Pour comprendre la portée véritable de cet engagement russe contemporain, il convient de remonter aux fondements historiques de cette relation particulière qui lie Moscou à La Havane depuis plus de six décennies. Durant l’ère soviétique glorieuse, Cuba bénéficiait d’un approvisionnement pétrolier massif et largement subventionné par Moscou, constituant le pilier économique indispensable de l’alliance idéologique entre les deux nations communistes. L’île recevait alors jusqu’à treize millions de tonnes de pétrole brut par an, soit bien plus que ses besoins réels, lui permettant même de réexporter une partie de cette manne providentielle vers d’autres pays caribéens et d’engranger ainsi des devises précieuses.
Cette générosité énergétique extraordinaire n’était pas désintéressée : elle constituait le prix que l’Union soviétique était disposée à payer pour maintenir un allié fidèle à seulement cent cinquante kilomètres des côtes floridiennes, au cœur même de la sphère d’influence américaine. Le pétrole soviétique permettait à Cuba de défier l’embargo américain imposé dès 1962, transformant cette petite île caraïbéenne en vitrine du modèle socialiste dans les Amériques. Les raffineries cubaines tournaient à plein régime, les centrales électriques fonctionnaient sans interruption, et l’économie planifiée pouvait se développer à l’abri des contraintes énergétiques qui auraient dû normalement l’étrangler.
L’effondrement spectaculaire de l’Union soviétique en 1991 a brutalement mis fin à ce flux providentiel, plongeant Cuba dans la tristement célèbre « Période spéciale en temps de paix », une décennie de privations extrêmes durant laquelle le PIB cubain s’est contracté de près de trente-cinq pour cent. Les Cubains ont alors découvert la précarité énergétique dans toute sa brutalité, avec des coupures de courant pouvant durer jusqu’à seize heures par jour, des transports paralysés faute de carburant, et une agriculture mécanisée soudainement privée de son combustible vital. Ce traumatisme collectif reste profondément ancré dans la mémoire nationale cubaine et explique en partie l’anxiété palpable qui saisit aujourd’hui la population face aux nouvelles pénuries énergétiques.
Le rapprochement énergétique salvateur avec le Venezuela chaviste à partir des années 2000 a temporairement soulagé l’île de ses tourments pétroliers. Hugo Chávez, animé par une ferveur révolutionnaire et une admiration profonde pour Fidel Castro, a fait de l’approvisionnement pétrolier de Cuba l’une des pierres angulaires de sa diplomatie bolivarienne. Caracas envoyait jusqu’à cent mille barils par jour à son allié caribéen, à des conditions extraordinairement avantageuses incluant des facilités de paiement étendues et des prix largement inférieurs aux cours mondiaux. En échange, Cuba fournissait des milliers de médecins, d’enseignants et de conseillers militaires qui contribuaient à consolider le régime chaviste et à étendre son influence régionale.
Cependant, l’effondrement progressif de l’économie vénézuélienne, la chute vertigineuse de sa production pétrolière passée de trois millions de barils par jour à moins d’un million, et la capture en janvier 2026 du président Nicolas Maduro ont ravivé les vieux démons de la dépendance énergétique cubaine. C’est dans ce contexte dramatique que la Russie revient progressivement sur le devant de la scène énergétique cubaine, reprenant un rôle qu’elle avait apparemment abandonné trois décennies plus tôt avec la dissolution de l’empire soviétique.
Le retour de Moscou comme fournisseur pétrolier de Cuba représente bien plus qu’une simple transaction commerciale pragmatique : c’est la résurgence spectaculaire d’une alliance stratégique que beaucoup croyaient définitivement révolue avec la chute du mur de Berlin. L’histoire, décidément, a une fâcheuse tendance à se répéter dans les Caraïbes.
Les enjeux stratégiques considérables pour la Russie dans l'hémisphère occidental
Pour le Kremlin, l’engagement solennel de maintenir les livraisons pétrolières vers Cuba s’inscrit dans une stratégie beaucoup plus large de projection d’influence dans les Amériques, une région que Moscou avait largement délaissée après l’effondrement soviétique. Alors que les relations avec l’Occident se sont considérablement dégradées depuis l’intervention militaire en Ukraine débutée en février 2022, la Russie cherche activement à consolider ses positions dans les régions traditionnellement considérées comme la sphère d’influence exclusive des États-Unis. Cette approche offensive n’est pas sans rappeler la logique implacable de la Guerre froide, où chaque superpuissance cherchait inlassablement à grignoter le pré carré de l’autre.
Cuba occupe une position géographique véritablement exceptionnelle à seulement cent cinquante kilomètres des côtes floridiennes, soit moins de distance que celle séparant Paris de Bruxelles. Cette proximité extraordinaire avec le territoire américain confère à l’île une valeur stratégique absolument disproportionnée par rapport à sa taille modeste ou son poids économique marginal dans l’économie mondiale. En maintenant des liens étroits avec La Havane, Moscou s’assure une présence symbolique et potentiellement opérationnelle aux portes mêmes des États-Unis, une carte maîtresse qu’elle peut jouer dans ses négociations avec Washington sur d’autres dossiers brûlants de l’agenda international, notamment le conflit ukrainien ou l’architecture de sécurité européenne.
Au-delà du symbolisme géopolitique puissant, la Russie développe également des intérêts économiques concrets et durables à Cuba. Des entreprises russes sont directement impliquées dans la modernisation des infrastructures énergétiques cubaines vétustes, notamment les centrales thermoélectriques qui peinent désespérément à répondre à la demande nationale croissante. Zarubezhneft, la compagnie pétrolière d’État russe spécialisée dans les opérations internationales, explore activement les possibilités d’exploitation des gisements offshore cubains dans le golfe du Mexique. Ces investissements créent des dépendances technologiques durables qui ancrent la relation bilatérale dans le très long terme, indépendamment des aléas politiques conjoncturels.
La dimension militaire de la présence russe à Cuba, bien que moins médiatisée, mérite également d’être soulignée. Des navires de guerre russes font régulièrement escale dans le port de La Havane, des avions militaires à long rayon d’action atterrissent sur les pistes cubaines, et des accords de coopération militaire lient les deux pays. Cette présence militaire, même modeste comparée aux standards de la Guerre froide, constitue un rappel permanent de la capacité de Moscou à projeter sa puissance jusque dans l’arrière-cour américaine, inversant symboliquement la logique qui a vu l’OTAN s’étendre jusqu’aux frontières russes depuis la fin du monde bipolaire.
La stratégie russe à Cuba illustre parfaitement le concept de « diplomatie énergétique » que Moscou a érigé en véritable doctrine de politique étrangère, utilisant ses vastes ressources pétrolières et gazières comme levier d’influence géopolitique à travers le monde. Le pétrole russe n’est jamais simplement du pétrole : c’est toujours aussi un instrument de puissance.
La crise énergétique cubaine contemporaine : une urgence humanitaire et économique sans précédent
La déclaration de l’ambassadeur russe Koronelli intervient alors que Cuba fait face à une crise énergétique d’une ampleur véritablement sans précédent depuis les heures les plus sombres de la Période spéciale des années 1990. Les coupures d’électricité, euphémiquement appelées « apagones » dans le langage populaire cubain, sont devenues quasi quotidiennes dans la plupart des provinces de l’île, affectant non seulement le confort des ménages mais aussi le fonctionnement vital des hôpitaux, des écoles et des entreprises. L’économie cubaine, déjà fragilisée par l’impact dévastateur de la pandémie de COVID-19 et le renforcement draconien des sanctions américaines sous l’administration Trump, se trouve littéralement asphyxiée par cette pénurie énergétique chronique qui paralyse toute perspective de redressement.
Le système électrique cubain repose principalement sur des centrales thermoélectriques alimentées au pétrole brut ou au fioul lourd, une technologie datant de l’ère soviétique qui n’a jamais été véritablement modernisée. Ces installations monumentales, pour la plupart construites avec l’aide technique et financière soviétique dans les années 1970 et 1980, ont largement dépassé leur durée de vie théorique et fonctionnent bien en deçà de leur capacité nominale originelle. Les pannes techniques sont devenues extrêmement fréquentes et les réparations particulièrement difficiles en raison de l’impossibilité quasi totale de se procurer des pièces détachées dans un contexte de sanctions internationales renforcées qui coupent Cuba de la plupart des marchés mondiaux.
La situation s’est encore considérablement aggravée avec la baisse drastique des livraisons vénézuéliennes, jadis l’épine dorsale de l’approvisionnement énergétique cubain. Le Venezuela, lui-même aux prises avec un effondrement économique catastrophique, une hyperinflation dévastatrice et des sanctions américaines paralysantes, ne peut plus honorer ses engagements historiques envers son allié caribéen fidèle. Les quelque cinquante mille barils quotidiens que Caracas envoyait régulièrement à Cuba se sont réduits comme peau de chagrin, obligeant l’île à se tourner désespérément vers d’autres fournisseurs, souvent à des conditions bien moins avantageuses qui grèvent les maigres réserves de devises du pays.
Les conséquences humaines de cette crise énergétique sont déchirantes. Dans les hôpitaux cubains, pourtant réputés pour l’excellence de leur personnel médical, les équipements vitaux s’arrêtent lors des coupures de courant, mettant en danger la vie des patients. Les réfrigérateurs des ménages cessent de fonctionner pendant des heures, entraînant le gaspillage de denrées alimentaires déjà rares et chèrement acquises. Les étudiants ne peuvent plus étudier le soir faute d’éclairage, compromettant leur avenir éducatif. Les petits entrepreneurs privés, autorisés depuis quelques années dans le cadre des réformes économiques timides, voient leurs activités paralysées par l’impossibilité de compter sur un approvisionnement électrique fiable.
La dépendance énergétique structurelle de Cuba envers ses alliés extérieurs révèle cruellement la vulnérabilité fondamentale d’une économie qui n’a jamais véritablement réussi à diversifier ses sources d’approvisionnement ni à développer suffisamment ses propres ressources domestiques. Cette faiblesse intrinsèque du modèle cubain constitue son talon d’Achille permanent.
Les modalités pratiques complexes de l'approvisionnement pétrolier russe
Les livraisons de pétrole russe vers Cuba empruntent des circuits logistiques extraordinairement complexes, rendus encore plus tortueux par les sanctions internationales multiples et la pression américaine constante sur tous les acteurs de la chaîne d’approvisionnement. Les tankers transportant le brut russe doivent naviguer dans un environnement réglementaire profondément hostile, évitant soigneusement les pavillons, les assureurs et les services financiers susceptibles de tomber sous le coup des sanctions secondaires américaines qui menacent quiconque facilite le commerce avec les entités sanctionnées. Cette gymnastique logistique sophistiquée renchérit nécessairement le coût final du pétrole livré à La Havane, mais elle témoigne également de la détermination russe à contourner les obstacles érigés par Washington.
Les volumes exacts des livraisons russes vers Cuba restent extrêmement difficiles à établir avec précision, les deux parties préférant cultiver la discrétion la plus totale sur ce sujet politiquement sensible. Selon les estimations des analystes spécialisés qui traquent les mouvements des navires-citernes grâce aux données de suivi maritime, la Russie aurait livré plusieurs millions de barils à Cuba au cours de l’année écoulée, un chiffre significatif mais encore très loin des volumes astronomiques de l’ère soviétique glorieuse. Ces livraisons sont vraisemblablement effectuées à des conditions préférentielles généreuses, incluant des facilités de paiement étendues sur plusieurs années et des prix substantiellement inférieurs aux cours mondiaux pratiqués sur les marchés internationaux.
La qualité du pétrole russe pose également certaines questions techniques spécifiques. Le brut russe de l’Oural, qui constitue l’essentiel des exportations de Moscou vers le marché mondial, présente une teneur en soufre relativement élevée qui nécessite des traitements spécifiques dans les raffineries réceptrices. Les installations cubaines de Cienfuegos et de La Havane, modernisées au cours des années 2000 avec l’aide technique vénézuélienne pour traiter le pétrole extra-lourd de l’Orénoque, doivent désormais s’adapter à ces nouvelles caractéristiques du brut russe, ce qui implique des ajustements techniques coûteux et des investissements supplémentaires dans un contexte de ressources financières extrêmement limitées.
Le paiement des livraisons pétrolières russes constitue un autre défi majeur pour Cuba, dont les réserves de devises étrangères sont chroniquement insuffisantes. Selon les informations disponibles, une partie des transactions s’effectue sous forme de troc, Cuba fournissant en échange des services médicaux, des produits pharmaceutiques issus de son industrie biotechnologique relativement développée, et diverses denrées agricoles. Ce commerce compensé rappelle les pratiques de l’ère soviétique et témoigne de l’adaptation des deux partenaires aux contraintes du système financier international dominé par le dollar américain.
Les complexités logistiques extraordinaires de l’approvisionnement pétrolier russe vers Cuba illustrent parfaitement les contorsions auxquelles les nations sanctionnées doivent se livrer pour maintenir leurs échanges commerciaux vitaux dans un monde de plus en plus fragmenté en blocs antagonistes. Une nouvelle économie parallèle émerge ainsi, échappant largement au contrôle des puissances occidentales.
La réaction américaine véhémente : entre irritation profonde et impuissance relative
Washington observe avec une préoccupation croissante et une frustration mal dissimulée le renforcement des liens russo-cubains dans le domaine énergétique stratégique. Pour les États-Unis, voir la Russie s’implanter durablement à quelques encablures de leurs côtes constitue un défi stratégique de premier ordre, ravivant inévitablement les fantômes de la crise des missiles d’octobre 1962, ce moment où le monde est passé au plus près de l’holocauste nucléaire. Cependant, les options américaines pour contrer efficacement cette évolution restent paradoxalement limitées, coincées entre l’échec patent de la politique d’isolement de Cuba poursuivie depuis six décennies et les contraintes d’un agenda international déjà surchargé par de multiples crises simultanées.
L’administration Trump a réagi vigoureusement à la perspective des livraisons pétrolières russes vers Cuba en signant, début 2026, un décret exécutif déclarant une « urgence nationale » face à cette menace perçue pour la sécurité des États-Unis. Ce décret établit un processus administratif pour imposer des tarifs douaniers punitifs aux pays fournissant du pétrole à Cuba, une mesure clairement dirigée contre la Russie et tout autre État qui serait tenté de suivre son exemple. Le président Trump a également déclaré publiquement que Cuba « échouera » maintenant qu’elle perd le soutien vénézuélien, sous-estimant peut-être la capacité de résilience de l’île et la détermination de Moscou à la soutenir.
L’embargo commercial américain contre Cuba, en place depuis 1962 soit plus de soixante ans, interdit la plupart des échanges économiques entre les deux pays et pénalise sévèrement les entreprises étrangères qui commercent avec l’île à travers le mécanisme des sanctions secondaires. Cette législation, notamment codifiée dans les lois Helms-Burton et Torricelli, constitue l’un des régimes de sanctions les plus anciens et les plus complets au monde. Toutefois, son efficacité est de plus en plus ouvertement contestée, y compris au sein de l’establishment américain lui-même, où certains experts et anciens diplomates estiment qu’elle pousse paradoxalement Cuba dans les bras accueillants de la Russie et de la Chine, produisant exactement l’effet inverse de celui recherché.
Les tentatives américaines répétées de dissuader les fournisseurs alternatifs de Cuba se heurtent aux limites structurelles de l’extraterritorialité de leurs sanctions. Si les entreprises occidentales, européennes notamment, se plient généralement scrupuleusement aux exigences américaines par crainte légitime de perdre l’accès au marché financier en dollars et au système bancaire américain, les acteurs russes opèrent désormais dans un univers économique parallèle, largement déconnecté du système occidental. Les sanctions américaines massives contre la Russie, imposées en réponse à l’intervention militaire en Ukraine, ont paradoxalement créé une sorte d’immunité de fait pour les transactions russo-cubaines, les entreprises russes n’ayant plus vraiment grand-chose à perdre en défiant ouvertement Washington.
L’impuissance relative des États-Unis face au rapprochement russo-cubain révèle cruellement les limites d’une politique de sanctions qui, poussée à l’extrême, finit par perdre son pouvoir de dissuasion sur des acteurs déjà mis au ban de l’économie mondiale. Quand on n’a plus rien à perdre, les menaces perdent leur efficacité.
Les implications profondes pour l'architecture de sécurité hémisphérique
Au-delà des aspects purement économiques et commerciaux, l’engagement pétrolier russe envers Cuba soulève des questions fondamentales sur l’évolution de l’architecture de sécurité dans les Amériques pour les décennies à venir. La doctrine Monroe, proclamée solennellement par le président américain James Monroe en 1823, établissait l’hémisphère occidental comme zone d’influence exclusive des États-Unis, interdisant de facto toute intervention européenne dans les affaires des nations américaines. Cette doctrine, réinterprétée et renforcée au fil des siècles par les administrations successives, se trouve aujourd’hui directement remise en question par la présence russe croissante dans la région caribéenne et latino-américaine.
Cette contestation s’inscrit dans le mouvement plus large de remise en cause de l’ordre international libéral dominé par l’Occident depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et particulièrement depuis l’effondrement soviétique de 1991. La Russie, associée à la Chine et à d’autres puissances émergentes, cherche activement à promouvoir un ordre mondial multipolaire où aucune puissance unique ne pourrait imposer sa volonté aux autres nations. Le soutien à Cuba s’inscrit parfaitement dans cette stratégie de contestation de l’hégémonie américaine, symbolisant la capacité de Moscou à défier Washington jusque dans son propre voisinage immédiat.
Cuba n’est d’ailleurs pas le seul point d’appui russe dans les Amériques contemporaines. Le Venezuela, malgré ses difficultés internes considérables, le Nicaragua sandiniste de Daniel Ortega et, dans une moindre mesure, la Bolivie d’Evo Morales puis de Luis Arce, entretiennent également des relations étroites avec Moscou, formant un archipel d’alliés qui permet à la Russie de projeter son influence bien au-delà de son voisinage immédiat eurasiatique. Ces liens multiformes sont entretenus par des accords de coopération militaire incluant des ventes d’armements sophistiqués, des exercices conjoints, et précisément des arrangements énergétiques préférentiels qui créent des dépendances mutuelles durables.
Pour les observateurs les plus pessimistes des relations internationales, cette présence russe croissante dans les Amériques pourrait à terme créer les conditions d’une nouvelle confrontation directe entre grandes puissances dans la région, un scénario que le monde n’a pas connu depuis la fin de la Guerre froide. Des voix influentes s’élèvent au Congrès américain pour réclamer une réponse beaucoup plus ferme, allant jusqu’à des scénarios d’interdiction maritime des livraisons russes vers Cuba, une sorte de blocus naval rappelant celui d’octobre 1962. De telles mesures, si elles étaient effectivement mises en œuvre, risqueraient toutefois d’escalader dangereusement les tensions avec Moscou dans un contexte international déjà extrêmement volatil.
Le renforcement spectaculaire de l’axe Moscou-La Havane nous rappelle brutalement que la géopolitique de la Guerre froide n’a jamais véritablement disparu : elle s’était simplement mise en sommeil durant l’intermède trompeur de l’unipolarité américaine des années 1990-2000. L’histoire reprend désormais son cours normal.
Le rôle croissant de la Chine dans l'équation énergétique cubaine
Si la Russie capte légitimement l’essentiel de l’attention médiatique concernant les soutiens extérieurs à Cuba dans le domaine énergétique, il serait profondément erroné de négliger le rôle croissant et stratégiquement calculé de la Chine dans l’équation cubaine contemporaine. Pékin, bien que moins présent dans le secteur pétrolier proprement dit, investit massivement et méthodiquement dans la modernisation des infrastructures cubaines vieillissantes, y compris dans le domaine énergétique crucial. Les entreprises chinoises fournissent des équipements sophistiqués pour les réseaux électriques, développent des projets ambitieux d’énergies renouvelables solaires et éoliennes, et participent activement à la réhabilitation d’installations industrielles vétustes héritées de l’ère soviétique.
La complémentarité entre les approches russe et chinoise est véritablement frappante et suggère une forme de coordination informelle entre les deux géants eurasiatiques. Tandis que Moscou apporte le pétrole brut absolument indispensable au fonctionnement quotidien de l’économie cubaine et de ses centrales électriques, Pékin contribue à la modernisation structurelle de long terme qui pourrait à terme réduire cette dépendance chronique aux hydrocarbures fossiles importés. Cette division du travail informelle entre les deux puissances témoigne d’une coordination croissante de leurs efforts pour soutenir les régimes alliés face à la pression occidentale, préfigurant peut-être les contours d’un véritable bloc anti-occidental en formation.
Les investissements chinois à Cuba couvrent un spectre remarquablement large qui va bien au-delà du seul secteur énergétique. Pékin finance la modernisation des ports cubains, stratégiquement situés sur les routes maritimes reliant le canal de Panama aux côtes atlantiques américaines. Des entreprises chinoises de télécommunications participent au déploiement de la fibre optique et des réseaux 4G et 5G sur l’île, soulevant d’ailleurs les préoccupations américaines concernant de potentielles capacités d’espionnage. Le tourisme chinois vers Cuba connaît une croissance exponentielle, apportant des devises précieuses à l’économie insulaire asphyxiée par l’embargo américain.
Pour Cuba, cette diversification des partenaires présente l’avantage considérable de réduire la dépendance excessive envers un fournisseur unique qui avait caractérisé sa relation successivement avec l’Union soviétique puis avec le Venezuela. Toutefois, elle crée également de nouvelles vulnérabilités stratégiques, la petite île caribéenne se retrouvant inexorablement prise dans les rivalités complexes entre grandes puissances sans disposer des moyens de peser véritablement sur le cours des événements qui la concernent directement. Cuba risque ainsi de devenir un pion sur l’échiquier géopolitique mondial, ballottée au gré des intérêts changeants de ses protecteurs successifs.
L’émergence d’un condominium sino-russe de facto dans le soutien économique et stratégique à Cuba préfigure peut-être les nouvelles formes que prendra la compétition entre blocs dans les décennies à venir, avec des puissances révisionnistes coordonnant systématiquement leurs efforts pour éroder méthodiquement l’hégémonie occidentale.
Les perspectives de développement des ressources énergétiques domestiques cubaines
Face à la précarité chronique de son approvisionnement extérieur et aux aléas géopolitiques qui menacent perpétuellement ses sources d’importation, Cuba explore depuis plusieurs années avec une détermination renouvelée les possibilités de développer ses propres ressources énergétiques domestiques. L’île dispose de réserves pétrolières offshore potentiellement significatives dans le golfe du Mexique, principalement dans les eaux profondes situées au nord de ses côtes, qui ont fait l’objet de plusieurs campagnes d’exploration avec des partenaires étrangers au cours des deux dernières décennies. Cependant, les découvertes se sont jusqu’ici révélées systématiquement décevantes, les puits forés n’ayant pas rencontré les accumulations commerciales espérées par les géologues optimistes.
Les sanctions américaines constituent un obstacle majeur et probablement insurmontable au développement pétrolier cubain dans les conditions actuelles. Les technologies de forage en eaux profondes, indispensables pour exploiter les gisements potentiels du golfe du Mexique, sont largement dominées par des entreprises occidentales américaines et européennes qui ne peuvent opérer à Cuba sous peine de sanctions dévastatrices pour leurs activités mondiales. Seules des compagnies russes ou chinoises pourraient théoriquement prendre le relais, mais leur expertise technique dans ce domaine spécifique reste inférieure à celle de leurs concurrentes occidentales comme Schlumberger, Halliburton ou Baker Hughes, et les coûts d’exploration dans des conditions aussi contraintes découragent rationnellement l’investissement massif qui serait nécessaire.
Le secteur des énergies renouvelables offre des perspectives apparemment plus prometteuses pour l’indépendance énergétique cubaine à moyen et long terme. Cuba bénéficie d’un ensoleillement généreux tout au long de l’année et de vents favorables, particulièrement sur ses côtes septentrionales et orientales, qui pourraient être exploités efficacement pour la production électrique décarbonée. Des projets de parcs solaires photovoltaïques et de fermes éoliennes ont été lancés au cours des dernières années, souvent avec le soutien technique et financier de partenaires étrangers européens ou asiatiques, notamment chinois. Le gouvernement cubain a officiellement fixé l’objectif ambitieux de porter la part des énergies renouvelables à vingt-quatre pour cent du mix électrique national d’ici 2030.
Cependant, ces initiatives renouvelables restent embryonnaires comparées aux besoins énormes de modernisation du système électrique cubain et ne peuvent, à court terme, compenser la dépendance structurelle aux hydrocarbures importés qui pèse sur l’économie nationale. Les investissements nécessaires se chiffrent en milliards de dollars que Cuba n’a tout simplement pas les moyens de mobiliser dans sa situation financière actuelle. Les panneaux solaires et les éoliennes, même importés de Chine à bas coût, nécessitent des devises étrangères que l’île peine chroniquement à générer. Le développement des renouvelables cubains restera donc tributaire de l’aide extérieure pour les années, voire les décennies à venir.
Le paradoxe cubain est véritablement cruel et emblématique des injustices du système international : l’île dispose potentiellement des ressources naturelles pour assurer son indépendance énergétique, mais les sanctions internationales l’empêchent d’y accéder, perpétuant ainsi le cycle de dépendance qu’elles prétendent officiellement combattre.
L'impact sur la population cubaine : entre soulagement précaire et scepticisme profond
Pour les onze millions de Cubains qui subissent quotidiennement les affres des coupures d’électricité interminables, des pénuries alimentaires récurrentes et de la détérioration générale des conditions de vie, l’annonce du maintien des livraisons pétrolières russes est accueillie avec un mélange complexe d’espoir prudent et de scepticisme profondément enraciné. Après des décennies de promesses non tenues par le gouvernement révolutionnaire et de crises récurrentes qui se succèdent sans fin apparente, la population a développé une méfiance instinctive, voire cynique, envers les annonces officielles concernant l’amélioration imminente de la situation énergétique ou économique générale.
Les manifestations historiques de juillet 2021, les plus importantes depuis le triomphe de la révolution de 1959, ont été largement déclenchées par l’exaspération populaire face aux pénuries d’électricité, de nourriture et de médicaments essentiels. Des milliers de Cubains sont descendus spontanément dans les rues de dizaines de villes à travers l’île, scandant des slogans hostiles au gouvernement et réclamant la liberté et le changement. La répression qui a suivi, avec des centaines d’arrestations et des condamnations sévères, a temporairement étouffé la contestation, mais le mécontentement sous-jacent demeure intact et pourrait resurgir à la prochaine crise grave.
Le gouvernement cubain est parfaitement conscient que la question énergétique est devenue un enjeu de stabilité politique majeur, potentiellement existentiel pour la survie du régime. Le soutien russe, dans ce contexte dramatique, n’est pas seulement une question économique ou technique mais constitue véritablement une bouée de sauvetage politique pour un régime sous pression intérieure et extérieure croissante. Chaque baril de pétrole russe qui arrive à Cuba contribue à repousser l’échéance d’une crise sociale qui pourrait devenir incontrôlable.
Cependant, même si les livraisons russes se concrétisent intégralement comme annoncé par l’ambassadeur Koronelli, elles ne suffiront vraisemblablement pas à résoudre la crise structurelle profonde du système électrique cubain. Les infrastructures vieillissantes, dont certaines ont plus de cinquante ans d’âge, continueront à poser des problèmes de fiabilité récurrents, et les besoins de l’économie cubaine, si elle devait miraculeusement se redresser, excéderaient rapidement les capacités d’approvisionnement actuelles. Le pétrole russe peut atténuer temporairement la crise, mais non la résoudre fondamentalement sans des investissements massifs dans la modernisation du système électrique national que le pays n’a pas les moyens de financer.
La population cubaine reste tragiquement l’otage des grands jeux géopolitiques qui se déroulent au-dessus de sa tête, subissant les conséquences douloureuses de décisions prises à Washington, Moscou ou Pékin sans avoir véritablement voix au chapitre sur son propre destin collectif. C’est là le sort commun des petites nations coincées entre les grandes puissances.
Les leçons pour la politique énergétique mondiale contemporaine
L’affaire des livraisons pétrolières russes à Cuba offre un cas d’école particulièrement instructif sur les nouvelles dynamiques de la géopolitique énergétique mondiale en ce premier quart du vingt-et-unième siècle. Elle illustre avec une clarté saisissante plusieurs tendances de fond qui façonneront inévitablement l’ordre international des prochaines décennies et que les analystes feraient bien de méditer attentivement.
Premièrement, l’énergie reste plus que jamais un instrument fondamental de politique étrangère, utilisée tant comme carotte incitative que comme bâton punitif dans les relations internationales contemporaines. Les sanctions énergétiques sont devenues l’arme de choix des puissances occidentales, préférées aux interventions militaires coûteuses et politiquement risquées. Cependant, leur efficacité s’érode progressivement à mesure que des circuits alternatifs se mettent en place, créant une économie parallèle des hydrocarbures qui échappe au contrôle occidental. La Russie elle-même, malgré les sanctions massives imposées après son intervention en Ukraine, continue d’exporter massivement son pétrole vers la Chine, l’Inde et d’autres acheteurs disposés à profiter des rabais consentis.
Deuxièmement, la fragmentation du marché énergétique mondial s’accélère inexorablement sous nos yeux. L’idée d’un marché pétrolier unifié et transparent, fonctionnant selon les seules lois de l’offre et de la demande exprimées sur des bourses internationales comme le NYMEX ou l’ICE, apparaît de plus en plus comme une fiction commode. En réalité, plusieurs marchés parallèles coexistent désormais, avec des prix, des conditions et des acteurs différents selon que les transactions impliquent ou non des pays sanctionnés. Le « shadow fleet » de tankers vieillissants transportant le pétrole russe dans des conditions opaques en est l’illustration la plus frappante.
Troisièmement, les petits pays dépendants des importations énergétiques se trouvent confrontés à des choix stratégiques véritablement déchirants qui engagent leur avenir national. S’aligner fidèlement sur l’Occident leur ferme l’accès aux ressources russes ou iraniennes à bas prix, les privant d’un avantage compétitif potentiel. S’en éloigner les expose aux sanctions secondaires américaines et à l’isolement économique progressif du système financier international. Cuba a fait son choix depuis longtemps, mais d’autres nations se trouvent aujourd’hui confrontées à ce dilemme cornélien, notamment en Afrique et en Asie, où la compétition entre blocs s’intensifie pour sécuriser les approvisionnements énergétiques de l’avenir.
Le cas cubain préfigure de manière saisissante un monde où l’énergie ne sera plus seulement une commodité économique banale mais le nerf de la guerre froide du vingt-et-unième siècle, avec ses blocs rivaux, ses embargos renforcés et ses alliances d’intérêt qui transcendent les clivages idéologiques traditionnels.
Vers une nouvelle configuration des alliances énergétiques mondiales
L’engagement russe solennel envers Cuba s’inscrit dans une reconfiguration beaucoup plus large des alliances énergétiques mondiales, un véritable bouleversement tectonique dont nous ne mesurons probablement pas encore toutes les implications à long terme. Face aux sanctions occidentales sans précédent imposées depuis février 2022, Moscou a entrepris de réorienter massivement ses exportations d’hydrocarbures vers l’Asie, principalement la Chine et l’Inde qui absorbent désormais l’essentiel du pétrole russe auparavant destiné à l’Europe, mais aussi vers tous les pays disposés à acheter son pétrole à prix réduit. Cuba fait partie de ce réseau de clients alternatifs que la Russie cultive méthodiquement pour compenser la perte de ses marchés européens traditionnels et démontrer que les sanctions occidentales ne peuvent l’isoler du monde.
Cette nouvelle géographie énergétique dessine progressivement les contours d’un ordre mondial véritablement multipolaire où les flux de ressources naturelles ne suivent plus exclusivement les canaux définis par les puissances occidentales et leurs institutions financières. L’Iran, lui-même sous sanctions américaines sévères depuis des décennies, développe des arrangements similaires avec ses alliés régionaux comme la Syrie, le Liban via le Hezbollah, et les milices chiites irakiennes. Le Venezuela continue d’exporter vers Cuba et la Chine malgré les restrictions américaines draconiennes. Une économie parallèle des hydrocarbures émerge ainsi, échappant largement au contrôle des institutions financières occidentales et du système de paiement SWIFT traditionnellement dominé par les États-Unis.
Les monnaies utilisées dans ces transactions illustrent également cette évolution profonde. Traditionnellement, le commerce pétrolier mondial était libellé en dollars américains, conférant aux États-Unis un pouvoir considérable sur les flux énergétiques internationaux. Désormais, un nombre croissant de transactions s’effectue en yuans chinois, en roubles russes ou même en roupies indiennes, affaiblissant progressivement la domination du dollar et réduisant l’efficacité des sanctions financières américaines. Cette dédollarisation partielle du commerce énergétique constitue l’une des évolutions structurelles les plus significatives du système économique international contemporain.
Pour les États-Unis et leurs alliés occidentaux, cette évolution représente un défi stratégique majeur qui remet en question des décennies de certitudes sur leur capacité à façonner l’ordre économique mondial. L’efficacité des sanctions économiques, principal outil coercitif des démocraties libérales qui répugnent à l’usage de la force militaire directe, se trouve structurellement affaiblie par l’existence de ces circuits alternatifs en expansion. Répondre à ce défi nécessiterait soit une escalade vers des mesures plus agressives, avec les risques de confrontation militaire directe qu’elle comporterait, soit une révision fondamentale de l’approche occidentale, vers plus de dialogue, d’engagement constructif et peut-être de compromis douloureux.
L’émergence d’un système énergétique mondial bifurqué, avec un bloc occidental et un bloc sino-russe fonctionnant selon des règles économiques et financières différentes, pourrait bien constituer le fait structurant majeur des relations internationales des prochaines décennies, inaugurant une nouvelle ère de compétition entre systèmes rivaux.
Conclusion : un symbole éloquent des temps nouveaux
La déclaration de l’ambassadeur russe Viktor Koronelli sur le maintien des livraisons pétrolières vers Cuba dépasse considérablement la simple annonce d’un accord commercial bilatéral entre deux nations amies. Elle cristallise avec une force symbolique remarquable les enjeux multiples d’une époque de transition profonde où l’ordre international hérité de la fin de la Guerre froide se délite progressivement sous les coups de boutoir des puissances révisionnistes déterminées à remodeler le monde selon leurs intérêts. Cuba, par sa position géographique exceptionnelle et son histoire singulière de défi à l’hégémonie américaine, se retrouve une fois de plus au croisement des grandes rivalités géopolitiques qui structurent notre époque troublée.
Pour la Russie de Vladimir Poutine, cet engagement pétrolier envers La Havane représente un investissement stratégique aux rendements multiples et convergents : projection d’influence dans l’hémisphère occidental traditionnellement dominé par les États-Unis, démonstration éclatante de sa capacité à soutenir ses alliés malgré les sanctions occidentales les plus sévères jamais imposées à une grande puissance, et signal envoyé à d’autres nations hésitantes qu’il existe une alternative crédible à l’alignement sur l’Occident. Le coût économique de ces livraisons, probablement subventionnées à des conditions généreuses, apparaît modeste au regard des bénéfices géopolitiques considérables escomptés par Moscou.
Pour Cuba, le pétrole russe constitue une bouffée d’oxygène absolument indispensable à la survie économique et politique du régime révolutionnaire confronté à des défis existentiels. Mais cette dépendance renouvelée envers un protecteur extérieur reproduit inexorablement un schéma historique dont l’île n’a jamais véritablement réussi à s’émanciper malgré ses proclamations d’indépendance et de souveraineté. De l’Espagne coloniale qui exploita l’île pendant quatre siècles à l’Union soviétique généreuse, des États-Unis pré-révolutionnaires au Venezuela chaviste, Cuba a toujours été tributaire d’une puissance tutélaire pour son approvisionnement énergétique vital et sa survie économique. Cette malédiction géographique et historique semble condamner l’île à une dépendance perpétuelle.
Pour les États-Unis, enfin, cette situation représente un échec cuisant et humiliant de la politique d’isolement poursuivie avec une obstination remarquable depuis six décennies complètes. L’embargo commercial, maintenu et même renforcé par l’administration Trump, n’a manifestement pas réussi à faire tomber le régime castriste malgré les privations terribles qu’il a imposées à la population cubaine ordinaire. Pire encore, il a contribué directement à pousser Cuba dans les bras accueillants de rivaux stratégiques comme la Russie et la Chine, obtenant exactement le résultat opposé à celui recherché. Cette ironie cruelle devrait inviter à une réflexion de fond sur l’efficacité réelle des sanctions comme instrument de politique étrangère dans le monde contemporain.
Au-delà des protagonistes directs de ce drame caribéen, l’affaire russo-cubaine nous renseigne éloquemment sur l’état du monde en cette troisième décennie du vingt-et-unième siècle. Un monde fragmenté en blocs rivaux, où les grandes puissances s’affrontent par procuration et par sanctions interposées plutôt que par les armes. Un monde où l’énergie reste le nerf de la guerre et le levier principal d’influence géopolitique. Un monde où les petites nations naviguent comme elles peuvent entre les écueils des rivalités entre géants, tentant de tirer profit de la compétition sans s’y faire écraser. Le pétrole russe coulant vers La Havane est le symptôme d’une maladie plus profonde qui affecte le système international : l’incapacité manifeste de la communauté internationale à construire un ordre coopératif capable de transcender les logiques d’affrontement héritées du passé.
L’histoire jugera si l’engagement russe envers Cuba marque le début d’une nouvelle Guerre froide dans les Amériques ou simplement un épisode passager dans les relations tumultueuses entre grandes puissances. Mais une chose est certaine : aussi longtemps que le pétrole restera le sang de l’économie mondiale et que les nations dépendront de l’énergie importée pour leur survie, les jeux géopolitiques autour des hydrocarbures continueront à façonner le destin des peuples, souvent malgré eux et rarement dans leur intérêt véritable.
En définitive, l’engagement pétrolier russe envers Cuba nous rappelle avec force que dans les relations internationales, les idéologies passent et s’effacent mais les intérêts demeurent éternellement, et que la géographie reste le déterminant ultime des alignements stratégiques entre nations. Cuba, à cent cinquante kilomètres des côtes américaines et à des milliers de kilomètres de Moscou, restera toujours un enjeu des rivalités entre grandes puissances, qu’elle le veuille ou non.
Encadré de transparence du chroniqueur
Cette chronique exprime l’analyse personnelle et subjective de l’auteur sur les implications géopolitiques majeures de l’approvisionnement pétrolier russe vers Cuba dans le contexte international actuel. Elle s’appuie sur des sources publiques vérifiables, notamment les déclarations officielles des responsables russes rapportées par l’agence Anadolu, ainsi que sur une connaissance approfondie de l’histoire des relations russo-cubaines et de la géopolitique énergétique mondiale. Néanmoins, toute analyse de l’actualité internationale comporte nécessairement une part d’interprétation subjective et de projection hypothétique sur des évolutions futures par définition incertaines. L’auteur déclare n’avoir aucun lien financier, institutionnel ou personnel avec les gouvernements russe, cubain ou américain, ni avec les entreprises pétrolières ou énergétiques mentionnées dans cet article. Les opinions exprimées ici n’engagent que leur auteur et visent uniquement à contribuer au débat public éclairé sur les enjeux énergétiques et géopolitiques internationaux contemporains. Le lecteur est cordialement invité à consulter des sources variées et contradictoires pour former son propre jugement sur ce sujet complexe et constamment évolutif, et à exercer son esprit critique face à toute analyse, y compris celle-ci.
Sources
Anadolu Agency – Russian ambassador says Moscow to continue supplying oil to Cuba (5 février 2026)
Reuters – Energy News and Market Analysis
BBC News – Latin America Coverage
RIA Novosti – Agence de presse officielle russe
U.S. Energy Information Administration – Cuba Country Analysis
Signé Maxime Marquette
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