Le 31 janvier : quand tout s’effondre
Le 31 janvier 2026 à 10h42, heure de Kyiv, le réseau électrique ukrainien s’est effondré. Une « défaillance technique » a provoqué l’arrêt simultané de la ligne de 400 kilovolts entre les réseaux électriques de la Roumanie et de la Moldavie, et de la ligne de 750 kilovolts entre l’ouest et le centre de l’Ukraine. En quelques minutes, des millions de personnes se sont retrouvées dans le noir. À Kyiv, le métro s’est arrêté. Les stations de pompage ont cessé de fonctionner. Plus d’eau courante. Plus de chauffage. Plus de lumière. Et dehors, le thermomètre affichait moins quatorze degrés Celsius. Le ministre de l’Énergie Denys Shmyhal a parlé d’un « arrêt en cascade » du réseau. Les centrales nucléaires ont dû réduire leur puissance. Pendant des heures, l’Ukraine a retenu son souffle. Et ce n’était pas une attaque russe directe. C’était simplement un système à bout de souffle qui a lâché.
Car voilà la vérité que Volodin connaît parfaitement : il n’a même plus besoin de frapper pour que l’Ukraine souffre. Des semaines de bombardements méthodiques contre les infrastructures énergétiques ont réduit le réseau électrique ukrainien à l’état de fantôme de lui-même. Le système ne peut plus répondre qu’à 60 pour cent de la demande nationale en électricité. Chaque jour, des coupures programmées plongent des quartiers entiers dans l’obscurité pendant des heures. Et maintenant, une simple défaillance technique suffit à faire tomber tout le système comme un château de cartes. Les images qui circulent sur les réseaux sociaux sont glaçantes. Des files d’attente interminables devant des points de distribution de repas chauds. Des familles entassées dans des centres d’accueil d’urgence. Des enfants qui font leurs devoirs à la lueur de bougies, emmitouflés dans des couvertures. Ce n’est pas un film catastrophe. C’est l’Ukraine en janvier 2026.
Quand je lis que Volodin promet « de nouveaux problèmes » aux Ukrainiens dès la semaine prochaine, je me demande ce qu’il peut bien imaginer de pire. Des températures de moins trente? Un réseau électrique qui s’effondre? Des mères qui font chauffer des briques sur des bougies pour réchauffer leurs enfants? Tout cela existe déjà. Tout cela se passe en ce moment même. Et cet homme, depuis son bureau chauffé du Kremlin, trouve que ce n’est pas assez. Il veut plus. Toujours plus. La cruauté a-t-elle une limite? La réponse, apparemment, est non.
Les chiffres de l’horreur énergétique
Pour comprendre l’ampleur du désastre, il faut regarder les chiffres. Et les chiffres sont accablants. Depuis le début de l’hiver 2025-2026, la Russie a intensifié de manière systématique ses attaques contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes. Missiles de croisière, missiles balistiques, drones Shahed : tout est bon pour détruire les centrales thermiques, les sous-stations, les lignes à haute tension. Le résultat? L’Ukraine fait face à « une pénurie significative d’électricité », selon les termes mêmes du ministre de l’Énergie. Le pays peine à fournir de l’eau, du chauffage et de l’électricité à sa population malgré les températures glaciales. Et la semaine prochaine, ces températures vont encore chuter. Dans certaines régions, on attend entre moins vingt et moins trente degrés Celsius. C’est entre moins quatre et moins vingt-deux degrés Fahrenheit pour ceux qui utilisent cette échelle. Des températures mortelles pour quiconque n’a pas accès au chauffage.
Les Ukrainiens s’adaptent comme ils peuvent. Sur les réseaux sociaux, ils partagent des astuces de survie. Comment fabriquer un chauffage d’appoint avec des briques et des bougies. Comment conserver la chaleur dans un appartement sans électricité. Comment cuisiner sans gaz ni électricité. Les magasins qui vendaient des poêles à gaz portables ont vu leurs rayons vidés en quelques jours. Les batteries externes, les lampes de poche, les guirlandes lumineuses à piles sont devenues des objets de première nécessité. « Les longues coupures de courant par ces températures glaciales ont épuisé les gens », a confié une psychologue de Kyiv à NPR. Épuisé. Le mot est faible. Ce que vivent les Ukrainiens depuis des semaines, c’est une guerre d’usure où l’ennemi n’est pas seulement l’armée russe, mais le froid lui-même. Un froid que Moscou a délibérément transformé en arme de destruction massive.
Le sommet d'Alaska : le péché originel
Quand Trump a donné à Poutine ce qu’il voulait
Pour comprendre pourquoi Volodin se permet aujourd’hui de réclamer des « armes de représailles », il faut remonter au 15 août 2025. Ce jour-là, Donald Trump accueillait Vladimir Poutine à la base militaire d’Elmendorf-Richardson, en Alaska. Tapis rouge. Poignées de main souriantes. Photo officielle sur une estrade portant l’inscription « ALASKA 2025 ». C’était la première fois depuis l’invasion de 2022 que Poutine était invité dans un pays occidental. Un homme recherché par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre, accueilli en grande pompe par le président des États-Unis. Le symbolisme était dévastateur. Et ce qui s’est dit lors de ce sommet l’était encore plus. Selon des sources européennes familières avec le compte rendu que Trump a fait à ses homologues après la réunion, Poutine a exigé le contrôle total du Donbas — Donetsk et Luhansk — en échange d’un gel du front ailleurs. L’Ukraine n’était pas invitée à cette discussion. On décidait de son sort sans elle.
Le sommet s’est terminé sans accord formel. Mais Trump a changé de position. Avant l’Alaska, il parlait de cessez-le-feu d’abord, puis de négociations de paix. Après l’Alaska, il a dit vouloir aller « directement à un accord de paix ». Les analystes ont compris : le cessez-le-feu aurait stoppé l’avancée russe. Un accord de paix, lui, pourrait entériner les conquêtes territoriales de Moscou. Depuis, le Kremlin cite constamment les « ententes d’Anchorage » comme base de négociation. Volodin lui-même, dans sa déclaration du 30 janvier, a affirmé que « la seule voie » pour Zelensky était de « suivre les accords atteints par les dirigeants de la Russie et des États-Unis, Vladimir Poutine et Donald Trump, à Anchorage ». En d’autres termes : capitule ou souffre. Voilà ce que l’Alaska a produit. Voilà pourquoi Volodin peut aujourd’hui menacer l’Ukraine d’« armes de représailles » sans craindre de répercussions.
Alaska. Ce nom résonne maintenant comme une trahison. Pas pour les Américains, qui y ont vu une victoire diplomatique de leur président. Mais pour les Ukrainiens, qui ont compris ce jour-là qu’on négociait leur pays sans eux. Qu’on décidait de leur territoire comme on partage un gâteau entre convives. Et aujourd’hui, quand Volodin menace, il brandit Alaska comme un trophée. « Vous avez vu? Votre allié a accepté nos conditions. Maintenant, pliez ou mourrez. » C’est cela, le prix d’Alaska. Le prix de cette photo souriante sur le tarmac. Le prix de ces poignées de main. Des millions d’Ukrainiens dans le noir et le froid.
1,2 million de raisons de douter de la victoire russe
Mais pendant que Volodin fanfaronne et que Kadyrov réclame la guerre totale, les chiffres racontent une autre histoire. Une histoire que le Kremlin préférerait qu’on oublie. Selon un rapport du Center for Strategic and International Studies publié fin janvier 2026, la Russie a subi environ 1,2 million de pertes — tués, blessés et disparus — depuis le début de l’invasion en février 2022. C’est plus que toutes les pertes russes et soviétiques dans toutes les guerres depuis la Seconde Guerre mondiale combinées. Cinq fois plus. L’Afghanistan? 14 000 à 16 000 morts en dix ans. La Tchétchénie? 13 000 à 25 000 morts sur quinze ans. L’Ukraine? Entre 275 000 et 325 000 soldats russes tués en moins de quatre ans. Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a déclaré au Forum économique mondial de Davos que Moscou perdait mille soldats par jour en décembre 2025. « Dans les années 1980 en Afghanistan, les Soviétiques ont perdu 20 000 hommes en dix ans. Maintenant, ils en perdent 30 000 en un mois », a-t-il souligné.
Et pour quoi? Pour quels gains territoriaux? Le même rapport du CSIS est impitoyable : depuis 2022, la Russie n’a augmenté la superficie de territoire ukrainien sous son contrôle que de 12 pour cent. Les offensives russes les plus ambitieuses de 2024 et 2025 — vers Pokrovsk, Chasiv Yar, Toretsk — ont progressé à un rythme moyen de 15 à 70 mètres par jour. Plus lent que presque toutes les offensives majeures dans n’importe quelle guerre du siècle dernier. Le rapport conclut sans ambiguïté : « Malgré les affirmations d’élan sur le champ de bataille en Ukraine, les données montrent que la Russie paie un prix extraordinaire pour des gains minimaux et décline en tant que grande puissance. » Volodin peut bien réclamer des « armes de représailles ». La réalité du terrain raconte une tout autre histoire. Celle d’une armée qui saigne. Celle d’un pays qui se vide de ses hommes. Celle d’une victoire qui s’éloigne à chaque jour qui passe.
La pause illusoire
Sept jours, cinq jours, trois jours : le mensonge de la trêve
Le 29 janvier, Donald Trump annonçait triomphalement que Poutine avait accepté de ne pas frapper les villes ukrainiennes pendant une semaine. Une victoire diplomatique, semblait-il. Une preuve que la pression américaine fonctionnait. Sauf que le Kremlin a immédiatement rectifié : la pause ne concernerait que Kyiv. Et elle ne durerait que jusqu’au 1er février. Pas une semaine. Cinq jours à peine au moment de l’annonce. Et uniquement pour la capitale. Le reste du pays? Bombardé normalement. Kharkiv, Zaporizhzhia, Dnipro, Odessa? Continuez comme avant. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a précisé que Poutine avait accepté cette pause « à la demande personnelle » de Trump, pour créer un « climat favorable aux négociations ». Traduisez : Poutine fait une faveur à Trump. Pas à l’Ukraine. Et cette faveur expire exactement au moment où la vague de froid la plus intense de l’hiver s’abat sur le pays.
Pendant ce temps, les attaques continuaient ailleurs. Le 31 janvier, l’armée de l’air ukrainienne rapportait avoir abattu 76 des 90 drones lancés par la Russie pendant la nuit. Quatorze drones ont frappé neuf sites différents. Le même jour, les attaques russes tuaient quatre civils et en blessaient vingt et un, dont des enfants. À Zaporizhzhia, un hôpital de maternité a été touché. « La frappe sur l’hôpital de maternité est une preuve supplémentaire d’une guerre menée contre la vie », a déclaré le gouverneur Ivan Fedorov. Voilà la réalité de la « pause ». Voilà ce que signifie la « diplomatie » russe. D’un côté, des communiqués rassurants sur une trêve limitée. De l’autre, des missiles sur des maternités. D’un côté, des sourires pour les caméras. De l’autre, du sang sur les murs d’une salle d’accouchement.
Une maternité. Ils ont frappé une maternité. Pendant que Trump se félicitait de sa « pause », pendant que le monde parlait de « progrès », des missiles tombaient sur un endroit où des femmes donnent la vie. Je ne sais plus quoi dire. Les mots me manquent. Ou plutôt, les mots existent, mais ils sont interdits dans un article comme celui-ci. Des mots de rage. Des mots de désespoir. Des mots qui hurlent ce que nous pensons tous : jusqu’où? Jusqu’à quand? Combien d’hôpitaux, combien d’écoles, combien de maternités avant que quelqu’un dise « assez »?
L’émissaire russe à Miami pendant que Kyiv gèle
Le 31 janvier, pendant que l’Ukraine plongeait dans le noir et le froid, Kirill Dmitriev, l’émissaire de Poutine, atterrissait en Floride pour des discussions séparées avec des responsables américains. Steve Witkoff, l’envoyé spécial de Trump, a qualifié ces réunions de « productives et constructives ». Productives. Constructives. Pendant que des millions d’Ukrainiens cherchaient désespérément comment se réchauffer, des diplomates échangeaient des politesses sous le soleil de Miami. Le contraste est si violent qu’il en devient presque irréel. D’un côté, une femme qui fait la queue pendant des heures pour obtenir un repas chaud dans un centre d’accueil de Kyiv. De l’autre, des hommes en costume qui discutent de « cadres de négociation » dans des salons feutrés. D’un côté, la survie quotidienne. De l’autre, la haute diplomatie. D’un côté, la réalité. De l’autre, le spectacle.
Les experts interrogés par les médias américains sont unanimes : cette pause est plus symbolique que transformatrice. Le vice-amiral Robert S. Harward, ancien commandant adjoint du Central Command américain, a déclaré à Fox News : « C’est symbolique au sens du dialogue et de l’état des négociations. Le président Trump veut démontrer aux Américains que sa relation avec Poutine produit des résultats. » En clair : c’est de la communication politique. Pas de la diplomatie de paix. Carrie Filipetti, ancienne responsable du Département d’État, est encore plus directe : « Bien que je sois certaine que les civils ukrainiens accueillent favorablement toute pause brève, ils ne retiennent pas leur souffle non plus, car la machine de guerre de Poutine ne s’arrêtera pas tant que son calcul des risques n’aura pas changé. » La machine de guerre. Elle continue. Elle continuera. Pause ou pas pause. Négociations ou pas négociations.
Les faucons du Kremlin
Volodin : l’homme qui parle de guerre nazie
Qui est Vyacheslav Volodin? Le président de la Douma d’État, certes. Mais aussi un membre du Conseil de sécurité de Poutine. Un homme qui a l’oreille du tsar. Et surtout, un homme qui a choisi ses mots avec soin. « Vergeltungswaffen ». Armes de représailles. C’est le terme exact qu’il a utilisé dans son message Telegram. Ce n’est pas un accident linguistique. C’est une référence délibérée aux missiles nazis V-1 et V-2 de la Seconde Guerre mondiale. Des armes qui n’avaient pas pour but de remporter des batailles militaires, mais de terroriser les populations civiles de Londres et d’autres villes britanniques. Volodin assume cette filiation historique. Il la revendique. Il dit en substance : nous allons faire aux Ukrainiens ce que les nazis ont fait aux Britanniques. Sauf que cette fois, il n’y aura pas de Churchill pour promettre le « sang, la sueur et les larmes ». Il n’y aura que le froid, le noir et la peur.
Le message de Volodin ne s’arrête pas là. Il a également insulté Zelensky, le qualifiant d’« inadéquat » et de « savon périmé du régime de Kiev ». Il a affirmé que les troupes russes « avançaient » et que les députés de la Douma « insistaient » sur l’utilisation d’armes plus puissantes. Puis cette phrase glaçante : « Les Ukrainiens feront face à de nouveaux problèmes dès la semaine prochaine. » Pas « pourraient faire face ». « Feront face ». Une certitude. Une promesse. La semaine prochaine, c’est maintenant. La semaine prochaine, c’est moins trente degrés. La semaine prochaine, c’est la fin de la pseudo-pause sur Kyiv. Et Volodin promet de « nouveaux problèmes ». Comme si les problèmes actuels n’étaient qu’un échauffement. Comme si le pire était encore à venir.
Vergeltungswaffen. Il a osé utiliser ce terme. Un terme nazi. Pour décrire ce qu’il veut infliger à l’Ukraine. Et personne ne bronche. Personne ne demande des comptes. Personne ne convoque l’ambassadeur russe pour exiger des explications. On négocie avec ces gens-là. On leur serre la main. On leur offre des « pauses » et des « gestes de bonne volonté ». Pendant qu’ils citent les nazis comme modèle. Je voudrais croire que le monde est meilleur que ça. Mais les preuves s’accumulent du contraire.
Kadyrov : la guerre jusqu’au bout
Si Volodin représente la voix « politique » des faucons, Ramzan Kadyrov incarne leur brutalité sans fard. Le dirigeant tchétchène ne s’embarrasse pas de métaphores historiques. Son message est simple, direct, dépouillé de toute ambiguïté : « Je crois que la guerre doit être menée jusqu’à sa conclusion… Je suis contre les négociations. » Point. Pas de nuances. Pas de conditionnels. La guerre jusqu’au bout. Quelle que soit la durée. Quel que soit le coût. Kadyrov est l’homme qui a fourni des milliers de combattants tchétchènes à l’effort de guerre russe. L’homme dont les forces ont été accusées d’atrocités en Ukraine. L’homme qui publie des vidéos de lui tirant à la mitrailleuse en direction de l’Ukraine. Quand cet homme dit qu’il est « contre les négociations », il faut le croire. Car pour lui, la seule issue acceptable est la victoire totale. La soumission totale de l’Ukraine. Rien d’autre.
La déclaration de Kadyrov est venue le 30 janvier, le même jour que celle de Volodin. Ce n’est pas une coïncidence. C’est une stratégie de communication coordonnée. Pendant que Poutine joue les modérés face à Trump, ses lieutenants rappellent au monde la réalité des ambitions russes. C’est le vieux jeu du « bon flic, méchant flic ». Poutine peut se permettre de faire quelques concessions symboliques — une pause de quelques jours sur Kyiv, une rencontre avec un émissaire américain — parce que ses faucons sont là pour rappeler que ces concessions ne changent rien à l’objectif final. La destruction de l’Ukraine en tant qu’État indépendant. L’absorption du Donbas. La neutralisation de ce qui restera. Et si quelqu’un doute de la détermination russe, Volodin et Kadyrov sont là pour dissiper ces doutes.
L'Ukraine face à son destin
Zelensky : refuser de plier
Volodymyr Zelensky sait ce qui l’attend. Il sait que la pause sur Kyiv expire le 1er février. Il sait que les températures vont plonger vers des abysses glaciales. Il sait que Volodin promet « de nouveaux problèmes ». Et pourtant, il refuse de plier. Dans les jours qui ont précédé les menaces de Volodin, Zelensky a rejeté l’invitation de Poutine à venir négocier à Moscou. « Qu’il vienne à Kyiv », a-t-il répondu. Il a également affirmé que l’Ukraine n’était pas prête à céder les territoires du Donbas et la centrale nucléaire de Zaporizhzhia encore sous son contrôle. L’Ukraine est « prête à des compromis pour mettre fin à la guerre », a-t-il dit, « mais ils ne doivent pas remettre en question l’intégrité territoriale du pays ». En d’autres termes : nous négocierons, mais pas notre existence.
Cette position est fragile. L’Ukraine dépend de l’aide occidentale pour survivre. Et l’Occident — en particulier les États-Unis de Trump — semble de plus en plus pressé de trouver une « solution ». Même si cette solution ressemble à une capitulation déguisée. Même si elle implique que l’Ukraine abandonne des territoires qu’elle contrôle encore. Même si elle récompense l’agression et encourage de futures guerres. Zelensky marche sur une corde raide. S’il cède trop, il perd son pays. S’il résiste trop, il risque de perdre le soutien américain. Et entre les deux, il y a son peuple. Ces millions d’Ukrainiens qui survivent dans le froid et le noir. Ces soldats qui meurent chaque jour sur le front. Ces familles qui attendent le retour de prisonniers, de disparus, de fils et de filles qui ne reviendront peut-être jamais.
Zelensky porte le poids d’une nation sur ses épaules. Un poids que peu d’êtres humains ont jamais porté. Chaque décision qu’il prend peut coûter des vies. Chaque mot qu’il prononce peut changer le cours de l’histoire. Et il fait face à des adversaires qui n’ont aucune limite morale, aucun scrupule, aucune humanité. Comment dort-il la nuit? Comment regarde-t-il ses enfants? Comment continue-t-il, jour après jour, à incarner l’espoir d’un peuple entier? Je n’ai pas de réponse. Mais je sais une chose : si l’Ukraine tient encore debout aujourd’hui, c’est en grande partie grâce à cet homme.
Le prix de la résistance
Le rapport du CSIS estime que les pertes ukrainiennes sont significativement moindres que les pertes russes. Le ratio serait de deux contre un, voire de deux contre deux et demi en faveur de l’Ukraine. Pour chaque soldat ukrainien tué, deux à deux soldats et demi russes meurent. Mais les chiffres absolus restent terribles. Début 2025, Zelensky avait révélé que l’Ukraine avait perdu plus de 46 000 soldats tués et environ 380 000 blessés depuis février 2022. Selon le projet UALosses, considéré comme fiable par plusieurs médias internationaux, 86 142 combattants ukrainiens avaient été identifiés comme morts au 7 janvier 2026, avec 89 324 portés disparus. Un total de 175 466 morts ou disparus depuis le début de l’invasion. Derrière ces chiffres, des visages. Des noms. Des familles. Des rêves brisés. Des vies qui ne seront jamais vécues.
Et le coût ne se mesure pas qu’en vies humaines. C’est aussi une économie dévastée. Des villes réduites en ruines. Un patrimoine culturel effacé. Des millions de réfugiés dispersés aux quatre coins de l’Europe. Des enfants traumatisés qui mettront des décennies à guérir — s’ils guérissent jamais. Des soldats qui reviendront avec des blessures physiques et psychologiques impossibles à quantifier. Le rapport du CSIS note que « la Russie fera probablement face à un défi majeur lors du retour de dizaines de milliers de soldats, y compris de nombreux délinquants violents et individus ayant vécu des expériences de combat traumatisantes ». Mais l’Ukraine aussi fera face à ce défi. Peut-être plus encore. Car elle devra reconstruire non seulement son pays, mais aussi son âme.
Ce que le monde devrait comprendre
Le cynisme russe n’a pas de fond
La leçon de ces derniers jours est simple et terrible : il n’y a pas de limite au cynisme russe. Pas de plancher moral. Pas de ligne rouge que Moscou ne franchirait pas. Utiliser le froid comme arme de guerre? Fait. Bombarder des maternités? Fait. Promettre des « armes de représailles » en utilisant une terminologie nazie? Fait. Et tout cela pendant qu’on négocie, qu’on parle de « paix », qu’on échange des politesses dans des forums internationaux. La Russie a compris une chose que l’Occident refuse d’admettre : les mots ne coûtent rien. On peut promettre une pause tout en continuant à bombarder. On peut parler de négociations tout en exigeant une capitulation. On peut sourire aux caméras tout en planifiant de nouvelles atrocités. Et personne ne vous punira. Car la punition exigerait du courage. Et le courage est une denrée rare.
Le rapport du CSIS affirme que la Russie « est en déclin en tant que grande puissance ». C’est peut-être vrai sur le long terme. Mais sur le court terme, cela ne change rien pour les Ukrainiens qui gèlent dans le noir. Cela ne change rien pour les familles qui font la queue pour un repas chaud. Cela ne change rien pour les soldats qui meurent chaque jour sur le front de Pokrovsk ou de Chasiv Yar. La Russie peut être en déclin et continuer à tuer. Ces deux réalités ne s’excluent pas. Au contraire : un empire en déclin est souvent le plus dangereux. Car il n’a plus rien à perdre. Car il refuse d’admettre sa propre chute. Car il préfère entraîner le monde dans sa destruction plutôt que d’accepter la défaite.
Je me demande parfois ce qu’il faudra pour que le monde se réveille. Une ville entière détruite? C’est déjà arrivé avec Marioupol. Une centrale nucléaire attaquée? C’est déjà arrivé avec Zaporizhzhia. Des milliers de civils massacrés? C’est déjà arrivé à Boutcha. Des menaces nucléaires? Elles sont quasi quotidiennes. Qu’est-ce qu’il faudra de plus? Qu’est-ce qu’il faudra pour qu’on cesse de « négocier » avec des gens qui bombardent des maternités et promettent des « armes de représailles »? Je pose la question. Je n’ai pas la réponse. Mais je sais que chaque jour qui passe sans réponse est un jour de plus où l’Ukraine souffre.
La responsabilité de l’Occident
L’Occident n’est pas innocent dans cette tragédie. Pas seulement parce qu’il n’a pas fait assez pour aider l’Ukraine. Mais parce qu’il a créé les conditions de l’impunité russe. Trump a accueilli Poutine en Alaska comme un partenaire respectable, pas comme un criminel de guerre recherché par la CPI. Les sanctions, si souvent brandies comme une menace, n’ont jamais été appliquées avec la rigueur nécessaire. L’aide militaire, si essentielle, arrive toujours au compte-gouttes, avec des restrictions d’utilisation qui permettent à la Russie de frapper l’Ukraine depuis son territoire en toute impunité. Et maintenant, on parle de « solution négociée » comme si les deux parties étaient équivalentes. Comme si l’agresseur et l’agressé avaient les mêmes droits à la table des négociations. Comme si céder du territoire à celui qui vous envahit était une « concession raisonnable ».
Les dirigeants européens ont tenté de résister à cette dérive. Après le sommet d’Alaska, ils ont publié une déclaration commune affirmant que Kyiv « devait avoir des garanties de sécurité en fer » et que « ce sera à l’Ukraine de prendre des décisions sur son territoire ». Mais les déclarations ne réchauffent pas les appartements. Elles n’arrêtent pas les missiles. Elles ne ramènent pas les morts. Ce dont l’Ukraine a besoin, ce ne sont pas des mots. Ce sont des actes. Des armes. Des systèmes de défense aérienne. Des sanctions réellement paralysantes pour l’économie russe. La volonté politique de dire : jusqu’ici et pas plus loin. Mais cette volonté semble manquer. Et pendant qu’elle manque, Volodin promet des « armes de représailles ». Et le froid s’installe. Et les lumières s’éteignent.
Conclusion : L'hiver des âmes
Ce que nous devons retenir
Dans quelques jours, les températures en Ukraine atteindront moins trente degrés. Dans quelques jours, la pseudo-pause sur Kyiv expirera. Dans quelques jours, les « nouveaux problèmes » promis par Volodin se matérialiseront sous forme de missiles, de drones, de destructions. Et le monde continuera à « négocier ». Continuera à parler de « compromis ». Continuera à traiter l’agresseur et l’agressé comme des partenaires égaux autour d’une table. C’est cela, la réalité de 2026. C’est cela, l’héritage d’Alaska. C’est cela, le prix de notre lâcheté collective. Pas la lâcheté des Ukrainiens — ils sont tout sauf lâches. Mais la lâcheté de ceux qui pourraient aider et qui choisissent de ne pas le faire. De ceux qui pourraient sanctionner et qui préfèrent commercer. De ceux qui pourraient armer et qui préfèrent discuter.
1,24 million de pertes russes. Ce chiffre devrait suffire à démontrer que la Russie ne gagne pas cette guerre. Elle la subit. Elle s’y enfonce. Elle s’y détruit. Mais elle refuse de l’admettre. Et tant qu’elle refusera, tant que des hommes comme Volodin et Kadyrov réclameront davantage de guerre, davantage de destruction, davantage de mort, rien ne changera. L’Ukraine continuera à saigner. Les civils continueront à geler. Et le monde continuera à regarder en secouant la tête, impuissant ou indifférent — quelle différence, au fond? L’hiver qui s’abat sur l’Ukraine n’est pas seulement météorologique. C’est un hiver des âmes. Un hiver où l’humanité montre ce qu’elle est vraiment. Et ce qu’elle montre n’est pas beau à voir.
Je termine cet article avec un goût amer dans la bouche. Un goût de colère et d’impuissance. Quelque part à Kyiv, en ce moment même, une mère serre ses enfants contre elle dans un appartement glacé. Elle ne sait pas si le courant reviendra. Elle ne sait pas si les bombes tomberont demain. Elle ne sait pas si son mari, parti au front, reviendra un jour. Elle ne sait rien, sauf une chose : le monde l’a abandonnée. Oh, pas en paroles. Les paroles, on n’en manque pas. Mais en actes. En courage. En humanité. Volodin promet des « armes de représailles ». Et nous, que promettons-nous? Des négociations? Des compromis? Des solutions « réalistes »? Pendant que cette femme gèle dans le noir, nous négocions avec ceux qui veulent la détruire. C’est cela, notre réponse. C’est cela, notre héritage. Je voudrais pouvoir dire que nous ferons mieux. Mais les preuves s’accumulent du contraire.
La question qui reste
Une dernière question, avant de refermer ces pages. Une question qui n’a pas de réponse, mais qui mérite d’être posée. Combien de temps encore? Combien de maternités bombardées? Combien de réseaux électriques détruits? Combien de familles gelées dans le noir? Combien de soldats morts pour des mètres de territoire? Combien de « négociations » qui n’aboutissent à rien? Combien de « pauses » qui ne sont que des respirations avant de nouvelles horreurs? Combien de temps encore avant que quelqu’un — n’importe qui — dise enfin : assez? La réponse à cette question ne se trouve pas dans les chancelleries. Elle ne se trouve pas dans les salons de Davos ou les hôtels d’Abu Dhabi. Elle se trouve dans nos consciences. Dans notre capacité — ou notre incapacité — à regarder la vérité en face. La vérité, c’est que l’Ukraine meurt à petit feu. Et que nous regardons. Et que nous ne faisons rien. Ou pas assez. Ce qui revient au même.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques via leurs canaux Telegram officiels, rapports d’organisations intergouvernementales, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse).
Sources secondaires : publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche établies comme le Center for Strategic and International Studies (CSIS), rapports d’organisations sectorielles (The Kyiv Independent, The Washington Post, CNN, Fox News, ABC News, Euronews, France 24).
Les données statistiques, militaires et géopolitiques citées proviennent de l’État-major général des Forces armées d’Ukraine, du ministère britannique de la Défense, du CSIS, et d’organisations de monitoring reconnues comme Mediazona et BBC News Russian.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et militaires contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit du conflit russo-ukrainien. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
The Kyiv Independent – Russian officials call for ‘more powerful weapons’ to attack Ukraine as temperatures drop – 31 janvier 2026
Reuters via Devdiscourse – Russian lawmakers urge use of ‘weapons of retribution’ in Ukraine – 30 janvier 2026
Center for Strategic and International Studies – Russia’s Grinding War in Ukraine – 29 janvier 2026
Euronews – Mass blackout and water shortages hit Ukraine – 31 janvier 2026
Sources secondaires
Fox News – Ukraine races to bolster air defenses as Putin’s strike pause nears end – 31 janvier 2026
ABC News – Power outages hit Ukraine and Moldova as Kyiv struggles against the winter cold – 31 janvier 2026
ABC News – Trump-Putin Alaska summit looms large in Kremlin’s Ukraine negotiating strategy – 16 décembre 2025
Wikipedia – 2025 Russia–United States summit – consulté le 1er février 2026
Wikipedia – Casualties of the Russo-Ukrainian war – consulté le 1er février 2026
NPR – Ukrainians are sharing hacks online on how to survive winter power cuts – 26 janvier 2026
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