L’arrogance du pouvoir
Assad a toujours cru qu’il était intouchable. Qu’entre la Russie, l’Iran, et sa propre brutalité, rien ne pouvait l’atteindre. Il a torturé, gazé, bombardé son propre peuple, convaincu que le monde finirait par se lasser, par détourner les yeux. Et pendant un temps, ça a marché. Les grandes puissances ont hésité, tergiversé, laissé faire. Mais les tyrans ont une faille : ils croient que leur peuple, lui aussi, se lassera. Qu’il finira par accepter l’inacceptable, par se soumettre, par survivre dans l’ombre.
Ils se trompent. Toujours.
En 2026, la Syrie n’est plus celle de 2011. Les Syriens ont vu leurs villes réduites en cendres, leurs familles déchirées, leurs rêves piétinés. Ils ont tout perdu. Et quand on a tout perdu, on n’a plus peur. Pas même de la mort. C’est ça, la leçon d’Assad : un tyran peut tuer, mais il ne peut pas tuer l’espoir. Pas éternellement. Pas quand cet espoir devient rage.
Je me demande souvent ce que ressent un dictateur quand il comprend, enfin, que c’est fini. Quand les murs de son palais, ces murs qu’il croyait indestructibles, tremblent sous les cris de la foule. Est-ce qu’il a peur ? Est-ce qu’il regrette ? Est-ce qu’il comprend, ne serait-ce qu’une seconde, l’ampleur du gâchis ? Des centaines de milliers de morts. Des millions de déplacés. Une génération sacrifiée. Pour quoi ? Pour un trône qui s’effondre comme un château de sable. Assad restera dans l’histoire. Pas comme un stratège, pas comme un héros. Comme un boucher. Comme un homme qui a cru pouvoir défier l’histoire, et qui n’a réussi qu’à en accélérer le cours.
La Russie et l’Iran, ces faux amis
Poutine et les mollahs iraniens ont longtemps été les parrains d’Assad. Ils lui ont fourni des armes, de l’argent, des mercenaires. Ils ont bloqué les résolutions de l’ONU, fermé les yeux sur les crimes, couvert les massacres. Mais quand un régime s’effondre, même ses alliés les plus fidèles commencent à calculer. La Russie a ses propres problèmes : une économie en crise, une guerre en Ukraine qui s’enlise, une population qui gronde. L’Iran, lui, est secoué par des protestations internes, une jeunesse qui en a marre des ayatollahs et de leurs aventures à l’étranger.
Alors quand Assad a commencé à vaciller, Moscou et Téhéran ont fait ce qu’ils font toujours : ils ont cherché à sauver ce qui pouvait l’être. Pas Assad. Leurs intérêts. Les tyrans n’ont pas d’amis. Ils n’ont que des complices. Et les complices, quand le vent tourne, deviennent les premiers à tourner le dos.
Damas, ville ouverte : quand la peur change de camp
La capitale sous tension
Damas n’a jamais été aussi vivante. Et aussi dangereuse. Dans les rues, c’est l’euphorie. Sur les toits, ce sont les snipers qui guettent. Le régime n’a pas dit son dernier mot. Les milices pro-Assad, les chabiha, rôdent encore. Elles ont reçu l’ordre de tirer. Mais quelque chose a changé : elles hésitent. Parce que tirer sur la foule, aujourd’hui, ce n’est plus tirer sur des « terroristes ». C’est tirer sur des voisins, des cousins, des frères. C’est signer son propre arrêt de mort.
Les checkpoints, ces symboles de la terreur d’État, sont abandonnés les uns après les autres. Les soldats désertent, les officiers négocient leur reddition. L’armée syrienne, pilier du régime, se délite. Pas par idéologie. Par survie. Parce que personne ne veut mourir pour un homme qui a déjà un pied dans la tombe.
Je pense à ces soldats, ces jeunes souvent, qui ont obéi par peur, par habitude, par résignation. Qui ont peut-être tiré sur des manifestants en 2011, en 2012, en 2015. Qui ont peut-être participés à des raids, à des arrestations, à des tortures. Et qui aujourd’hui, réalisent que tout ça, c’était pour rien. Que le monstre pour lequel ils ont vendu leur âme est en train de tomber. Qu’est-ce qu’ils ressentent ? Du soulagement ? De la honte ? De la peur, maintenant que la vengeance pourrait frapper à leur porte ? L’histoire ne leur pardonnera pas. Mais peut-être que leur propre conscience, si.
Les femmes de la révolution
Si Assad tombe, ce sera aussi grâce aux femmes. Les mères qui ont perdu leurs enfants, les sœurs qui ont vu leurs frères disparaître, les filles qui ont été arrêtées, violées, humiliées. Elles sont dans les rues, voilées ou non, criant leur rage. Elles organisent les manifestations, soignent les blessés, nourrissent les combattants. Elles ont été les premières à braver la peur, les premières à dire non.
Dans un pays où le machisme est une seconde nature, où la répression a toujours visé les femmes en premier, leur présence est une révolution dans la révolution. Elles ne demandent pas la permission. Elles prennent leur place. Et c’est peut-être ça, le vrai signe que rien ne sera plus comme avant : quand les femmes d’un pays comme la Syrie se lèvent, plus aucun tyran ne peut les arrêter.
Et maintenant ? L'après-Assad, entre espoirs et dangers
Le vide du pouvoir
Assad tombe. Et après ? La Syrie est un pays brisé, divisé, traumatisé. Les factions se préparent déjà à se disputer les dépouilles du régime. Les Kurdes, les rebelles modérés, les islamistes, les milices locales… Sans compter les puissances étrangères, Russie et Iran en tête, qui ne lâcheront pas si facilement leur influence. Le risque ? Une guerre civile dans la guerre civile. Un chaos où chacun voudra sa part du gâteau.
Mais il y a aussi, enfin, une lueur. La société civile syrienne, ces médecins, ces enseignants, ces avocats, ces journalistes qui ont résisté dans l’ombre. Qui ont gardé vivante l’idée d’une Syrie libre, démocratique, plurielle. Ils sont là. Ils attendent leur heure. Et cette fois, peut-être, elle est venue.
Je me méfie des lendemains qui chantent. La Syrie d’après-Assad ne sera pas un paradis. Elle sera dure, violente, incertaine. Il y aura des comptes à régler, des vengeances, des trahisons. Mais pour la première fois depuis des années, il y a de l’air. Une possibilité. Un « peut-être ». Et ça, dans un pays où le « non » était la seule réponse possible, c’est déjà une révolution.
La justice, cette dette
Il faudra bien, un jour, parler de justice. De vérité. De réparation. Pour les familles des disparus, pour les survivants des prisons, pour les villes rasées, pour les enfants qui ont grandi dans la guerre. La tentation sera grande de tourner la page, de dire « assez de sang », de pardonner pour avancer. Mais une société ne se reconstruit pas sur l’oubli. Elle se reconstruit sur la vérité.
Assad, ses généraux, ses tortionnaires, devront répondre de leurs crimes. Pas par vengeance. Par nécessité. Parce qu’un pays qui enterre ses morts sans nom, sans justice, sans mémoire, est un pays condamné à revivre les mêmes horreurs.
Le monde regarde. Enfin.
L’Occident et ses hypocrisies
L’Europe et les États-Unis ont longtemps fermé les yeux sur les crimes d’Assad. Par réalpolitik, par lassitude, par calcul. Ils ont laissé faire, ils ont tergiversé, ils ont cru que le « moindre mal » était de laisser un boucher au pouvoir plutôt que de risquer le chaos. Aujourd’hui, alors que le régime s’effondre, ils commencent à parler de « transition démocratique », d' »aide à la reconstruction », de « soutien au peuple syrien ».
Mais où étaient-ils quand il fallait agir ? Où étaient-ils quand les hôpitaux étaient bombardés, quand les enfants mouraient sous les gaz ? La Syrie n’a pas besoin de leurs larmes de crocodile. Elle a besoin de justice. De soutien sans arrière-pensée. D’une reconstruction qui ne soit pas une nouvelle forme de colonisation.
Je me souviens des manifestations de 2011, quand des Syriens brandissaient des pancartes : « Le monde nous regarde-t-il ? » Aujourd’hui, le monde regarde. Enfin. Mais est-ce qu’il voit, vraiment ? Est-ce qu’il comprend que la Syrie ne sera pas « sauvée » par des déclarations, des conférences internationales, des promesses creuses ? La Syrie se sauvera elle-même. Ou elle sombrera. Mais cette fois, ce sera son choix. Pas celui d’un tyran. Pas celui des grandes puissances. Le sien.
Et nous, que faisons-nous ?
Regarder la chute d’Assad depuis notre canapé, c’est facile. C’est même confortable. On peut applaudir, partager des posts sur les réseaux, dire « enfin ». Mais la vraie question, c’est : et maintenant, on fait quoi ? On détourne les yeux, comme d’habitude ? On attend que les Syriens se débrouillent seuls, comme d’habitude ? Ou on comprend, enfin, que leur combat est aussi le nôtre ? Que leur liberté est aussi la nôtre ? Que leur justice est aussi la nôtre ?
La Syrie ne nous demande pas de la sauver. Elle nous demande de ne pas l’abandonner. Encore une fois.
Conclusion : La fin d'une ère, le début d'une autre
Assad n’est pas mort. Mais son régime, si.
Bachar al-Assad est toujours en vie. Peut-être qu’il fuira, peut-être qu’il négociera un exil doré, peut-être qu’il finira ses jours dans un bunker, rongé par la haine et les regrets. Peu importe. Ce qui compte, c’est que la Syrie, elle, respire enfin. Qu’elle ose espérer. Qu’elle ose se lever. Qu’elle ose dire : plus jamais ça.
La route sera longue. Douloureuse. Incertainte. Mais pour la première fois depuis des décennies, elle est ouverte. Et ça, aucun tyran, aucune bombe, aucune milice ne pourra le lui enlever.
Je repense à cette phrase, souvent attribuée à Victor Hugo : « On résiste à l’invasion des armées ; on ne résiste pas à l’invasion des idées. » Assad a résisté aux armées. Aux sanctions. Aux révoltes. Mais il n’a pas résisté à l’idée, têtue, obstinée, indestructible, que son peuple méritait mieux que lui. Que la Syrie méritait mieux que l’enfer qu’il lui avait imposé. Les tyrans tombent toujours. Parfois, il faut des années. Parfois, des décennies. Mais ils tombent. Parce que l’histoire, au fond, est toujours du côté des opprimés. Même quand tout semble perdu. Même quand la nuit est la plus noire. L’aube finit toujours par se lever. Même en Syrie.
Et demain ?
Demain, la Syrie devra se reconstruire. Pas seulement ses villes, ses routes, ses écoles. Son âme. Elle devra apprendre à vivre sans la peur, sans la haine, sans la division. Elle devra trouver un chemin entre la vengeance et l’oubli, entre la justice et la réconciliation. Ce ne sera pas facile. Ce ne sera pas joli. Ce ne sera pas rapide.
Mais ce sera à elle. Enfin.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d’organisations intergouvernementales, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse, Bloomberg News, Xinhua News Agency).
Sources secondaires : publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche établies, rapports d’organisations sectorielles (The Washington Post, The New York Times, Financial Times, The Economist, Foreign Affairs, Le Monde, The Guardian).
Les données statistiques, économiques et géopolitiques citées proviennent d’institutions officielles : Agence internationale de l’énergie (AIE), Organisation mondiale du commerce (OMC), Fonds monétaire international (FMI), Banque mondiale, instituts statistiques nationaux.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
The Atlantic – The Fall of the House of Assad – 3 février 2026
Sources secondaires
Reuters – Syrian protests escalate as Assad regime shaken – 3 février 2026
BBC – Syria: How Assad’s regime collapsed in days – 4 février 2026
Le Monde – En Syrie, le régime de Bachar al-Assad vacille sous la pression populaire – 4 février 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.