Sans traité, qu’est-ce qui empêche maintenant les deux pays de relancer une course aux armements nucléaires? Rien. Absolument rien. Les États-Unis peuvent décider de doubler leur arsenal. La Russie peut faire pareil. Ils peuvent développer de nouveaux types d’armes plus destructrices, plus difficiles à intercepter, plus déstabilisantes.
Et le pire, c’est que c’est déjà en cours. Les deux pays ont des programmes de modernisation nucléaire massifs. De nouveaux missiles. De nouveaux sous-marins. De nouveaux bombardiers. Des armes hypersoniques. Des planeurs stratégiques. Tout l’arsenal de l’apocalypse moderne.
Le coût astronomique
Parlons argent. Le programme de modernisation nucléaire américain est estimé à plus de 1 500 milliards de dollars sur 30 ans. Mille cinq cents milliards. Pour des armes qu’on ne peut jamais vraiment utiliser sans provoquer la fin du monde.
La Russie dépense aussi des fortunes, malgré une économie affaiblie par les sanctions. Poutine a fait du nucléaire une priorité nationale. Il présente régulièrement de nouvelles « armes miracles » censées être invincibles. Certaines existent vraiment. D’autres sont probablement du bluff. Mais toutes coûtent cher.
La Chine absente de l'équation
Il y a un problème fondamental avec ces traités bilatéraux USA-Russie: ils ignorent la Chine. Et la Chine est en train de développer massivement son arsenal nucléaire. Les satellites américains ont repéré des centaines de nouveaux silos à missiles en construction.
Pékin ne veut pas participer aux négociations de contrôle des armements. Pourquoi le ferait-elle? Elle est en phase d’expansion nucléaire, essayant de rattraper son retard sur les deux superpuissances. Un traité ne ferait que limiter ses ambitions.
Vers un monde tripolaire nucléaire
Nous entrons dans une ère nouvelle. Pendant des décennies, le monde nucléaire était bipolaire: États-Unis contre URSS. Maintenant, c’est tripolaire: États-Unis, Russie, Chine. Trois grandes puissances nucléaires. Trois systèmes de valeurs différents. Trois stratégies différentes. Et aucun cadre pour gérer cette complexité.
Les traités bilatéraux ne suffisent plus. Il faudrait des accords multilatéraux. Mais comment convaincre trois rivaux géopolitiques majeurs de se mettre d’accord? C’était déjà difficile avec deux. Avec trois, c’est quasi impossible.
Les autres puissances nucléaires regardent
Et puis il y a les autres. La France, le Royaume-Uni, l’Inde, le Pakistan, Israël, la Corée du Nord. Neuf pays possèdent l’arme nucléaire. Certains modernisent aussi leurs arsenaux. D’autres, comme la Corée du Nord, continuent de développer de nouvelles capacités.
Quand les grandes puissances abandonnent le contrôle des armements, quel message ça envoie aux autres? Que les traités ne servent à rien. Que la force prime le droit. Que celui qui a la bombe la plus grosse gagne.
L’Iran et les autres aspirants
Et que dire aux pays qui n’ont pas encore l’arme mais pourraient la développer? L’Iran, évidemment. Peut-être l’Arabie saoudite un jour. La Turquie? La Corée du Sud si la situation avec le Nord se détériore encore? Le Japon face à la Chine?
Tous ces pays regardent ce qui se passe. Ils voient que les traités s’effondrent. Que les grandes puissances font ce qu’elles veulent. Et ils en tirent leurs propres conclusions sur la valeur de l’Traité de non-prolifération.
Les mécanismes de vérification disparaissent
L’un des aspects les plus dangereux de la fin du New START, ce sont les inspections. Pendant des années, des inspecteurs américains pouvaient visiter des sites russes, et vice versa. Ça créait de la transparence. De la confiance. Enfin, pas vraiment de la confiance, mais au moins de la prévisibilité. Chaque côté savait ce que l’autre faisait.
Maintenant, tout ça disparaît. Les Américains ne sauront plus exactement combien d’ogives la Russie déploie. Les Russes ne sauront plus ce que font les Américains. Chacun devra deviner. S’appuyer sur des satellites, des espions, des estimations. Et l’incertitude, en matière nucléaire, est mortellement dangereuse.
Le risque d’escalade par accident
Imaginez un scénario. Les satellites américains détectent une activité inhabituelle sur une base russe. Impossible de vérifier avec des inspections. Washington pense que Moscou prépare quelque chose. Par précaution, les États-Unis augmentent leur niveau d’alerte. La Russie le détecte et fait pareil. Chacun pense que l’autre se prépare à frapper en premier.
C’est comme ça que les guerres commencent. Pas par des décisions réfléchies, mais par des malentendus en cascade. Des escalades non-intentionnelles. Des cercles vicieux de méfiance et de peur. Les traités existaient précisément pour éviter ça.
Trump 2.0 et les armes nucléaires
Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche complique encore les choses. Trump a déjà montré peu d’intérêt pour le contrôle des armements. Lors de son premier mandat, il a quitté plusieurs traités: l’accord nucléaire iranien, le traité FNI sur les missiles de portée intermédiaire, le traité Ciel ouvert.
Pour Trump, ces accords sont des contraintes inutiles qui limitent la puissance américaine. Il préfère la flexibilité, le rapport de force brut, les deals bilatéraux au cas par cas. Mauvaise nouvelle pour ceux qui croient aux institutions multilatérales et aux normes internationales.
La doctrine de l’imprévisibilité
Trump aime l’imprévisibilité. Il pense que ça lui donne un avantage dans les négociations. Mais en matière nucléaire, l’imprévisibilité est le contraire de ce que vous voulez. Vous voulez de la stabilité, de la clarté, des règles comprises par tous.
Quand le président américain tweete des menaces nucléaires à 3h du matin, quand il dit qu’il a un bouton nucléaire plus gros que celui de Kim Jong-un, quand il envisage publiquement de bombarder la Russie « avec nos magnifiques avions invisibles », ça ne rassure personne.
Poutine et la rhétorique nucléaire
De l’autre côté, Vladimir Poutine n’est pas en reste. Il multiplie les références aux armes nucléaires. Il parle de réduire le seuil d’utilisation de l’arme atomique. Il fait des démonstrations de nouvelles capacités. Il place des armes nucléaires tactiques en Biélorussie.
C’est du chantage nucléaire à peine voilé. « Ne nous poussez pas trop loin, ou on pourrait utiliser la bombe. » Ça marche en partie. L’Occident reste prudent dans son soutien à l’Ukraine, précisément par peur d’une escalade nucléaire.
Les armes nucléaires tactiques
La Russie possède un énorme arsenal d’armes nucléaires tactiques. Des bombes de plus faible puissance, conçues pour être utilisées sur le champ de bataille plutôt que pour détruire des villes entières. Poutine a clairement laissé entendre qu’il pourrait les utiliser en Ukraine si la situation se détériorait trop.
C’est terrifiant parce que ces armes brouillent la ligne entre guerre conventionnelle et guerre nucléaire. Si la Russie utilisait une petite arme nucléaire tactique, comment l’Occident répondrait-il? Par une frappe nucléaire? Par des armes conventionnelles massives? Par des sanctions encore plus dures? Personne ne sait vraiment.
Le silence assourdissant de l'Europe
Et l’Europe dans tout ça? Silencieuse. Impuissante. Marginalisée. Le contrôle des armements nucléaires se décide entre grandes puissances. L’Europe subit les conséquences sans avoir vraiment voix au chapitre.
C’est frustrant pour un continent qui abrite des centaines de millions de personnes et qui serait probablement le premier champ de bataille d’une guerre nucléaire entre l’OTAN et la Russie. Mais sans puissance militaire équivalente, sans arsenal nucléaire unifié, l’Europe ne pèse pas lourd.
La dissuasion nucléaire française et britannique
La France et le Royaume-Uni ont leurs propres forces nucléaires. Mais elles sont minuscules comparées aux arsenaux américain et russe. Et surtout, elles sont nationales, pas européennes. Si demain les États-Unis décidaient de se retirer de l’OTAN, l’Europe n’aurait pas de véritable parapluie nucléaire crédible.
Il y a eu des discussions sur une « dissuasion nucléaire européenne ». Mais c’est politiquement explosif. Quel pays contrôlerait les armes? Qui déciderait de leur utilisation? L’Allemagne accepterait-elle de participer? Les questions sont innombrables et les réponses inexistantes.
Les experts sonnent l'alarme depuis des années
Il faut le dire: ce n’est pas une surprise. Les experts en désarmement nucléaire alertent depuis des années sur la détérioration du système de contrôle des armements. Le Bulletin of the Atomic Scientists a placé son horloge de l’apocalypse à 90 secondes de minuit en 2023. Le plus proche de la catastrophe depuis sa création.
Mais qui écoute les experts? Qui lit leurs rapports? Qui prend au sérieux leurs avertissements? Presque personne. Parce que le nucléaire, c’est abstrait. C’est un risque existentiel qu’on ne peut pas vraiment conceptualiser. Alors on l’ignore.
La normalisation du risque nucléaire
Nous nous sommes habitués à vivre avec la menace nucléaire. Pendant la Guerre froide, les gens construisaient des abris. Les enfants faisaient des exercices d’évacuation. La peur était palpable. Aujourd’hui, le nucléaire est devenu une sorte de bruit de fond. On sait que les armes existent, mais on ne pense plus vraiment à ce qu’elles pourraient faire.
Cette normalisation est dangereuse. Elle nous rend complaisants. Elle fait qu’on ne réagit plus quand les traités expirent, quand les arsenaux se modernisent, quand les tensions montent. On se dit que ça va aller, que personne n’est assez fou pour utiliser ces armes. Peut-être. Mais l’Histoire est pleine d’exemples de gens qui ont fait des choses folles.
Que se passerait-il si une arme nucléaire était utilisée
Parlons concrètement. Si une seule arme nucléaire était utilisée, même une petite arme tactique, les conséquences seraient catastrop hiques. Des dizaines de milliers de morts instantanés. Des centaines de milliers de blessés. Des radiations pour des décennies. Des zones entières devenues inhabitables.
Et ça, c’est juste l’impact direct. Il y aurait aussi les retombées radioactives emportées par le vent. La contamination de l’eau et de la nourriture. Les effets à long terme sur la santé. Les cancers. Les malformations. Sans parler du choc psychologique pour l’humanité entière.
Le risque d’escalade totale
Et surtout, il y aurait le risque d’escalade. Si une arme est utilisée, l’autre camp ripostera probablement. Peut-être avec une arme plus grosse. Ce qui provoque une nouvelle riposte. Et ainsi de suite jusqu’à l’échange massif qui détruit des civilisations entières.
C’est pour ça que le concept de « guerre nucléaire limitée » est si dangereux. L’idée qu’on pourrait utiliser quelques petites armes tactiques et que ça s’arrêterait là est probablement une illusion. Une fois que le tabou nucléaire est brisé, l’escalade devient très difficile à contrôler.
L'héritage toxique qu'on laisse aux générations futures
Pensez à ce qu’on est en train de léguer aux prochaines générations. Un monde sans traités de contrôle des armements. Des arsenaux nucléaires en expansion. Des tensions entre puissances nucléaires au plus haut. Une culture de la méfiance et de la confrontation.
Nos enfants et petits-enfants vivront dans un monde plus dangereux que celui dans lequel nous avons grandi. Non pas parce que c’était inévitable, mais parce que nous avons choisi de laisser mourir les institutions qui maintenaient un minimum de sécurité.
La responsabilité de notre génération
Nous sommes la génération qui a vu la fin de la Guerre froide. Qui a cru que le risque nucléaire diminuait. Que l’Histoire progressait vers plus de paix et de sécurité. Nous nous sommes trompés. Ou plutôt, nous avons laissé tomber. Nous n’avons pas maintenu la pression pour le désarmement. Nous avons élu des dirigeants qui se fichent du contrôle des armements.
L’expiration du New START est le symbole de notre échec collectif. Nous avions les outils pour éviter une nouvelle course aux armements. Nous les avons laissés rouiller et mourir. Et maintenant, il sera beaucoup plus difficile de les reconstruire.
Y a-t-il encore de l'espoir
Peut-être. Peut-être pas. Les traités peuvent être renégociés. Les dialogues peuvent reprendre. Mais ça nécessite une volonté politique qui n’existe pas actuellement. Ça nécessite des dirigeants qui comprennent que la sécurité nationale passe aussi par la stabilité internationale. Que limiter ses propres armes peut paradoxalement vous rendre plus sûr, pas moins.
C’est un concept difficile à vendre politiquement. Aucun leader ne veut paraître faible. Mais c’est la seule voie vers un monde moins dangereux. Sans traités, sans transparence, sans mécanismes de désescalade, nous dérivons vers la catastrophe.
Les petits pas qui pourraient tout changer
Même sans un grand traité global, il pourrait y avoir des mesures plus limitées. Des accords sur la non-utilisation en premier. Sur l’alerte précoce. Sur la limitation des exercices militaires près des frontières. Sur la cyber-sécurité des systèmes de commandement nucléaire.
Ces petits pas ne résoudraient pas tout. Mais ils réduiraient les risques. Ils créeraient un minimum de confiance. Ils maintiendraient un dialogue ouvert. C’est mieux que rien. Infiniment mieux que le silence actuel.
Ce que nous pouvons faire
En tant que citoyens, que pouvons-nous faire? Nous semblons si impuissants face à des enjeux de cette ampleur. Mais l’indifférence est pire que l’impuissance. Nous pouvons au moins nous informer. Comprendre les enjeux. En parler autour de nous. Exiger de nos dirigeants qu’ils prennent ces questions au sérieux. Voter pour ceux qui proposent des solutions plutôt que l’escalade.
Le désarmement nucléaire ne sera jamais un sujet sexy. Il ne fait pas de bonnes infographies Instagram. Mais il détermine littéralement si l’humanité survivra au XXIe siècle. Ça mérite peut-être un peu d’attention.
Signé Maxime Marquette
Note de transparence du chroniqueur : Cet article traite d’un sujet technique complexe avec des implications géopolitiques majeures. Les informations sont basées sur des sources publiques vérifiées et des analyses d’experts en désarmement nucléaire. Les scénarios présentés sont des hypothèses visant à illustrer les risques réels liés à l’absence de contrôle des armements.
Sources
Sources primaires
NV – Last US-Russia nuclear arms treaty New START expires – 5 février 2026
U.S. Department of State – New START Treaty Information – 2026
Sources secondaires
Arms Control Association – New START At a Glance – 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.