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BILLET : Quand la guerre se joue aussi dans l’ombre des satellites et des balles
Crédit: Adobe Stock

Un parcours jalonné de controverses

Vladimir Alekseev n’est pas un inconnu. Né en 1961 en Ukraine soviétique, il a gravi les échelons du GRU pour devenir l’un des hommes les plus puissants et les plus craints de l’appareil militaire russe. En 2016, les États-Unis l’ont sanctionné pour son rôle dans les ingérences électorales. En 2018, le Royaume-Uni et l’Union européenne l’ont accusé d’avoir orchestré l’empoisonnement de Sergei Skripal, un ancien agent double russe, à Salisbury. En 2022, il a négocié la reddition des défenseurs de l’usine Azovstal à Marioupol, promettant un traitement conforme aux Conventions de Genève. Pourtant, les prisonniers ukrainiens ont subi tortures et mauvais traitements. Denys Prokopenko, commandant du bataillon Azov, a écrit sur Facebook : « Même si Alekseev survit cette fois, il ne dormira plus paisiblement. Et un jour, tout cela se terminera » .

Son parcours est celui d’un homme qui a toujours été au cœur des opérations les plus sensibles. En 2023, il a été envoyé pour négocier avec Yevgeny Prigozhin, chef du groupe Wagner, lors de sa rébellion avortée. Alekseev était là, au milieu du chaos, pour ramener l’ordre. Aujourd’hui, c’est lui qui est dans le chaos. Un homme qui a passé sa vie à manipuler les ombres se retrouve soudainement exposé à la lumière crue d’une tentative d’assassinat.

Quand j’ai lu que Alekseev avait été envoyé négocier avec Prigozhin, j’ai pensé à une scène de film. Deux hommes puissants, l’un représentant l’État, l’autre le défiant. Et au milieu, Alekseev, l’homme qui sait trouver les mots, les compromis, les solutions. Mais aujourd’hui, il n’y a plus de négociation possible. Juste des balles, un couloir d’immeuble, et un homme qui tombe. Est-ce que c’est ça, la justice ? Ou juste la loi de la guerre, qui finit toujours par rattraper ceux qui la font ?

La réaction du Kremlin : entre colère et impuissance

La réaction du Kremlin a été immédiate. Dmitri Peskov, porte-parole de Vladimir Poutine, a confirmé l’attaque et appelé les services de sécurité à renforcer la protection des hauts gradés. Sergei Lavrov, lui, n’a pas mâché ses mots : pour lui, c’est une preuve de plus que l’Ukraine ne veut pas la paix. « Ces provocations visent à déstabiliser le processus de négociation », a-t-il déclaré. Pourtant, Kyiv n’a toujours pas réagi officiellement. Silence radio. Comme si, une fois de plus, la guerre se jouait aussi dans le non-dit, dans les sous-entendus, dans l’art de ne pas répondre .

Mais derrière les déclarations officielles, il y a une réalité plus troublante. Depuis 2022, plusieurs généraux russes ont été tués ou blessés dans des attentats. Chaque fois, le Kremlin accuse l’Ukraine. Chaque fois, Kyiv garde le silence. Est-ce une stratégie ? Une façon de semer le doute, de faire planer la menace sans jamais l’assumer ? Ou est-ce simplement la nouvelle norme de cette guerre, où les règles du jeu ont changé, où tout est permis, où même les généraux ne sont plus en sécurité ?

Je me demande ce que ressentent les Russes ordinaires en entendant cette nouvelle. Est-ce qu’ils ont peur ? Est-ce qu’ils se sentent en danger ? Ou est-ce qu’ils se disent que c’est le prix à payer pour une guerre qui, officiellement, n’existe même pas ? Parce que oui, en Russie, on n’appelle pas ça une guerre. On appelle ça une « opération militaire spéciale ». Un euphémisme qui sonne de plus en plus creux à mesure que les corps s’accumulent. Et aujourd’hui, c’est celui d’un général qui gît dans un lit d’hôpital, entre la vie et la mort.

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