De 200 millions à un milliard en six heures
Si l’on cherchait un exemple emblématique de cette imprévisibilité devenue toxique, le feuilleton Harvard en offrirait un parfait concentré. Pendant des mois, l’administration Trump et la prestigieuse université de Cambridge, Massachusetts, ont mené des négociations laborieuses autour d’un règlement financier lié à des accusations d’antisémitisme sur le campus. En juin 2025, le président affirmait qu’un accord était imminent, qualifiant le comportement de Harvard d’« extrêmement approprié » lors des discussions. Puis les chiffres ont commencé à danser. Cinq cents millions de dollars pour des écoles professionnelles. Deux cents millions en pénalités directes. Les sommes changeaient comme les saisons, au gré des humeurs présidentielles et des gros titres du jour.
Et puis, dans la nuit du 3 février 2026, tout a basculé. Quelques heures seulement après que le New York Times eut rapporté que la Maison-Blanche renonçait à exiger un paiement de 200 millions de dollars pour faciliter un accord, Trump a explosé sur Truth Social. Non seulement il démentait le reportage avec fureur, mais il quintuplait la mise : un milliard de dollars de dommages et intérêts, rien de moins. Le tout accompagné d’une déclaration fracassante selon laquelle cette affaire devrait relever du pénal, et non du civil. En l’espace de six heures, une négociation qui semblait progresser vers un compromis a été dynamitée par l’homme même qui se présente comme le plus grand négociateur de l’histoire américaine.
Comment construire quoi que ce soit de durable quand les fondations sont refaites chaque nuit sur un réseau social ? Harvard, avec sa dotation de 56 milliards de dollars, peut encaisser les coups. Mais les dommages infligés à la crédibilité de la parole américaine, eux, n’ont pas de fonds de réserve pour amortir le choc.
L’effet boomerang sur la position américaine
Le résultat de cette escalade nocturne a été exactement l’inverse de ce que Trump espérait. En multipliant ses exigences de manière erratique, il a renforcé le camp de ceux qui, au sein de Harvard, plaident pour la résistance plutôt que la soumission. L’université, qui a remporté des victoires judiciaires significatives en 2025 — rétablissement de 2,2 milliards de dollars de financement fédéral, maintien de sa capacité à accueillir des étudiants internationaux — est entrée en 2026 avec une confiance renouvelée. Comme l’a résumé un observateur juridique cité par le Boston Globe, l’idée qu’il puisse y avoir des accusations criminelles et une amende d’un milliard de dollars surgies de nulle part est tout simplement absurde. Mais dans l’univers trumpien, l’absurde est devenu une catégorie politique à part entière, et c’est là que réside le danger le plus profond pour la diplomatie américaine dans son ensemble.
Les tarifs douaniers comme arme de destruction incertaine
La guerre commerciale permanente et ses victimes collatérales
Le commerce international est peut-être le théâtre où l’imprévisibilité trumpienne cause le plus de ravages mesurables. Depuis son retour au pouvoir, le président a transformé les tarifs douaniers en une arme polyvalente aux objectifs multiples et souvent contradictoires : levier de négociation commerciale, source de revenus fédéraux, incitation à la relocalisation industrielle et, de plus en plus souvent, outil de punition pour des griefs qui n’ont rien à voir avec le commerce. Le taux tarifaire moyen effectif sur l’ensemble des importations américaines est monté à des niveaux jamais vus depuis 1946, selon la Tax Foundation. Les droits de douane collectés en 2025 ont atteint 287 milliards de dollars, soit une augmentation de 192 % par rapport à l’année précédente. Des chiffres vertigineux qui cachent une réalité plus nuancée : selon Goldman Sachs, 37 % du coût de ces tarifs est absorbé par les consommateurs américains, 51 % par les entreprises américaines et seulement 9 % par les exportateurs étrangers.
Mais au-delà des chiffres, c’est le mode opératoire qui pose problème. Les menaces tarifaires tombent sur Truth Social comme des obus, sans avertissement ni cohérence apparente. L’acier aujourd’hui, les semi-conducteurs demain, les films étrangers après-demain. Même lorsqu’un accord est conclu, les partenaires commerciaux ne peuvent jamais être certains que Trump ne tentera pas d’en modifier les termes à sa guise. Cette incertitude chronique a un coût économique réel : les entreprises américaines ont gelé leurs embauches tout au long de 2025 en attendant une clarté qui n’est jamais venue, et les investisseurs étrangers repensent leurs stratégies à long terme.
On peut brandir les tarifs comme un marteau, mais quand tout ressemble à un clou — les alliés comme les adversaires, le commerce comme la diplomatie —, on finit par démolir sa propre maison. Le coût moyen de 1 300 dollars par ménage américain en 2026, c’est le prix silencieux que paient les familles pour la stratégie du chaos.
Les alliés qui se détournent : l'isolement en marche
Le monde cherche d’autres partenaires
L’un des effets les plus dévastateurs et les moins commentés de l’imprévisibilité trumpienne est la reconfiguration silencieuse des alliances mondiales. Fatigués d’être malmenés, bousculés et humiliés publiquement, les partenaires traditionnels des États-Unis ont commencé à diversifier leurs relations commerciales et stratégiques avec une urgence qui ne trompe pas. Le Canada de Mark Carney a conclu un accord préliminaire avec la Chine, provoquant la fureur de Washington. Le Royaume-Uni de Keir Starmer s’est rendu à Pékin pour recalibrer ses relations avec Xi Jinping. L’Union européenne a finalement bouclé son accord commercial avec le Mercosur après un quart de siècle de négociations, et signé un accord de libre-échange historique avec l’Inde.
Chacun de ces mouvements diplomatiques est un message envoyé à Washington : nous ne pouvons plus compter sur vous, alors nous compterons sur d’autres. Daniel McDowell, politologue à l’Université de Syracuse et auteur d’un ouvrage sur les sanctions financières américaines, résume la situation avec une clarté cruelle : Trump a montré qu’il était prêt à utiliser la dépendance économique des pays étrangers envers les États-Unis comme levier de négociation, et face à cette réalité, il est naturel que les investisseurs publics et privés repensent leur relation avec le dollar et avec l’Amérique. Les banques centrales achètent de l’or. Certains gouvernements européens réduisent leur utilisation des services numériques américains. Le mouvement est lent, mais sa direction est sans ambiguïté.
Pendant soixante-quinze ans, le monde a construit ses échanges sur la certitude que la parole de Washington valait de l’or. Aujourd’hui, c’est littéralement de l’or que les banques centrales achètent pour se protéger de cette parole devenue volatile — et ce renversement en dit plus long sur l’état de l’Amérique que tous les sondages réunis.
Le Groenland ou l'art de menacer ses amis
Quand les ambitions territoriales se heurtent à la diplomatie
L’épisode du Groenland restera probablement dans les manuels de relations internationales comme un cas d’école de l’imprévisibilité contre-productive. En janvier 2026, Trump a annoncé des tarifs de 10 % sur les importations en provenance de huit pays européens — Danemark, Finlande, France, Allemagne, Pays-Bas, Norvège, Suède et Royaume-Uni — pour faire pression sur le Danemark afin qu’il cède le contrôle de l’île arctique. Les tarifs devaient passer à 25 % en l’absence d’accord d’ici juin. La réaction européenne a été immédiate et musclée : réunion d’urgence, activation potentielle de l’instrument anti-coercition de l’UE, menaces de représailles portant sur 93 milliards d’euros d’importations américaines.
Puis, aussi soudainement qu’il avait déclenché la crise, Trump a fait marche arrière. Après une rencontre avec le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, il a annoncé un « cadre d’accord » qualifié de « concept d’accord » — une formule si vague qu’elle en devenait presque comique — et retiré ses menaces tarifaires. Les marchés ont bondi de soulagement, les dirigeants européens ont poussé un soupir collectif, et le monde entier a pris note d’une leçon supplémentaire : avec Trump, la menace est réelle mais sa durée de vie est aussi imprévisible que son émergence. Le problème, comme l’a souligné un chercheur de l’Université de Chicago, c’est que cette imprévisibilité rend les choses « quelque peu irréversibles », car les alliés perdent confiance même après qu’un nouveau gouvernement prend le pouvoir.
Menacer le Danemark, la Finlande et la Norvège pour obtenir le Groenland, c’est comme incendier le quartier pour acheter la maison du voisin. La transaction peut sembler logique dans l’esprit de l’acheteur, mais les voisins, eux, n’oublieront jamais l’odeur de la fumée.
L'économie américaine prise en otage par les sautes d'humeur présidentielles
Les PDG face au dilemme de la soumission ou de la résistance
Le monde des affaires américain navigue dans un brouillard permanent d’incertitude. Les dirigeants d’entreprise ont compris qu’une intervention personnelle du président peut façonner leur avenir commercial aussi profondément que n’importe quelle force économique. Trump a demandé un plafonnement des taux d’intérêt des cartes de crédit à 10 %, ordonné aux grands entrepreneurs de la défense de cesser les dividendes et les rachats d’actions, interdit aux investisseurs institutionnels d’acheter des maisons pour les louer, et lancé une enquête criminelle contre le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell. Chaque semaine apporte son lot de nouvelles directives, parfois contradictoires, toujours imprévisibles.
La stratégie de survie des PDG se décline en plusieurs options, toutes imparfaites. Certains choisissent la soumission silencieuse, comme Doug McMillon de Walmart, qui n’a pas répondu publiquement quand Trump lui a ordonné d’« absorber les tarifs » après que le détaillant eut averti que les prix pourraient augmenter. D’autres tentent la résistance, mais risquent alors les foudres présidentielles. Comme le résume un avocat spécialisé en contrats gouvernementaux, il existe un sentiment profond que le gouvernement est souvent détaché des normes historiques, avec une inflexibilité qui signifie qu’on sera mis à l’épreuve, même quand on a raison.
Quand le président d’une démocratie peut faire chuter ou monter le cours d’une action avec un simple message sur les réseaux sociaux, ce n’est plus du capitalisme — c’est du capitalisme sous surveillance, où la rentabilité dépend moins de la qualité du produit que de la loyauté affichée envers le pouvoir.
Une érosion lente mais inexorable de la popularité
Les chiffres racontent une histoire que la Maison-Blanche préférerait ne pas entendre. Selon le dernier sondage Harvard CAPS/Harris de janvier 2026, le taux d’approbation de Trump est tombé à 45 %, en baisse de deux points par rapport à décembre. Ses notes sur l’économie (43 %), les affaires étrangères (42 %), l’inflation (39 %) et la politique commerciale (39 %) sont toutes en territoire négatif. Un sondage Quinnipiac encore plus sévère place son approbation à 37 %, avec 56 % de désapprobation. La moyenne compilée par Real Clear Politics situe le président à environ 42 % d’approbation. Le tracker de Nate Silver affiche une approbation nette de -14,3 points au 3 février, proche de son plus bas niveau pour ce second mandat.
Plus inquiétant encore pour les stratèges républicains, les démocrates détiennent une avance de 8 points dans le scrutin générique des élections de mi-mandat parmi les électeurs inscrits, et de 4 points parmi les électeurs probables. Seulement 27 % des Américains disent soutenir toutes ou la plupart des politiques de Trump, contre 35 % à son entrée en fonction. Cette érosion est survenue entièrement parmi les électeurs républicains eux-mêmes, un signal d’alarme que même les optimistes les plus invétérés du parti ne peuvent ignorer. L’imprévisibilité qui devait être un atout électoral se transforme en boulet, et les élections de novembre 2026 se profilent comme un référendum potentiellement dévastateur.
Les chiffres ne mentent pas, même quand le président affirme le contraire sur les réseaux sociaux. À 37 % d’approbation selon Quinnipiac, à -14,3 selon Nate Silver, la réalité mathématique rattrape toujours la réalité alternative — et le verdict des urnes, lui, n’accepte pas les appels en révision sur Truth Social.
La Chine, grande bénéficiaire de l'inconstance américaine
Pékin ramasse ce que Washington laisse tomber
Pendant que Trump brûle les ponts avec ses alliés traditionnels à coups de tarifs et de menaces erratiques, la Chine avance ses pions avec une patience méthodique. L’accord commercial préliminaire entre Pékin et Ottawa, la normalisation des relations sino-britanniques, le rapprochement de l’Asie du Sud-Est avec le géant chinois — autant de mouvements stratégiques qui tirent profit du vide créé par l’inconstance américaine. Comme le souligne Damian Ma, directeur de Carnegie China, les puissances moyennes doivent trouver leur propre voie et explorer différentes approches face à la politique étrangère américaine actuelle. Les pays s’aligneront désormais sur des intérêts spécifiques à la carte, plutôt que sur une alliance globale fondée sur des valeurs partagées.
L’ironie est cruelle : en cherchant à renforcer la position américaine par l’imprévisibilité, Trump pousse ses partenaires précisément dans les bras de l’adversaire qu’il prétend contenir. Chaque menace tarifaire retirée puis réimposée, chaque accord annoncé puis renié, chaque insulte lancée à un allié lors d’un forum international est un cadeau offert à la diplomatie chinoise, qui n’a qu’à se présenter comme le partenaire fiable et prévisible que Washington a cessé d’être. C’est un retournement stratégique d’une ampleur historique, accompli non pas par la force des armes ou la supériorité technologique de la Chine, mais par l’auto-sabotage méthodique de la puissance américaine.
Xi Jinping n’a même pas besoin de jouer aux échecs. Il lui suffit de rester assis et de regarder son adversaire renverser ses propres pièces, une par une, en croyant que le chaos est une forme de génie.
De Minneapolis aux sondages : l'imprévisibilité qui tue et qui coûte
Les conséquences humaines d’une gouvernance erratique
L’imprévisibilité de Trump ne se limite pas aux salles de conférence et aux marchés financiers. Elle a des conséquences humaines directes et parfois tragiques. L’affaire Alex Pretti, ce citoyen américain tué lors d’une opération d’application des lois sur l’immigration à Minneapolis le 24 janvier 2026, a cristallisé toutes les inquiétudes liées à une politique migratoire qui oscille entre démonstration de force et ajustements improvisés. Après l’incident, Trump a déclaré que son administration devrait adopter une « approche plus douce » dans le Minnesota, à peine quelques heures après avoir ordonné le retrait de la Garde nationale. Cette volte-face, aussi rapide qu’inattendue, illustre parfaitement le cycle infernal de l’escalade suivie du recul, qui laisse derrière lui des familles endeuillées et des communautés traumatisées.
Les sondages montrent que l’approbation de la politique migratoire de Trump est passée d’une majorité favorable à une majorité défavorable en l’espace d’un an. 55 % des électeurs désapprouvent la manière dont les agences comme ICE et la patrouille frontalière appliquent les lois dans les villes américaines. Le public soutient l’expulsion des immigrants criminels mais rejette massivement les opérations aléatoires qui ciblent des personnes sans casier. Là encore, l’imprévisibilité de l’approche — tantôt musclée, tantôt adoucie, toujours impulsive — érode la confiance publique bien plus efficacement que n’importe quelle politique cohérente ne l’aurait fait.
Derrière chaque statistique de sondage, il y a un visage. Celui d’Alex Pretti, citoyen américain tombé sous les balles d’une opération qui changeait de ton au gré des humeurs présidentielles. L’imprévisibilité, quand elle touche des vies humaines, n’est plus un outil de négociation — c’est une tragédie.
Du Venezuela aux traités nucléaires : quand l'imprévisibilité déborde sur le vital
Un coup de force qui pose plus de questions qu’il n’en résout
L’opération militaire au Venezuela qui a conduit à la capture de Nicolás Maduro a offert à Trump un rare moment de triomphe apparent. Mais même cette victoire porte les stigmates de l’imprévisibilité présidentielle. Comme l’observe l’Atlantic Council, Trump a certes pris Maduro par surprise, mais rien n’indique qu’il ait construit un système de gouvernance ou une stratégie de sécurité nationale durable autour de cette imprévisibilité. Le président semble s’appuyer sur Delcy Rodríguez, la vice-présidente de Maduro devenue dirigeante de facto, plutôt que sur l’opposition démocratique largement reconnue comme ayant remporté les élections de 2024. C’est un choix qui contredit les principes mêmes que l’administration invoque pour justifier son intervention.
La question fondamentale posée par le cas vénézuélien est celle que l’Atlantic Council formule ainsi : Trump peut-il stabiliser le Venezuela d’une manière qui favorise la liberté et la stabilité du pays sans envoyer à la Chine et à la Russie un signal d’approbation de « sphères d’influence » qui encouragerait leurs propres ambitions régionales ? Les premières heures montrent déjà à quel point l’effort sera compliqué, et l’imprévisibilité du commandant en chef n’est pas un atout dans une opération qui exige patience, cohérence et suivi rigoureux.
Capturer un dictateur est spectaculaire. Construire une démocratie à sa place est laborieux. Et c’est précisément dans le laborieux, le patient, le constant, que l’imprévisibilité cesse d’être une force pour devenir un handicap fatal.
Le dernier accord nucléaire s’éteint le 5 février 2026
Dans le brouhaha des tarifs, des négociations universitaires et des opérations militaires, un événement d’une gravité exceptionnelle est passé presque inaperçu. Le 5 février 2026, le traité New START — le dernier accord de désarmement nucléaire entre les États-Unis et la Russie — a officiellement expiré. Ce traité, qui limitait les arsenaux stratégiques des deux superpuissances nucléaires, n’a pas été renouvelé ni remplacé. L’ère du contrôle bilatéral des armes nucléaires, qui avait commencé pendant la Guerre froide et survécu à travers des décennies de tensions, s’est achevée dans un silence assourdissant.
L’expiration de New START s’inscrit dans le schéma plus large d’une politique étrangère américaine où les engagements à long terme sont sacrifiés sur l’autel de l’imprévisibilité à court terme. Trump parle fréquemment et longuement avec Vladimir Poutine, mais ces conversations n’ont produit aucun cadre de remplacement pour le contrôle des armements. Pendant ce temps, la Russie a déclaré être prête à des « contre-mesures militaires », un langage qui, dans le contexte nucléaire, devrait glacer le sang de quiconque comprend les enjeux. L’imprévisibilité de Trump, qui devait servir à obtenir de meilleurs accords, a ici abouti au pire résultat imaginable : aucun accord du tout, dans un domaine où l’absence de cadre peut avoir des conséquences littéralement existentielles.
Quand le dernier filet de sécurité nucléaire se déchire dans l’indifférence d’un président trop occupé à négocier avec des universités et à menacer des exportateurs de fromage danois, on mesure l’abîme entre ce qui est urgent dans le monde réel et ce qui est urgent dans l’esprit d’un homme dont l’attention saute d’un sujet à l’autre comme une bille dans un flipper.
Marchés, PDG et la question existentielle : qu'est-ce qui perdure
Quand la volatilité présidentielle remplace la régulation économique
Le S&P 500 est resté relativement stable depuis le début de l’année, mais cette apparente sérénité des marchés masque une anxiété profonde dans les conseils d’administration américains. Selon Bloomberg Businessweek, les entreprises entrent dans la deuxième année du second mandat de Trump avec une compréhension durement acquise : les interventions personnelles du président peuvent façonner les affaires aussi profondément que n’importe quelle force macroéconomique. L’enquête criminelle lancée contre le président de la Réserve fédérale menace l’indépendance même de la politique monétaire américaine — un pilier de la stabilité économique mondiale depuis des décennies.
Certains signes suggèrent que la résistance commence à s’organiser. JPMorgan Chase et d’autres institutions financières montrent des velléités de contestation, même si la plupart des dirigeants préfèrent encore la discrétion à la confrontation. Mais comme le souligne un analyste, Trump a développé un écosystème complet d’influenceurs conservateurs, de publications et de podcasts prêts à amplifier son message et à cibler ceux qui osent le contredire. Dans ce contexte, le silence devient une stratégie de survie, et la soumission préventive, une forme de gestion du risque. C’est un environnement des affaires qui ressemble davantage à celui d’un régime autoritaire qu’à celui de la première économie mondiale.
Au-delà du spectacle, la substance fait défaut
La question la plus importante pour l’Amérique de Trump en 2026, selon l’Atlantic Council, est simple mais fondamentale : qu’est-ce qui perdure ? Les mouvements politiques durables survivent à leurs fondateurs. Le libéralisme du New Deal a survécu à Roosevelt. Le conservatisme d’après-guerre a survécu à Reagan. Le trumpisme, en revanche, semble entièrement dépendant de la personne de Trump, de ses humeurs, de ses impulsions et de sa présence physique aux commandes. C’est une construction politique sans fondations institutionnelles, sans cadre intellectuel transmissible, sans système de gouvernance capable de fonctionner en son absence.
L’imprévisibilité, qui gagne parfois des batailles tactiques, perd systématiquement les guerres stratégiques. Les héritages durables exigent la répétition, la délégation et le suivi par une cohorte d’acolytes intellectuels et idéologiques. Or Trump n’a produit ni doctrine transmissible, ni institutions pérennes, ni alliances stables. Il a produit du bruit, du mouvement et de l’incertitude — trois ingrédients qui, historiquement, précèdent davantage le déclin que la grandeur. L’Amérique de 2026 est plus forte militairement, plus isolée diplomatiquement et plus fragile institutionnellement qu’elle ne l’était il y a un an. C’est le bilan paradoxal d’une présidence qui confond la force avec l’intimidation et la stratégie avec l’improvisation.
On ne bâtit pas un empire avec des coups de théâtre. On le bâtit avec des briques, une par une, posées dans un ordre cohérent par des mains qui savent ce qu’elles construisent. Trump pose des briques, les retire, les lance sur ses voisins, puis s’étonne que la maison ne tienne pas debout.
Conclusion : Le prix de l'imprévisibilité se paie toujours comptant
L’usure d’une méthode qui consume ceux qui la subissent
Un an après le début de son second mandat, Donald Trump se trouve à un carrefour qu’il ne semble pas voir. Son style imprévisible, qu’il présente comme un atout de négociation, est devenu un handicap stratégique que ses alliés les plus fidèles reconnaissent en privé. Les pays partenaires se détournent vers la Chine et entre eux. Les universités résistent avec plus de vigueur. Les entreprises se soumettent par peur plutôt que par conviction. Les sondages s’enfoncent dans le rouge. Et le dernier traité nucléaire entre les deux plus grandes puissances atomiques du monde expire sans successeur, dans l’indifférence d’un président dont l’attention est captée par le prochain message à publier sur Truth Social.
L’imprévisibilité n’est pas une stratégie. C’est l’absence de stratégie déguisée en force de caractère. Et le monde, lentement mais inexorablement, est en train de tirer les conséquences de cette réalité. Les alliances se reconfigurent. Les marchés s’adaptent. Les adversaires prennent des positions. Et l’Amérique, cette nation qui fut longtemps le pilier de l’ordre mondial fondé sur la confiance et la parole donnée, se retrouve dans la position inconfortable de celui dont les menaces ne font plus peur et dont les promesses n’inspirent plus confiance. Le prix de l’imprévisibilité, on le découvre toujours trop tard, se paie comptant — et les intérêts courent depuis longtemps.
L’histoire jugera Trump non pas sur le nombre de ses menaces, mais sur le nombre de ses promesses tenues. Et c’est là, dans cet écart entre le bruit et la substance, entre la fureur des mots et la fragilité des actes, que se dessine la véritable mesure de cette présidence — et son coût vertigineux pour le monde.
Le dernier mot appartient au temps
Les élections de mi-mandat de novembre 2026 offriront au peuple américain l’occasion de se prononcer sur cette méthode de gouvernance. Les sondages actuels suggèrent que le verdict pourrait être sévère, mais l’imprévisibilité fonctionne dans les deux sens — personne ne peut prédire avec certitude ce que les prochains mois réservent. Ce qui est certain, en revanche, c’est que le monde n’attendra pas. Pendant que Washington hésite, recule, menace et se contredit, les pièces bougent sur l’échiquier mondial, et la plupart d’entre elles s’éloignent de la case américaine. C’est peut-être là le prix le plus élevé de l’imprévisibilité : non pas les batailles perdues, mais les alliances qui ne se reformeront jamais tout à fait comme avant, même quand le bruit aura cessé et que le calme sera revenu.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Cette chronique est rédigée par Maxime Marquette, chroniqueur géopolitique. Les opinions exprimées dans ce texte sont celles de l’auteur et ne constituent pas des conseils d’investissement, politiques ou stratégiques. L’auteur s’est appuyé sur des sources publiques vérifiables, incluant des reportages de médias internationaux reconnus, des données de sondages publiées et des analyses d’institutions de recherche. Aucun témoignage n’a été inventé. Les citations attribuées proviennent de déclarations publiques documentées. Cette chronique vise à analyser et contextualiser les événements actuels dans une perspective éditoriale engagée, tout en respectant les faits vérifiés et les principes d’honnêteté journalistique. Le chroniqueur n’a aucun lien financier ni partisan avec les acteurs mentionnés dans cet article.
Sources
Sources primaires
CNN — Trump ups demands from Harvard, seeks $1 billion settlement (3 février 2026)
CNBC — Is Trump’s America First strategy starting to backfire as allies tire? (31 janvier 2026)
Harvard CAPS/Harris Poll — Press Release January 2026 (2 février 2026)
Sources secondaires
Bloomberg Businessweek — How CEOs Are Navigating Trump in 2026 (février 2026)
Newsweek — Donald Trump approval rating falls across every major issue in new poll (3 février 2026)
NPR — U.S. allies looking to China for deals as Trump threatens them with tariffs (28 janvier 2026)
PIIE — Trump’s trade war wreaked little havoc on trade patterns last year (3 février 2026)
Fox News — Trump poll numbers sink to 42% approval rating amid political concerns (20 janvier 2026)
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