taisons, qui le fera ?
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des gouvernements ukrainien et russe, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d’organisations intergouvernementales, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse, Kyiv Independent).
Sources secondaires : publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche établies, rapports d’organisations sectorielles (The Kyiv Independent, AFP, AP News).
Les données statistiques, économiques et géopolitiques citées proviennent d’institutions officielles : Agence internationale de l’énergie (AIE), Organisation mondiale du commerce (OMC), Fonds monétaire international (FMI), Banque mondiale, instituts statistiques nationaux.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
Ukrinform – War update: 338 clashes on front lines over past day, Pokrovsk sector hottest – 1er février 2026
Kyiv Independent – Ukraine war latest: Russia targets Ukraine’s energy infrastructure in massive strikes ahead of winter, Zelensky says – 3 octobre 2025
Kyiv Independent – ‘Russia is preparing new massive attacks,’ Zelensky says – 16 janvier 2026
Sources secondaires
Associated Press – Power outages hit Ukraine and Moldova as Kyiv struggles against the winter cold – 31 janvier 2026
AFP – Ukraine faces -30C freeze as Russia batters energy grid: weather agency – 29 janvier 2026
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