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ÉDITORIAL : Quand un ancien ministre israélien compare la suprématie juive au nazisme, le monde doit écouter
Crédit: Adobe Stock

Des lois qui discriminent

L’alerte de Ya’alon ne sort pas de nulle part. Elle s’inscrit dans un contexte législatif et politique de plus en plus ouvertement discriminatoire. En 2018, la Knesset a adopté la loi sur l’État-nation, qui consacre Israël comme « l’État-nation du peuple juif », reléguant les citoyens arabes (qui représentent environ 20 % de la population) au rang de citoyens de seconde zone. Cette loi, largement symbolique à l’époque, a ouvert la voie à une série de mesures concrètes : restriction des droits linguistiques des Arabes, limitation de leur accès aux terres, et même des projets de loi visant à leur retirer la citoyenneté.

Plus récemment, le gouvernement a adopté des lois permettant l’expulsion des Palestiniens de certaines zones de Cisjordanie, sous prétexte de « sécurité ». En pratique, cela signifie que des familles entières peuvent être chassées de leurs terres, souvent occupées depuis des générations, pour laisser la place à des colonies juives. Smotrich, lui-même colon, a déclaré en 2023 que la Cisjordanie était « une partie intégrante d’Israël » et que les Palestiniens n’y avaient « aucun droit ». Quand un ministre des Finances parle ainsi, ce n’est plus de la rhétorique. C’est une politique.

Je me souviens d’une discussion avec un ami israélien, il y a quelques années. Il me disait, avec une pointe de fierté : « En Israël, au moins, les Arabes ont des droits. Ils peuvent voter, siéger à la Knesset, critiquer le gouvernement. » Aujourd’hui, je me demande ce qu’il penserait en voyant des ministres ouvertement racistes siéger au gouvernement, en entendant des appels à l’expulsion massive des Palestiniens, en lisant les lois qui, une à une, réduisent les droits des citoyens arabes. La démocratie, c’est plus que des élections. C’est l’égalité devant la loi. C’est la protection des minorités. C’est le refus de l’apartheid. Quand un État commence à hiérarchiser ses citoyens en fonction de leur origine ethnique ou religieuse, il a déjà franchi la ligne rouge.

La normalisation de l’extrême droite

Ce qui est peut-être le plus terrifiant dans les propos de Ya’alon, c’est qu’ils ne suscitent presque aucune réaction en Israël. Les partis d’extrême droite ne sont plus marginaux : ils sont au pouvoir. Ben Gvir et Smotrich ne sont pas des outsiders. Ils sont des ministres, avec un accès aux leviers de l’État. Leur rhétorique, autrefois condamnée, est désormais banale. En 2023, Smotrich a qualifié les Palestiniens de « deux millions de nazis » en Cisjordanie. En 2024, Ben Gvir a proposé de « réoccuper Gaza » et d’y « installer des colons juifs ». Ces déclarations, qui auraient provoqué un scandale il y a dix ans, passent aujourd’hui presque inaperçues.

Pire encore, cette radicalisation s’accompagne d’une répression accrue contre ceux qui osent la critiquer. Les organisations de défense des droits humains, comme B’Tselem ou Breaking the Silence, sont régulièrement attaquées par le gouvernement, accusées de « trahison » ou de « soutien au terrorisme ». Les journalistes qui couvrent la répression en Cisjordanie sont harcelés, arrêtés, parfois battus. En 2025, Israël était classé 100e sur 180 pays en matière de liberté de la presse par Reporters sans frontières. Un rang qui continue de chuter.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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