Trois ans. Bientôt trois ans que cette guerre a éclaté. Trois ans que l’Ukraine se bat pour sa survie. Trois ans que les promesses d’aide s’accumulent, que les déclarations de soutien se succèdent, que les sanctions contre la Russie s’empilent. Et au bout du compte? Le front gronde toujours. Les combats continuent. Les soldats meurent. Les civils fuient. Les villes brûlent. Rien n’a vraiment changé, si ce n’est notre capacité à regarder ailleurs.
Parce que c’est ça, le vrai drame: on s’est habitués. On a intégré cette guerre dans le paysage mental de l’actualité mondiale comme on intègre un meuble dans un salon. C’est là, ça fait partie du décor, mais on ne le voit plus vraiment. Les images de destructions? On les a déjà vues. Les témoignages de civils traumatisés? On les a déjà entendus. Les appels à l’aide de Volodymyr Zelensky? On les a déjà écoutés. Alors maintenant, on zap. On passe à autre chose. On a d’autres urgences, d’autres crises, d’autres catastrophes qui réclament notre attention éphémère.
Mais cette guerre, elle, ne zappe pas. Elle ne passe pas à autre chose. Elle reste là, accrochée au ventre de l’Europe comme une plaie qui refuse de se refermer.
Quarante combats, ce n'est pas juste un chiffre
Reprenons depuis le début. Quarante combats depuis l’aube. Qu’est-ce que ça signifie concrètement? Ça signifie quarante fois où des unités se sont affrontées. Quarante fois où des ordres ont été donnés, où des soldats ont avancé sous le feu, où des explosions ont secoué la terre. Quarante fois où quelqu’un a pressé une gâchette en visant un autre être humain. Quarante fois où le chaos, la peur, la violence ont dominé pendant quelques minutes ou quelques heures.
Et ça, c’est juste depuis ce matin. Depuis que le soleil s’est levé sur cette portion de territoire déchiré. Combien d’affrontements depuis le début de cette semaine? Combien depuis le début de ce mois? Combien depuis le début de cette année? Les chiffres donnent le vertige. Ils parlent d’une intensité de guerre qui ne faiblit pas. D’une détermination russe qui ne fléchit pas. D’une résistance ukrainienne qui ne plie pas.
Mais au-delà des chiffres, il y a des hommes. Des soldats ukrainiens qui n’ont pas dormi depuis trente-six heures. Des tankistes russes qui roulent vers des positions qu’ils ne connaissent que par des coordonnées GPS. Des artilleurs qui chargent, visent, tirent, rechargent dans un ballet mécanique et meurtrier. Des brancardiers qui courent sous les bombardements pour récupérer les blessés. Des commandants qui scrutent des cartes en se demandant où placer leurs dernières réserves.
Pokrovsk, symbole d'un front qui refuse de se stabiliser
Pourquoi Pokrovsk? Pourquoi ce secteur en particulier concentre-t-il autant d’efforts militaires russes? Parce que c’est un nœud logistique crucial. Parce que c’est un point stratégique qui permet de contrôler plusieurs axes de communication. Parce que sa chute ouvrirait des brèches dangereuses dans le dispositif défensif ukrainien. La Russie le sait. L’Ukraine le sait. Tout le monde le sait.
Alors Moscou pousse. Envoie des vagues d’assaut. Pilonne les positions. Cherche la faille. L’Ukraine tient. Renforce les lignes. Contre-attaque quand c’est possible. Résiste. Et au milieu de ce bras de fer titanesque, des hommes crèvent. C’est brutal, c’est direct, c’est la réalité de la guerre moderne. Pas de gloire romantique. Pas de charge héroïque au son des trompettes. Juste du feu, du métal, de la boue et du sang.
On voudrait croire que les guerres se gagnent avec des discours, des négociations, des sommets internationaux. Mais la vérité, c’est qu’elles se jouent d’abord dans des tranchées anonymes où des types qu’on ne connaîtra jamais tiennent des positions qu’on ne verra jamais sur une carte.
L'épuisement guette, mais personne n'abandonne
Trois ans de guerre, ça use. Ça épuise les corps, les esprits, les économies, les sociétés. Les soldats ukrainiens qui combattent aujourd’hui ne sont plus ceux de février 2022. Ils ont vieilli de dix ans en trois ans. Leurs visages portent les traces de mille nuits sans sommeil, de mille alertes, de mille fois où ils ont cru que c’était la fin. Leurs mains tremblent parfois, pas de peur mais de fatigue accumulée. Leurs yeux ont vu des choses qu’aucun être humain ne devrait voir.
Mais ils tiennent. Contre toute logique, contre toute attente, ils tiennent. Parce qu’ils n’ont pas le choix. Parce que derrière eux, il y a leurs familles, leurs villes, leur pays. Parce que lâcher, ce serait abandonner tout ce pourquoi ils se battent depuis le premier jour. Alors ils restent. Ils encaissent. Ils ripostent. Ils survivent un jour de plus. Puis un autre. Puis un autre encore.
Du côté russe, la logique est différente mais l’épuisement est tout aussi réel. Les pertes sont colossales. Les équipements s’usent. Les stocks de munitions fondent. Mais Vladimir Poutine ne peut pas se permettre de reculer. Trop investi. Trop engagé. Trop enlisé dans sa propre propagande. Alors il continue d’envoyer des hommes, des chars, des missiles. Il continue de sacrifier une génération entière sur l’autel de son obsession impériale.
Le monde regarde ailleurs, et c'est ça le vrai scandale
Quarante combats. En une matinée. Sur un seul secteur du front. Et vous savez quoi? Ça ne fera probablement pas la une des journaux. Ça ne sera pas le sujet principal des bulletins d’information. Ça ne fera pas vibrer les réseaux sociaux. Parce qu’on a autre chose à faire. Parce que cette guerre est devenue routinière. Parce qu’on en a marre d’entendre parler de l’Ukraine.
Marre. Quel mot terrible. Comme si la souffrance des autres avait une date de péremption. Comme si l’injustice devenait acceptable à force de durer. Comme si notre empathie était une ressource limitée qu’il fallait économiser pour des causes plus « fraîches », plus « neuves », plus « sexy » médiatiquement.
On vit dans un monde où l’attention est devenue la denrée la plus rare. Où il faut constamment du nouveau, du choquant, de l’inédit pour retenir les regards. Et dans ce monde-là, une guerre qui dure trois ans finit par devenir invisible. Même si elle tue toujours autant.
Les négociations de paix, cette illusion qu'on s'accroche
Pendant ce temps, les discussions de paix se poursuivent. À Abou Dhabi, à Washington, à Bruxelles, ailleurs. Des diplomates se réunissent, échangent des positions, explorent des compromis possibles. C’est important. C’est nécessaire. C’est indispensable même. Mais ça reste terriblement abstrait pour les soldats qui se battent à Pokrovsk en ce moment même.
Eux, ils ne négocient pas. Ils ne discutent pas. Ils ne pèsent pas le pour et le contre de tel ou tel arrangement territorial. Ils tirent ou ils se font tirer dessus. C’est binaire. C’est brutal. C’est immédiat. Et tant que ces négociations n’aboutiront pas à un cessez-le-feu effectif, tant que les armes ne se tairont pas réellement, les quarante combats quotidiens continueront. Puis cinquante. Puis soixante. Jusqu’à ce que l’un des deux camps s’effondre ou que le monde se réveille enfin.
La Russie presse, l'Ukraine résiste, et nous, qu'est-ce qu'on fait?
La stratégie militaire russe est limpide: maintenir une pression constante sur les points névralgiques du front. User l’adversaire. L’épuiser. Le forcer à disperser ses forces. Créer des brèches. Pokrovsk n’est qu’un objectif parmi d’autres, mais c’est celui où Moscou pousse le plus fort en ce moment. Les forces armées ukrainiennes le savent. Elles concentrent leurs meilleures unités, leurs réserves les plus solides, leur artillerie la plus précise sur ce secteur.
C’est un bras de fer titanesque où chaque kilomètre compte. Où chaque position perdue ou gagnée modifie l’équilibre global. Où chaque jour qui passe voit des dizaines d’engagements qui ne font même plus la une des journaux. Parce qu’on s’est habitués. Parce que c’est devenu normal. Parce que la guerre, au fond, on préfère ne pas trop y penser.
C’est confortable, l’indifférence. Ça ne demande aucun effort. Ça ne pose aucune question embarrassante. Ça ne remet rien en cause. On peut continuer sa vie tranquillement en se disant que ce n’est pas notre guerre, que ce n’est pas notre problème, que quelqu’un d’autre s’en occupera.
Les civils, ces oubliés permanents de toutes les guerres
Et pendant que les armées s’affrontent, pendant que les stratèges déplacent des pions sur des cartes, pendant que les diplomates négocient dans des salles climatisées, il y a les civils. Toujours les mêmes. Toujours les oubliés. Ceux qui n’ont pas choisi cette guerre mais qui la subissent de plein fouet.
Dans la région de Pokrovsk, des milliers de personnes vivent encore. Pas par choix. Par nécessité. Parce qu’ils n’ont nulle part où aller. Parce qu’ils sont trop pauvres pour partir. Parce qu’ils sont trop vieux pour fuir. Parce qu’ils refusent d’abandonner leur terre, leur maison, leurs souvenirs. Alors ils restent. Ils survivent entre deux bombardements. Ils comptent les détonations. Ils apprennent à distinguer le son d’un obus qui arrive de celui d’un obus qui s’éloigne. Ils développent des réflexes de survie qu’aucun être humain ne devrait avoir à développer.
Leurs histoires, on ne les entend pas. Leurs visages, on ne les voit pas. Leurs souffrances, on ne les ressent pas. Ils sont les dommages collatéraux acceptables d’une guerre dont on ne parle presque plus. Des statistiques dans des rapports que personne ne lit vraiment. Des noms dans des listes que personne ne retient.
Le mensonge du "conflit gelé"
Certains analystes parlent déjà de « conflit gelé ». De « situation d’équilibre instable ». De « guerre de position qui pourrait durer des années ». Des formules élégantes pour dire qu’on a renoncé à chercher une solution. Qu’on s’accommode du statu quo. Qu’on accepte que cette guerre continue indéfiniment à bas bruit.
Mais ce n’est pas un conflit gelé quand il y a quarante combats en une matinée. Ce n’est pas une situation d’équilibre quand des hommes meurent chaque jour. Ce n’est pas une guerre de position acceptable quand des civils tremblent dans leurs caves à chaque alerte. C’est juste une guerre qu’on préfère ne plus voir. Qu’on range dans un coin de notre conscience collective en se disant qu’elle se résoudra toute seule un jour.
Spoiler: elle ne se résoudra pas toute seule. Les guerres ne finissent jamais par lassitude mutuelle. Elles finissent par victoire, par défaite, ou par un accord imposé de l’extérieur. Mais elles ne s’éteignent pas comme une bougie qu’on oublie de souffler.
L'aide militaire occidentale, entre promesses et réalité
L’Occident continue de promettre son soutien à l’Ukraine. Des livraisons d’armes, des munitions, des systèmes de défense antiaérienne, de l’aide financière, de la formation militaire. C’est crucial. C’est indispensable. Sans cette aide, l’Ukraine aurait probablement déjà perdu. Mais est-ce suffisant? Est-ce à la hauteur de l’intensité de la menace?
Quarante combats en une matinée suggèrent que non. Que la pression militaire russe reste massive. Que malgré toutes les sanctions, malgré toutes les pertes, malgré toutes les difficultés, Moscou conserve une capacité d’offensive impressionnante. Que l’Ukraine, malgré son courage, malgré sa détermination, malgré son ingéniosité tactique, lutte toujours à armes inégales.
Les promesses, c’est bien. Les livraisons concrètes, c’est mieux. Les livraisons rapides et massives, c’est ce dont l’Ukraine a besoin. Maintenant. Pas dans six mois. Pas quand les budgets seront votés. Pas quand les procédures administratives seront terminées. Maintenant. Parce que maintenant, il y a quarante combats qui font rage. Et demain, il y en aura probablement autant.
La fatigue de la guerre, cette tentation mortelle
La vraie bataille ne se joue peut-être même pas sur le terrain militaire. Elle se joue dans les têtes. Dans la capacité de chaque camp à maintenir sa détermination. Dans la volonté de continuer malgré les pertes, malgré la fatigue, malgré l’épuisement. La Russie parie sur la lassitude occidentale. Sur notre capacité d’attention limitée. Sur notre tendance à nous détourner des crises qui durent trop longtemps.
Et force est de constater que ce pari n’est pas totalement stupide. Combien d’entre nous suivent encore vraiment cette guerre? Combien se sentent encore personnellement concernés? Combien sont prêts à accepter les conséquences économiques, politiques, sociales de notre soutien à l’Ukraine? La réponse est: de moins en moins. Et Poutine le sait. Il compte là-dessus. C’est sa stratégie.
Alors quoi? On abandonne? On laisse tomber? On se dit que finalement, c’est trop compliqué, trop long, trop coûteux? On accepte que la force brute l’emporte simplement parce qu’on est fatigués d’y penser?
Pokrovsk n'est pas juste un nom sur une carte
Revenons à Pokrovsk. À ce secteur qui concentre tant de violence, tant de souffrance, tant d’enjeux stratégiques. Ce n’est pas juste un point sur une carte militaire. C’est un endroit réel. Avec des rues, des maisons, des écoles, des parcs. C’était une ville vivante avant la guerre. Avec des gens qui travaillaient, qui tombaient amoureux, qui élevaient leurs enfants, qui rêvaient d’avenir.
Aujourd’hui, c’est une ligne de front. Un objectif militaire. Un enjeu tactique. Les arbres sont déchiquetés par les éclats d’obus. Les bâtiments portent les cicatrices des combats. Les rues sont vides ou presque. Ceux qui restent vivent au rythme des bombardements. Leur horizon temporel ne dépasse pas la journée en cours. Parfois même pas l’heure en cours.
Et pendant ce temps, quarante combats se déroulent. Quarante petites guerres dans la grande guerre. Quarante moments où la vie et la mort se jouent en quelques secondes. Quarante fois où quelqu’un prend une décision qui déterminera s’il verra le lendemain. Quarante fois où l’humanité montre son visage le plus sombre.
Que faire face à cette guerre sans fin?
La question qui hante, c’est celle-là: que faire? Comment sortir de ce cycle infernal? Comment arrêter ces quarante combats quotidiens qui s’ajoutent à tous ceux d’hier et préfigurent tous ceux de demain? Les réponses faciles n’existent pas. Les solutions miracles non plus. Mais quelques certitudes émergent quand même.
Première certitude: l’indifférence ne résout rien. Regarder ailleurs ne fait pas disparaître le problème. Ça le rend juste invisible à nos yeux, pas moins réel pour ceux qui le vivent. Deuxième certitude: la pression internationale compte. Les sanctions, l’isolement diplomatique, le soutien militaire à l’Ukraine, tout ça pèse dans la balance. Pas assez peut-être, mais ça pèse. Troisième certitude: cette guerre ne s’arrêtera que quand l’un des deux camps n’aura plus les moyens de continuer ou quand la communauté internationale imposera vraiment un cessez-le-feu.
Et nous, dans tout ça? On fait quoi? On reste informés. On refuse l’amnésie collective. On maintient la pression sur nos dirigeants. On n’accepte pas que cette guerre devienne normale. C’est peu. C’est dérisoire face à l’ampleur du drame. Mais c’est mieux que l’indifférence.
Les chiffres mentent toujours un peu
Quarante combats. Le chiffre est précis. Presque clinique. Il donne une illusion de maîtrise, de contrôle. Comme si on pouvait quantifier la guerre de manière objective. Mais les chiffres, par définition, déshumanisent. Ils transforment l’horreur en statistique. Ils rendent acceptable l’inacceptable en le réduisant à des données.
Derrière chaque combat, il y a combien de morts? Combien de blessés? Combien de traumatisés à vie? Combien de familles brisées? Combien de destins pulvérisés? On ne le sait pas. On ne le saura jamais vraiment. Les chiffres globaux de cette guerre sont déjà hallucinants. Des centaines de milliers de morts. Des millions de déplacés. Des villes entières réduites en cendres. Des générations entières sacrifiées.
Mais au-delà des chiffres, il y a l’humain. Toujours. Il y a Dmytro, 24 ans, qui écrit une dernière lettre à sa mère avant de partir en mission. Il y a Sergueï, 31 ans, du côté russe, qui se demande pourquoi il est là, pourquoi il tire sur des gens qu’il ne connaît pas, qui ne lui ont rien fait. Il y a Olena, 67 ans, qui prie dans sa cave en serrant la photo de son mari mort au début de la guerre. Il y a tous ces visages sans nom, toutes ces vies brisées, toute cette souffrance qui ne rentre dans aucune statistique.
Le front de Pokrovsk, symbole d'une guerre sans horizon
Le front de Pokrovsk continuera de brûler demain. Et après-demain. Et le jour d’après encore. Les combats se succéderont. Les bilans s’alourdiront. Les lignes bougeront de quelques centaines de mètres dans un sens puis dans l’autre. Et le monde continuera de tourner sans vraiment y prêter attention.
C’est ça qui est terrible. Pas tant la violence elle-même, aussi atroce soit-elle. Mais notre capacité à nous y habituer. À l’intégrer dans le flux incessant des informations. À la classer dans la catégorie des « vieilles nouvelles » qui ne méritent plus notre attention. Quarante combats en une matinée devraient nous faire bondir de nos chaises. Ça devrait nous révolter, nous indigner, nous pousser à l’action. Mais non. On lit ça comme on lit la météo. Avec le même détachement. La même indifférence.
Peut-être qu’on est dépassés. Peut-être qu’il y a trop de crises simultanées pour toutes les porter. Peut-être qu’on a saturé notre capacité d’empathie. Ou peut-être qu’on s’est juste résignés à vivre dans un monde où la guerre perpétuelle redevient la norme.
La responsabilité de témoigner
Si cette guerre continue de faire rage dans l’indifférence quasi générale, c’est aussi parce qu’on ne la raconte plus. Ou qu’on la raconte mal. Ou qu’on la raconte de manière trop aseptisée, trop lointaine, trop abstraite. Les dépêches militaires ne suffisent pas. Les rapports stratégiques non plus. Il faut des visages. Des histoires. De l’humain. Il faut rappeler sans cesse que derrière chaque « quarante combats depuis l’aube », il y a des êtres humains qui souffrent, qui luttent, qui espèrent, qui meurent.
C’est notre responsabilité. À nous, journalistes, chroniqueurs, observateurs. Continuer de raconter cette guerre. Continuer de la rendre visible. Continuer de l’humaniser. Refuser l’amnésie collective. Refuser la banalisation de l’horreur. Maintenir l’attention là où elle devrait être: sur ceux qui paient le prix ultime d’un conflit dont ils ne sont pas responsables.
Et maintenant?
Maintenant, quoi? On attend? On espère? On prie pour que les négociations de paix aboutissent enfin? On se résigne à ce que cette guerre continue encore des mois, des années peut-être? Il n’y a pas de réponse simple. Pas de solution évidente. Juste l’obligation de ne pas détourner le regard. De ne pas faire comme si ça n’existait pas. De ne pas laisser cette guerre mourir dans l’indifférence avant même d’être terminée.
Quarante combats ce matin. Combien demain? Combien la semaine prochaine? Combien avant que quelque chose change vraiment? Personne ne sait. Mais une chose est sûre: tant qu’on continuera d’en parler, tant qu’on refusera de l’oublier, tant qu’on maintiendra la pression sur ceux qui ont le pouvoir d’agir, il restera un espoir. Mince. Fragile. Mais un espoir quand même.
Parce qu’au fond, c’est peut-être ça la vraie bataille: pas celle qui se joue à Pokrovsk avec des chars et des obus, mais celle qui se joue dans nos têtes. Entre l’indifférence confortable et la conscience dérangeante. Entre l’oubli facile et le devoir de mémoire exigeant.
Pokrovsk brûle, et nous avons le choix de regarder ou pas
Alors oui, Pokrovsk brûle. Oui, quarante combats ont déchiré le front depuis l’aube. Oui, cette guerre continue sans que personne ne semble vraiment capable de l’arrêter. Mais nous avons encore un choix: celui de ne pas l’oublier. Celui de refuser que ces quarante combats quotidiens deviennent une simple note de bas de page dans l’actualité mondiale. Celui de maintenir la pression, l’attention, la solidarité.
Ce n’est pas grand-chose. Ce n’est pas suffisant. Mais c’est mieux que le silence. C’est mieux que l’indifférence. C’est mieux que l’oubli. Et parfois, dans les heures les plus sombres, c’est tout ce qui reste: le refus obstiné de détourner les yeux. Le refus de laisser l’horreur devenir normale. Le refus de laisser les victimes mourir deux fois: une première fois sous les bombes, une seconde fois dans notre mémoire collective.
Quarante combats. Ce n’est qu’un chiffre. Mais c’est aussi un rappel brutal que cette guerre n’est pas terminée. Qu’elle ne terminera pas toute seule. Et que notre attention, aussi volatile soit-elle, reste une arme dans cette bataille mondiale pour l’âme de notre époque.
Le prix de l'indifférence
Que restera-t-il de tout ça dans quelques années? Comment nos enfants jugeront-ils notre réaction face à cette guerre? Diront-ils qu’on a fait tout ce qu’on pouvait? Ou qu’on a regardé ailleurs au moment crucial? Que vaudront nos excuses, nos justifications, nos rationalisations quand ils demanderont: « Et vous, qu’est-ce que vous avez fait? »
L’histoire ne pardonne jamais l’indifférence. Elle ne pardonne jamais le silence complice. Elle ne pardonne jamais les témoins qui ont choisi de fermer les yeux. Et si cette guerre continue de faire rage dans une indifférence croissante, c’est nous tous qui porterons une part de responsabilité. Pas la même que ceux qui tirent les ficelles, évidemment. Pas la même que ceux qui donnent les ordres. Mais une responsabilité quand même. Celle d’avoir su et de n’avoir rien fait. Celle d’avoir vu et d’avoir détourné le regard. Celle d’avoir entendu les cris et d’avoir monté le volume de notre confort quotidien.
Alors quand on lit « quarante combats depuis l’aube sur le front de Pokrovsk », on peut choisir de hausser les épaules et de passer à l’article suivant. Ou on peut choisir de s’arrêter une seconde. De réaliser ce que ça signifie vraiment. De refuser que ça devienne normal. C’est notre choix. À chacun d’entre nous.
La seule chose qu'on peut contrôler: notre attention
On ne peut pas arrêter cette guerre d’un claquement de doigts. On ne peut pas forcer Poutine à retirer ses troupes. On ne peut pas obliger les diplomates à trouver un accord. On ne peut pas protéger chaque soldat ukrainien sur le front. Notre pouvoir individuel face à une machine de guerre aussi massive est dérisoire. Mais il y a une chose qu’on peut contrôler: notre attention.
Continuer de lire ces articles. Continuer de s’informer. Continuer de comprendre les enjeux. Continuer de parler de cette guerre autour de nous. Continuer de maintenir la pression sur nos dirigeants pour qu’ils maintiennent le soutien à l’Ukraine. C’est peu. C’est peut-être même ridicule face à l’ampleur du drame. Mais c’est mieux que rien. Et surtout, c’est exactement ce contre quoi Poutine parie: notre lassitude, notre oubli, notre indifférence.
Ne lui donnons pas raison.
Quarante combats ce matin. Quarante raisons de ne pas oublier. Quarante rappels que cette guerre n’est pas finie. Pas pour les soldats dans les tranchées. Pas pour les civils dans leurs caves. Pas pour tous ceux qui portent encore cette guerre dans leur chair. Alors nous, le minimum qu’on puisse faire, c’est de la porter encore un peu dans notre conscience. Au moins ça.
Signé Maxime Marquette
Note de transparence du chroniqueur: Cet article s’appuie sur des dépêches militaires publiées le 5 février 2026 concernant l’intensité des combats sur le front ukrainien, particulièrement dans le secteur de Pokrovsk. Les informations factuelles concernant le nombre d’engagements et la concentration des affrontements proviennent de sources ukrainiennes officielles. L’analyse et le ton éditorial reflètent la position du chroniqueur sur la nécessité de maintenir l’attention internationale sur cette guerre, même après trois ans de conflit. Aucun témoignage individuel n’a été inventé; les références à des situations humaines sont des illustrations générales de réalités documentées par de multiples sources journalistiques sur le terrain.
Sources
Sources primaires
Ukrinform – War update: 40 battles on frontline since dawn, Pokrovsk sectors remains hotspot – 5 février 2026
Sources secondaires
The Kyiv Independent – Couverture continue du conflit russo-ukrainien – Février 2026
BBC News – Ukraine War Coverage – Février 2026
Al Jazeera – Ukraine Crisis Updates – Février 2026