L’ombre portée de Wagner et le concept de « Africa Corps »
La machine de guerre russe en Afrique ne s’est pas construite en un jour. Elle repose sur une approche pragmatique et sans scrupules, incarnée par le groupe Wagner. Ces mercenaires, souvent comparés à une armée privée au service des intérêts du Kremlin, ont offert aux juntes sahéliennes ce que l’Occident ne pouvait ou ne voulait pas offrir : une protection militaire « efficace » contre les insurrections jihadistes, sans ingérence politique sur les droits de l’homme ou la gouvernance démocratique. Ce pacte implicite – sécurité contre ressources et influence – a permis à la Russie de s’ancrer profondément dans la région.
Récemment, le ministère russe de la Défense a annoncé la transformation de Wagner en « Africa Corps », officialisant ainsi l’intégration de ces combattants dans l’appareil d’État russe. Ce changement de dénomination n’est pas anecdotique. Il signifie que Moscou assume pleinement sa présence militaire en Afrique et la place sous le commandement direct de son officiaité. C’est un message fort envoyé à Washington et à Bruxelles : la Russie est là pour rester. Contrairement aux forces occidentales qui peuvent être rapatriées suite à des critiques politiques ou médiatiques, les forces russes sont liées par des contrats vitaux pour le régime de Poutine, qui voit l’Afrique comme un levier essentiel pour contrer les sanctions économiques imposées par l’Europe suite à la guerre en Ukraine.
L’arsenal de la désinformation : Radio France Internationale (RFI) et France 24
La guerre menée par la Russie ne se limite pas aux champs de bataille. Elle se déroule aussi sur le terrain de l’information, où le Kremlin déploie une stratégie de subversion bien rodée. L’un des exemples les plus frappants est l’interdiction successive de RFI et France 24 au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Ces médias, perçus comme des organes de propagande française par les nouvelles autorités, ont été remplacés par des chaînes pro-russes ou chinoises (comme CGTN ou Russia Today), diffusant un narratif aligné sur les intérêts de Moscou.
Cette opération de « nettoyage médiatique » vise à couper les populations locales de toute source d’information indépendante et à noyer l’opinion publique sous une vague de fake news antoccidentales. En contrôlant le récit médiatique, la Russie prépare le terrain idéologique à sa présence militaire. Elle justifie son intervention comme une réponse à l’agression impérialiste française et américaine, se posant en défenseur de la souveraineté africaine. C’est un tour de passe-passe magistral qui permet à l’ancienne puissance coloniale de redevenir un acteur « amical » aux yeux de certains, alors qu’elle met en place des mécanismes de dépendance économique et sécuritaire tout aussi redoutables.
L’efficacité avec laquelle la propagande russe a retourné l’opinion publique contre des médias qui, malgré leurs défauts, apportaient un regard critique, doit nous alerter sur la fragilité de nos démocraties face aux offensives informatiques modernes.
SECTION 3 : La réponse américaine : diplomatie et réalisme
L’approche pragmatique de l’administration Biden
Face à l’avancée russe, les États-Unis ont dû revoir leur copie. L’administration Biden, initialement réticente à engager le dialogue avec des juntes militaires qui ont renversé des gouvernements démocratiquement élus, a opéré un revirement tactique. La realpolitik a pris le pas sur l’idéalisme. Victoria Nuland, sous-secrétaire d’État américaine, a symbolisé ce changement en se rendant au Niger, un pays stratégique car riche en uranium et abritant une base américaine majeure à Agadez.
Le message américain est clair : Washington ne cherche pas à dicter la forme du gouvernement, mais à s’assurer que ces pays ne basculent pas intégralement dans l’orbite russe. Pour cela, les États-Unis utilisent une panoplie d’outils diplomatiques et économiques. Ils menacent de couper l’aide militaire (comme ce fut le cas pour l’Égypte), mais proposent aussi des partenariats économiques alternatifs dans les domaines de l’agriculture, de l’énergie et des infrastructures. L’objectif est de montrer aux dirigeants sahéliens que l’Occident n’est pas l’ennemi, et que la collaboration avec les États-Unis peut apporter des bénéfices tangibles pour le développement, contrairement à la « coopération » russe qui se solde souvent par l’exploitation des ressources naturelles sans retour sur investissement local.
Les limites de l’influence américaine
Cependant, l’influence américaine se heurte à des obstacles majeurs. D’abord, l’ombre portée de la France, alliée historique des USA, joue en défaveur de Washington. Les populations sahéliennes amalgament souvent les deux puissances occidentales dans une même hostilité. Ensuite, la méfiance vis-à-vis des intentions américaines reste forte, nourrie par le souvenir des interventions passées en Libye ou en Irak.
De plus, les États-Unis ne peuvent pas offrir le même type de « solution miracle » que Wagner : une force de combat prête à se battre sans poser de questions. L’aide américaine s’accompagne de formations, de conditions sur les droits de l’homme et de mécanismes de contrôle qui peuvent être perçus comme condescendants par des militaires au pouvoir. Le défi pour Washington est de réussir à se désengluer de l’image néo-coloniale qui colle à la peau de l’Occident, tout en empêchant la Russie de verrouiller la région. C’est une marche sur un fil tendu au-dessus du vide.
SECTION 4 : Le cas du Niger, pivot central de la stratégie
L’importance stratégique d’Agadez
Le Niger est sans conteste le point névralgique de cette bataille d’influence. Ce pays, immense et désertique, abrite l’une des bases de drones les plus importantes de l’US Air Force à Agadez. Construite pour un coût faramineux de plus de 100 millions de dollars, cette base est un outil crucial pour la surveillance du terrorisme dans la région sahélienne. Sa perte pour les États-Unis serait un désastre stratégique, leur privant d’yeux et d’oreilles dans une zone de plus en plus instable.
Après le coup d’État de juillet 2023 qui a renversé le président Mohamed Bazoum, le régime de la CNSP (Conseil national pour la sauvegarde de la patrie) a immédiatement cherché à se rapprocher de la Russie. Des avions russes ont atterri à Niamey, et des instructeurs russes ont été aperçus dans la capitale, suscitant l’inquiétude de Washington. Pourtant, le général Tchiani, chef de la junte, joue un jeu d’équilibre délicat. Il ne rompt pas totalement avec les Américains, exigeant leur départ du sol nigérien tout en maintenant des canaux de dialogue. Cette manœuvre vise probablement à obtenir des concessions de la part des deux blocs, maximisant ainsi le profit politique et économique de la position du Niger.
Le dilemme de l’uranium nigérien
Au-delà de l’aspect purement militaire, le Niger possède un atout majeur : l’uranium. C’est le premier fournisseur de l’Europe pour cette ressource stratégique, essentielle au nucléaire civil. Lorsque la junte a suspendu les exportations vers la France, elle a frappé un coup violent aux intérêts énergétiques européens. Les États-Unis, bien que moins dépendants directement de cet uranium, s’inquiètent de voir Moscou mettre la main sur ces ressources.
Si la Russie parvient à contrôler la filière uranium nigérienne, elle acquiert un levier de chantage immense sur l’Europe et renforce sa propre position dans le marché mondial de l’énergie. C’est pourquoi les États-Unis multiplient les offres d’alternatives et tentent de sécuriser l’approvisionnement occidental via d’autres routes ou des pressions diplomatiques. La bataille pour l’uranium est une bataille pour l’autonomie stratégique, et elle se joue en grande partie dans le désert tchadien et nigérien.
SECTION 5 : Le Mali et le Burkina, la base arrière de Moscou
L’ancrage russe au Mali
Le Mali est sans doute le cas le plus avancé de la pénétration russe. Après l’expulsion des forces françaises de Barkhane et de la force européenne Takuba, la junte malienne a officiellement invité des instructeurs russes. Le groupe Wagner (maintenant Africa Corps) y opère en toute liberté, participant aux combats contre les groupes jihadistes, souvent avec une brutalité extrême qui a été documentée par l’ONU et des ONG.
Cette présence russe offre au régime d’Assimi Goïta une protection militaire immédiate contre les tentatives de contre-coup d’État ou les insurrections internes. En échange, Moscou obtient un accès privilégié aux ressources maliennes, notamment l’or, dont l’extraction artisanale et industrielle est devenue une manne pour les caisses du Kremlin, sanctionné par ailleurs. Pour les États-Unis, le Mali est perdu, du moins pour le moment. L’objectif est désormais de contenir cette influence et d’empêcher le Mali de devenir une plateforme logistique pour le déploiement de forces russes vers les pays voisins.
Le virage radical du capitaine Traoré au Burkina Faso
Le Burkina Faso suit la même trajectoire que son voisin malien. Le capitaine Ibrahim Traoré, jeune leader de la junte, a adopté une rhétorique fortement anti-française et pro-russe. Il a annoncé la rupture de l’accord militaire avec la France en 2023 et a récemment signé un accord de défense avec la Russie. Des conseillers russes sont présents à Ouagadougou, et la presse d’État burkinabè diffuse une propagande favorable à Moscou.
Cependant, la situation au Burkina est complexe. Le pays est sous la pression constante des attaques jihadistes, qui ont déplacé des millions de personnes et tué des milliers de civils. L’aide russe, bien que médiatiquement visible, ne semble pas pour l’instant inverser la tendance sur le terrain militaire. Les États-Unis tentent de profiter de cette impasse pour rappeler aux autorités burkinabè que la Russie n’est pas un sauveur magique, mais un partenaire qui a ses propres intérêts. Washington propose également une aide humanitaire conséquente pour tenter de gagner les cœurs et les esprits de la population civile, coincée entre le marteau jihadiste et l’enclume militaire.
Il est désolant de constater que des nations entières sont condamnées à choisir leur poison entre des alliés qui les méprisent et des protecteurs qui les exploitent, dans un silence international quasi complice.
SECTION 6 : La question du terrorisme et la sécurité régionale
L’inefficacité relative des stratégies actuelles
Malgré la présence militaire massive, qu’elle soit française, américaine, ou russe, la situation sécuritaire dans la zone des trois frontières (Mali, Niger, Burkina) ne s’est pas améliorée. Les groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique continuent d’étendre leur emprise, profitant du chaos politique et de la faiblesse des États. La stratégie militaire purement répressive a montré ses limites.
L’approche russe, centrée sur la force brute et les représailles collectives, risque même d’exacerber le ressentiment des populations locales, alimentant ainsi le vivier du recrutement jihadiste. Les États-Unis, conscients de cet écueil, tentent de promouvoir une approche plus holistique, combinant l’action militaire avec le développement et la bonne gouvernance. Mais cette approche demande du temps et de la patience, deux choses qui manquent cruellement aux juntas sous pression populaire.
Le risque de regionalisation du conflit
Un autre danger majeur est l’extension de ce conflit aux pays voisins stables, comme la Côte d’Ivoire, le Ghana ou le Bénin. Ces pays, qui sont des partenaires économiques importants des États-Unis et de l’Europe, craignent une déstabilisation de leurs frontières par la propagation des groupes jihadistes ou par l’ingérence des puissances étrangères.
La communauté ouest-africaine (CEDEAO) a tenté de sanctionner les juntes, mais sans grand succès. L’implication des États-Unis vise aussi à rassurer ces alliés régionaux et à prévenir une contagion du conflit. Washington encourage le renforcement des capacités militaires des pays côtiers et soutient les initiatives de coopération régionale pour verrouiller les frontières. L’objectif est d’empêcher que le « Sahel en feu » ne transforme toute l’Afrique de l’Ouest en zone grise incontrôlable.
SECTION 7 : La Chine, l'acteur discret mais omniprésent
Le partenariat économique comme vecteur d’influence
Bien que cet article se concentre sur la rivalité entre les États-Unis et la Russie, on ne peut ignorer le rôle de la Chine. Pékin est un acteur majeur en Afrique, mais sa stratégie est différente. Elle n’utilise pas la projection militaire directe (pour l’instant), mais le pouvoir de l’argent. Les infrastructures, les routes, les ponts, les mines en Afrique de l’Ouest portent souvent la signature des entreprises chinoises.
Pour les juntes sahéliennes, la Chine représente une alternative séduisante. Elle propose des investissements massifs sans conditionnalité politique, sans les leçons de morale des démocraties occidentales. La Chine soutient souvent les positions russes aux Nations Unies et au Conseil de sécurité, formant un bloc autoritaire solide face à l’Occident. Les États-Unis sont conscients que la concurrence n’est pas seulement militaire, mais aussi idéologique et économique.
La guerre des modèles de développement
Ce qui se joue au Sahel, c’est aussi une bataille pour le modèle de société. Le modèle occidental, basé sur la démocratie libérale et l’économie de marché, est en crise de confiance. Le modèle autoritaire, prôné par la Russie et la Chine, qui met en avant la « stabilité », l’efficacité et la « lutte contre l’impérialisme », séduit de nombreux dirigeants africains.
Les États-Unis tentent de défendre leur modèle en montrant les exemples de réussite démocratique sur le continent, comme au Sénégal ou au Ghana. Mais la promesse de richesse rapide chinoise et de sécurité immédiate russe est bien plus tentante à court terme pour des dirigeants en situation précaire. L’analyse géopolitique doit donc intégrer cette dimension : c’est une guerre de récits et de modèles de développement autant qu’une guerre de soldats et de bases.
Au fond, le drame du Sahel est que ses dirigeants ont accepté de remplacer une dépendance par une autre, croyant changer de maître alors qu’ils ne font que changer de chaîne, restant prisonniers d’une relation asymétrique qui ne profite pas à leur peuple.
SECTION 8 : Les conséquences pour l'Europe
La crise migratoire comme bombe à retardement
L’Europe est la première victime collatérale de l’instabilité sahélienne. Si la région devient un État failli contrôlé par des groupes jihadistes ou des milices russes, les flux migratoires vers l’Europe risquent d’exploser. La pauvreté, la violence et le manque d’avenir poussent les jeunes vers l’exil.
Les États-Unis, bien que géographiquement éloignés, sont conscients de cet enjeu. Une Europe destabilisée par une crise migratoire incontrôlable est un allié affaibli sur la scène internationale. Washington exhorte donc ses partenaires européens à s’impliquer davantage dans la région, non plus avec une posture coloniale, mais comme partenaires égaux. La question de la migration est devenu un levier central de la diplomatie américaine en Afrique de l’Ouest.
L’indépendance énergétique menacée
Comme évoqué précédemment, l’approvisionnement en uranium du Niger est crucial pour l’Europe. La Russie, premier exportateur mondial de gaz et pétrole, cherchant à couper l’accès aux ressources nucléaires de l’Europe, aurait un levier de chantage absolument terrifiant. C’est pourquoi la France et l’Allemagne suivent de près les manœuvres américaines au Niger.
La stratégie américaine vise également à sécuriser ces voies d’approvisionnement pour ses alliés européens, garantissant ainsi la cohésion de l’OTAN face à la menace russe. Le Sahel n’est pas une périphérie, c’est un nœud gordien où se nouent la sécurité énergétique et la stabilité politique de l’Europe.
SECTION 9 : L'avenir de la présence militaire occidentale
La redéfinition des partenariats de défense
L’ère des grandes bases militaires ouvertes et des opérations extérieures (OPEX) massives comme Barkhane est probablement révolue. Les populations africaines ne l’acceptent plus, et les budgets occidentaux ne permettent plus de tels déploiements. L’avenir réside dans des partenariats plus discret, plus ciblés, souvent axés sur le renseignement et la formation de forces d’élite locales.
Les États-Unis, avec leurs bases de drones et leurs capacités de surveillance, sont bien placés pour mener ce type de coopération. Ils peuvent fournir un soutien « invisible » mais crucial aux armées sahéliennes, sans avoir une « empreinte de botte » trop visible sur le terrain. C’est ce que l’on appelle la « light footprint », ou empreinte légère. Cette stratégie est moins vulnérable à la propagande anticoloniale et permet de maintenir une influence stratégique.
Le risque d’une militarisation excessive de la région
Cependant, cette transition vers la guerre par procuration (proxy war) présente des risques. En armant et en formant des armées locales sans contrôle démocratique, on risque de créer des monstres. L’histoire de l’Afrique est truffée d’exemples de forces militaires formées par l’Occident qui finissent par prendre le pouvoir ou par commettre des exactions.
Les États-Unis doivent donc être extrêmement prudents. Leur soutien aux juntes, même s’il est justifié par la nécessité de contrer la Russie, ne doit pas devenir un blanc-seing pour les violations des droits de l’homme. C’est l’équilibre impossible à tenir : combattre le terrorisme et l’influence russe sans soutenir l’autoritarisme. Si les États-Unis échouent à maintenir cet équilibre, ils risquent de reproduire les erreurs du passé et de s’aliéner définitivement les populations africaines.
SECTION 10 : La diplomatie informelle et le rôle des acteurs locaux
L’importance des élites africaines
Dans cette partie de dames géopolitique, les pièces les plus importantes ne sont pas les reines et les rois (les chefs d’État), mais les pions invisibles : les élites locales, les chefs traditionnels, les intellectuels et les entrepreneurs. Ce sont eux qui, in fine, décideront de l’orientation de leur pays. Les États-Unis le comprennent bien et investissent massivement dans les programmes d’échange (comme le Young African Leaders Initiative) et dans le financement d’ONGs locales.
L’objectif est de créer une classe dirigeante pro-occidentale pour la prochaine génération. C’est une politique de long terme, à contre-courant de l’urgence immédiate de la situation sécuritaire. Mais c’est peut-être la seule solution durable. La Russie, elle, investit peu dans la société civile, préférant traiter directement avec les hommes forts au pouvoir. C’est une différence fondamentale qui pourrait jouer en faveur de l’Occident à terme.
La société civile comme rempart
Malgré la montée des régimes autoritaires, la société civile sahélienne reste vivace. Des journalistes courageux, des défenseurs des droits de l’homme, des mouvements de femmes continuent de résister et de proposer une alternative à la violence. Les États-Unis doivent les soutenir sans mettre leur vie en danger.
Ce soutien est délicat, car il peut être instrumentalisé par les juntes pour dénoncer l’ingérence étrangère. Mais il est indispensable. Sans une société civile forte, capable de demander des comptes à ses dirigeants, aucun partenariat avec l’Occident ne sera durable. La bataille des idées se joue aussi dans les salles de classe, les centres communautaires et les réseaux sociaux africains.
SECTION 11 : Vers une nouvelle doctrine américaine pour l'Afrique ?
Le revirement de la politique étrangère américaine
Pendant longtemps, l’Afrique a été une zone secondaire pour la politique étrangère américaine, souvent délaissée au profit de l’Asie ou du Moyen-Orient. L’offensive russe dans le Sahel force Washington à reconsidérer ses priorités. Les sommets entre le président Biden et les dirigeants africains se multiplient, marquant une volonté de réengagement.
Cette nouvelle doctrine se caractérise par une approche plus respectueuse de la souveraineté africaine, mettant l’accent sur le « partenariat » plutôt que sur l' »aide ». Les États-Unis tentent de se présenter comme le partenaire commercial idéal, offrant un accès au marché américain via l’AGOA (African Growth and Opportunity Act). C’est une bataille économique autant que politique.
La concurrence avec la Chine au cœur de la stratégie
Cette réorientation de la politique américaine est aussi une réponse directe à la montée en puissance de la Chine. Les États-Unis ne peuvent pas se permettre de laisser la Chine devenir le partenaire économique incontournable de l’Afrique. Le Sahel, riche en ressources, est un terrain de compétition directe.
L’analyse géopolitique montre que les États-Unis tentent de créer une alternative à la Chine dans le financement des infrastructures, en s’appuyant sur des institutions comme la Banque Mondiale ou le FMI, mais aussi sur des investissements privés. Le pari américain est que les pays africains préféreront la transparence et la durabilité des investissements occidentaux à l’opacité des prêts chinois qui conduisent souvent à des dettes impayables.
Il est fascinant de voir l’Afrique redevenir le cœur du monde, l’endroit où se décide l’avenir de l’économie mondiale, preuve s’il en est besoin que le centre de gravité de la puissance a basculé du Nord vers le Sud.
SECTION 12 : Les scénarios prospectifs pour les cinq prochaines années
Scénario 1 : La consolidation des régimes autoritaires pro-russes
Dans ce scénario pessimiste, les juntes du Mali, du Niger et du Burkina Faso parviennent à se maintenir au pouvoir avec l’aide de la Russie. Elles répriment violemment toute opposition et éliminent les espaces de liberté. La Russie établit des bases permanentes et contrôle l’extraction des ressources. Les liens avec l’Occident sont rompus définitivement.
Ce scénario entraînerait une instabilité régionale majeure, avec des flux de réfugiés massifs vers les pays côtiers et l’Europe. Le terrorisme se transformerait en guérilla asymétrique contre les forces russes, avec des risques d’attentats décentralisés. Les États-Unis contiendraient ce bloc autoritaire en renforçant les pays voisins (Côte d’Ivoire, Ghana, Bénin) pour empêcher la propagation de la « maladie ». C’est le scénario du « rideau de fer sahélien ».
Scénario 2 : Le retour à la normale (ou presque)
Dans ce scénario plus optimiste, les juntes, sous la pression de la population et de la réalité économique difficile, acceptent de négocier une transition vers un pouvoir civil. Elles réalisent que la Russie ne peut pas apporter la prospérité économique espérée. Les États-Unis et l’Europe proposent un plan de Marshall pour le Sahel, axé sur le développement et la lutte contre la pauvreté.
La Russie conserve une influence, mais perd son monopole. Les élections libres sont organisées sous supervision internationale. Ce scénario nécessiterait une habileté diplomatique exceptionnelle de la part de la communauté internationale et une prise de conscience des élites locales. C’est un scénario possible, mais qui exige de la patience et des investissements massifs.
CONCLUSION : L'impératif d'une souveraineté africaine authentique
Dépasser la logique des blocs
La conclusion de cette analyse est amère mais nécessaire. Le Sahel est devenu l’un des terrains de jeu les plus dangereux du monde, où les ambitions des grandes puissances écrasent les aspirations des peuples. Que ce soit la Russie ou les États-Unis, l’Occident ou la Chine, aucun de ces acteurs ne semble avoir véritablement à cœur les intérêts des populations locales.
Pourtant, l’espoir réside peut-être dans cette rivalité même. En jouant sur la concurrence entre les blocs, les dirigeants africains pourraient, s’ils sont habiles et intègres (ce qui reste la condition principale), obtenir des concessions et des avantages pour leurs pays. L’objectif doit être de dépasser la logique des blocs pour construire une souveraineté africaine authentique. Une souveraineté qui ne signifie pas choisir un maître plutôt qu’un autre, mais être capable de dicter ses propres règles.
Le rôle crucial de la communauté internationale
La communauté internationale, et en particulier l’Europe et les États-Unis, doivent accepter une nouvelle réalité : ils ne peuvent plus dicter la marche du monde par la force. Ils doivent passer d’une logique de puissance à une logique de partenariat. Cela signifie respecter le choix des peuples, même quand ils sont désagréables, comme celui de se rapprocher de la Russie, tout en maintenant le dialogue pour ne pas les perdre définitivement.
Cette nouvelle donne exige de l’humilité et de la vision. L’avenir du Sahel, et par extension celui de l’Afrique et de l’Europe, se joue dans les années à venir. Si nous échouons à offrir une alternative crédible à la prédation russe, nous assisterons impuissants à la constitution d’un bloc autoritaire au sud de la Méditerranée, avec des conséquences incalculables pour la sécurité mondiale. L’heure n’est plus à la condamnation, mais à l’action intelligente et respectueuse.
Nous avons le choix entre assister, impuissants et arrogants, à la partition du monde en zones d’influence hostiles, ou enfin tendre la main pour construire ensemble un monde multipolaire où le respect des nations serait la seule monnaie d’échange.
Signé Maxime Marquette
ENCADRÉ DE TRANSPARENCE DU CHRONIQUEUR
Cette analyse géopolitique repose sur le recoupement de multiples sources d’information internationales, traitant de la situation au Mali, au Niger et au Burkina Faso, ainsi que des stratégies américaines et russes en Afrique. L’auteur s’est efforcé de rester impartial dans la présentation des faits, tout en proposant une grille de lecture critique des enjeux en jeu. Aucun contact n’a été pris avec des représentants des gouvernements concernés pour la rédaction de ce texte. Les opinions exprimées reflètent l’analyse personnelle de l’auteur sur la dynamique des pouvoirs dans la région.
SOURCES
Sources primaires
Deutsche Welle – US works to counter Russia in Mali, Niger and Burkina Faso – 2024
Sources secondaires
Reuters – Top US diplomat visits Niger amid frictions over Russia – 2024
BBC – Wagner Group: Russia’s ‘shadow army’ in Africa – 2024
France 24 – Russia’s Africa Corps replaces Wagner Group – 2024
Al Jazeera – Niger junta revokes military accord with US – 2024
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