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CHRONIQUE : Trump attaque le système électoral américain en appelant à nationaliser le vote
Crédit: Adobe Stock

Pour comprendre la gravité de la proposition trumpienne, il faut remonter aux origines mêmes de la République américaine. Les Pères fondateurs, dans leur sagesse méfiante envers le pouvoir centralisé, ont délibérément confié l’organisation des élections aux États. Cette décentralisation n’était pas un accident de l’histoire, mais une décision politique réfléchie, destinée à prévenir toute dérive autoritaire du pouvoir fédéral. Chaque État possède ainsi ses propres règles, ses propres méthodes de vote, ses propres mécanismes de vérification. Cette diversité, parfois critiquée pour sa complexité, constitue en réalité un formidable bouclier contre la manipulation électorale à grande échelle.

Le professeur Justin Levitt, de la Loyola Law School, ancien conseiller des administrations Obama et Biden, ne mâche pas ses mots : « La Constitution dit clairement que ce sont les États qui organisent les élections. Il n’y a aucun débat possible sur ce point. » Cette répartition des pouvoirs répond à trois objectifs fondamentaux : gérer l’immense territoire américain, garantir la séparation des pouvoirs et, surtout, servir de mesure anti-corruption. En dispersant la responsabilité électorale entre cinquante États, les Pères fondateurs ont rendu pratiquement impossible toute tentative de fraude systématique à l’échelle nationale.

Il est essentiel de comprendre pourquoi ce système a été conçu ainsi. En 1787, les délégués à la Convention constitutionnelle de Philadelphie avaient encore en mémoire les abus de la monarchie britannique. Ils savaient que le pouvoir concentré entre les mains d’un seul homme ou d’une seule institution tend inévitablement à la tyrannie. La décentralisation du pouvoir électoral était donc une garantie contre l’émergence d’un pouvoir central capable de manipuler les résultats à son avantage. Deux cent quarante ans plus tard, cette sagesse institutionnelle est mise à l’épreuve par un président qui ne cache pas son désir de la contourner.

Le fédéralisme électoral américain présente certes des inconvénients que ses détracteurs ne manquent pas de souligner. La diversité des règles d’un État à l’autre peut créer de la confusion parmi les électeurs. Les délais de dépouillement varient considérablement selon les juridictions. Les méthodes de vote diffèrent, du bulletin papier traditionnel aux machines électroniques les plus sophistiquées. Mais ces imperfections sont le prix à payer pour une architecture constitutionnelle qui rend extrêmement difficile la manipulation des résultats à l’échelle nationale. Pour truquer une élection présidentielle aux États-Unis, il faudrait corrompre simultanément les systèmes électoraux de dizaines d’États, chacun avec ses propres responsables, ses propres procédures, ses propres mécanismes de contrôle et de vérification. Cette complexité est précisément ce qui protège la démocratie américaine contre les tentatives de subversion.

Trump ne propose pas une réforme, il propose une révolution constitutionnelle déguisée en mesure administrative, et c’est précisément ce qui rend sa démarche si dangereuse.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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