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CHRONIQUE : La Russie réaffirme son engagement pétrolier envers Cuba, un défi géostratégique aux multiples ramifications dans un monde en recomposition
Crédit: Adobe Stock

Pour comprendre la portée véritable de cet engagement russe contemporain, il convient de remonter aux fondements historiques de cette relation particulière qui lie Moscou à La Havane depuis plus de six décennies. Durant l’ère soviétique glorieuse, Cuba bénéficiait d’un approvisionnement pétrolier massif et largement subventionné par Moscou, constituant le pilier économique indispensable de l’alliance idéologique entre les deux nations communistes. L’île recevait alors jusqu’à treize millions de tonnes de pétrole brut par an, soit bien plus que ses besoins réels, lui permettant même de réexporter une partie de cette manne providentielle vers d’autres pays caribéens et d’engranger ainsi des devises précieuses.

Cette générosité énergétique extraordinaire n’était pas désintéressée : elle constituait le prix que l’Union soviétique était disposée à payer pour maintenir un allié fidèle à seulement cent cinquante kilomètres des côtes floridiennes, au cœur même de la sphère d’influence américaine. Le pétrole soviétique permettait à Cuba de défier l’embargo américain imposé dès 1962, transformant cette petite île caraïbéenne en vitrine du modèle socialiste dans les Amériques. Les raffineries cubaines tournaient à plein régime, les centrales électriques fonctionnaient sans interruption, et l’économie planifiée pouvait se développer à l’abri des contraintes énergétiques qui auraient dû normalement l’étrangler.

L’effondrement spectaculaire de l’Union soviétique en 1991 a brutalement mis fin à ce flux providentiel, plongeant Cuba dans la tristement célèbre « Période spéciale en temps de paix », une décennie de privations extrêmes durant laquelle le PIB cubain s’est contracté de près de trente-cinq pour cent. Les Cubains ont alors découvert la précarité énergétique dans toute sa brutalité, avec des coupures de courant pouvant durer jusqu’à seize heures par jour, des transports paralysés faute de carburant, et une agriculture mécanisée soudainement privée de son combustible vital. Ce traumatisme collectif reste profondément ancré dans la mémoire nationale cubaine et explique en partie l’anxiété palpable qui saisit aujourd’hui la population face aux nouvelles pénuries énergétiques.

Le rapprochement énergétique salvateur avec le Venezuela chaviste à partir des années 2000 a temporairement soulagé l’île de ses tourments pétroliers. Hugo Chávez, animé par une ferveur révolutionnaire et une admiration profonde pour Fidel Castro, a fait de l’approvisionnement pétrolier de Cuba l’une des pierres angulaires de sa diplomatie bolivarienne. Caracas envoyait jusqu’à cent mille barils par jour à son allié caribéen, à des conditions extraordinairement avantageuses incluant des facilités de paiement étendues et des prix largement inférieurs aux cours mondiaux. En échange, Cuba fournissait des milliers de médecins, d’enseignants et de conseillers militaires qui contribuaient à consolider le régime chaviste et à étendre son influence régionale.

Cependant, l’effondrement progressif de l’économie vénézuélienne, la chute vertigineuse de sa production pétrolière passée de trois millions de barils par jour à moins d’un million, et la capture en janvier 2026 du président Nicolas Maduro ont ravivé les vieux démons de la dépendance énergétique cubaine. C’est dans ce contexte dramatique que la Russie revient progressivement sur le devant de la scène énergétique cubaine, reprenant un rôle qu’elle avait apparemment abandonné trois décennies plus tôt avec la dissolution de l’empire soviétique.

Le retour de Moscou comme fournisseur pétrolier de Cuba représente bien plus qu’une simple transaction commerciale pragmatique : c’est la résurgence spectaculaire d’une alliance stratégique que beaucoup croyaient définitivement révolue avec la chute du mur de Berlin. L’histoire, décidément, a une fâcheuse tendance à se répéter dans les Caraïbes.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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