Le drone Fire Point FP-2 représente l’une des réponses les plus prometteuses au défi de la profondeur opérationnelle auquel sont confrontées les forces armées ukrainiennes. Capable d’atteindre des cibles situées jusqu’à 200 kilomètres derrière les lignes ennemies, cet engin incarne la nouvelle génération de systèmes de frappe à longue portée développés par l’industrie de défense ukrainienne. Les vidéos récentes diffusées par les forces d’opérations spéciales ukrainiennes témoignent de son efficacité redoutable contre les infrastructures logistiques russes dans l’oblast de Zaporijjia.
Les images montrent des dépôts d’approvisionnement pulvérisés, des centres de maintenance en flammes, des zones de rassemblement de troupes dévastées. Ces frappes, exécutées à des dizaines de kilomètres derrière le front, perturbent la chaîne logistique russe d’une manière que les opérations purement tactiques ne peuvent accomplir. Un camion de munitions détruit sur la ligne de contact prive une unité de ses réserves immédiates ; un dépôt logistique anéanti à 100 kilomètres du front peut paralyser les opérations d’un secteur entier pendant des jours.
Le FP-2 s’inscrit dans une philosophie opérationnelle que les stratèges militaires nomment l’interdiction en profondeur. Plutôt que de combattre l’ennemi au moment où il engage le combat, il s’agit de l’affaiblir avant même qu’il n’atteigne le champ de bataille, en ciblant ses lignes de ravitaillement, ses réserves, ses moyens de commandement et de contrôle. Cette approche, théorisée depuis des décennies par les penseurs militaires occidentaux, trouve dans les drones à longue portée un vecteur d’application particulièrement adapté aux contraintes budgétaires et technologiques d’une nation en guerre.
Les capacités du FP-2 ouvrent des perspectives stratégiques considérables, mais la question demeure de savoir si l’Ukraine possède la volonté politique et les ressources nécessaires pour exploiter pleinement ce potentiel.
Le groupe Rubicon et la maîtrise russe de la profondeur opérationnelle
Tandis que les forces ukrainiennes concentrent leurs drones sur la défense immédiate du front, les unités russes spécialisées dans les frappes en profondeur ont développé une expertise redoutable. Le groupe Rubicon, dont le nom est devenu synonyme d’opérations de précision à longue portée, incarne cette menace émergente. Ses drones BM-35, capables eux aussi d’opérer à plus de 200 kilomètres de leur point de lancement, ont déjà frappé des aérodromes ukrainiens situés profondément à l’arrière du front.
Une vidéo récente diffusée par cette unité d’élite montre une série de frappes contre des installations aériennes ukrainiennes, incluant ce qui semble être un chasseur F-16 de fabrication américaine. Si certains analystes suggèrent que l’appareil touché pourrait avoir été un leurre non opérationnel, la facilité avec laquelle les drones russes ont pénétré l’espace aérien ukrainien jusqu’à ces bases stratégiques constitue un avertissement sérieux pour le commandement de Kiev.
Ryan O’Leary, ancien commandant d’une compagnie de volontaires américains combattant aux côtés des forces ukrainiennes, a exprimé publiquement son inquiétude face à cette asymétrie grandissante. Dans une analyse largement partagée sur les réseaux sociaux, il souligne que le groupe Rubicon fait exactement l’inverse des forces ukrainiennes : plutôt que de concentrer ses ressources sur les combats de la ligne de contact, il projette sa puissance de feu dans la profondeur opérationnelle, frappant camions, trains et aérodromes avec une impunité croissante.
L’émergence du groupe Rubicon comme force de frappe en profondeur révèle une adaptation russe remarquable aux réalités de la guerre moderne, adaptation que l’Ukraine tarde dangereusement à contrecarrer.
Le débat stratégique au sein du commandement ukrainien
La question de l’allocation des ressources dronesques entre les opérations de première ligne et les frappes en profondeur alimente des débats intenses au sein du haut commandement ukrainien. Cette tension stratégique oppose deux visions légitimes mais potentiellement incompatibles de la conduite de la guerre. D’un côté, les commandants de corps d’armée, confrontés quotidiennement à la pression des assauts russes, exigent que chaque drone disponible soit déployé pour la défense immédiate de leurs secteurs. De l’autre, les stratèges préoccupés par la vision à long terme alertent sur les conséquences d’un abandon de la profondeur opérationnelle aux forces ennemies.
Robert Brovdi, commandant des Forces des Systèmes Sans Pilote ukrainiennes, a reconnu publiquement cette réalité difficile. Dans ses déclarations récentes, il explique qu’aucun commandant de corps n’est actuellement disposé à libérer les unités de drones pour des opérations en profondeur. La raison en est simple : ces mêmes unités constituent souvent la dernière ligne de défense contre les percées russes. Dans un contexte où chaque mètre de terrain perdu peut avoir des conséquences stratégiques, la tentation de conserver tous les moyens disponibles pour le combat immédiat est compréhensible, même si elle peut s’avérer stratégiquement contre-productive.
Cette dynamique crée un cercle vicieux particulièrement pernicieux. Plus les drones sont mobilisés pour la défense du front, moins ils sont disponibles pour dégrader la logistique russe. Mais moins la logistique russe est perturbée, plus les forces ennemies sont en mesure d’alimenter leur pression sur le front, nécessitant encore davantage de drones pour la défense immédiate.
Le dilemme auquel fait face le commandement ukrainien illustre la tension éternelle entre les impératifs tactiques du présent et les nécessités stratégiques de l’avenir, tension que seule une direction politique claire peut résoudre.
La crise des effectifs et ses conséquences sur la doctrine drone
Au cœur du problème de la répartition des ressources dronesques se trouve une crise plus profonde qui mine les capacités défensives ukrainiennes : la pénurie chronique d’infanterie formée. Cette réalité, longtemps minimisée dans les communications officielles, explique en grande partie pourquoi les commandants de terrain refusent obstinément de libérer leurs unités de drones pour des missions en profondeur. Les FPV et les drones bombardiers ne se contentent pas de soutenir l’infanterie ; ils la remplacent de plus en plus souvent dans des fonctions de surveillance, d’alerte et même de contre-attaque.
Les brigades ukrainiennes, décimées par près de quatre années de combats intensifs et confrontées à des difficultés de recrutement persistantes, dépendent de manière vitale de leurs opérateurs de drones pour maintenir la cohérence de leur dispositif défensif. Un bataillon qui aurait normalement besoin de plusieurs centaines de soldats pour tenir une ligne peut aujourd’hui fonctionner avec des effectifs réduits, à condition de disposer d’un nombre suffisant de drones pour compenser la diminution de la présence humaine. Cette adaptation tactique, bien qu’ingénieuse, transforme les drones en ressource non substituable pour le combat de première ligne.
L’ironie de la situation n’échappe pas aux observateurs les plus perspicaces : c’est paradoxalement un afflux d’infanterie fraîche qui pourrait libérer les drones pour les missions de frappe en profondeur. Avec davantage de soldats pour tenir les lignes, les commandants seraient moins réticents à rediriger une partie de leurs moyens aériens vers l’interdiction logistique de l’ennemi.
La dépendance excessive aux drones pour compenser les carences en infanterie constitue une solution tactique brillante à court terme, mais elle hypothèque gravement les options stratégiques de l’Ukraine à moyen et long terme.
Les enjeux logistiques de la guerre en profondeur
La guerre moderne est, avant tout, une guerre de logistique. Cette vérité séculaire, énoncée par Napoléon et réaffirmée par chaque conflit majeur depuis lors, trouve une illustration particulièrement frappante dans l’affrontement russo-ukrainien. Les soldats les plus courageux, équipés des armes les plus sophistiquées, ne peuvent combattre sans munitions, sans carburant, sans nourriture. Et ces approvisionnements vitaux doivent parcourir des centaines de kilomètres depuis les arsenaux et les dépôts de l’arrière jusqu’aux unités engagées sur le front.
C’est précisément cette vulnérabilité que les frappes en profondeur visent à exploiter. Un drone FP-2 qui détruit un dépôt de munitions à 150 kilomètres du front peut avoir un impact opérationnel supérieur à des dizaines de FPV frappant des positions russes sur la ligne de contact. La destruction d’un centre de maintenance pour véhicules blindés peut immobiliser des dizaines de chars et de transports de troupes qui auraient autrement participé aux assauts. L’élimination d’un nœud de communication peut désorganiser le commandement d’un secteur entier pendant des heures cruciales.
Ryan O’Leary résume cette logique en une formule percutante : la guerre des drones ne se gagne pas en comptant les morts d’aujourd’hui, mais en contrôlant l’espace de demain. La maîtrise de la profondeur opérationnelle détermine le mouvement, la logistique, la surveillance, les communications et les processus décisionnels, non seulement dans les tranchées, mais dans l’ensemble du secteur concerné.
Celui qui contrôle la profondeur du champ de bataille contrôle les conditions dans lesquelles se déroulent les combats de première ligne ; cette vérité stratégique devrait guider les choix d’allocation des ressources ukrainiennes.
Les capacités comparées des systèmes de drones en présence
Pour comprendre pleinement les enjeux de la bataille pour la profondeur opérationnelle, il convient d’examiner les caractéristiques techniques des différents systèmes de drones engagés de part et d’autre. Les FPV ukrainiens, ces petits engins kamikazes pilotés à distance, offrent une portée typique de quelques kilomètres seulement, généralement inférieure à dix. Leur coût modique, leur facilité de production et leur efficacité contre les cibles ponctuelles en font l’arme de prédilection pour le combat rapproché, mais leur rayon d’action limité les exclut de toute mission en profondeur.
Les drones bombardiers ukrainiens, plus imposants et capables d’emporter des charges explosives significatives, étendent cette enveloppe opérationnelle jusqu’à environ 20 kilomètres. Ces appareils peuvent frapper des positions d’artillerie, des concentrations de troupes ou des dépôts avancés situés juste derrière la ligne de contact, mais ils demeurent insuffisants pour atteindre les infrastructures logistiques majeures de l’arrière russe.
Le FP-2 et ses équivalents représentent un saut qualitatif considérable, avec une portée opérationnelle pouvant atteindre 200 kilomètres. Ces systèmes, bien que plus coûteux et plus complexes à opérer, ouvrent la possibilité de frappes contre des cibles stratégiques que les autres drones ne peuvent atteindre : aérodromes, dépôts centraux, centres de commandement, nœuds ferroviaires. Du côté russe, le BM-35 du groupe Rubicon offre des capacités comparables, permettant des raids profonds contre les infrastructures ukrainiennes.
La supériorité numérique en FPV ne compense pas l’infériorité en systèmes à longue portée ; c’est un peu comme disposer d’une armée d’archers face à un adversaire équipé de quelques canons capables de frapper votre arrière avec impunité.
Les conséquences stratégiques d'un déséquilibre prolongé
Si la tendance actuelle se poursuit, avec une concentration croissante des ressources dronesques ukrainiennes sur la défense immédiate du front au détriment des frappes en profondeur, les conséquences stratégiques pourraient s’avérer catastrophiques à moyen terme. La logistique russe, relativement épargnée par les attaques de drones, pourrait alimenter un effort de guerre soutenu malgré les pertes considérables subies sur la ligne de contact. Les forces russes, mieux approvisionnées et mieux équipées que leurs adversaires, finiraient par user la résistance ukrainienne par simple attrition matérielle.
Plus préoccupant encore, l’impunité dont jouissent les drones russes de frappe en profondeur leur permet de dégrader progressivement les infrastructures critiques ukrainiennes. Chaque aérodrome endommagé réduit la capacité de l’aviation ukrainienne à opérer efficacement. Chaque nœud logistique détruit complique l’acheminement des fournitures occidentales vers le front. Chaque centre de commandement frappé désorganise les opérations défensives dans son secteur.
Cette érosion cumulative des capacités ukrainiennes, invisible au jour le jour mais inexorable sur la durée, pourrait aboutir à un effondrement soudain de pans entiers du dispositif défensif. L’histoire militaire regorge d’exemples d’armées qui ont tenu héroïquement leurs lignes jusqu’au moment où leur logistique s’est effondrée, entraînant une désintégration rapide et irréversible de leur capacité de résistance.
L’Ukraine gagne peut-être la guerre des tranchées, mais elle risque de perdre la guerre des entrepôts et des routes d’approvisionnement, ce qui rendrait sa victoire tactique parfaitement vaine.
Les solutions envisageables pour rétablir l'équilibre
Face à ce défi stratégique majeur, plusieurs pistes s’offrent au commandement ukrainien pour rétablir l’équilibre dans la bataille pour la profondeur opérationnelle. La première et la plus évidente consisterait à augmenter significativement la production de drones à longue portée comme le FP-2, tout en formant davantage d’opérateurs spécialisés dans les missions d’interdiction logistique. Cette approche quantitative permettrait de mener simultanément les opérations de défense rapprochée et les frappes en profondeur, sans avoir à arbitrer entre les deux.
Une seconde option impliquerait une réorganisation doctrinale, avec la création d’unités de frappe en profondeur directement rattachées au commandement stratégique plutôt qu’aux corps d’armée. Ces formations, échappant aux pressions immédiates des commandants de secteur, pourraient concentrer leurs efforts sur l’interdiction logistique sans être constamment sollicitées pour des missions de défense locale. Cette solution organisationnelle présente toutefois le risque de créer des frictions entre les différents échelons de commandement.
La troisième voie, peut-être la plus efficace mais aussi la plus difficile à mettre en œuvre, passerait par une résolution de la crise des effectifs d’infanterie. Un afflux de combattants formés permettrait de réduire la dépendance aux drones pour la tenue des lignes, libérant ainsi des ressources pour les missions en profondeur. Cette option suppose cependant des efforts de mobilisation et de formation qui s’inscrivent dans un horizon temporel de plusieurs mois, voire d’années.
Les solutions existent, mais leur mise en œuvre requiert une vision stratégique claire et une volonté politique déterminée, deux ingrédients dont la présence au sein du commandement ukrainien reste à démontrer.
Le rôle des alliés occidentaux dans la résolution du dilemme
Les partenaires occidentaux de l’Ukraine ont un rôle crucial à jouer dans la résolution de ce dilemme stratégique. Leur aide pourrait prendre plusieurs formes complémentaires, chacune contribuant à desserrer l’étau dans lequel se trouve prise la doctrine drone ukrainienne. La fourniture de systèmes de frappe à longue portée, qu’il s’agisse de drones avancés ou de missiles de croisière comme les ATACMS américains ou les Storm Shadow britanniques, permettrait d’assurer une partie de la mission d’interdiction logistique sans puiser dans les ressources dronesques nationales.
L’assistance à la formation d’unités d’infanterie constitue une autre contribution potentiellement décisive. Les programmes de formation accélérée mis en place dans plusieurs pays européens pourraient être élargis et intensifiés pour aider l’Ukraine à reconstituer plus rapidement ses forces terrestres. Chaque brigade formée à l’étranger représente autant de soldats disponibles pour tenir les lignes, et donc autant de drones potentiellement libérables pour d’autres missions.
Enfin, le transfert de technologies et de savoir-faire dans le domaine de la production de drones à longue portée accélérerait la montée en puissance des capacités industrielles ukrainiennes. L’Ukraine a déjà démontré une capacité remarquable à développer et produire ses propres systèmes d’armes ; un soutien technique occidental pourrait multiplier cette capacité de manière significative.
L’Occident ne peut se contenter de fournir des armes à l’Ukraine ; il doit l’aider à développer une stratégie cohérente pour les employer de manière optimale, ce qui suppose un engagement plus profond dans la réflexion doctrinale commune.
Les leçons plus larges pour la guerre moderne
Au-delà de son importance immédiate pour l’issue du conflit russo-ukrainien, le débat sur la répartition des ressources dronesques entre le combat rapproché et les frappes en profondeur offre des enseignements précieux pour l’ensemble des forces armées confrontées aux réalités de la guerre moderne. La tentation de concentrer tous les moyens disponibles sur les urgences tactiques immédiates, au détriment de la vision stratégique à long terme, constitue un piège dans lequel tombent régulièrement les commandements militaires sous pression.
Le conflit ukrainien démontre également que la supériorité numérique dans une catégorie de systèmes d’armes ne garantit pas nécessairement l’avantage opérationnel global. L’Ukraine possède probablement davantage de drones que la Russie sur le théâtre des opérations, mais cette supériorité quantitative pourrait s’avérer insuffisante si elle ne s’accompagne pas d’une répartition optimale des moyens entre les différentes missions. La qualité de l’emploi importe autant, sinon plus, que la quantité des équipements.
Enfin, ce cas d’étude illustre l’importance cruciale de la pensée systémique dans la conduite de la guerre contemporaine. Les drones, l’infanterie, la logistique, le commandement forment un ensemble interconnecté où chaque élément influence tous les autres. Une décision apparemment anodine concernant l’allocation des drones peut avoir des répercussions en cascade sur l’ensemble du dispositif militaire.
L’Ukraine offre au monde un laboratoire grandeur nature des guerres de demain ; les leçons qui s’en dégagent mériteront d’être étudiées pendant des décennies par les stratèges de toutes les nations.
Les perspectives d'évolution de la situation dans les mois à venir
L’évolution de la bataille pour la profondeur opérationnelle au cours des prochains mois dépendra de plusieurs facteurs interdépendants dont l’issue reste incertaine. La capacité de l’industrie de défense ukrainienne à monter en puissance dans la production de drones à longue portée constituera un élément déterminant. Les efforts de mobilisation et de formation en cours détermineront si le commandement ukrainien disposera des effectifs d’infanterie nécessaires pour desserrer l’étau sur ses unités de drones.
Du côté russe, la question se pose de savoir si le groupe Rubicon et les autres unités de frappe en profondeur pourront maintenir leur tempo opérationnel face aux contre-mesures ukrainiennes qui ne manqueront pas de se développer. L’intensification des frappes russes sur les infrastructures ukrainiennes pourrait également forcer Kiev à reconsidérer ses priorités et à consacrer davantage de ressources à la guerre en profondeur, ne serait-ce que pour des raisons défensives.
L’attitude des partenaires occidentaux jouera également un rôle significatif. Un renforcement de l’aide en systèmes de frappe à longue portée ou en équipements de défense anti-aérienne modifierait substantiellement l’équation stratégique. À l’inverse, une diminution du soutien occidental, dans le contexte d’une éventuelle fatigue des opinions publiques ou de réalignements politiques, aggraverait encore les difficultés ukrainiennes.
L’avenir de la guerre en Ukraine se joue autant dans les chancelleries occidentales et les usines d’armement que sur les champs de bataille du Donbass et de Zaporijjia.
Conclusion
Au terme de cette analyse, une conclusion s’impose avec force : l’Ukraine ne peut se permettre de continuer à négliger la bataille pour la profondeur opérationnelle au profit exclusif du combat de première ligne. La domination tactique sur la zone de contact, aussi impressionnante soit-elle, ne suffira pas à assurer la victoire si l’ennemi conserve la liberté d’opérer dans les profondeurs du champ de bataille. Le paradoxe stratégique actuel, où l’Ukraine excelle près du front mais cède du terrain dans la zone arrière, doit être résolu sous peine de voir ses succès tactiques annulés par l’attrition de ses capacités logistiques et de ses infrastructures critiques.
Cette résolution passe par des choix difficiles que le commandement ukrainien semble encore réticent à effectuer. Elle suppose d’accepter que la sécurité absolue de chaque mètre de front n’est pas toujours la priorité stratégique suprême, et que certains risques tactiques doivent être pris pour préserver les conditions de la victoire à long terme. Elle exige une vision systémique de la guerre qui dépasse les préoccupations immédiates de chaque commandant de secteur pour embrasser l’ensemble du théâtre des opérations.
Les frappes du FP-2 contre les installations logistiques russes dans l’oblast de Zaporijjia montrent que l’Ukraine possède les capacités techniques pour mener cette guerre en profondeur. La question est de savoir si elle possède également la volonté politique et le cadre organisationnel pour les déployer à l’échelle nécessaire. L’issue du conflit pourrait bien dépendre de la réponse à cette question.
La vraie mesure du génie stratégique n’est pas de gagner les batailles d’aujourd’hui, mais de créer les conditions qui rendront les batailles de demain plus faciles à remporter ; c’est précisément ce test que l’Ukraine doit maintenant réussir.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Cette analyse s’appuie sur les informations publiquement disponibles concernant les opérations de drones dans le conflit russo-ukrainien, notamment les déclarations officielles des forces armées ukrainiennes, les analyses d’experts militaires indépendants et les rapports des médias spécialisés dans les questions de défense. L’auteur n’a pas d’accès privilégié aux informations classifiées et fonde son analyse sur le recoupement de sources ouvertes.
Les évaluations concernant les capacités comparées des systèmes de drones ukrainiens et russes reposent sur les spécifications techniques publiées par les fabricants et les observations des analystes de l’industrie de défense. Les portées opérationnelles mentionnées (quelques kilomètres pour les FPV, environ 20 kilomètres pour les drones bombardiers, jusqu’à 200 kilomètres pour le FP-2 et le BM-35 russe) correspondent aux estimations généralement acceptées par la communauté des experts, bien qu’elles puissent varier selon les conditions d’emploi.
Les citations attribuées à Ryan O’Leary et Robert Brovdi proviennent de leurs déclarations publiques sur les réseaux sociaux et dans les médias, telles que rapportées par Euromaidan Press et d’autres sources fiables. L’auteur a pris soin de restituer fidèlement le sens de leurs propos tout en les intégrant dans le cadre analytique de cet article.
Cette analyse reflète l’état des connaissances disponibles au moment de sa rédaction, début février 2026. La situation sur le terrain évolue rapidement et certaines des évaluations présentées ici pourraient nécessiter une révision à la lumière de développements ultérieurs.
Sources
Sources primaires
Ukraine dominates the drone war at the front but Russia owns the sky behind it – 5 février 2026
Vidéo des frappes FP-2 par les Forces d’opérations spéciales ukrainiennes – 5 février 2026
Déclaration de Robert Brovdi, commandant des Forces des Systèmes Sans Pilote – février 2026
Analyse de Ryan O’Leary sur la guerre des drones en profondeur – février 2026
Sources secondaires
Russia just blew up a fake F-16 – 30 janvier 2026
Couverture du conflit russo-ukrainien 2022-2026 par Euromaidan Press – 2022-2026
Analyse des systèmes d’armes ukrainiens par Militarnyi – 2022-2026
Rapports sur l’assistance militaire à l’Ukraine par le Département de la Défense des États-Unis – 2022-2026
Analyses du conflit ukrainien par l’International Institute for Strategic Studies – 2022-2026
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