Prenons un instant de recul pour mesurer l’aberration de la situation. La Corée du Nord et l’Ukraine sont séparées par plus de sept mille kilomètres. Ces deux pays n’ont jamais eu le moindre contentieux territorial, la moindre rivalité historique, la moindre raison de se faire la guerre. Un citoyen nord-coréen moyen, s’il existe une telle chose dans un pays où l’information est contrôlée de la naissance à la mort, aurait été bien en peine de situer l’Ukraine sur une carte avant 2022. Et pourtant, des Nord-Coréens tuent des Ukrainiens aujourd’hui, et des Ukrainiens tuent des Nord-Coréens, dans une absurdité géopolitique qui défie l’entendement.
Ces soldats ne combattent pas pour défendre leur patrie, ni pour une idéologie qu’ils auraient librement choisie, ni même pour de l’argent qu’ils pourraient dépenser ; ils meurent parce que leur dictateur a trouvé un moyen de monétiser leur existence en les louant à un autre tyran.
La région de Koursk est devenue, depuis l’audacieuse incursion ukrainienne d’août 2024, un symbole de l’humiliation que Vladimir Poutine refuse d’accepter. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, des forces étrangères occupent une partie du territoire russe. Pour le maître du Kremlin, obsédé par l’image de puissance qu’il projette, cette situation est intolérable. Reconquérir Koursk est devenu une priorité absolue, quitte à y sacrifier des soldats venus de l’autre bout du monde, des hommes dont la mort ne suscitera aucune protestation sur la place Rouge, aucune question embarrassante dans les médias russes, aucune demande de comptes de la part de familles endeuillées.
Le profil terrifiant du soldat nord-coréen envoyé au front
Qui sont ces hommes qui meurent dans l’anonymat des tranchées de Koursk ? Essayons de comprendre leur parcours, exercice d’empathie aussi nécessaire que douloureux. Ils ont grandi dans l’un des pays les plus fermés au monde, nourris dès l’enfance de propagande célébrant la dynastie des Kim comme une lignée quasi-divine. Ils n’ont jamais connu Internet tel que nous le connaissons, n’ont jamais eu accès à une information non filtrée par l’État, n’ont probablement jamais imaginé que leur vie prendrait un tel tournant.
Toute leur formation militaire les préparait à un éventuel conflit sur la péninsule coréenne, contre les Américains et leurs alliés sud-coréens dépeints comme des ennemis héréditaires. Et puis, sans explication véritable, on les a embarqués vers une destination inconnue, pour combattre des gens dont ils n’avaient jamais entendu parler. Le choc culturel et climatique doit être immense. L’hiver russe est impitoyable, bien plus rude que celui de la péninsule coréenne. La barrière linguistique avec leurs supposés alliés russes est quasi infranchissable. Les tactiques de la guerre moderne en Ukraine, dominée par les drones et l’artillerie de précision, n’ont rien à voir avec les exercices de parade de Pyongyang.
Ces soldats ne sont pas des mercenaires venus chercher fortune, ce sont des esclaves en uniforme, exportés comme des marchandises, incapables de déserter sous peine de condamner leurs familles restées au pays à des années de camp de travail ou pire.
Les témoignages qui filtrent, aussi rares et fragmentaires soient-ils, dressent un tableau glaçant. Certains auraient reçu l’ordre de se suicider plutôt que d’être capturés, car un prisonnier nord-coréen entre les mains des Ukrainiens constituerait un désastre de propagande pour le régime. D’autres auraient été vus errant, perdus, désorientés, incapables de communiquer avec des Russes qui les traitent souvent avec mépris. La guerre de drones qui définit le conflit ukrainien les prend totalement au dépourvu. Ces insectes métalliques qui surgissent du ciel, repèrent les positions et guident les frappes d’artillerie avec une précision mortelle, rien dans leur entraînement ne les avait préparés à cette réalité.
Ce que Moscou gagne dans ce marché faustien
Pour la Russie, l’équation est d’une simplicité cynique. La guerre d’usure engagée depuis février 2022 a déjà coûté la vie à des centaines de milliers de soldats russes, selon les estimations occidentales. Le recrutement devient de plus en plus difficile malgré des primes d’engagement qui atteignent des sommets historiques. La mobilisation partielle de septembre 2022 a laissé des cicatrices profondes dans la société russe, où les familles des mobilisés exigent des comptes. Une nouvelle vague de conscription massive serait politiquement risquée, même pour un régime aussi autoritaire que celui de Poutine.
Les soldats nord-coréens représentent pour le Kremlin la solution idéale : des combattants qui ne demandent pas de salaires exorbitants, qui obéissent aux ordres les plus suicidaires, et dont la mort ne provoquera jamais la moindre manifestation devant les grilles du pouvoir.
Cette externalisation de la mort a quelque chose d’obscène. Poutine peut poursuivre sa guerre de conquête sans épuiser les ressources démographiques de son propre pays, en utilisant des hommes venus d’ailleurs, des hommes dont il n’aura jamais à justifier le sacrifice devant son peuple. C’est une forme de sous-traitance militaire qui rappelle les pires heures de l’histoire coloniale, quand les puissances européennes envoyaient des troupes coloniales mourir pour leurs ambitions impériales. La différence, c’est qu’aujourd’hui cette pratique se déroule sous les yeux du monde entier, documentée par des satellites et des drones, et que le monde choisit de détourner le regard.
Ce que Pyongyang obtient en échange du sang versé
De l’autre côté de ce marché macabre, Kim Jong-un n’est pas en reste. Les avantages pour la Corée du Nord sont multiples et substantiels. D’abord, des devises étrangères dans un pays asphyxié par des décennies de sanctions internationales. L’économie nord-coréenne, déjà fragile, a été durement touchée par la fermeture des frontières pendant la pandémie de Covid-19. Chaque dollar qui entre dans les caisses du régime contribue à sa survie et à celle de l’appareil sécuritaire qui maintient la population sous contrôle.
Ensuite, et peut-être surtout, un accès potentiel à des technologies militaires russes avancées. Les domaines qui intéressent particulièrement Pyongyang sont bien identifiés : les missiles balistiques, les systèmes de satellites, la guerre électronique. La Russie, isolée par les sanctions occidentales, a moins de scrupules qu’auparavant à partager des technologies sensibles avec son partenaire nord-coréen. Ce qui était impensable il y a quelques années devient possible dans le nouveau contexte géopolitique créé par la guerre en Ukraine.
Kim Jong-un a compris que ses citoyens constituaient sa principale monnaie d’échange dans le grand bazar des relations internationales entre régimes parias, et il n’hésite pas à les vendre au plus offrant.
Enfin, l’expérience de combat acquise par les soldats nord-coréens en Ukraine constitue un atout inestimable pour l’avenir. Les trois mille hommes qui seraient déjà rentrés au pays, selon les renseignements ukrainiens, rapportent avec eux un savoir-faire pratique que des décennies d’exercices et de manoeuvres ne pourraient jamais égaler. Ils ont vu la guerre moderne de près, ont survécu aux drones, ont appris à se coordonner sous le feu. Ce capital d’expérience, transmis à l’armée populaire de Corée, pourrait modifier l’équilibre militaire dans la péninsule coréenne si jamais le conflit gelé depuis 1953 venait à reprendre.
L'impuissance consternante de la communauté internationale
Face à cette situation sans précédent dans l’histoire moderne, que fait la communauté internationale ? Elle condamne, évidemment. Elle exprime sa profonde préoccupation dans des communiqués soigneusement calibrés. Elle publie des déclarations solennelles. Elle convoque des réunions extraordinaires où des diplomates en costumes sombres prononcent des discours que personne n’écoute. Et puis, fondamentalement, elle ne fait rien de plus. L’écart entre les paroles et les actes n’a jamais été aussi béant.
Les Nations Unies ont dénoncé cette coopération militaire comme une violation flagrante des résolutions du Conseil de sécurité interdisant tout transfert d’armes vers la Corée du Nord. Belle dénonciation, mais parfaitement inutile. Quand deux des cinq membres permanents du Conseil, la Russie et la Chine, sont directement ou indirectement impliqués dans l’affaire, le système onusien tourne à vide. Le veto russe bloque toute initiative concrète, et le silence chinois vaut approbation tacite.
Nous vivons dans un monde où un dictateur peut louer ses soldats comme on loue des machines agricoles, et où la seule réponse de la communauté internationale consiste à froncer les sourcils d’un air désapprobateur avant de passer à autre chose.
Les États-Unis et leurs alliés ont imposé de nouvelles sanctions, ciblant les réseaux financiers et logistiques qui facilitent cette collaboration. L’Union européenne a ajouté des noms à ses listes noires. Le Japon et la Corée du Sud ont renforcé leur coopération en matière de renseignement. Mais toutes ces mesures ressemblent à des coups d’épée dans l’eau face à des régimes qui ont depuis longtemps appris à contourner les restrictions internationales. Les sociétés écrans, les intermédiaires, les circuits financiers parallèles permettent à Moscou et Pyongyang de poursuivre leurs affaires comme si de rien n’était.
Le jeu trouble et calculateur de Pékin
La Chine, acteur incontournable de cette équation régionale, maintient son ambiguïté habituelle. Pékin n’approuve pas officiellement cette coopération militaire russo-nord-coréenne, consciente de l’image désastreuse que cela projetterait. Mais elle ne fait rien de concret pour la contrecarrer. Ses intérêts stratégiques lui commandent de maintenir des relations fonctionnelles avec ses deux voisins autoritaires, quoi qu’ils fassent.
La relation triangulaire entre ces trois puissances crée un espace gris dans lequel les pires abus peuvent prospérer. La Chine a besoin de la Russie comme contrepoids face aux États-Unis. Elle a besoin de la Corée du Nord comme zone tampon entre son territoire et les forces américaines stationnées au sud de la péninsule. Elle ne peut donc pas se permettre de froisser l’un ou l’autre, même quand leurs actions violent ouvertement le droit international.
Pékin pratique une diplomatie de l’autruche savamment calculée, feignant de ne pas voir ce qui se passe à sa frontière orientale tout en empochant les bénéfices stratégiques de l’affaiblissement de l’ordre international qu’elle conteste depuis des décennies.
Cette passivité chinoise envoie un message désastreux. Elle signifie que les règles internationales peuvent être violées sans conséquence par ceux qui disposent de protecteurs suffisamment puissants. Elle signifie que la souveraineté des États ne s’applique qu’aux faibles. Elle signifie que nous assistons au retour d’un état de nature où la force prime sur le droit. Xi Jinping observe, attend, et laisse ses partenaires tester les limites de ce que le monde est prêt à tolérer. Les leçons qu’il en tire pour ses propres ambitions, notamment concernant Taïwan, ne sont pas rassurantes.
Les conséquences alarmantes pour la péninsule coréenne
À Séoul, on observe la situation avec une inquiétude croissante. Pour la première fois depuis l’armistice de 1953, des soldats nord-coréens acquièrent une expérience de combat réelle dans un conflit de haute intensité. Cette expérience, transmise aux forces restées au pays, pourrait modifier l’équilibre militaire régional de manière significative. Les soldats nord-coréens apprennent sur le terrain ukrainien les tactiques de la guerre moderne, l’utilisation des drones, les techniques de survie face à l’artillerie de précision.
La Corée du Nord transforme la boucherie de Koursk en école de guerre pour ses futures opérations, un investissement dans sa capacité de nuisance qui devrait alarmer tous ceux qui espèrent encore une paix durable dans la péninsule.
Le gouvernement sud-coréen a réagi en intensifiant son soutien à l’Ukraine, notamment par la fourniture de matériel militaire et de munitions d’artillerie. Cette décision, longtemps hésitante, est devenue inévitable face à l’implication directe de Pyongyang dans le conflit. La guerre en Ukraine n’est plus seulement une affaire européenne ; elle est devenue un enjeu de sécurité majeur pour l’Asie du Nord-Est. Les services de renseignement sud-coréens analysent chaque information qui filtre du front, cherchant à évaluer comment cette coopération militaire transformera les capacités de l’armée populaire de Corée.
Le précédent catastrophique du mercenariat d'État
Au-delà du cas spécifique de la Corée du Nord, cette situation crée un précédent extrêmement préoccupant. Si un État peut impunément louer ses soldats à un autre pour combattre dans une guerre d’agression, sans subir de conséquences significatives, qu’est-ce qui empêchera d’autres de suivre cet exemple ? Le mercenariat d’État, autrefois impensable, devient une option viable pour les régimes autoritaires désireux de monétiser leurs populations.
On pourrait objecter que ce type de coopération militaire a toujours existé. Les légions étrangères, les corps expéditionnaires, les conseillers militaires. Mais la situation actuelle diffère qualitativement. Il ne s’agit pas de volontaires choisissant librement de servir sous un drapeau étranger. Il s’agit de soldats conscrits, envoyés sans leur consentement, dans un pays dont ils ignoraient tout, pour servir les intérêts de deux autocrates qui les considèrent comme des pions jetables.
Nous assistons peut-être à la naissance d’un nouveau marché international, celui des armées à louer, où les dictatures pauvres en ressources mais riches en population pourront vendre leurs jeunes hommes comme chair à canon au plus offrant.
Human Rights Watch et Amnesty International ont dénoncé cette pratique comme une forme moderne d’esclavage militaire. Les soldats nord-coréens n’ont pas le choix de leur engagement. Ils ne peuvent pas refuser, déserter ou se rendre. Leurs familles sont tenues en otage par le système de responsabilité collective qui caractérise le régime. Déserter signifierait condamner ses proches au camp de travail ou à l’exécution. C’est une coercition totale, une négation absolue de la dignité humaine, qui se déroule sous nos yeux en 2026.
Le silence complice des puissances émergentes
Dans cette tragédie, le silence de certains acteurs majeurs est révélateur des fractures qui traversent le monde contemporain. L’Inde, qui maintient des relations traditionnellement bonnes avec Moscou, évite soigneusement le sujet. New Delhi continue d’acheter du pétrole russe à prix réduit et se garde bien de critiquer son partenaire stratégique. Le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Indonésie, tous ces pays qui prônent un nouvel ordre mondial plus équitable, restent remarquablement discrets.
Le monde multipolaire que certains appellent de leurs voeux ressemble de plus en plus à une jungle où les prédateurs s’allient contre leurs proies, et où les principes moraux ne valent que tant qu’ils ne gênent pas les intérêts économiques immédiats.
Cette passivité généralisée signifie que les violations les plus flagrantes du droit international peuvent être tolérées quand elles sont commises par des États disposant de puissants protecteurs. Elle signifie que le système des Nations Unies est devenu une coquille vide. Elle signifie que nous entrons dans une ère où les plus forts feront ce qu’ils veulent et où les plus faibles subiront ce qu’ils doivent. Thucydide avait décrit ce monde il y a deux mille cinq cents ans. Nous pensions l’avoir dépassé. Nous nous trompions.
Quels scénarios pour les mois à venir
Que peut-il se passer maintenant ? Plusieurs trajectoires sont envisageables, aucune particulièrement réjouissante. Le premier scénario, le plus probable à court terme, est la continuation du statu quo. Les soldats nord-coréens restent déployés, subissent des pertes, sont remplacés par de nouveaux contingents. La guerre continue son cours sanglant, et cette dimension nord-coréenne devient une partie acceptée du paysage conflictuel, une anomalie normalisée par la répétition.
Le deuxième scénario verrait une escalade significative. Des troupes supplémentaires pourraient être déployées sur d’autres secteurs du front. Des technologies plus sophistiquées pourraient être échangées, la Russie fournissant à Pyongyang ce dont elle a besoin pour son programme nucléaire et balistique. La Corée du Nord pourrait devenir un véritable co-belligérant, avec toutes les implications que cela comporterait pour la stabilité mondiale.
Chaque jour qui passe sans réaction ferme de la communauté internationale renforce la conviction à Moscou et à Pyongyang que tout est permis, que l’impunité est garantie, que le monde a définitivement renoncé à faire respecter ses propres règles.
Un troisième scénario, plus optimiste mais moins probable, verrait une pression internationale suffisante pour contraindre Pyongyang à retirer ses troupes. Cela nécessiterait une coalition incluant la Chine, seul pays disposant d’un véritable levier sur la Corée du Nord. Les chances que Pékin accepte ce rôle semblent minces dans le contexte actuel de rivalité sino-américaine exacerbée.
Ce que cette crise révèle de notre époque
La présence de soldats nord-coréens en Russie nous dit quelque chose de profondément troublant sur l’état de notre monde. Elle nous dit que les systèmes de gouvernance internationale sont devenus largement impuissants face aux régimes qui choisissent de les ignorer. Elle nous dit que la vie humaine, dans certaines parties du monde, a une valeur marchande explicite. Elle nous dit que la notion de responsabilité de protéger reste lettre morte quand les violations sont commises par des États disposant de puissants protecteurs.
Elle nous dit aussi que l’interconnexion des conflits est devenue la norme. La guerre en Ukraine n’est plus une guerre régionale. Elle implique des acteurs de tous les continents. Elle redessine les alliances à l’échelle planétaire. Elle préfigure ce que seront les conflits du futur : des guerres par procuration multipliées, des engagements croisés entre puissances rivales, une confusion généralisée des fronts et des camps.
Nous avons construit des tribunaux internationaux, rédigé des conventions solennelles, créé des commissions des droits de l’homme, et tout cet édifice juridique s’effondre face à la réalité brutale du pouvoir nu et des intérêts géopolitiques.
Je refuse pourtant de céder au fatalisme. La tentation est grande de considérer que ces événements nous dépassent, que nous n’y pouvons rien, que le monde a toujours été cruel. Mais c’est précisément l’indifférence des spectateurs qui permet aux atrocités de se perpétuer. Chaque citoyen des démocraties peut interpeller ses représentants. Chaque journaliste peut documenter et enquêter. Chaque organisation de la société civile peut mobiliser et sensibiliser. L’impuissance n’est jamais totale ; elle est souvent une excuse commode pour l’inaction.
L'impératif moral de ne pas détourner le regard
Les soldats nord-coréens qui gèlent et meurent dans les tranchées de Koursk n’ont pas choisi leur sort. Ils sont les victimes d’un système totalitaire qui les a conditionnés depuis la naissance, puis vendus comme du bétail à une puissance étrangère. Nous ne pouvons pas les sauver individuellement. Mais nous pouvons refuser de considérer leur sacrifice forcé comme normal, acceptable, inévitable. Nous pouvons maintenir vivante l’indignation face à l’inacceptable.
Ces hommes dont nous ne connaîtrons jamais les noms, dont les visages ne paraîtront jamais dans nos journaux, dont les familles ne pourront jamais pleurer publiquement, leur sort nous concerne tous. Dans un monde interconnecté, l’injustice commise à un bout de la planète finit toujours par nous rattraper. Aujourd’hui Koursk, demain peut-être ailleurs, plus près de chez nous. Le temps de l’indifférence est un luxe que nous ne pouvons plus nous permettre.Chaque corps qui tombe dans la boue gelée de Koursk est un fils, un frère, un père, dont la famille en Corée du Nord ne saura probablement jamais où ni comment il est mort, condamnée à un deuil impossible parce que le droit de pleurer ses morts est refusé par le régime.
Les champs gelés de Koursk sont loin de nos vies confortables, de nos préoccupations quotidiennes. Mais c’est justement quand les tragédies sont lointaines qu’il faut faire l’effort de s’y intéresser, de comprendre, de s’indigner. Car notre humanité se mesure à notre capacité d’empathie pour ceux qui souffrent loin de nous, hors de notre vue, hors de nos médias saturés d’informations. Ces soldats nord-coréens, réduits au statut de marchandises humaines par un régime qui nie leur dignité, méritent au moins que nous refusions l’indifférence. C’est peu, mais c’est déjà quelque chose. C’est le minimum que nous puissions faire pour rester humains dans un monde qui semble parfois avoir oublié ce que ce mot signifie.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Ce billet constitue un texte d’opinion engagé qui reflète les convictions personnelles de son auteur sur un sujet d’actualité internationale. Les informations factuelles proviennent des sources citées ci-dessous, mais leur interprétation, leur mise en perspective et les jugements de valeur exprimés n’engagent que l’auteur. Le lecteur est invité à consulter les sources originales pour forger sa propre opinion. La Corée du Nord nie officiellement tout déploiement de troupes en Russie, position que contredisent les renseignements ukrainiens, sud-coréens et occidentaux. L’auteur a choisi de donner crédit à ces sources institutionnelles tout en reconnaissant que la vérification indépendante reste difficile dans le brouillard de guerre. Les positions exprimées ne représentent pas nécessairement celles de la rédaction.
Sources
The Korea Times – N. Korean troops still active in Russia’s Kursk region against Ukraine: report (5 février 2026)
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