Trois mille agents déployés dans les Twin Cities
Depuis décembre 2025, l’administration Trump a lancé l’Opération Metro Surge, déployant environ 3000 agents fédéraux dans la région de Minneapolis-Saint Paul. L’objectif affiché était de cibler les immigrants en situation irrégulière. Mais sur le terrain, la réalité s’est transformée en quelque chose de bien plus sombre. Des arrestations sans mandat, des affrontements violents avec les manifestants, des détentions de citoyens américains, et maintenant ces fusillades mortelles qui ont choqué la nation entière. Les agents de l’ICE et de la patrouille frontalière ont procédé à plus de 3000 arrestations, mais à quel prix humain ?
Trois mille agents armés lâchés dans une ville américaine comme si c’était Bagdad. Vous comprenez l’ampleur ? C’est une occupation militaire déguisée en opération d’immigration. Et pendant ce temps, l’administration nous parle de sécurité nationale. Quelle sécurité ? Celle qui abat des infirmiers dans la rue ? Celle qui terrorise des communautés entières ? Non, ça n’a rien à voir avec la sécurité. C’est du théâtre politique sanglant.
Section 3 : Alex Pretti, l'infirmier devenu cible
Un homme qui soignait les vétérans
Alex Pretti n’était pas un criminel. Il était infirmier en soins intensifs au centre médical des Anciens Combattants de Minneapolis depuis 2014. Diplômé de l’Université du Minnesota, membre de la Fédération américaine des employés du gouvernement, il avait consacré sa vie à soigner ceux qui avaient servi leur pays. Le 24 janvier, il se trouvait près de l’intersection de la 26e rue et de Nicollet Avenue, filmant avec son téléphone portable une opération de l’ICE. Il tentait de diriger la circulation. Il a vu des agents pousser une femme au sol. Il s’est interposé, a mis son bras autour d’elle pour l’aider. Les agents l’ont aspergé de gaz poivré, l’ont plaqué au sol. Un agent a retiré son arme de poing de son étui — Pretti avait un permis légal de port d’arme. Puis les coups de feu. Dix balles tirées en cinq secondes par deux agents différents.
Pretti soignait des vétérans. Des hommes et des femmes qui avaient risqué leur vie pour ce pays. Et ce pays l’a abattu comme un chien dans la rue. Vous voulez savoir ce qui me révolte le plus ? C’est que l’administration a immédiatement essayé de le salir. Stephen Miller l’a traité de « terroriste domestique ». Kristi Noem a affirmé qu’il voulait « massacrer les forces de l’ordre ». Des mensonges. Des mensonges éhontés contredits par toutes les vidéos disponibles. Pretti tenait son téléphone, pas une arme. Mais peu importe la vérité quand on a le pouvoir de réécrire l’histoire.
Section 4 : Les vidéos qui contredisent la version officielle
Quand les images parlent plus fort que les mots
Les vidéos de témoins, analysées image par image par Reuters, la BBC, le New York Times, CNN et le Guardian, racontent une histoire radicalement différente de celle de l’administration Trump. Elles montrent Pretti tenant son téléphone portable dans sa main droite, rien dans la main gauche. Elles montrent un agent en gris retirant l’arme de poing de Pretti de son étui environ une seconde avant que les premiers coups de feu ne soient tirés. Elles montrent Pretti plaqué au sol, les deux bras immobilisés au-dessus de sa tête, entouré par environ six agents fédéraux. Et puis les tirs. Le premier agent tire. Pretti se crispe contre le pavé, tenant toujours son téléphone dans une main et ses lunettes dans l’autre. Il s’effondre. Un deuxième agent sort son arme. Ensemble, ils tirent six balles supplémentaires sur son corps inerte.
J’ai regardé ces vidéos. Je ne voulais pas, mais je devais. Et maintenant je ne peux plus les effacer de ma mémoire. Pretti était déjà désarmé. Son arme avait été retirée. Il était au sol, maîtrisé par plusieurs agents. Et ils ont continué à tirer. Sur un corps qui ne bougeait plus. Expliquez-moi comment c’est de la légitime défense. Expliquez-moi comment un homme désarmé, immobilisé, représente une menace mortelle. Vous ne pouvez pas. Parce que c’est inexplicable. C’est une exécution, point final.
Section 5 : Renee Good, la première victime oubliée
Dix-sept jours avant Pretti
Le 7 janvier 2026, Renee Macklin Good est devenue la première citoyenne américaine tuée par un agent de l’ICE lors de l’Opération Metro Surge. Son nom a été rapidement éclipsé par celui de Pretti, mais sa mort a déclenché les premières vagues de protestations massives à Minneapolis. Des milliers de personnes sont descendues dans les rues pour dénoncer les tactiques agressives des agents fédéraux. Entre ces deux fusillades mortelles, un homme vénézuélien, Julio Cesar Sosa-Celis, a été blessé par balle à la jambe par un agent d’immigration. Trois fusillades en trois semaines. Un schéma qui ne peut plus être ignoré ou minimisé.
Renee Good mérite qu’on se souvienne d’elle. Pas comme une statistique. Pas comme un nom dans une liste. Comme une personne. Une Américaine. Tuée par son propre gouvernement. Et vous savez ce qui est tragique ? C’est que sa mort n’a pas suffi à arrêter la machine. Il a fallu qu’Alex Pretti meure aussi. Et combien d’autres devront tomber avant que ça s’arrête vraiment ? Combien de corps faudra-t-il empiler avant que quelqu’un dise « ça suffit » ?
Section 6 : La réaction politique, entre indignation et calcul
Quand les Républicains eux-mêmes reculent
La mort d’Alex Pretti a provoqué une onde de choc qui a traversé les lignes partisanes. Le gouverneur du Minnesota Tim Walz a qualifié la fusillade d' »écœurante » et a exigé que Trump mette fin à l’opération. Les sénateurs démocrates Chuck Schumer, Amy Klobuchar et Tina Smith ont accusé la Maison Blanche de dissimulation. Mais plus révélateur encore, plusieurs Républicains ont exprimé leur malaise. Les sénateurs Thom Tillis, Bill Cassidy, Lisa Murkowski et Susan Collins ont réclamé une enquête approfondie et transparente. Chris Madel, un avocat républicain qui avait représenté l’agent de l’ICE ayant tué Renee Good, s’est retiré de la course au poste de gouverneur du Minnesota, citant la mort de Pretti comme raison. Il a déclaré ne plus pouvoir soutenir un parti républicain engagé dans ce qu’il a appelé des « représailles » contre les citoyens de son État.
Vous voyez ce qui se passe quand même les Républicains commencent à reculer ? C’est que la situation est devenue intenable. Madel défendait l’agent qui a tué Good, et même lui dit « stop ». Ça devrait vous dire quelque chose sur la gravité de ce qui se déroule à Minneapolis. Quand vos propres alliés vous lâchent, c’est que vous avez franchi une ligne rouge. Une ligne qu’on ne devrait jamais franchir dans une démocratie.
Section 7 : Les caméras corporelles, une concession tardive
Vingt millions de dollars après deux morts
L’annonce de Kristi Noem le 2 février représente un revirement spectaculaire. Tous les agents de l’ICE et de la patrouille frontalière à Minneapolis recevront immédiatement des caméras corporelles. Le programme sera étendu à l’échelle nationale dès que le financement sera disponible. Le Congrès avait déjà approuvé 20 millions de dollars pour l’achat de caméras dans un projet de loi de financement du DHS. Mais cette exigence avait rencontré une résistance. En 2021, le Congrès avait mandaté l’ICE de travailler avec le Bureau des droits civils et des libertés civiles du DHS pour concevoir un programme pilote de caméras corporelles. Un rapport de 2024 prévoyait une mise en œuvre à l’échelle de l’agence d’ici septembre 2025. Mais Trump, dès son retour au pouvoir en 2025, a révoqué le décret exécutif de Biden qui élargissait l’utilisation des caméras corporelles par les forces de l’ordre fédérales.
Ils savaient. Ils savaient depuis des années que les caméras corporelles étaient nécessaires. Biden avait mis en place le cadre. Le Congrès avait voté l’argent. Et Trump a tout annulé. Par idéologie. Par principe. Par orgueil. Et maintenant, après deux morts, ils font marche arrière et prétendent que c’est de la transparence. Non, ce n’est pas de la transparence. C’est du contrôle des dégâts. C’est trop peu, trop tard. Les caméras n’auraient jamais dû être retirées en premier lieu.
Section 8 : Le problème des enquêtes internes
Quand le DHS enquête sur le DHS
L’administration Trump a annoncé que la fusillade serait enquêtée par Homeland Security Investigations (HSI), une division de l’ICE, qui fait elle-même partie du DHS — le même département dont relève la patrouille frontalière dont les agents ont tué Pretti. Le FBI, qui joue normalement un rôle clé dans les enquêtes sur les fusillades impliquant des policiers, n’assisterait qu’avec les preuves physiques et la médecine légale. Cette décision a été jugée atypique et a soulevé des questions sur la transparence et l’exhaustivité de l’enquête. Les autorités de l’État du Minnesota ont obtenu un mandat de perquisition signé par un juge pour accéder à la scène, mais les responsables du DHS ont bloqué l’accès aux enquêteurs locaux. Ce n’est que le 30 janvier, après la grève générale nationale, que le procureur général adjoint Todd Blanche a annoncé qu’il y aurait une enquête fédérale sur les droits civils et que le FBI dirigerait l’investigation.
Laissez-moi vous expliquer pourquoi c’est un scandale. Imaginez que vous soyez accusé d’un crime et que votre frère soit chargé de l’enquête. Vous voyez le problème ? C’est exactement ce qui s’est passé ici. Le DHS enquêtant sur le DHS. L’ICE enquêtant sur la patrouille frontalière. Tous sous le même toit, tous protégeant les mêmes intérêts. Et pendant ce temps, les autorités locales du Minnesota — qui n’ont aucun conflit d’intérêts — se voient refuser l’accès à la scène de crime. C’est une parodie de justice. Une insulte à l’intelligence publique.
Section 9 : Les droits du Deuxième Amendement sous attaque
Quand porter une arme devient une condamnation à mort
L’un des aspects les plus troublants de cette affaire est la manière dont l’administration Trump a utilisé le fait que Pretti portait légalement une arme à feu comme justification de sa mort. Stephen Miller l’a qualifié de « terroriste domestique » qui avait « tenté d’assassiner les forces de l’ordre fédérales ». Kristi Noem a affirmé qu’il voulait « massacrer les forces de l’ordre ». Le directeur du FBI Kash Patel a déclaré : « Vous ne pouvez pas apporter une arme à feu chargée avec plusieurs chargeurs à n’importe quel type de manifestation ». Ces déclarations ont provoqué la colère des groupes de défense des droits des armes, notamment la National Rifle Association (NRA) et Gun Owners of America (GOA), qui ont souligné les droits de Pretti en vertu du Deuxième Amendement. Le représentant républicain Thomas Massie a écrit : « Porter une arme à feu n’est pas une condamnation à mort, c’est un droit constitutionnellement protégé donné par Dieu ».
Voilà l’ironie cruelle de cette histoire. Les mêmes personnes qui passent leur temps à défendre le Deuxième Amendement, qui nous disent que tout Américain a le droit de porter une arme, sont maintenant en train de justifier l’exécution d’un homme parce qu’il exerçait ce droit. Pretti avait un permis légal. Il n’a jamais sorti son arme. Il n’a jamais menacé personne. Mais ça n’a pas d’importance, apparemment. Parce que dans l’Amérique de Trump, vos droits constitutionnels dépendent de qui vous êtes et de quel côté vous vous trouvez. C’est ça, la vraie leçon ici. Les droits ne sont des droits que quand ils servent le pouvoir.
Conclusion : Minneapolis comme miroir de l'Amérique
Ce que nous avons perdu en chemin
Le déploiement des caméras corporelles à Minneapolis n’est pas une victoire. C’est un pansement sur une hémorragie. Deux citoyens américains sont morts. Des milliers de personnes ont été arrêtées. Des communautés entières vivent dans la peur. Et tout ça au nom de quoi ? De la sécurité nationale ? De l’application de la loi sur l’immigration ? Non. C’est du théâtre politique qui a mal tourné. Une démonstration de force qui s’est transformée en tragédie. Les caméras corporelles auraient dû être là depuis le début. Les enquêtes auraient dû être indépendantes dès le premier jour. La transparence aurait dû être la norme, pas une concession arrachée après des semaines de protestations et deux vies perdues. Minneapolis est devenue le symbole de ce qui ne va pas dans l’approche de cette administration en matière d’immigration. Et tant que nous n’affronterons pas cette réalité, d’autres Alex Pretti, d’autres Renee Good tomberont.
Je pense à la famille de Pretti. À ses parents qui ont dû regarder leur fils être diffamé par les plus hauts responsables du pays. À ses collègues infirmiers qui ont perdu un ami, un soignant dévoué. À tous ceux qui l’ont connu et aimé. Et je me demande comment nous en sommes arrivés là. Comment nous sommes devenus un pays où un infirmier peut être abattu dans la rue pour avoir filmé avec son téléphone. Où les mensonges du gouvernement sont plus forts que les vidéos que nous pouvons tous voir. Où la justice dépend de qui vous êtes et de qui vous connaissez. Ce n’est pas l’Amérique que je veux. Ce n’est pas l’Amérique que nous méritons. Mais c’est l’Amérique que nous avons. Et ça me brise le cœur.
Signé Jacques Provost
Sources
NPR, « Minneapolis killings put a focus on use of body cameras », 27 janvier 2026
Politico, « ICE and CBP officers in Minneapolis will wear body cameras, Noem announces », 2 février 2026
CBS News, « All immigration officers in Minneapolis will start wearing body cameras, Noem says », 2 février 2026
Wikipedia, « Killing of Alex Pretti », consulté le 3 février 2026
The Guardian, « New angle shows moment ICE agents shoot Alex Pretti in Minneapolis », 25 janvier 2026
Reuters, « Federal immigration officer shoots and kills a man in Minneapolis », 24 janvier 2026
The New York Times, « Timeline: A Moment-by-Moment Look at the Shooting of Alex Pretti », 24 janvier 2026
BBC News, « Federal officers in Minneapolis to get body cameras ‘effective immediately' », 2 février 2026