Trident, ce géant aux pieds d’argile américains
Voilà le secret que personne ne voulait vraiment regarder en face. Le Royaume-Uni, cette puissance nucléaire fière et indépendante, dépend en réalité des États-Unis pour sa dissuasion. Le système Trident, ces missiles balistiques lancés depuis des sous-marins, c’est du matériel américain. La maintenance ? Américaine. Certains composants des ogives ? Fabriqués aux États-Unis. Lord Ricketts, ancien conseiller à la sécurité nationale britannique, l’a dit sans détour : la dissuasion nucléaire est l’un des domaines où le Royaume-Uni est « profondément, profondément imbriqué avec les Américains ». Si Washington décidait de couper les ponts, Londres ne pourrait pas maintenir Trident indéfiniment. C’est aussi simple et terrifiant que ça. Contrairement à la France, qui a construit son autonomie stratégique avec un soin jaloux, les Britanniques ont fait le choix de la coopération étroite avec leur allié d’outre-Atlantique. Un choix qui semblait raisonnable, économique même, tant que cet allié était fiable.
Et maintenant ? Maintenant, cet allié s’appelle Donald Trump. Un homme capable de menacer d’annexer le Groenland, de traiter ses partenaires de l’OTAN comme des parasites, de mentir effrontément sur le rôle des alliés en Afghanistan. Vous voulez confier votre sécurité nucléaire à quelqu’un comme ça ? Moi, franchement, j’aurais des sueurs froides.
Section 3 : Le comportement erratique qui fait trembler Downing Street
Trump, ce président imprévisible qui terrorise ses alliés
Will Hazell, journaliste au iPaper, a trouvé les mots justes : le « comportement erratique » de Trump crée un « péril militaire » pour le Royaume-Uni. Erratique, c’est presque trop poli. Trump menace d’envahir le Groenland un jour, insulte les soldats alliés le lendemain, remet en question l’OTAN le surlendemain. Il n’y a aucune cohérence, aucune prévisibilité, aucune fiabilité. Pour les Européens, et particulièrement pour les Britanniques qui dépendent tant de Washington, c’est un cauchemar éveillé. Comment planifier une stratégie de défense quand votre principal allié change d’avis comme de chemise ? Comment faire confiance à un partenaire qui peut, sur un coup de tête ou un tweet rageur, remettre en cause des décennies d’engagement ? Les capitales européennes sont en état d’alerte. À Davos, le ton n’était pas à l’anti-américanisme, mais à la frustration profonde face à un allié devenu « de plus en plus peu fiable politiquement et économiquement », selon les termes d’Hazell.
Vous savez ce qui me frappe le plus ? C’est que nous sommes en 2026 et que personne n’aurait imaginé, il y a dix ans, qu’on en arriverait là. Que l’alliance la plus solide du monde occidental, celle qui a gagné la Guerre froide, celle qui a tenu bon pendant des décennies, puisse être mise en péril par un seul homme. Un homme qui ne comprend rien à l’histoire, rien à la diplomatie, rien au sacrifice. C’est vertigineux.
Section 4 : L'Afghanistan, cette insulte qui ne passe pas
Quand Trump réécrit l’histoire et piétine les morts
Janvier 2026. Trump affirme que les troupes non-américaines de l’OTAN sont restées « en retrait » pendant la guerre en Afghanistan. C’est un mensonge. Un mensonge énorme, grotesque, insultant. Les Britanniques ont perdu 457 soldats en Afghanistan. Le Prince Harry lui-même a servi sur le front. Des milliers de familles britanniques ont pleuré leurs fils, leurs filles, leurs frères, leurs sœurs. Et Trump ose dire qu’ils sont restés planqués ? Keir Starmer a exigé des excuses. La France, l’Allemagne, le Danemark ont exprimé leur indignation. Mais Trump s’en fiche. Il a toujours menti, il continuera à mentir. Ce qui est nouveau, c’est que ces mensonges ont maintenant des conséquences stratégiques. Parce qu’ils révèlent quelque chose de fondamental : Trump ne respecte pas ses alliés. Il ne les considère pas comme des partenaires, mais comme des vassaux. Et quand on ne respecte pas quelqu’un, on peut le trahir sans remords.
Je pense à ces familles britanniques qui ont enterré leurs enfants. Je pense à ces cercueils drapés du drapeau britannique qui traversaient la ville de Wootton Bassett sous les regards émus de milliers de citoyens. Je pense à ces sacrifices. Et puis j’entends Trump. Et je me dis qu’il n’y a pas de mots assez forts pour qualifier cette indécence. C’est au-delà de la politique. C’est une question d’humanité basique.
Section 5 : Le débat tabou qui s'ouvre enfin
Faut-il divorcer de Washington
Pendant des décennies, au Royaume-Uni, on ne discutait pas de la dissuasion nucléaire. C’était tabou. Le principe de « l’ambiguïté stratégique » voulait qu’on ne donne aucune information à un adversaire potentiel. Mais Trump a tout changé. Aujourd’hui, les langues se délient. Les experts, les militaires, les politiques osent enfin poser la question qui fâche : et si on ne pouvait plus compter sur les États-Unis ? Will Hazell rapporte que des appels se font entendre pour que le Royaume-Uni « diverge, se découple ou se dérisque » de l’Amérique en coupant les liens. C’est impensable, et pourtant c’est en train de devenir pensable. Parce que la réalité s’impose : si Trump décidait de rompre la coopération sur Trident, le Royaume-Uni se retrouverait avec une dissuasion nucléaire qu’il ne pourrait pas maintenir. Ce n’est pas seulement le nucléaire qui est en jeu. C’est aussi le renseignement, la défense conventionnelle, toute l’architecture de sécurité britannique qui repose sur le partenariat avec Washington.
Vous imaginez le vertige ? Vous imaginez ce que ça fait de réaliser que votre sécurité nationale, votre capacité à vous défendre, votre place dans le monde dépendent du bon vouloir d’un type comme Trump ? C’est comme découvrir que votre maison est bâtie sur du sable. Et que la marée monte.
Section 6 : Le modèle français, cette tentation qui monte
L’autonomie stratégique comme bouée de sauvetage
La France regarde tout ça avec un mélange de compassion et de satisfaction à peine dissimulée. Parce que la France, elle, a fait le choix de l’autonomie stratégique. Ses missiles, ses ogives, sa maintenance, tout est français. De Gaulle avait compris, il y a plus d’un demi-siècle, qu’on ne pouvait pas confier sa survie à quelqu’un d’autre. Même à un allié. Surtout à un allié. Aujourd’hui, ce choix apparaît visionnaire. Le Royaume-Uni commence à regarder le modèle français avec envie. Mais construire une autonomie stratégique, ça ne se fait pas du jour au lendemain. Ça coûte des milliards. Ça prend des années, des décennies même. Et surtout, ça demande une volonté politique que Londres n’a jamais vraiment eue. Parce que le Royaume-Uni a toujours préféré la « relation spéciale » avec Washington à l’indépendance. C’était plus simple, plus économique, plus confortable. Jusqu’à ce que Trump arrive et que tout bascule.
Il y a quelque chose de tragique dans cette situation. Le Royaume-Uni découvre trop tard qu’il aurait dû écouter de Gaulle. Qu’il aurait dû construire son indépendance quand c’était encore possible. Maintenant, il est peut-être trop tard. Ou alors il faudra payer le prix fort. Un prix que personne n’a vraiment envie de payer.
Section 7 : Les conséquences en cascade d'un découplage
Quand tout l’édifice menace de s’effondrer
Si le Royaume-Uni devait vraiment se découpler des États-Unis, ce ne serait pas juste une question de missiles nucléaires. Ce serait tout l’édifice de la défense britannique qui s’effondrerait. Le renseignement ? Les « Five Eyes », cette alliance de partage de renseignement entre les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, repose sur la coopération avec Washington. La défense conventionnelle ? Les Britanniques utilisent du matériel américain, des systèmes de communication américains, des technologies américaines. Couper les ponts avec Washington, ce serait comme amputer un corps de ses membres vitaux. Ça ne se fait pas sans douleur, sans risque, sans conséquences dramatiques. Et pourtant, le débat est lancé. Parce que la question n’est plus de savoir si c’est souhaitable, mais si c’est nécessaire. Si Trump continue sur sa lancée, si l’Amérique devient vraiment peu fiable, le Royaume-Uni n’aura peut-être pas le choix. Il devra choisir entre la dépendance et l’autonomie. Entre la sécurité illusoire et la liberté coûteuse.
C’est ça qui me terrifie le plus. Pas Trump lui-même, aussi dangereux soit-il. Mais les choix impossibles qu’il force les autres à faire. Les dilemmes qu’il crée. Les ponts qu’il brûle. Parce qu’une fois qu’on a coupé ces liens, on ne les reconstruit pas facilement. Et si demain Trump part et qu’un président normal revient, il sera peut-être trop tard. Le mal sera fait.
Section 8 : L'Europe face à son destin
Seuls face à la tempête trumpienne
Ce qui se passe au Royaume-Uni n’est qu’un symptôme d’un problème plus vaste. Toute l’Europe est confrontée à la même réalité brutale : l’Amérique de Trump n’est plus un allié fiable. Emmanuel Macron et Keir Starmer ont renforcé leur alliance militaire en juillet 2025. L’Allemagne augmente son budget de défense. L’Italie, malgré les sympathies de Giorgia Meloni pour Trump, prend ses distances. Partout, on parle d’autonomie stratégique européenne, de défense commune, de capacités indépendantes. C’est un changement de paradigme historique. Depuis 1945, l’Europe s’est reposée sur le parapluie américain. Elle a pu se concentrer sur la reconstruction, puis sur la prospérité, parce que Washington garantissait sa sécurité. Mais ce temps est révolu. Trump a brisé cette confiance. Et même s’il part en 2029, même si un président plus raisonnable lui succède, la confiance ne reviendra pas. Parce que les Européens ont compris que l’Amérique pouvait élire un Trump. Et qu’elle pourrait en élire un autre.
C’est peut-être ça, finalement, le vrai héritage de Trump. Pas ses politiques, pas ses tweets, pas ses mensonges. Mais cette prise de conscience brutale : l’Europe doit grandir. Elle doit devenir adulte. Elle doit assumer sa propre défense. C’est terrifiant et excitant à la fois. Terrifiant parce que ça va coûter cher et demander des sacrifices. Excitant parce que c’est peut-être l’occasion de construire quelque chose de nouveau, de plus fort, de plus résilient.
Section 9 : Le prix de l'indépendance
Combien coûte la liberté stratégique
Construire une autonomie stratégique, ça ne se fait pas avec des bonnes intentions. Ça se fait avec de l’argent. Beaucoup d’argent. La France dépense environ 2% de son PIB pour sa défense, et elle a construit son indépendance nucléaire sur plusieurs décennies. Le Royaume-Uni devrait investir des dizaines de milliards de livres pour développer ses propres capacités de maintenance des missiles, pour fabriquer ses propres composants, pour former ses propres experts. Et ce n’est que pour le nucléaire. Pour le renseignement, pour la défense conventionnelle, pour toutes les autres dimensions de la sécurité, il faudrait encore plus. Dans un contexte économique difficile, avec un budget public sous tension, c’est un défi colossal. Mais la vraie question n’est pas de savoir si c’est cher. C’est de savoir si on peut se permettre de ne pas le faire. Si on peut se permettre de rester dépendant d’un allié devenu imprévisible. La réponse, de plus en plus de Britanniques commencent à la connaître.
L’argent, on peut toujours le trouver quand c’est vraiment important. On l’a trouvé pour sauver les banques en 2008. On l’a trouvé pour le Covid. On le trouvera pour la défense si on décide que c’est une priorité. La vraie question, c’est la volonté politique. C’est le courage de dire aux citoyens : oui, ça va coûter cher, oui, il faudra faire des sacrifices, mais c’est le prix de notre liberté. Et ça, c’est beaucoup plus difficile que de trouver de l’argent.
Conclusion : Le réveil brutal d'une nation
Quand l’illusion se brise
Le Royaume-Uni est en train de vivre un moment de vérité. Un moment douloureux, déstabilisant, mais nécessaire. Pendant des décennies, il a cru que la « relation spéciale » avec les États-Unis était éternelle, indestructible, garantie. Trump a pulvérisé cette illusion. Il a montré que cette relation n’était spéciale que tant que Washington le voulait bien. Que cette protection n’était fiable que tant qu’un président raisonnable était à la Maison-Blanche. Maintenant, Londres doit choisir. Continuer à dépendre d’un allié devenu imprévisible, en espérant que Trump partira et que tout redeviendra comme avant. Ou prendre son destin en main, construire son autonomie, payer le prix de l’indépendance. C’est un choix historique. Un choix qui définira le Royaume-Uni pour les décennies à venir. Et c’est un choix que Trump, dans son arrogance et son mépris, a forcé Londres à faire. L’ironie, c’est que Trump voulait affaiblir l’Europe, la diviser, la soumettre. Mais il pourrait bien obtenir l’effet inverse. Il pourrait bien créer une Europe plus forte, plus unie, plus indépendante. Une Europe qui n’aura plus besoin de l’Amérique.
Je ne sais pas si c’est ce qui va se passer. Je ne sais pas si l’Europe aura le courage de franchir ce pas. Mais je sais une chose : Trump a ouvert une porte. Une porte qu’on ne pourra plus refermer. Et derrière cette porte, il y a un monde nouveau. Un monde où l’Europe assume sa propre défense, où le Royaume-Uni construit son indépendance, où les alliances ne sont plus des chaînes mais des choix. C’est terrifiant. C’est vertigineux. Mais c’est peut-être aussi une chance. La chance de construire quelque chose de meilleur. Si on a le courage de la saisir.
Signé Jacques Provost
Sources
AlterNet, « Trump’s ‘erratic behavior’ creating military peril for top ally », 3 février 2026
Associated Press, « UK’s Starmer slams Trump remarks on non-US NATO troops in Afghanistan as ‘insulting’ and ‘appalling' », 23 janvier 2026
Le Monde, « Donald Trump provoque la colère du Royaume-Uni et de l’OTAN avec ses propos sur l’engagement en Afghanistan », 23 janvier 2026
Le Monde, « Le Royaume-Uni s’interroge sur sa dissuasion nucléaire, qui dépend des États-Unis », 12 mars 2025
iPaper (Will Hazell), « How cutting off Trump disaster UK nuclear deterrent », 3 février 2026
Chatham House, « The UK’s nuclear deterrent relies on US support », mars 2025