Sergueï Lavrov, qui occupe le poste de ministre des Affaires étrangères depuis 2004, soit plus de deux décennies au service de la politique étrangère poutinienne, maîtrise parfaitement les techniques de communication manipulatoire développées par l’appareil de propagande russe. Sa déclaration selon laquelle Zelensky ne voudrait pas la paix parce que toute paix signifierait la fin de sa carrière politique constitue un exemple paradigmatique d’inversion accusatoire. Cette technique rhétorique, également connue sous le nom de projection psychologique en contexte politique, consiste à attribuer à l’adversaire ses propres motivations et comportements problématiques. Car qui, objectivement, a le plus intérêt à la perpétuation du conflit ? Zelensky, dont le pays subit quotidiennement des bombardements meurtriers, dont l’économie est dévastée, dont la population souffre d’une guerre qu’elle n’a pas choisie ? Ou Poutine, dont le régime autoritaire se nourrit de la rhétorique nationaliste et militariste, qui utilise la guerre comme prétexte pour réprimer toute opposition intérieure, et qui a bâti l’ensemble de sa légitimité politique sur l’image d’un chef fort défendant la Russie contre les menaces extérieures supposées ? L’affirmation de Lavrov selon laquelle la conscience et Zelensky ne seraient pas compatibles relève de la même logique d’attaque ad hominem visant à disqualifier moralement l’interlocuteur plutôt qu’à répondre sur le fond aux questions posées. Cette technique permet d’éviter tout débat substantiel sur les responsabilités réelles dans le déclenchement et la poursuite du conflit. La propagande russe excelle dans cet art de retourner les accusations : c’est l’Ukraine qui serait agressive, c’est l’OTAN qui serait menaçante, c’est l’Occident qui refuserait la paix. Cette inversion systématique de la réalité vise à créer un brouillard informationnel où plus rien ne semble certain, où toutes les parties paraissent également responsables, et où l’agresseur peut se présenter comme victime.
L’inversion accusatoire permet à l’agresseur de se poser en victime et de brouiller les responsabilités dans l’esprit des observateurs insuffisamment informés.
La rhétorique de la cohérence stratégique face à l'évidence des faits contraires
L’affirmation de Lavrov selon laquelle la Russie n’aurait jamais modifié ses positions fondamentales concernant le règlement du conflit mérite d’être confrontée à l’évidence historique des faits. Cette prétention à la cohérence stratégique constitue elle-même un élément de propagande destiné à présenter Moscou comme un acteur fiable et prévisible, par opposition à des adversaires prétendument versatiles et incohérents. Or, l’examen factuel de l’évolution des objectifs proclamés par la Russie depuis 2014 révèle une tout autre réalité. Initialement, l’intervention russe était justifiée par la prétendue nécessité de protéger les populations russophones du Donbass contre une menace fasciste fantasmée émanant du gouvernement de Kiev issu du mouvement Maïdan. Cette justification, déjà mensongère à l’époque, a ensuite cédé la place à l’argument de la menace existentielle représentée par l’expansion de l’OTAN vers les frontières russes, alors même que l’Ukraine n’était nullement en voie d’adhésion à l’Alliance atlantique avant l’invasion. Puis est apparu l’objectif surréaliste de dénazification de l’Ukraine, accusation grotesque portée contre un pays dont le président est juif et dont le grand-père a combattu les nazis dans l’Armée rouge. Les ambitions territoriales se sont progressivement élargies, passant de la reconnaissance des républiques séparatistes du Donbass à l’annexion illégale de quatre oblasts ukrainiens en septembre 2022, puis aux revendications sur l’ensemble du sud et de l’est de l’Ukraine présentés par certains idéologues du Kremlin comme historiquement russes. Cette inflation constante des objectifs de guerre contredit frontalement l’affirmation de Lavrov concernant une prétendue stabilité des positions russes. La réalité est que Moscou adapte constamment sa rhétorique aux circonstances du moment, inventant de nouvelles justifications au fur et à mesure que les précédentes perdent leur crédibilité.
La prétention russe à une cohérence stratégique se heurte à l’évidence factuelle d’une inflation continue des objectifs de guerre et des justifications inventées.
La visite de Mark Rutte instrumentalisée par la propagande russe
Le discours prononcé par le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte devant le parlement ukrainien, la Verkhovna Rada, a été immédiatement récupéré et déformé par l’appareil de propagande russe selon des techniques bien rodées de manipulation de l’information. L’ancien Premier ministre néerlandais, qui a pris la tête de l’Alliance atlantique en octobre 2024, a prononcé devant les députés ukrainiens un discours contenant des engagements substantiels pour l’après-guerre, promettant notamment que des alliés européens déploieraient des troupes au sol, des avions de combat et des navires de guerre en mer Noire après la conclusion d’un accord de paix. La propagande russe s’est immédiatement emparée de l’image d’un hémicycle partiellement vide lors de ce discours, avec 393 députés présents sur les 450 que compte constitutionnellement la Rada, pour en tirer des conclusions fallacieuses sur la prétendue illégitimité des institutions ukrainiennes. Cette exploitation propagandiste illustre parfaitement la technique du cherry-picking ou sélection orientée des faits, qui consiste à isoler un élément de son contexte pour lui faire dire ce qu’il ne dit pas. Car ces absences parlementaires s’expliquent aisément par les réalités de la guerre : certains députés servent sur le front, d’autres ont été tués au combat, d’autres encore travaillent sans relâche dans des conditions extrêmement difficiles pour maintenir le fonctionnement de l’État ukrainien malgré les bombardements constants. Présenter ces absences comme un signe de désaffection politique relève de la manipulation pure et simple. Cette instrumentalisation de la visite de Rutte s’inscrit dans une stratégie plus large visant à saper la légitimité des institutions ukrainiennes et à présenter le gouvernement de Kiev comme illégitime, incompétent ou abandonné par sa propre population. Ces récits propagandistes, largement relayés par les médias d’État russes et les réseaux de désinformation sur les plateformes numériques, visent à éroder le soutien international à l’Ukraine en semant le doute sur la validité des institutions démocratiques ukrainiennes.
L’instrumentalisation propagandiste d’images sorties de leur contexte constitue une technique classique de manipulation visant à créer de fausses impressions.
La contestation de la légitimité de Zelensky comme arme de déstabilisation
La question de la légitimité politique de Volodymyr Zelensky constitue un thème récurrent de la propagande russe, exploité avec une insistance révélatrice d’intentions manipulatrices. Les officiels russes soulignent régulièrement que le mandat présidentiel de Zelensky a techniquement expiré en mai 2024 et que des élections n’ont pas été organisées pour le renouveler, en concluant que le président ukrainien n’aurait plus de légitimité juridique ou morale pour engager son pays dans des négociations internationales. Cet argument, présenté avec une apparente rigueur juridique, relève en réalité de la plus pure mauvaise foi. La Constitution ukrainienne et la loi martiale prévoient explicitement la suspension des échéances électorales en temps de guerre, ce qui rend le report des élections parfaitement légal dans le cadre juridique national ukrainien. Cette disposition constitutionnelle existe précisément parce que l’organisation d’un scrutin démocratique est matériellement impossible dans les conditions d’une guerre d’agression : des millions de citoyens déplacés à l’intérieur du pays ou réfugiés à l’étranger, des territoires entiers occupés par l’ennemi dont les habitants ne pourraient voter librement, des bombardements quotidiens qui rendraient toute campagne électorale et tout déploiement de bureaux de vote dangereux voire impossibles. L’ironie tragique de cette contestation de légitimité est qu’elle émane d’un régime, celui de Vladimir Poutine, dont les propres processus électoraux sont universellement reconnus comme des simulacres démocratiques. La Russie de Poutine, où les opposants politiques sont emprisonnés, empoisonnés ou assassinés, où les médias indépendants sont muselés, où les élections sont systématiquement truquées, se permet de donner des leçons de légitimité démocratique à l’Ukraine. Cette inversion grotesque illustre une fois de plus la technique de projection qui caractérise la propagande du Kremlin.
Contester la légitimité démocratique de Zelensky tout en représentant un régime autoritaire aux élections truquées relève de l’hypocrisie la plus flagrante.
Les négociations d'Abou Dabi vues à travers le prisme de la propagande
Les pourparlers trilatéraux qui se déroulent à Abou Dabi les 4 et 5 février 2026 offrent un terrain fertile à la propagande russe pour déployer ses techniques de manipulation narrative. Ces négociations, auxquelles participent des représentants de la Russie, de l’Ukraine et des États-Unis, dont l’émissaire spécial Steve Witkoff et Jared Kushner, constituent indéniablement un moment diplomatique significatif. Cependant, la manière dont Moscou présente sa participation à ces pourparlers relève d’une stratégie communicationnelle soigneusement orchestrée. La Russie cherche à se présenter comme une partie raisonnable, ouverte au dialogue, prête à négocier de bonne foi, contrastant avec une Ukraine et un Occident présentés comme intransigeants et bellicistes. Cette inversion de la réalité constitue le coeur de la stratégie propagandiste russe. Car rappelons les faits élémentaires : c’est la Russie qui a déclenché cette guerre d’agression en violation flagrante du droit international ; c’est la Russie qui a annexé illégalement des territoires ukrainiens ; c’est la Russie qui bombarde quotidiennement des infrastructures civiles et des populations non combattantes ; c’est la Russie qui refuse de retirer ses troupes des territoires qu’elle occupe. Dans ce contexte, présenter l’Ukraine comme le principal obstacle à la paix relève de la manipulation la plus éhontée. Les déclarations de Lavrov précédant ces négociations visent manifestement à créer un cadre narratif défavorable à l’Ukraine, en plaçant la pression médiatique sur Zelensky plutôt que sur Poutine. Cette stratégie communicationnelle vise également à influencer l’administration américaine, dont l’approche transactionnelle pourrait être sensible aux arguments russes si ceux-ci ne sont pas correctement décryptés et réfutés. La propagande russe mise sur la lassitude des opinions publiques occidentales face à un conflit qui dure, espérant qu’un récit présentant les deux parties comme également responsables finira par éroder le soutien à l’Ukraine.
La présentation de la Russie comme partie raisonnable et de l’Ukraine comme obstacle à la paix constitue une inversion factuelle caractéristique de la propagande du Kremlin.
Le mémorandum de Budapest et la destruction méthodique de la confiance internationale
La question des garanties de sécurité pour l’Ukraine après un éventuel accord de paix ne peut être comprise sans rappeler le précédent traumatisant du mémorandum de Budapest de 1994, et la manière dont la Russie a méthodiquement détruit la confiance internationale par ses violations répétées de ses engagements. Par ce document solennel, la Russie, les États-Unis et le Royaume-Uni garantissaient l’intégrité territoriale de l’Ukraine en échange de son renoncement volontaire au troisième arsenal nucléaire mondial qu’elle avait hérité de la dissolution de l’URSS. L’Ukraine a respecté sa part de l’accord, renonçant à des milliers d’ogives nucléaires qui auraient fait d’elle une puissance militaire majeure. La Russie a trahi la sienne, annexant la Crimée en 2014 puis envahissant l’ensemble du territoire ukrainien en 2022. Cette trahison historique explique pourquoi l’Ukraine se montre légitimement méfiante face aux propositions de garanties de sécurité qui ne seraient pas assorties de mécanismes contraignants et crédibles de mise en oeuvre. Les promesses de Mark Rutte concernant le déploiement de troupes européennes, d’avions et de navires de l’OTAN en Ukraine après la paix tentent de répondre à cette préoccupation légitime en offrant des garanties plus tangibles qu’une simple signature sur du papier. La présence physique de forces alliées constituerait effectivement un mécanisme de dissuasion plus robuste. Mais la Russie, par sa propagande, présente ces garanties de sécurité occidentales comme la preuve d’intentions agressives de l’OTAN, alors qu’elles ne sont que la conséquence logique de sa propre agression et de sa propre trahison des engagements antérieurs. Cette inversion causale typique de la rhétorique du Kremlin vise à masquer le fait que c’est le comportement russe lui-même qui a rendu nécessaires des garanties de sécurité renforcées pour l’Ukraine.
La trahison par la Russie de ses engagements solennels du mémorandum de Budapest explique la méfiance légitime de l’Ukraine face aux promesses non contraignantes.
Les positions russes prétendument immuables confrontées à la réalité des exigences croissantes
L’affirmation répétée par Lavrov selon laquelle la Russie n’aurait jamais changé de position fondamentale mérite un examen critique approfondi à la lumière des déclarations et des actions russes depuis le début du conflit. Cette prétention à la constance stratégique se heurte à l’évidence d’une escalade continue des exigences de Moscou au fil des mois et des années. En 2022, lors des pourparlers d’Istanbul, les négociateurs russes semblaient accepter un accord préservant l’essentiel de l’intégrité territoriale ukrainienne en échange de garanties de neutralité. Ces pourparlers ont été abandonnés après la découverte des massacres de Boutcha, révélant la nature criminelle de l’occupation russe, mais aussi parce que les positions russes se sont durcies au fur et à mesure de leurs avancées territoriales. L’annexion illégale de quatre oblasts ukrainiens en septembre 2022, présentée comme irréversible et non négociable, a considérablement alourdi les conditions d’un éventuel accord. Des déclarations ultérieures de responsables russes ont suggéré que les objectifs de guerre s’étendaient désormais à l’ensemble des territoires que certains idéologues considèrent comme historiquement russes, incluant potentiellement Odessa, Kharkiv et d’autres régions. La rhétorique officielle est passée de la protection des populations russophones à la dénazification, puis à la démilitarisation complète de l’Ukraine, puis à des exigences de changement de régime à Kiev. Cette inflation continue des objectifs contraste frontalement avec la prétendue stabilité des positions russes affirmée par Lavrov. La technique propagandiste employée ici consiste à affirmer une chose tout en faisant le contraire, comptant sur le fait que le public ne vérifiera pas les affirmations contre le record historique des déclarations et actions russes.
L’examen factuel des déclarations russes depuis 2022 révèle une escalade continue des exigences, contredisant la prétention à une constance stratégique.
La désinformation russe et ses réseaux de diffusion internationaux
La propagande russe ne se limite pas aux déclarations officielles des responsables politiques comme Lavrov ; elle s’appuie sur un écosystème médiatique sophistiqué et des réseaux de diffusion internationaux méthodiquement construits au fil des années. Les médias d’État russes comme RT (anciennement Russia Today) et Sputnik, présents en de nombreuses langues, diffusent systématiquement les récits favorables au Kremlin auprès des audiences internationales. Ces médias, financés par l’État russe, présentent leurs contenus sous une apparence journalistique professionnelle qui peut tromper les lecteurs non avertis. Au-delà des médias officiels, la Russie utilise massivement les réseaux sociaux et les plateformes numériques pour amplifier sa propagande à travers des comptes automatisés (bots), des fermes à trolls comme la fameuse Internet Research Agency de Saint-Pétersbourg, et des relais complaisants dans différents pays. Ces réseaux diffusent et amplifient les récits officiels, créent de faux débats pour simuler une pluralité d’opinions, et attaquent méthodiquement les sources d’information contradictoires. La technique du firehose of falsehood (tuyau d’arrosage de mensonges), théorisée par les chercheurs de la RAND Corporation, caractérise la stratégie russe : submerger l’espace informationnel de messages multiples, parfois contradictoires entre eux, avec pour objectif non pas de convaincre mais de créer la confusion et le cynisme. Le résultat recherché n’est pas que le public croie la version russe des faits, mais qu’il finisse par douter de la possibilité même d’établir la vérité, adoptant une attitude de relativisme généralisé où toutes les sources semblent également peu fiables. Cette stratégie du chaos informationnel sert les intérêts du Kremlin en érodant la confiance dans les institutions démocratiques et les médias indépendants des pays occidentaux.
L’écosystème de désinformation russe vise moins à convaincre qu’à créer un chaos informationnel où toute vérité devient impossible à établir.
Les techniques rhétoriques de Lavrov décryptées par les spécialistes de la propagande
Les spécialistes de la communication politique et de l’analyse de la propagande ont identifié plusieurs techniques rhétoriques récurrentes dans les interventions de Sergueï Lavrov, qui méritent d’être décryptées pour permettre aux citoyens de développer leur esprit critique face à la désinformation. La technique du whataboutism, ou argument du miroir, consiste à répondre à toute accusation par une accusation symétrique contre l’adversaire, évitant ainsi de répondre sur le fond. Quand on accuse la Russie de crimes de guerre, Lavrov répond invariablement en accusant l’Ukraine ou l’Occident de crimes équivalents ou pires, vrais ou inventés. La technique de la fausse équivalence consiste à présenter deux phénomènes fondamentalement différents comme s’ils étaient comparables, par exemple en mettant sur le même plan l’agression russe et la résistance ukrainienne, l’agresseur et l’agressé. La technique de l’homme de paille consiste à caricaturer la position adverse pour la rendre plus facile à attaquer, par exemple en présentant tout soutien occidental à l’Ukraine comme une volonté d’humilier ou de détruire la Russie. La technique du déni plausible consiste à formuler des accusations suffisamment vagues pour pouvoir les renier si nécessaire, tout en laissant entendre des choses non démontrées. L’attaque ad hominem contre Zelensky, accusé de ne penser qu’à sa survie personnelle, relève de cette catégorie : impossible à prouver ou à réfuter, elle vise simplement à salir la réputation de l’adversaire. La technique de l’appel à l’émotion, particulièrement la peur, est constamment utilisée pour présenter l’OTAN comme une menace existentielle pour la Russie, justifiant ainsi des mesures de défense préventive. Reconnaître ces techniques est la première étape pour s’en prémunir et développer une lecture critique des déclarations officielles russes.
Identifier les techniques rhétoriques de la propagande est essentiel pour développer l’esprit critique nécessaire face à la désinformation systématique.
Les implications géopolitiques d'une victoire narrative de la propagande russe
Au-delà de l’analyse technique des mécanismes de propagande, il convient de mesurer les implications géopolitiques considérables qu’aurait une victoire narrative de la désinformation russe sur les opinions publiques internationales. Si les récits du Kremlin finissaient par s’imposer, présentant l’Ukraine comme l’obstacle principal à la paix et la Russie comme une partie raisonnable injustement diabolisée, les conséquences pour l’ordre international seraient dévastatrices. Un affaiblissement du soutien occidental à l’Ukraine, résultant de la propagation de ces récits manipulés, pourrait contraindre Kiev à accepter un accord défavorable légitimant les conquêtes territoriales russes. Un tel précédent enverrait un message catastrophique à toutes les puissances révisionnistes observant attentivement l’issue de ce conflit. La Chine, qui revendique Taïwan et des territoires en mer de Chine méridionale, pourrait en conclure que l’usage de la force militaire reste un moyen efficace d’atteindre ses objectifs si l’on dispose de la puissance nécessaire et d’une propagande suffisamment habile pour diviser les démocraties occidentales. L’Iran, la Corée du Nord, et d’autres régimes autoritaires aux ambitions territoriales tireraient des conclusions similaires. La crédibilité du droit international, notamment le principe fondamental de l’interdiction de l’acquisition de territoires par la force inscrit dans la Charte des Nations Unies, serait gravement compromise. Le système de sécurité collective construit après 1945 pour prévenir une nouvelle guerre mondiale serait durablement affaibli. Voilà pourquoi la lutte contre la désinformation russe n’est pas seulement une question de vérité factuelle, mais un enjeu stratégique majeur pour la préservation d’un ordre international fondé sur le droit plutôt que sur la loi du plus fort.
Laisser triompher les récits propagandistes russes aurait des conséquences dévastatrices pour l’ordre international et encouragerait d’autres agressions.
Le rôle crucial des médias et des citoyens dans la résistance à la désinformation
Face à l’offensive informationnelle russe, les médias indépendants et les citoyens éclairés jouent un rôle crucial dans la résistance à la désinformation. Cette responsabilité implique d’abord un travail rigoureux de vérification des faits (fact-checking) avant de relayer toute information, particulièrement lorsqu’elle provient de sources proches du Kremlin ou reprend des éléments de langage caractéristiques de la propagande russe. Elle implique ensuite un effort de contextualisation permettant de replacer les événements dans leur cadre historique et géopolitique : rappeler que c’est la Russie qui a déclenché cette guerre d’agression, rappeler les violations répétées du droit international par Moscou, rappeler le bilan humain catastrophique des bombardements russes sur les populations civiles ukrainiennes. Elle implique également un travail d’éducation aux médias permettant aux citoyens de développer leur esprit critique, de reconnaître les techniques de manipulation, et de diversifier leurs sources d’information pour ne pas rester enfermés dans des bulles informationnelles. Les plateformes numériques ont également une responsabilité dans la lutte contre la désinformation, en supprimant les contenus manifestement faux ou manipulés, en identifiant les comptes automatisés et les fermes à trolls, et en promouvant des sources d’information fiables et vérifiées. Les gouvernements démocratiques doivent soutenir les médias indépendants, financer la recherche sur la désinformation, et développer des programmes d’éducation aux médias dans les systèmes scolaires. La résistance à la propagande russe est l’affaire de tous, car c’est la qualité de notre débat démocratique et notre capacité collective à distinguer le vrai du faux qui sont en jeu.
La résistance à la désinformation est une responsabilité partagée impliquant médias, citoyens, plateformes numériques et institutions démocratiques.
Conclusion : au-delà de la propagande, les conditions d'une paix juste et durable
Les accusations de Sergueï Lavrov contre Volodymyr Zelensky, loin de constituer une analyse objective de la situation diplomatique, révèlent les mécanismes bien rodés de la propagande russe : inversion accusatoire, projection des propres intentions sur l’adversaire, attaques ad hominem, manipulation des faits et des contextes. Décrypter ces techniques est essentiel pour ne pas se laisser manipuler par les récits du Kremlin et pour comprendre les véritables enjeux des négociations en cours à Abou Dabi. Une paix juste et durable en Ukraine ne pourra pas être construite sur la base de mensonges propagandistes qui inversent les responsabilités et récompensent l’agresseur. Elle devra reconnaître les faits fondamentaux : c’est la Russie qui a déclenché cette guerre d’agression en violation du droit international ; c’est la Russie qui occupe illégalement des territoires ukrainiens ; c’est la Russie qui commet quotidiennement des crimes de guerre documentés par les organisations internationales. Une paix durable devra également offrir à l’Ukraine des garanties de sécurité crédibles et robustes pour prévenir toute future agression, car l’expérience du mémorandum de Budapest a démontré que les engagements non contraignants de la Russie ne valent pas le papier sur lequel ils sont écrits. Elle devra préserver les principes fondamentaux du droit international, notamment l’interdiction de l’acquisition de territoires par la force, faute de quoi le précédent créé encouragerait d’autres agressions partout dans le monde. Les citoyens des démocraties occidentales ont le devoir de rester vigilants face à la désinformation russe, de soutenir les médias indépendants et le journalisme de qualité, et de maintenir la pression sur leurs gouvernements pour qu’ils continuent à défendre les principes qui fondent l’ordre international depuis 1945. La vérité est la première victime de la guerre, disait le sénateur américain Hiram Johnson en 1917. Face à la guerre de propagande menée par le Kremlin, défendre la vérité est plus que jamais un acte de résistance.
Une paix juste ne saurait être construite sur des mensonges propagandistes mais devra reconnaître les faits, les responsabilités et les principes du droit international.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Maxime Marquette est chroniqueur spécialisé en géopolitique et communication politique, titulaire d’un doctorat en sciences de l’information et de la communication, et auteur de plusieurs ouvrages sur les mécanismes de la propagande contemporaine et les stratégies de désinformation des régimes autoritaires. Dans cette chronique, il adopte une position éditoriale claire et assumée : celle d’une analyse critique de la propagande russe et de ses techniques de manipulation, fondée sur les travaux académiques reconnus dans le domaine de l’étude de la désinformation. Cette approche analytique et critique ne relève pas d’une hostilité de principe envers la Russie en tant que nation ou envers son peuple, mais d’une opposition résolue aux mensonges et manipulations du régime de Vladimir Poutine qui instrumentalise l’information à des fins de pouvoir autoritaire. Le chroniqueur s’appuie sur des faits documentés et vérifiables, sur les rapports des organisations internationales indépendantes, et sur les méthodologies validées par la recherche académique en sciences de la communication. Il considère que le journalisme et l’analyse politique ont un rôle éthique à jouer dans la défense de la vérité face aux tentatives de manipulation de l’information, et que la prétendue neutralité face à la propagande reviendrait à en devenir complice. L’auteur n’a aucun lien financier, personnel ou institutionnel avec les gouvernements ou organisations mentionnés dans cet article. Les analyses présentées reposent exclusivement sur des sources publiques et des méthodologies établies dans le champ de l’analyse de la désinformation.
Sources
RAND Corporation – The Russian Firehose of Falsehood Propaganda Model
EUvsDisinfo – European External Action Service East Stratcom Task Force
Atlantic Council Digital Forensic Research Lab – Analyse de la désinformation russe
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