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ÉDITORIAL : Quand l’Amérique exporte sa guerre au Nigeria – Le prix sanglant de l’interventionnisme
Crédit: Adobe Stock

Des cibles floues et des victimes collatérales

Les frappes américaines au Nigeria ont été justifiées par la nécessité de frapper l’ISWAP, une branche de l’État islamique active dans le nord-ouest du pays. Pourtant, les rapports sur le terrain montrent que ces frappes ont souvent visé des zones civiles, tuant des innocents et détruisant des infrastructures essentielles. Selon The New Humanitarian, une frappe a touché un marché bondé dans l’État de Niger, faisant au moins 30 morts. Les États-Unis ont nié toute responsabilité, affirmant que leurs cibles étaient « précises ». Mais comment peut-on parler de précision quand des enfants meurent sous les bombes ?

L’ISWAP, quant à lui, a su tirer profit de cette intervention. En réponse aux frappes, le groupe a intensifié ses attaques, ciblant désormais explicitement les intérêts américains et les symboles de la présence occidentale. « Chaque bombe américaine recrute dix nouveaux combattants pour nous », déclare un membre de l’ISWAP dans une vidéo de propagande. La logique est implacable : plus l’Amérique frappe, plus le terrorisme se renforce. C’est un cercle vicieux, et le Nigeria en paie le prix.

Je me souviens d’une conversation avec un diplomate nigérian, il y a quelques années. Il m’avait dit : « L’Amérique ne comprend pas l’Afrique. Elle voit des terroristes partout, mais elle ne voit pas les causes de cette violence. Elle ne voit pas la pauvreté, la corruption, l’absence d’État. Elle ne voit pas que ses bombes ne font qu’aggraver les choses. » Aujourd’hui, ses mots résonnent comme une prophétie. Les frappes américaines au Nigeria ne sont pas une solution. Elles sont une fuite en avant, une tentative désespérée de montrer que l’Amérique « agit », alors qu’elle ne fait qu’attiser le feu. Et pendant ce temps, les Nigérians meurent. Pas par dizaines. Par centaines.

L’hypocrisie américaine : protéger les chrétiens ou les intérêts stratégiques ?

L’administration Trump justifie son intervention au Nigeria par la nécessité de protéger les chrétiens, victimes selon elle d’un « génocide ». Pourtant, les chiffres montrent que la majorité des victimes des groupes jihadistes sont des musulmans. Selon ACLED (Armed Conflict Location & Event Data Project), plus de 70 % des victimes des attaques de Boko Haram et de l’ISWAP sont des musulmans. Alors, pourquoi cette obsession pour les chrétiens ?

La réponse est simple : la rhétorique de la « persécution des chrétiens » est un outil politique. Elle permet de mobiliser la base évangélique de Trump, de justifier une intervention militaire, et de détourner l’attention des véritables enjeux. Le Nigeria n’est pas un pays où les chrétiens sont systématiquement ciblés. C’est un pays où tout le monde est victime de la violence, qu’importe sa religion. Mais l’Amérique a besoin d’un récit simple, manichéen : les méchants musulmans contre les bons chrétiens. C’est plus facile à vendre.

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