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ÉDITORIAL : Pokrovsk, le jour où la guerre a changé de visage — et où l’Ukraine a tenu bon
Crédit: Adobe Stock

Quand le ciel devient un champ de bataille

Si vous pouviez voir Pokrovsk depuis le ciel, vous verriez quelque chose d’étrange. Des points noirs qui dansent, qui tombent, qui explosent. Ce sont les drones. Pas ceux des reportages, ceux qui filment des paysages. Non, ceux-là tuent. Ou sauvent.

Les Russes en ont lancé 2 872 en janvier. 2 872. Imaginez : près de 3 000 engins qui, chaque jour, sifflent, repèrent, frappent. Certains sont gros comme des voitures. D’autres, pas plus qu’un oiseau. Mais tous ont un but : trouver une faille. Une fenêtre ouverte. Un soldat distrait. Une seconde d’inattention.

Face à eux, les Ukrainiens. Avec leurs drones FPV, leurs intercepteurs, leurs opérateurs qui, dans des bunkers sombres, jouent une partie d’échecs où chaque mauvais mouvement signifie la mort. « On les voit arriver, on les suit, on les descend« , explique un opérateur à Meduza. « Parfois, on a juste le temps de crier. »

Et puis, il y a les infiltrations. Ces groupes de 6 à 8 hommes, qui avancent la nuit, silencieux, invisibles. Ils portent des vêtements civils — une violation des conventions de Genève, mais qui leur permet de se fondre dans le paysage. Ils arrivent par Hryshyne, par Rodynske. Ils veulent surprendre. Prendre par derrière. Faire sauter les défenses.

Mais les Ukrainiens les attendent. Avec des pièges, des mines, des drones qui, la nuit, éclairent le noir comme des projecteurs. « Ils pensent qu’on ne les voit pas, raconte un soldat. Mais on les voit. Toujours. »

Je me souviens d’une vidéo, tournée par un drone ukrainien. On y voit un groupe de soldats russes, en train d’avancer dans un champ. Ils sont six, peut-être huit. Ils marchent lentement, courbés, comme s’ils portaient le poids du monde. Et puis, soudain, la caméra zoome. On voit leurs visages. Ils ont vingt ans, tout au plus. Vingt ans, et ils sont là, à marcher vers une mort presque certaine. Je me suis demandé : est-ce qu’ils savent ? Est-ce qu’ils comprennent, eux aussi, que cette guerre n’a plus de sens ? Ou est-ce qu’ils avancent, simplement parce qu’on leur a dit de le faire ? Je n’ai pas de réponse. Juste cette image, qui me hante. Et cette question, qui me ronge : à quel moment devient-on un monstre ? À quel moment cesse-t-on d’être un homme ?

Myrnohrad : le village qui refuse de mourir

Myrnohrad. Un nom qui signifie « ville de la paix« . Une ironie cruelle, quand on sait ce qui s’y passe depuis des semaines. Les Russes veulent Myrnohrad. Pas pour sa beauté, ni pour sa richesse. Non, parce que c’est une porte. Une brèche. Si ils la prennent, ils pourront descendre vers Dobropillia. Puis vers Kramatorsk. Puis vers Sloviansk. Alors ils frappent. Sans relâche.

Le 7e corps d’assaut aérien tient le village. Ou ce qu’il en reste. Les maisons sont ventrées. Les rues, déchirées par les obus. Les arbres, calcinés. Mais les Ukrainiens sont . « On ne partira pas, dit un soldat. Pas tant qu’on respirera. »

Les Russes ont essayé de les encercler. Ils ont envoyé des vagues d’assaut. Des bombes guidées. Des drones suicide. Rien n’y a fait. « Ils reviennent toujours, explique un officier. Comme des fantômes. »

Et puis, il y a eux. Les civils. Ceux qui sont restés. Parce qu’ils n’avaient nulle part où aller. Ou parce qu’ils ont refusé de partir. « C’est notre terre, dit une vieille femme, assise devant sa maison en ruines. On ne la leur donnera pas. »

Alors ils résistent. Avec des fusils. Avec des mots. Avec cette foi, têtue, incassable, que demain sera un jour de victoire.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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