6 000 drones : une pluie de métal et de feu
6 000. Six mille drones. Imaginez un instant. Six mille fois où des familles ont entendu le bourdonnement sinistre d’un engin volant approcher. Six mille fois où des pères ont poussé leurs enfants sous la table en priant pour que le plafond tienne. Six mille fois où des mères ont serré leurs bébés contre elles, espérant que le mur les protégerait. Six mille fois où des grands-parents, trop vieux pour courir, se sont recroquevillés dans un coin, attendant la fin. Six mille fois.
Chaque drone Shahed coûte environ 20 000 dollars. Multipliez par 6 000. Vous obtenez 120 millions de dollars. Cent vingt millions de dollars dépensés en un seul mois pour semer la terreur. Pendant ce temps, à Moscou, les oligarques russes continuent de vivre dans l’opulence, indifférents à la souffrance qu’ils financent. « Ils dépensent des fortunes pour nous tuer, alors qu’ils pourraient nourrir leur propre peuple avec cet argent, s’indigne Tetyana, une enseignante de Kyiv. Mais non. Ils préfèrent acheter des drones pour tuer des enfants. »
Je me souviens d’un reportage que j’avais vu, il y a quelques années, sur un enfant syrien. Il avait survécu à un bombardement. Il était assis dans les décombres de ce qui avait été sa maison, tenant un jouet brisé. Il ne pleurait pas. Il regardait juste devant lui, comme s’il avait déjà accepté que le monde était un endroit où les bombes tombent du ciel sans raison. Aujourd’hui, en Ukraine, des milliers d’enfants vivent la même chose. Sauf que cette fois, ce ne sont pas des bombes qui tombent. Ce sont des drones. Des drones qui volent bas, qui font un bruit de mouche géante, qui explosent en pleine nuit, qui transforment les chambres d’enfants en tombes. Et le pire, c’est que nous, nous le savons. Nous savons que ça se passe. Nous savons que des enfants meurent. Nous savons que des familles sont détruites. Et pourtant, nous continuons à parler de « fatigue de l’Ukraine ». Comme si la fatigue était un luxe que les Ukrainiens pouvaient se permettre. Comme si, quelque part, il était acceptable de détourner les yeux pendant que des enfants meurent sous les drones.
5 500 bombes : l’artillerie de l’apocalypse
5 500 bombes. Cinq mille cinq cents. Cinq mille cinq cents fois où le sol a tremblé. Cinq mille cinq cents fois où des immeubles se sont effondrés. Cinq mille cinq cents fois où des vies ont été fauchées. Les bombes russes ne sont pas précises. Elles ne visent pas des objectifs militaires. Elles tombent sur des cibles civiles. Des marchés. Des parcs. Des arrêts de bus. Des écoles.
« Ils bombardent tout ce qui bouge, raconte Mykola, un pompier de Kharkiv. Ils ne font pas la différence entre un soldat et un enfant. Pour eux, tout le monde est une cible. » Mykola a vu des corps déchiquetés. Il a vu des familles entières ensevelies sous les décombres. Il a vu des enfants mourir dans les bras de leurs parents, parce que les secours n’arrivaient pas à temps. « Parfois, on arrive trop tard, dit-il, la voix tremblante. Parfois, il ne reste plus rien à sauver. Juste des morceaux de vies brisées. »
CHRONIQUE : Une nuit dans les abris de Kyiv — quand le ciel devient l’ennemi
22h00 : l’alerte retentit
Il est 22h00 à Kyiv. La sirène retentit. Un son strident, insupportable, qui déchire la nuit. Olena, 34 ans, attrape son enfant de 5 ans et court vers l’abri le plus proche. Elle a 10 minutes. Peut-être moins. Les drones Shahed mettent environ 30 minutes pour atteindre leur cible depuis leur point de lancement. Mais une fois qu’ils sont en approche, il ne reste que quelques minutes avant l’impact.
« La première fois, j’avais peur, raconte Olena. Maintenant, j’ai juste l’habitude. C’est ça, le plus terrible. Qu’on s’habitue à courir pour sauver sa vie. Qu’on s’habitue à entendre les explosions. Qu’on s’habitue à voir des gens mourir. » Dans l’abri, une vingtaine de personnes sont entassées. Certains prient. D’autres pleurent. D’autres encore fixent leur téléphone, comme si les réseaux sociaux pouvaient les protéger des bombes.
Je me souviens d’une nuit que j’ai passée dans un abri à Lviv, il y a quelques mois. C’était en plein hiver. Il faisait un froid glacial. Les murs de l’abri étaient humides, et l’air sentait la peur. Autour de moi, des familles entières, des personnes âgées, des enfants. Certains dormaient, épuisés. D’autres fixaient le plafond, comme s’ils pouvaient voir à travers, comme s’ils pouvaient deviner où la prochaine bombe allait tomber. Et puis, il y avait les bruits. Le sifflement des drones. Le grondement lointain des explosions. Les pleurs étouffés des enfants. Cette nuit-là, j’ai compris une chose : la guerre, ce n’est pas seulement les soldats sur le front. C’est aussi ces familles, ces enfants, ces personnes âgées, qui passent leurs nuits dans des abris humides, en priant pour survivre jusqu’au matin. C’est cette peur qui vous serre la gorge, qui vous empêche de respirer, qui vous rappelle que, à tout moment, tout peut s’arrêter. Et le pire, c’est de savoir que, pendant que nous dormons tranquillement dans nos lits, eux, ils passent leurs nuits à attendre la mort.
03h00 : l’explosion
À 3h du matin, l’explosion retentit. Un bruit sourd, assourdissant, qui fait trembler les murs de l’abri. Les lumières s’éteignent. Les cris fusent. Quelqu’un allume une lampe torche. « C’est proche, murmure une voix. Très proche. » Olena serre son enfant contre elle. Elle sent son petit corps trembler. « Maman, est-ce qu’on va mourir ? » demande-t-il, la voix brisée par la peur. Olena ne répond pas. Elle ne peut pas. Parce qu’elle ne sait pas. Parce que personne ne sait.
Dehors, les sirènes hurlent toujours. Les drones continuent de survoler la ville, à la recherche de nouvelles cibles. Olena sait qu’elle devra rester dans cet abri jusqu’au matin. Jusqu’à ce que le danger soit passé. Jusqu’à ce que le ciel redevienne, temporairement, un refuge. Mais elle sait aussi une chose : demain soir, ce sera la même chose. Et le surlendemain. Et tous les soirs qui suivront. Parce que la Russie ne s’arrêterà pas. Pas tant qu’elle n’aura pas réduit l’Ukraine en cendres.
OPINION : Pourquoi 6 000 drones en un mois devraient nous révolter
L’industrie de la mort : qui profite de la souffrance ukrainienne ?
6 000 drones en un mois. Où sont-ils fabriqués ? Qui les paie ? Qui les envoie ? La réponse est simple : la Russie, avec l’aide de ses alliés. Les drones Shahed sont produits en Iran, puis expédiés en Russie, où ils sont assemblés et lancés sur l’Ukraine. Chaque drone coûte environ 20 000 dollars. Multipliez par 6 000. Vous obtenez 120 millions de dollars. 120 millions de dollars dépensés en un mois pour terroriser une population civile.
Mais l’Iran n’est pas le seul complice. La Chine fournit des composants électroniques. La Corée du Nord fournit des obus. Et l’Occident ? Il tergiverse. Il discute. Il hésite. Pendant ce temps, les Ukrainiens meurent. « On nous parle de sanctions, s’indigne Andriy, un analyste politique ukrainien. Mais les sanctions, ça ne stoppe pas les drones. Ça ne sauve pas les vies. Seules les armes peuvent le faire. Et nous, on attend toujours. »
Je me souviens d’une discussion que j’ai eue avec un diplomate occidental, il y a quelques semaines. Il m’avait expliqué, avec un calme qui m’a glacé le sang, que « la situation était complexe ». Complexe. Comme si la complexité était une excuse pour ne pas agir. Comme si, quelque part, il était acceptable de laisser des enfants mourir sous les bombes parce que « c’est compliqué ». Mais la vérité, c’est que ce n’est pas compliqué. Ce qui est compliqué, c’est de regarder ces enfants dans les yeux et de leur dire : « Désolé, mais on ne peut pas vous aider. Parce que c’est trop compliqué. » La vérité, c’est que nous avons les moyens d’agir. Nous avons les armes. Nous avons les ressources. Nous avons la technologie. Ce qui nous manque, c’est la volonté. Et ça, c’est impardonnable.
L’hypocrisie occidentale : entre promesses et réalité
L’Occident a promis des armes. Des systèmes de défense aérienne. Des munitions. Mais les livraisons sont lentes. Trop lentes. « On nous promet des miracles, mais on nous donne des miettes, résume Vasyl, un soldat ukrainien. Pendant ce temps, les Russes nous écrasent sous les bombes. » Les États-Unis ont annoncé un nouveau paquet d’aide militaire. L’Europe discute de sanctions supplémentaires. Mais sur le terrain, les Ukrainiens manquent de tout : munitions, médicaments, équipements.
« On nous dit de tenir, raconte Ihor, un autre soldat. Mais tenir avec quoi ? Avec notre courage ? Notre courage, on l’a. Mais les obus, on ne les fabrique pas avec. » Pendant ce temps, les drones russes continuent de pleuvoir. Les bombes continuent d’exploser. Les missiles continuent de frapper. Et le monde ? Il regarde. Il compte. Il analyse. Mais est-ce qu’il agit ?
COMMENTAIRE : Derrière les chiffres, une stratégie de terreur calculée
La doctrine russe : épuiser, geler, soumettre
La stratégie russe est claire : épuiser l’Ukraine. Épuiser ses défenses. Épuiser sa population. Épuiser sa volonté de résister. Les drones, les bombes et les missiles ne sont pas seulement des armes. Ce sont des outils de terreur psychologique. « Ils veulent qu’on ait peur, explique Natalia, une psychologue ukrainienne. Ils veulent qu’on se sente vulnérables. Qu’on ait l’impression qu’on ne peut pas nous protéger. Qu’on finisse par abandonner. »
Et ça marche. Les Ukrainiens résistent, mais la fatigue s’installe. La peur s’installe. Le désespoir s’installe. « Chaque nuit, on se demande si on va survivre, confie Olha, une mère de famille de Dnipro. Chaque matin, on se réveille en se demandant si nos proches sont encore en vie. C’est ça, leur stratégie. Nous user. Nous briser. Nous faire abandonner. »
Je me souviens d’un soldat ukrainien qui m’avait dit : « Ils ne veulent pas gagner la guerre. Ils veulent qu’on la perde. » Ces mots résonnent aujourd’hui avec une force terrible. Parce qu’il a raison. La Russie ne cherche pas une victoire militaire éclatante. Elle cherche à épuiser l’Ukraine. À la vider de ses ressources. De son énergie. De son espoir. Elle veut que les Ukrainiens, épuisés, finissent par capituler. Elle veut que le monde, las, finisse par détourner les yeux. Et le pire, c’est que ça marche. Parce que chaque nuit où les drones survolent Kyiv, chaque jour où les bombes tombent sur Kharkiv, chaque heure où les missiles frappent les centrales électriques, c’est une nouvelle goutte d’eau qui fait déborder le vase. Une nouvelle goutte de souffrance. Une nouvelle goutte de désespoir. Et un jour, peut-être, le vase se brisera. Et ce jour-là, la Russie aura gagné. Pas sur le champ de bataille. Mais dans les cœurs et les esprits des Ukrainiens. Dans leur volonté de résister. Et ça, ce serait une défaite pour nous tous.
L’hiver comme arme de guerre
Janvier 2026 a aussi été le mois où la Russie a utilisé l’hiver comme arme. En ciblant les infrastructures énergétiques, Moscou a plongé des millions d’Ukrainiens dans le noir et le froid. « Ils savent ce qu’ils font, explique Borys, un ingénieur de Kyiv. Ils attendent que les températures chutent, puis ils frappent les centrales électriques. Comme ça, on gèle. On a faim. On est faibles. Et on est plus faciles à battre. »
Les températures en Ukraine peuvent descendre jusqu’à -20°C en janvier. Sans chauffage, sans électricité, les gens meurent. Les personnes âgées, les malades, les enfants. « On a des voisins qui sont morts de froid, raconte Iryna, une habitante de Kharkiv. Juste parce qu’ils n’avaient plus de chauffage. Juste parce que les Russes ont décidé de couper le courant. »
CHRONIQUE : Les visages derrière les 6 000 drones
Les enfants de Dnipro : grandir sous les bombes
Masha a 8 ans. Elle devrait être à l’école, en train d’apprendre à lire et à compter. Au lieu de ça, elle passe ses nuits dans un abri, serrée contre sa mère, en priant pour que les drones ne frappent pas leur immeuble. « Elle a peur du noir, explique sa mère, Olena. Chaque fois que les lumières s’éteignent, elle se met à trembler. Elle pense que c’est un drone qui arrive. » Masha n’est pas seule. Des milliers d’enfants ukrainiens vivent la même chose. Ils grandissent dans la peur. Ils grandissent dans l’obscurité. Ils grandissent en entendant les explosions.
« Ils ne comprennent pas, poursuit Olena. Ils ne comprennent pas pourquoi des gens veulent les tuer. Ils ne comprennent pas pourquoi ils ne peuvent pas aller à l’école. Ils ne comprennent pas pourquoi ils doivent courir se cacher chaque fois qu’ils entendent une sirène. » Et comment leur expliquer ? Comment leur dire que des adultes, quelque part, ont décidé que leur vie ne valait rien ? Que leur bonheur, leurs rêves, leur avenir, tout ça peut être détruit en un instant, par un drone, une bombe, un missile ?
Je me souviens d’un dessin que Masha m’avait montré, la dernière fois que je l’ai vue. C’était un soleil. Un grand soleil jaune, avec des rayons qui partaient dans tous les sens. Au milieu, elle avait écrit : « Je veux que la guerre s’arrête. » Quatre mots. Quatre mots qui résument tout. Quatre mots qui devraient nous hanter. Parce que Masha, elle, elle ne demande pas grand-chose. Elle ne demande pas des jouets. Elle ne demande pas des bonbons. Elle demande juste que la guerre s’arrête. Elle demande juste de pouvoir grandir sans avoir peur. Elle demande juste de pouvoir dormir sans entendre les explosions. Elle demande juste de pouvoir vivre. Et nous, qu’est-ce qu’on fait pour elle ? Qu’est-ce qu’on fait pour tous les enfants comme elle, qui, quelque part en Ukraine, prient chaque nuit pour survivre jusqu’au matin ?
Les grands-parents de Kharkiv : mourir de froid et d’oubli
Ivan a 78 ans. Il a survécu à la Seconde Guerre mondiale. Il a survécu à la chute de l’URSS. Il a survécu à tant de choses. Mais aujourd’hui, il ne sait pas s’il survivra à l’hiver. Parce que les Russes ont bombardé la centrale électrique de Kharkiv. Parce qu’il n’y a plus de chauffage. Parce qu’il fait -15°C dans son appartement. « Je me couche avec toutes mes couches, explique-t-il. Je me réveille, et je grelotte encore. » Ivan n’est pas seul. Des milliers de personnes âgées en Ukraine vivent dans les mêmes conditions. Elles grelottent. Elles ont faim. Elles ont peur. Et souvent, personne ne vient les aider.
« On nous oublie, dit Lydia, 82 ans. Les jeunes, ils se battent. Ils résistent. Mais nous, on est juste là. À attendre. À grelotter. À prier pour que la mort vienne vite. » Lydia a perdu son mari il y a deux ans. Aujourd’hui, elle se demande si elle va le rejoindre bientôt. Pas à cause de la vieillesse. À cause de la guerre. À cause du froid. À cause de l’indifférence.
ÉDITORIAL : L’Occident a-t-il déjà abandonné l’Ukraine ?
Les promesses non tenues : quand l’aide se fait attendre
L’Occident a promis. Il a promis des armes. Des munitions. Des systèmes de défense aérienne. Des sanctions. Mais sur le terrain, les Ukrainiens attendent toujours. « On nous dit de tenir, raconte Tarass, un soldat ukrainien. Mais tenir avec quoi ? Avec notre courage ? Notre courage, on l’a. Mais les obus, on ne les fabrique pas avec. »
Les États-Unis ont annoncé un nouveau paquet d’aide militaire. L’Europe discute de sanctions supplémentaires. Mais les livraisons sont trop lentes. Trop bureaucratiques. Trop politiques. « Chaque jour de retard, c’est des vies perdues, martèle Andriy Yermak, chef de cabinet du président Zelensky. Chaque jour où on tergiverse, c’est un jour de plus où les Russes peuvent frapper. »
Je me souviens d’une conversation avec un diplomate européen, il y a quelques semaines. Il m’avait expliqué, avec un sourire poli, que « les procédures prenaient du temps ». Des procédures. Comme si, quelque part, il était acceptable de laisser des gens mourir parce qu’il faut respecter des « procédures ». Comme si les vies ukrainiennes valaient moins que des formulaires administratifs. Mais la vérité, c’est que chaque minute compte. Chaque seconde compte. Chaque fois qu’un drone s’écrase sur une école, chaque fois qu’une bombe explose dans un hôpital, chaque fois qu’un missile frappe une centrale électrique, ce sont des vies qui sont détruites. Des familles qui sont brisées. Des enfants qui grandissent dans la peur. Et nous, nous tergiversons. Nous discutons. Nous attendons. Comme si nous avions le luxe du temps. Comme si les Ukrainiens avaient le luxe d’attendre.
Le silence des médias : quand l’Ukraine devient une guerre oubliée
L’Ukraine était partout. Dans les journaux. À la télévision. Sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, elle est devenue une guerre oubliée. Les médias en parlent de moins en moins. Les gens s’en lassent. « On nous a promis qu’on ne serait pas seuls, dit Iryna, une journaliste ukrainienne. Mais on se sent abandonnés. Comme si le monde avait décidé que notre guerre n’était plus assez intéressante. »
Les images des villes ukrainiennes plongées dans le noir ne font plus la une. Les reportages sur les hôpitaux sans électricité sont relégués en fin de journal. Les témoignages des personnes âgées qui meurent de froid ne sont plus diffusés. Le monde a tourné la page. Mais la guerre, elle, continue.
Je me souviens d’un reportage que j’avais vu, il y a quelques années, sur un enfant syrien. Il avait survécu à un bombardement. Il était assis dans les décombres de ce qui avait été sa maison, tenant un jouet brisé. Il ne pleurait pas. Il regardait juste devant lui, comme s’il avait déjà accepté que le monde était un endroit où les bombes tombent du ciel sans raison. Aujourd’hui, en Ukraine, des milliers d’enfants vivent la même chose. Sauf que cette fois, ce ne sont pas des bombes qui tombent. Ce sont des drones. Des drones qui volent bas, qui font un bruit de mouche géante, qui explosent en pleine nuit, qui transforment les chambres d’enfants en tombes. Et le pire, c’est que nous, nous le savons. Nous savons que ça se passe. Nous savons que des enfants meurent. Nous savons que des familles sont détruites. Et pourtant, nous continuons à parler de « fatigue de l’Ukraine ». Comme si la fatigue était un luxe que les Ukrainiens pouvaient se permettre. Comme si, quelque part, il était acceptable de détourner les yeux pendant que des enfants meurent sous les drones.
COMMENTAIRE : Ce que les 6 000 drones de janvier révèlent sur l’avenir de la guerre
Une guerre d’usure qui pourrait durer des années
Les 6 000 drones, 5 500 bombes et 158 missiles lancés en janvier révèlent une réalité cruelle : cette guerre est devenue une guerre d’usure. Une guerre où chaque côté cherche à épuiser l’autre, où les gains territoriaux se mesurent en mètres, et où le coût humain est exorbitant.
Pour la Russie, l’objectif est clair : user l’Ukraine, épuiser ses ressources, ses soldats, sa volonté de résister. Pour l’Ukraine, la stratégie est tout aussi évidente : tenir. Tenir coûte que coûte, en espérant que l’Occident finira par fournir les armes et les munitions nécessaires pour repousser l’ennemi. Mais cette stratégie a un prix. Un prix que paient, chaque jour, des soldats comme Tarass, Volodymyr, ou Oleksandr. Un prix que paient leurs familles. Un prix que paie tout un pays.
Je me souviens d’une discussion avec un historien, il y a quelques mois. Il comparait la guerre en Ukraine à la Première Guerre mondiale. « C’est la même logique, m’avait-il dit. Une guerre d’usure, où chaque côté sacrifie des vies par milliers pour gagner quelques mètres de terrain. Sauf qu’à l’époque, les soldats savaient au moins que leur sacrifice servait à quelque chose. Aujourd’hui, les soldats ukrainiens se demandent : à quoi bon tenir, si le monde les oublie ? À quoi bon mourir pour un pays que personne ne soutient plus ? » Ses mots résonnent aujourd’hui avec une force terrible. Parce qu’il a raison. L’Ukraine résiste, elle se bat, elle survit. Mais pendant ce temps, le monde tergiverse. Il discute. Il négocie. Il promet. Mais il n’agit pas. Et chaque jour de retard, chaque promesse non tenue, chaque sanction édulcorée, c’est une vie de plus qui gèle dans le noir. Une vie de plus qui s’éteint sous les bombes. Une vie de plus qui pourrait être sauvée, mais qui ne le sera pas.
L’Ukraine peut-elle tenir sans un soutien accru ?
La question est simple, mais la réponse est complexe. L’Ukraine peut tenir. Ses soldats ont prouvé, maintes et maintes fois, leur courage et leur détermination. Mais tenir à quel prix ? Combien de vies encore ? Combien de villes réduites en cendres ? Combien de familles brisées ?
« On tiendra, affirme Bohdan, un officier ukrainien. Mais il faut que l’Occident comprenne une chose : notre résistance a un coût. Et ce coût, ce sont des vies. Des vies ukrainiennes. » Des vies. Toujours des vies. Comme si, dans cette guerre, tout se résumait à une équation macabre : combien de soldats ukrainiens sont prêts à mourir pour que l’Occident daigne enfin agir ?
CHRONIQUE : Les héros invisibles — ceux qui résistent dans l’ombre
Les soldats : ceux qui tiennent la ligne
Tarass, 28 ans. Volodymyr, 35 ans. Oleksandr, 22 ans. Trois noms. Trois visages parmi des milliers. Trois soldats qui, hier, ont tenu la ligne à Pokrovsk. Trois soldats qui, aujourd’hui, se préparent à recommencer.
« On nous dit qu’on est des héros, raconte Tarass. Mais un héros, c’est quelqu’un qui a le choix. Nous, on n’a pas le choix. On se bat parce que c’est notre pays. Parce que si on ne le fait pas, personne ne le fera. »
Volodymyr, lui, pense à sa famille. « Ma femme me dit de faire attention. Mon fils me demande quand je rentrerai. Je lui réponds : bientôt. Mais je ne sais pas si c’est vrai. »
Oleksandr est le plus jeune. Il a 22 ans. Il aurait dû être à l’université. Il aurait dû étudier, rire avec ses amis, tomber amoureux. À la place, il est ici. Dans la boue. Sous les obus. Avec, pour seule certitude, que demain sera une nouvelle journée de combat.
Je me souviens d’un jeune soldat que j’avais rencontré l’année dernière. Il avait 19 ans. Il m’avait montré une photo de lui, prise un an plus tôt, avant la guerre. Il souriait. Il avait l’air insouciant. « Regardez, m’avait-il dit. C’était une autre vie. » Une autre vie. Trois mots qui résument tout. Parce que pour des milliers de jeunes Ukrainiens, la guerre a volé leur jeunesse. Elle a volé leurs rêves. Elle a volé leur insouciance. Et le pire, c’est que le monde, lui, continue de tourner. Comme si de l’autre côté de l’Europe, des jeunes hommes ne mouraient pas pour défendre un pays que nous avons promis de soutenir. Comme si, quelque part, il était acceptable que des pères, des fils, des frères meurent parce que nous avons décidé que nous étions « fatigués » de cette guerre.
Les familles : celles qui attendent
Derrière chaque soldat, il y a une famille. Une mère qui prie. Un père qui serre les poings. Une femme qui regarde son téléphone, espérant un message. Un enfant qui dessine son papa en uniforme, en se demandant quand il rentrera.
« Chaque fois que le téléphone sonne, j’ai peur, confie Olena, la mère de Tarass. Je me dis : et si c’était eux ? Et si c’était le dernier appel ? »
Pour Natalia, la femme de Volodymyr, chaque jour est une épreuve. « Je me réveille le matin, et la première chose que je fais, c’est regarder mon téléphone. Pour voir s’il m’a envoyé un message. Pour savoir s’il est encore en vie. »
OPINION : Que faire face à l’indifférence ?
Ne pas détourner les yeux
Face à l’indifférence, il n’y a qu’une seule réponse possible : ne pas détourner les yeux. Continuer à parler de l’Ukraine. Continuer à exiger que nos dirigeants agissent. Continuer à rappeler que cette guerre n’est pas finie. Qu’elle continue de tuer. De détruire. De briser des vies.
« Parlez de nous, demande Ihor. Parlez de ce qui se passe ici. Parce que si vous vous taisez, qui le fera ? »
Parler, oui. Mais aussi agir. Exiger que les promesses soient tenues. Que les armes soient livrées. Que les sanctions contre la Russie soient renforcées. Que l’Ukraine ne soit pas abandonnée à son sort.
Je me souviens d’une phrase que m’avait dite un vieil homme, dans un village près de Kharkiv. Il m’avait regardé droit dans les yeux et m’avait dit : « Vous, vous pouvez partir. Vous pouvez rentrer chez vous, dans votre pays en paix. Nous, on ne peut pas. On est coincés ici. Alors s’il vous plaît, ne nous oubliez pas. » Ne pas oublier. Trois mots simples. Trois mots qui devraient nous hanter. Parce qu’ils résument tout ce que nous devons à l’Ukraine : notre mémoire. Notre attention. Notre soutien. Notre refus de détourner les yeux.
Exiger des comptes
Il est temps d’exiger des comptes. De nos dirigeants, qui promettent et tergiversent. De nos médias, qui parlent de moins en moins de l’Ukraine. De nous-mêmes, qui avons peut-être baissé les bras, pensant que la guerre était finie.
« On nous a promis qu’on ne serait pas seuls, rappelle Bohdan. On nous a promis qu’on aurait ce qu’il fallait pour gagner. Alors où est-ce ? Où sont les armes ? Où sont les munitions ? Où est le soutien ? »
Où est-il, indeed.
ÉDITORIAL : L’Ukraine ne peut pas tenir seule — et nous ne pouvons pas la laisser tomber
Le devoir de mémoire et d’action
L’Ukraine ne peut pas tenir seule. Pas face à une Russie déterminée à la détruire. Pas face à des vagues de soldats envoyés au massacre. Pas face à une artillerie qui écrase tout sur son passage. L’Ukraine a besoin de nous. De notre soutien. De notre mémoire. De notre refus de l’oublier.
« On nous dit de tenir, répète Tarass. Mais tenir avec quoi ? Avec notre courage ? Notre courage, on l’a. Mais il faut plus que ça. Il faut des armes. Il faut des munitions. Il faut que le monde se réveille. »
Se réveiller. Trois mots qui devraient nous interpeller. Parce que, pendant que nous dormons, pendant que nous vaquons à nos occupations, pendant que nous parlons de « fatigue de l’Ukraine », des soldats meurent. Des familles pleurent. Un pays se bat pour survivre.
Je termine cet article avec une image en tête. Celle de Tarass, 28 ans, qui se réveille chaque matin sous les obus. Qui se bat chaque jour contre un ennemi dix fois plus nombreux. Qui tient, malgré tout. Parce qu’il n’a pas le choix. Parce que, derrière lui, il y a son pays. Sa famille. Son fils. Et je me demande : combien de temps encore allons-nous laisser des hommes comme Tarass se battre seuls ? Combien de temps encore allons-nous détourner les yeux ? Combien de vies encore devons-nous sacrifier avant de comprendre que cette guerre, c’est aussi la nôtre ? Que si l’Ukraine tombe, ce ne sera pas seulement une défaite pour Kyiv. Ce sera une défaite pour nous tous.
Agir, avant qu’il ne soit trop tard
Il est temps d’agir. Avant qu’il ne soit trop tard. Avant que l’Ukraine, épuisée, abandonnée, ne doive capituler. Avant que les soldats comme Tarass, Volodymyr ou Oleksandr n’aient plus la force de tenir.
« On tiendra, promet Oleksandr. Mais il faut que vous nous aidiez. Parce que sans vous, on ne peut pas gagner. Et sans nous, vous ne serez plus en sécurité. »
Ces mots devraient nous glacer le sang. Parce qu’ils sont vrais. Parce que l’Ukraine ne se bat pas seulement pour elle-même. Elle se bat pour nous. Pour nos valeurs. Pour notre sécurité. Pour notre droit à vivre dans un monde où un pays ne peut pas envahir son voisin en toute impunité.
Alors oui, parlons de ces 6 000 drones. Parlons des soldats qui tiennent la ligne. Parlons des familles qui attendent. Parlons de l’Ukraine. Parce que si nous nous taisons, qui le fera ?
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des gouvernements ukrainien et russe, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d’organisations intergouvernementales, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse, Kyiv Independent).
Sources secondaires : publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche établies, rapports d’organisations sectorielles (The Kyiv Independent, AFP, AP News).
Les données statistiques, économiques et géopolitiques citées proviennent d’institutions officielles : Agence internationale de l’énergie (AIE), Organisation mondiale du commerce (OMC), Fonds monétaire international (FMI), Banque mondiale, instituts statistiques nationaux.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
Ukrinform – Russia launched over 6,000 drones, 5,500 bombs, 158 missiles at Ukraine in Jan – Zelensky – 1er février 2026
Kyiv Independent – Ukraine war latest: Russia targets Ukraine’s energy infrastructure in massive strikes ahead of winter, Zelensky says – 3 octobre 2025
Kyiv Independent – ‘Russia is preparing new massive attacks,’ Zelensky says – 16 janvier 2026
Sources secondaires
Associated Press – Power outages hit Ukraine and Moldova as Kyiv struggles against the winter cold – 31 janvier 2026
AFP – Ukraine faces -30C freeze as Russia batters energy grid: weather agency – 29 janvier 2026
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