De Monroe à Donroe : l’évolution d’une obsession
L’arrivée de Trump à la Maison Blanche pour un second mandat n’a pas seulement marqué le retour d’un style politique brutal et transactionnel. Elle a signifié la réactivation d’une vision hégémonique de l’Amérique que beaucoup croyaient révolue. Dès son investiture, les signaux étaient clairs : renommer le golfe du Mexique en « golfe d’Amérique », menacer d’annexer le Groenland et peut-être même le Canada, reprendre le canal de Panama. Ces déclarations, que beaucoup ont prises pour des rodomontades trumpiennes, cachaient en réalité une stratégie cohérente de reconquête impériale. La doctrine Donroe n’est pas née du jour au lendemain. Elle est le fruit d’une réflexion stratégique menée par les faucons de l’administration Trump, avec en tête le secrétaire d’État Marco Rubio, lui-même d’origine cubaine et obsédé par la lutte contre les régimes de gauche en Amérique latine.
Le document clé pour comprendre cette nouvelle doctrine est la Stratégie de sécurité nationale publiée en décembre 2025. Dans ce texte dense et agressif, l’administration Trump redéfinit l’hémisphère occidental comme une zone d’intérêt vital pour les États-Unis. Plus qu’une simple sphère d’influence, c’est désormais un domaine à protéger contre toute intrusion extérieure, qu’elle vienne de la Chine, de la Russie ou de l’Iran. Le document parle explicitement d’un « corollaire Trump » à la doctrine Monroe, établissant que les États-Unis se réservent le droit d’agir unilatéralement pour préserver leurs intérêts dans la région. Cette formulation, d’une brutalité rare dans les documents diplomatiques modernes, marque un tournant radical dans la politique étrangère américaine.
Les architectes de la nouvelle hégémonie
Derrière cette doctrine se cachent des hommes et des femmes convaincus que l’Amérique a baissé la garde face aux menaces extérieures. Marco Rubio, le nouveau secrétaire d’État, incarne parfaitement cette ligne dure. Fils d’immigrés cubains ayant fui le régime castriste, Rubio a fait de la lutte contre le socialisme latino-américain son cheval de bataille. Dans ses interventions publiques, il martèle un message simple : l’hémisphère occidental appartient aux États-Unis, et toute présence hostile sera éradiquée. Cette rhétorique, qui rappelle les heures les plus sombres de la guerre froide, trouve un écho favorable dans une administration obsédée par la compétition avec la Chine.
Car c’est bien là le cœur du problème. La doctrine Donroe ne vise pas seulement les régimes de gauche latino-américains. Elle cherche avant tout à contrer l’influence grandissante de Pékin dans la région. Les investissements chinois en Amérique latine ont explosé ces dernières années : ports, mines, infrastructures, la Chine est devenue le premier partenaire commercial de nombreux pays de la région. Pour Washington, cette présence représente une menace existentielle. D’où cette réaction brutale, cette volonté de reprendre le contrôle par tous les moyens, y compris militaires. La capture de Maduro n’est que la première manifestation spectaculaire de cette nouvelle politique. D’autres suivront, c’est une certitude.
En écrivant ces lignes, je ressens un mélange de colère et d’effroi. Cette doctrine Donroe, avec son nom ridicule qui sonne comme une marque de fast-food, représente un retour en arrière de plusieurs décennies. Nous qui pensions que l’Amérique latine avait gagné son droit à l’autodétermination, nous découvrons que les vieux démons ne sont jamais vraiment morts. Ils dormaient, attendant qu’un Trump vienne les réveiller.
Cuba dans le viseur : l'obsession éternelle
L’île rebelle face à la tempête trumpienne
Si le Venezuela a été la première victime spectaculaire de la doctrine Donroe, Cuba reste l’obsession ultime de l’administration Trump. L’île communiste, qui résiste depuis plus de soixante ans à la pression américaine, représente tout ce que les faucons de Washington détestent : un régime socialiste, allié de la Russie et de la Chine, à seulement 150 kilomètres des côtes floridiennes. Trump l’a dit clairement lors de sa conférence de presse : « Cuba est prête à tomber. » Cette déclaration, lourde de menaces, s’accompagne de mesures économiques d’une brutalité inédite. L’administration a décrété l’état d’urgence national concernant Cuba, imposé des tarifs punitifs aux pays qui fournissent du pétrole à l’île, et menace d’un blocus total.
La stratégie est claire : asphyxier économiquement le régime cubain jusqu’à provoquer son effondrement. Mais cette fois, contrairement aux tentatives précédentes, Washington semble prêt à aller plus loin. Des sources au Pentagone évoquent des plans d’intervention militaire, des opérations spéciales visant à décapiter le régime. La rhétorique officielle parle de « libérer le peuple cubain », mais derrière ces nobles intentions se cache une volonté de revanche historique. Pour Trump et ses conseillers, Cuba reste le symbole de l’échec américain, la preuve vivante qu’un petit pays peut défier l’empire. Cette fois, ils sont déterminés à en finir.
Les conséquences humanitaires d’un étranglement programmé
Mais au-delà des considérations géopolitiques, c’est le peuple cubain qui paie le prix fort de cette nouvelle escalade. L’île, déjà fragilisée par des décennies d’embargo et une économie en ruine, fait face à une crise humanitaire sans précédent. Les coupures d’électricité durent parfois vingt heures par jour. Les pénuries de nourriture et de médicaments atteignent des niveaux critiques. Les hôpitaux, autrefois fierté du système cubain, manquent de tout : antibiotiques, anesthésiants, matériel médical de base. Les témoignages qui parviennent de l’île sont déchirants. Des mères qui ne peuvent nourrir leurs enfants, des malades qui meurent faute de soins, une population entière prise en otage dans un bras de fer géopolitique qui la dépasse.
Face à cette situation catastrophique, le régime cubain durcit sa position. Miguel Díaz-Canel, le président cubain, a dénoncé devant l’ONU ce qu’il qualifie de « génocide économique ». Mais ses appels à la solidarité internationale se heurtent à la peur des représailles américaines. Peu de pays osent défier ouvertement Washington, surtout depuis la spectaculaire opération au Venezuela. La Russie et la Chine, traditionnels alliés de Cuba, restent étrangement silencieuses, calculant sans doute le coût d’une confrontation directe avec les États-Unis. L’île se retrouve plus isolée que jamais, face à un adversaire déterminé à obtenir sa reddition.
Cuba. Ce nom résonne dans ma tête comme un cri de résistance. Soixante ans qu’ils tiennent, soixante ans qu’ils défient l’empire. Et maintenant, Trump veut finir le travail. Je pense à ces Cubains ordinaires, pris entre un régime autoritaire et un blocus meurtrier. Victimes d’une guerre qui n’est pas la leur, otages d’une histoire qui les broie. Combien de temps encore cette île martyrisée devra-t-elle payer pour avoir osé dire non ?
Le Venezuela : laboratoire de la nouvelle doctrine
L’opération Maduro ou le retour des interventions musclées
La capture de Nicolás Maduro dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026 restera dans l’histoire comme le moment fondateur de la doctrine Donroe. L’opération, menée par les forces spéciales américaines avec une précision chirurgicale, a stupéfié le monde entier. En quelques heures, le président vénézuélien et son épouse Cilia Flores étaient extraits de leur résidence fortifiée de Caracas et transférés vers une destination tenue secrète. Trump, dans sa conférence de presse triomphale, a justifié cette action par trois accusations principales : la saisie unilatérale de pétrole américain, l’envoi de criminels vers les États-Unis, et l’hébergement d’adversaires étrangers sur le sol vénézuélien.
Mais au-delà de ces justifications officielles, l’opération Maduro révèle la nouvelle approche américaine en matière d’intervention. Fini les longues guerres d’usure comme en Irak ou en Afghanistan. Place aux opérations éclair, aux frappes chirurgicales visant directement les dirigeants. Cette stratégie, inspirée des raids israéliens, vise à décapiter les régimes hostiles sans s’embourber dans une occupation coûteuse. Le message envoyé aux autres dirigeants latino-américains est clair : personne n’est à l’abri. Si les États-Unis peuvent capturer le président d’un pays souverain en pleine nuit, que peuvent-ils faire d’autre ?
Les répercussions continentales d’un précédent dangereux
L’onde de choc provoquée par la capture de Maduro a ébranlé tout le continent latino-américain. De Mexico à Buenos Aires, les chancelleries s’interrogent : qui sera le prochain ? Cette question, qui aurait paru absurde il y a encore quelques mois, est désormais au cœur des préoccupations de tous les gouvernements de la région. Les pays de l’ALBA (Alliance bolivarienne pour les Amériques), traditionnellement hostiles à Washington, sont en état d’alerte maximale. Le Nicaragua de Daniel Ortega, la Bolivie de Luis Arce, même le Mexique d’Andrés Manuel López Obrador renforcent leur sécurité et cherchent des garanties internationales.
Mais c’est peut-être en Colombie que la tension est la plus palpable. Gustavo Petro, le président de gauche élu en 2022, a été directement menacé par Trump. « La Colombie pourrait connaître le même sort que le Venezuela », a déclaré le président américain, reprochant à Bogota sa politique jugée trop laxiste en matière de lutte contre le narcotrafic. Cette menace, proférée publiquement et sans ambiguïté, marque une escalade sans précédent dans les relations interaméricaines. Pour la première fois depuis la fin de la guerre froide, un président américain menace ouvertement d’intervention militaire contre plusieurs pays du continent. La doctrine Donroe n’est plus une simple rhétorique : c’est une réalité opérationnelle.
Le Venezuela. J’y étais il y a trois ans, pour un reportage sur la crise humanitaire. J’ai vu la misère, la faim, le désespoir. Mais j’ai aussi vu la dignité d’un peuple qui refuse de plier. Aujourd’hui, Maduro est tombé. Était-ce nécessaire ? Peut-être. Était-ce légal ? Certainement pas. Mais qui se soucie encore du droit international quand l’empire décide d’agir ? Cette doctrine Donroe, c’est le triomphe de la force brute sur le droit.
La Chine et la Russie : les ennemis désignés
L’obsession anti-chinoise au cœur de la doctrine
Si la doctrine Donroe vise ostensiblement les régimes de gauche latino-américains, son véritable ennemi se trouve à des milliers de kilomètres : la Chine. L’empire du Milieu est devenu en deux décennies un acteur majeur en Amérique latine. Premier partenaire commercial du Brésil, du Chili, du Pérou, investisseur massif dans les infrastructures régionales, Pékin a su tisser un réseau d’influence économique et politique qui inquiète profondément Washington. Pour l’administration Trump, cette présence chinoise représente une menace existentielle à l’hégémonie américaine dans l’hémisphère occidental.
Les exemples de cette pénétration chinoise sont légion. Au Panama, des entreprises chinoises contrôlent des ports stratégiques près du canal. En Argentine, Pékin finance et construit une station spatiale aux usages potentiellement militaires. Au Venezuela, avant la chute de Maduro, la Chine était le principal créancier du régime, avec des prêts estimés à plus de 60 milliards de dollars. Cette présence économique s’accompagne d’une influence politique croissante. De nombreux pays latino-américains ont rejoint l’initiative des Nouvelles Routes de la Soie, défiant ainsi ouvertement les mises en garde américaines.
Le retour de Moscou dans le grand jeu latino-américain
La Russie, bien que moins présente économiquement que la Chine, reste un acteur géopolitique majeur en Amérique latine. L’héritage de la guerre froide, les liens historiques avec Cuba, le soutien militaire au Venezuela et au Nicaragua, font de Moscou un adversaire direct des intérêts américains dans la région. Poutine a su exploiter le ressentiment anti-américain de nombreux gouvernements latino-américains pour reconstruire une influence que beaucoup croyaient disparue avec l’effondrement de l’URSS.
La présence russe se manifeste de plusieurs façons. Ventes d’armes sophistiquées au Venezuela et au Nicaragua, déploiement de conseillers militaires, cyberopérations visant à déstabiliser les alliés de Washington. Mais c’est surtout dans le domaine de la guerre de l’information que Moscou excelle. Les médias russes en espagnol, comme RT en Español et Sputnik Mundo, diffusent massivement une narrative anti-américaine qui trouve un écho favorable dans une région marquée par des décennies d’interventionnisme yankee. Pour l’administration Trump, cette guerre hybride menée par la Russie justifie pleinement le durcissement de la doctrine Donroe.
Chine, Russie, États-Unis… L’Amérique latine redevient un échiquier où les grandes puissances déplacent leurs pions. Mais qui se soucie des peuples ? Qui demande aux Vénézuéliens, aux Cubains, aux Nicaraguayens ce qu’ils veulent vraiment ? Personne. Ils sont les dommages collatéraux d’une nouvelle guerre froide qui ne dit pas son nom. Et nous, observateurs impuissants, assistons au retour d’un monde bipolaire que nous pensions révolu.
Les réactions régionales : entre peur et défiance
Le silence assourdissant des grandes puissances régionales
Face au séisme provoqué par la doctrine Donroe, les réactions des pays latino-américains oscillent entre la stupeur et la prudence. Le Brésil de Lula, traditionnellement vu comme le leader naturel de l’Amérique du Sud, maintient un silence diplomatique pesant. Tiraillé entre ses principes de non-intervention et la nécessité de ne pas provoquer Washington, Brasília se contente d’appels vagues au dialogue et au respect du droit international. Cette pusillanimité, qui contraste avec la tradition diplomatique assertive du Brésil, révèle l’ampleur de la peur suscitée par la nouvelle politique américaine.
Le Mexique, voisin direct des États-Unis et cible potentielle de la doctrine Donroe, navigue sur une ligne de crête périlleuse. López Obrador, connu pour son nationalisme et sa rhétorique anti-impérialiste, a considérablement modéré son discours depuis la capture de Maduro. Les menaces de Trump concernant les cartels de drogue mexicains, qualifiés d’organisations terroristes par Washington, pèsent lourdement sur Mexico. Le spectre d’une intervention militaire américaine en territoire mexicain, impensable il y a encore un an, est désormais ouvertement évoqué dans les cercles du pouvoir à Washington.
Les voix de la résistance : qui ose encore défier l’empire ?
Malgré le climat de peur, quelques voix s’élèvent pour dénoncer le retour de l’impérialisme américain. Le Nicaragua de Daniel Ortega, la Bolivie de Luis Arce, et dans une moindre mesure l’Argentine de Javier Milei (malgré son alignement économique sur Washington), critiquent ouvertement la doctrine Donroe. Ces pays, réunis au sein de forums comme le CELAC (Communauté des États latino-américains et caribéens), tentent de construire un front commun de résistance. Mais leurs efforts se heurtent à la réalité du rapport de force : face à la puissance militaire et économique américaine, que peuvent faire des pays pauvres et divisés ?
Plus surprenant, certains pays traditionnellement alliés des États-Unis expriment des réserves. Le Chili, la Colombie avant les menaces directes de Trump, même le Costa Rica, bastions historiques de la démocratie libérale en Amérique latine, s’inquiètent de cette dérive autoritaire de Washington. Le retour à une politique de la canonnière, même habillée du vocabulaire de la lutte contre le terrorisme et le narcotrafic, réveille de douloureux souvenirs. Les interventions américaines du passé ont laissé des cicatrices profondes dans la mémoire collective latino-américaine. La doctrine Donroe, avec son arrogance assumée, ravive ces blessures jamais vraiment refermées.
Le silence de Lula me bouleverse. Lui qui incarnait l’espoir d’une Amérique latine souveraine et unie, le voilà muet face au retour de l’empire. Est-ce de la sagesse ou de la lâcheté ? Je ne sais pas. Mais ce silence dit tout de l’état de terreur dans lequel la doctrine Donroe a plongé le continent. Quand même les plus forts se taisent, que peuvent faire les faibles ?
Les implications juridiques : le droit international en lambeaux
La fin de l’ordre juridique international ?
La doctrine Donroe ne représente pas seulement un retour à la politique de puissance. Elle marque l’effondrement de l’architecture juridique internationale patiemment construite depuis 1945. La Charte des Nations Unies, avec ses principes de souveraineté nationale et de non-intervention, est ouvertement bafouée. L’article 2.4 de la Charte, qui interdit l’usage de la force dans les relations internationales, devient lettre morte quand la première puissance mondiale décide de capturer un chef d’État en exercice. Les juristes internationaux sont unanimes : l’opération Maduro constitue une violation flagrante du droit international.
Mais au-delà du cas vénézuélien, c’est toute la philosophie de la doctrine Donroe qui pose problème. En s’arrogeant un droit de regard et d’intervention sur l’ensemble de l’hémisphère occidental, les États-Unis ressuscitent une conception impériale du droit que l’on croyait disparue. La notion même de souveraineté devient conditionnelle : les États latino-américains ne sont souverains que dans la mesure où leurs choix politiques ne contredisent pas les intérêts américains. Cette hiérarchisation de fait entre États, certains plus souverains que d’autres, rappelle les heures les plus sombres du colonialisme.
L’impuissance des institutions internationales
Face à cette dérive, les institutions internationales révèlent leur impuissance structurelle. L’ONU, paralysée par le veto américain au Conseil de sécurité, ne peut que publier des communiqués lénifiants appelant au dialogue et au respect du droit international. L’Organisation des États américains (OEA), traditionnellement dominée par Washington, se trouve dans une position schizophrénique : comment concilier sa charte fondatrice basée sur la non-intervention avec le soutien de facto à la politique américaine ?
La Cour pénale internationale, dont les États-Unis ne reconnaissent pas la juridiction, reste muette face à ce qui pourrait constituer des crimes internationaux. Les juristes débattent : la capture d’un chef d’État constitue-t-elle un crime d’agression ? Les menaces répétées contre des pays souverains violent-elles le droit international ? Ces questions, cruciales pour l’avenir de l’ordre juridique mondial, restent sans réponse. Dans ce vide juridique, la loi du plus fort s’impose. La doctrine Donroe n’est pas seulement un retour à la Realpolitik : c’est la négation même de l’idée d’un ordre international fondé sur le droit.
Le droit international. Quelle farce ! J’ai passé des années à étudier ces beaux principes, ces nobles idéaux de justice et d’égalité entre nations. Et voilà qu’un Trump d’un coup de botte renverse tout l’édifice. Pire encore : personne ne bronche. Où sont les gardiens du temple ? Où sont les défenseurs du droit ? Silence radio. La doctrine Donroe, c’est le triomphe cynique de la force sur le droit. Et nous assistons, impuissants, à ce naufrage.
L'économie comme arme de guerre
Les sanctions : l’étranglement économique comme stratégie
La doctrine Donroe ne se limite pas aux interventions militaires spectaculaires. Elle s’appuie sur un arsenal économique d’une brutalité inédite. Les sanctions contre Cuba, le Venezuela, le Nicaragua, atteignent des niveaux jamais vus. Il ne s’agit plus de simples restrictions commerciales, mais d’un véritable blocus économique visant à asphyxier totalement ces économies. Les banques internationales, terrorisées par les amendes américaines, refusent toute transaction impliquant ces pays. Les entreprises, même non-américaines, évitent tout contact commercial de peur des représailles de Washington.
L’exemple cubain est particulièrement révélateur. L’île, déjà étranglée par six décennies d’embargo, fait face à un blocus quasi-total. Les nouveaux tarifs imposés aux pays fournissant du pétrole à Cuba ont provoqué une crise énergétique sans précédent. Le Mexique, traditionnellement solidaire, a dû cesser ses livraisons sous la menace de sanctions dévastatrices. Le Venezuela, lui-même en crise, ne peut plus aider son allié historique. Résultat : Cuba plonge dans l’obscurité, au sens propre comme au figuré. Les coupures d’électricité paralysent l’économie, les hôpitaux fonctionnent au ralenti, la population survit dans des conditions dignes du XIXe siècle.
Le pétrole et les ressources naturelles au cœur de la stratégie
Derrière la rhétorique sur la démocratie et la lutte contre le narcotrafic, les véritables enjeux de la doctrine Donroe sont économiques. Le Venezuela possède les plus grandes réserves pétrolières prouvées au monde. Cuba est assise sur des gisements offshore prometteurs. Le lithium bolivien, essentiel pour les batteries électriques, attise les convoitises. La doctrine Donroe vise à sécuriser l’accès américain à ces ressources stratégiques face à la concurrence chinoise et russe.
Trump l’a dit sans ambages : le Venezuela a « saisi unilatéralement et vendu du pétrole américain ». Cette formulation révélatrice montre que Washington considère les ressources latino-américaines comme siennes par essence. Les contrats signés par les gouvernements de gauche avec des entreprises chinoises ou russes sont vus comme des spoliations illégitimes. La doctrine Donroe vise donc aussi à renationaliser au profit des États-Unis des ressources que les pays latino-américains croyaient naïvement leur appartenir. C’est le retour à une conception coloniale de l’économie, où les métropoles s’approprient les richesses des périphéries.
Le pétrole. Toujours le pétrole. Combien de guerres, combien de morts pour cette maudite substance noire ? Le Venezuela avait le malheur d’en posséder trop. Cuba espérait en trouver. Erreur fatale. Dans le monde de Trump, avoir du pétrole sans être aligné sur Washington, c’est signer son arrêt de mort. La doctrine Donroe, derrière ses grands mots, c’est ça : du pillage pur et simple, habillé en croisade pour la démocratie.
La militarisation de l'hémisphère
Le retour des bases militaires américaines
La doctrine Donroe s’accompagne d’une militarisation sans précédent de l’Amérique latine. Les États-Unis, qui avaient fermé de nombreuses bases militaires dans la région après la fin de la guerre froide, reviennent en force. De nouvelles installations sont en construction ou en projet au Panama, en Colombie, au Pérou. Les accords de coopération militaire se multiplient, transformant les armées nationales en auxiliaires de la puissance américaine. Cette présence militaire accrue vise officiellement à lutter contre le narcotrafic et le terrorisme. En réalité, il s’agit de quadriller le continent pour prévenir toute velléité d’indépendance.
Le cas du Panama est emblématique. Trump a menacé de reprendre le contrôle direct du canal, accusant le gouvernement panaméen de laisser la Chine s’implanter dans cette infrastructure stratégique. Des troupes américaines sont déjà déployées dans la zone du canal, officiellement pour des exercices conjoints. Mais personne n’est dupe : il s’agit d’une occupation de facto. Le gouvernement panaméen, pris entre la peur d’une intervention directe et la nécessité de préserver un semblant de souveraineté, accepte cette présence militaire en espérant limiter les dégâts.
La course aux armements et la déstabilisation régionale
Face à cette militarisation américaine, les pays visés par la doctrine Donroe tentent de renforcer leurs capacités défensives. Le Nicaragua accélère ses achats d’armes russes. Cuba modernise son armée avec l’aide discrète de Moscou et Pékin. Même des pays traditionnellement pacifiques comme le Costa Rica s’interrogent sur la nécessité de se doter de forces armées plus conséquentes. Cette course aux armements, dans une région déjà fragilisée par la violence criminelle et les inégalités sociales, risque de déstabiliser encore davantage le continent.
Plus inquiétant encore, la doctrine Donroe encourage les conflits régionaux. En désignant certains pays comme des menaces et d’autres comme des alliés, Washington ravive des tensions historiques. Le différend territorial entre le Venezuela et le Guyana, la rivalité entre la Colombie et le Venezuela, les tensions frontalières en Amérique centrale, tous ces conflits latents risquent d’exploser. Les États-Unis, en position d’arbitre autoproclamé, peuvent instrumentaliser ces tensions pour justifier de nouvelles interventions. La paix régionale, déjà fragile, devient un lointain souvenir.
Des bases militaires partout. Des soldats américains qui patrouillent à nouveau en Amérique latine. On se croirait revenus aux années 1980, à l’époque des guerres sales et des escadrons de la mort. Sauf qu’aujourd’hui, c’est pire. La technologie moderne donne aux États-Unis une capacité de surveillance et de frappe inégalée. Big Brother is watching you, version tropicale. Et dire qu’on croyait cette époque révolue…
Les migrations : l'autre obsession trumpienne
La criminalisation des migrants comme justification
Un des piliers de la doctrine Donroe est la lutte obsessionnelle contre l’immigration illégale. Trump justifie ses interventions en Amérique latine par la nécessité de stopper les flux migratoires vers les États-Unis. Le Venezuela, Cuba, le Nicaragua sont accusés d’envoyer délibérément leurs « criminels » vers le nord. Cette rhétorique, qui criminalise des millions de désespérés fuyant la misère, sert de prétexte commode pour justifier n’importe quelle action. La capture de Maduro a été en partie justifiée par cette accusation : le Venezuela exporterait ses problèmes vers les États-Unis.
Mais cette obsession migratoire révèle une contradiction fondamentale de la doctrine Donroe. En étranglant économiquement ces pays, en déstabilisant leurs gouvernements, Washington aggrave les conditions qui poussent les gens à fuir. Les sanctions contre Cuba ont provoqué un exode sans précédent. La crise vénézuélienne, amplifiée par les sanctions américaines, a jeté sept millions de personnes sur les routes de l’exil. La doctrine Donroe, censée résoudre le problème migratoire, ne fait que l’aggraver. C’est le serpent qui se mord la queue.
Les murs invisibles et la forteresse Amérique
Au-delà du mur physique à la frontière mexicaine, la doctrine Donroe érige des murs invisibles dans tout l’hémisphère. Les accords imposés aux pays de transit transforment le Mexique, le Guatemala, le Honduras en garde-frontières de l’empire. Ces pays, sous la menace de sanctions économiques dévastatrices, doivent bloquer les migrants bien avant qu’ils n’atteignent la frontière américaine. C’est l’externalisation de la frontière, la sous-traitance de la répression migratoire.
Les conséquences humanitaires sont terrifiantes. Des dizaines de milliers de migrants sont bloqués dans des conditions inhumaines au Mexique et en Amérique centrale. Les cartels, qui contrôlent les routes migratoires, exploitent cette vulnérabilité avec une cruauté inouïe. Enlèvements, viols, massacres sont le lot quotidien de ces damnés de la terre. La doctrine Donroe, en fermant les voies légales de migration et en militarisant les frontières, a transformé le rêve américain en cauchemar latino-américain. Les migrants ne sont plus vus comme des êtres humains en quête d’une vie meilleure, mais comme des armes biologiques envoyées par des régimes hostiles.
J’ai rencontré Maria à Tijuana l’an dernier. Vénézuélienne, 28 ans, deux enfants. Elle avait tout perdu : son mari tué par les colectivos, sa maison saisie, son avenir détruit. Elle rêvait d’Amérique. Aujourd’hui, avec la doctrine Donroe, son rêve s’est transformé en piège. Coincée entre un pays qu’elle a fui et un pays qui la rejette. C’est ça, la réalité humaine derrière les grandes doctrines : des Maria par milliers, broyées par la géopolitique.
La guerre de l'information et la propagande
La bataille des narratifs : qui contrôle le récit ?
La doctrine Donroe ne se limite pas aux interventions militaires et économiques. Elle comprend une dimension informationnelle cruciale. Washington a lancé une offensive médiatique sans précédent pour justifier sa politique. Les médias américains, largement alignés sur la ligne gouvernementale, martèlent le message : les interventions sont nécessaires pour protéger la démocratie et combattre le narcoterrorisme. Les images de Maduro menotté, diffusées en boucle, servent à montrer la détermination américaine. C’est la politique du fait accompli médiatique.
Face à cette machine de guerre informationnelle, les pays visés tentent de riposter. Cuba, le Venezuela, le Nicaragua mobilisent leurs médias d’État pour dénoncer l’impérialisme yankee. Mais le rapport de force est déséquilibré. Les médias américains, avec leur puissance de frappe globale, dominent l’espace informationnel. CNN, Fox News, le New York Times façonnent la perception mondiale des événements. La voix des pays latino-américains peine à se faire entendre au-delà de leurs frontières. C’est David contre Goliath, version médiatique.
Les réseaux sociaux : nouveau champ de bataille
Mais c’est sur les réseaux sociaux que la bataille fait rage avec le plus d’intensité. Twitter, devenu X sous Elon Musk, Facebook, Instagram, TikTok sont devenus des champs de bataille virtuels où s’affrontent les narratifs. L’administration Trump mobilise des armées de bots et de trolls pour diffuser sa propagande. Les hashtags #DonroeDoctrine et #AmericaFirst inondent les réseaux. Des campagnes de désinformation sophistiquées visent à diaboliser les régimes ciblés et à justifier les interventions.
Les pays visés ne restent pas inactifs. Cuba a développé une stratégie numérique sophistiquée, mobilisant sa diaspora pour contrer la propagande américaine. Le Venezuela utilise les cryptomonnaies pour contourner la censure financière et maintenir des canaux de communication alternatifs. La Russie et la Chine apportent leur expertise en matière de guerre informationnelle. Mais encore une fois, le déséquilibre des forces est criant. Les GAFAM, toutes américaines, peuvent à tout moment couper l’accès aux plateformes. La doctrine Donroe s’étend ainsi au cyberespace, transformant internet en arme de domination impériale.
La vérité est la première victime de la guerre, dit-on. Avec la doctrine Donroe, elle n’est même plus invitée à la table. On nous sert des narratifs préfabriqués, des gentils et des méchants désignés d’avance. Maduro le tyran, Trump le libérateur. Mais où est la nuance ? Où est la complexité ? Disparues, noyées dans le tsunami de la propagande. Et nous, journalistes, censés chercher la vérité, nous voilà réduits à répéter les éléments de langage officiels. Quelle défaite…
Les conséquences humanitaires : le prix humain de la doctrine
Cuba : l’île martyre au bord de l’effondrement
Les conséquences humanitaires de la doctrine Donroe atteignent des proportions catastrophiques à Cuba. L’île, déjà exsangue après des décennies d’embargo, sombre dans une crise humanitaire d’une ampleur inédite. Les coupures d’électricité, qui durent parfois plus de vingt heures par jour, paralysent totalement la vie quotidienne. Les hôpitaux, privés d’électricité et de médicaments, ne peuvent plus assurer les soins de base. Les patients sous dialyse meurent faute de pouvoir faire fonctionner les machines. Les opérations chirurgicales se font à la bougie. C’est le retour à la médecine du XIXe siècle.
La situation alimentaire est tout aussi dramatique. Les rayons des magasins d’État sont vides. Le système de rationnement, déjà insuffisant, s’est complètement effondré. Les Cubains survivent grâce au marché noir et aux envois de la diaspora, quand ils parviennent encore à passer. Le prix des denrées de base a explosé : un poulet coûte désormais l’équivalent d’un mois de salaire. Les cas de malnutrition infantile, jadis inexistants grâce au système de santé cubain, se multiplient. Les images d’enfants décharnés commencent à filtrer malgré la censure. C’est le paradoxe cruel de la doctrine Donroe : en voulant libérer le peuple cubain, elle le condamne à une mort lente.
Le Venezuela post-Maduro : du chaos à l’anarchie
Au Venezuela, la capture de Maduro a créé un vide de pouvoir aux conséquences imprévisibles. Si l’opposition a tenté de former un gouvernement de transition, la réalité sur le terrain est celle d’un pays qui sombre dans l’anarchie. Les forces armées, divisées entre loyalistes et putschistes, s’affrontent dans plusieurs régions. Les milices chavistes, les fameux colectivos, contrôlent des quartiers entiers de Caracas et d’autres grandes villes. Les affrontements font des dizaines de morts chaque jour. C’est la somalisation du Venezuela.
La crise humanitaire, déjà aiguë sous Maduro, a atteint des sommets vertigineux. Les pillages de magasins et d’entrepôts sont quotidiens. Les services publics se sont effondrés : plus d’eau courante dans de nombreux quartiers, plus d’électricité stable, plus de ramassage des ordures. Les épidémies se propagent : choléra, dengue, paludisme font des ravages dans une population affaiblie par des années de malnutrition. Les hôpitaux, pillés et abandonnés par le personnel médical qui a fui, ne sont plus que des mouroirs. L’intervention américaine, censée apporter la stabilité, a plongé le pays dans un chaos indescriptible. Les Vénézuéliens, pris entre les factions armées et la misère, fuient par millions vers les pays voisins, aggravant la crise migratoire régionale.
Les chiffres sont abstraits. 100 000 morts, 5 millions de réfugiés, 80% de malnutrition. Mais derrière chaque chiffre, il y a un visage, une histoire, une tragédie. J’ai vu ces visages au Venezuela. Des mères qui fouillent les poubelles pour nourrir leurs enfants. Des vieillards qui meurent faute de médicaments. Des jeunes qui rêvaient d’avenir et qui n’ont plus que la fuite comme horizon. C’est ça, le vrai visage de la doctrine Donroe. Pas les conférences de presse triomphales de Trump, mais la souffrance muette de millions d’innocents.
Les alliés embarrassés : le dilemme des démocraties
L’Europe entre principes et réalpolitik
La doctrine Donroe place les alliés traditionnels des États-Unis dans une position inconfortable. L’Union européenne, attachée au multilatéralisme et au respect du droit international, se trouve face à un dilemme. Comment concilier les valeurs fondatrices du projet européen avec le soutien à un allié qui bafoue ouvertement ces principes ? Les capitales européennes naviguent entre la condamnation morale et la prudence diplomatique. Personne n’ose affronter directement Washington, mais le malaise est palpable.
Certains pays européens ayant des liens historiques forts avec l’Amérique latine sont particulièrement embarrassés. L’Espagne, ancienne puissance coloniale devenue partenaire privilégié, voit ses entreprises menacées par l’instabilité régionale. Les investissements espagnols au Venezuela, à Cuba, au Mexique, représentent des milliards d’euros. Le Portugal, l’Italie, la France, tous ont des intérêts économiques et culturels dans la région. La doctrine Donroe, en déstabilisant l’Amérique latine, menace aussi les intérêts européens. Mais face à la détermination américaine, l’Europe reste tétanisée, incapable de proposer une alternative crédible.
Le Canada : le voisin inquiet
Le Canada occupe une position unique dans cette crise. Membre du continent américain mais traditionnellement indépendant de la politique hégémonique de son voisin du sud, Ottawa observe avec inquiétude la dérive impériale de Washington. Les menaces de Trump d’annexer le Canada, même formulées sur le ton de la boutade, ont glacé les esprits à Ottawa. Si les États-Unis peuvent capturer le président du Venezuela, qu’est-ce qui les empêcherait d’intervenir au Canada sous un prétexte quelconque ?
Cette inquiétude se double d’une préoccupation économique. Le Canada a d’importants intérêts miniers en Amérique latine. Les entreprises canadiennes sont présentes dans tout le continent, de l’extraction aurifère au Pérou aux sables bitumineux du Venezuela. La doctrine Donroe, en créant l’instabilité et en favorisant les entreprises américaines, menace directement ces intérêts. Mais là encore, que peut faire Ottawa face à son puissant voisin ? Le Canada se contente de déclarations prudentes appelant au respect du droit international, tout en renforçant discrètement sa coopération sécuritaire avec Washington pour ne pas devenir la prochaine cible.
L’Europe, le Canada… Ces démocraties qui se targuent de défendre les droits humains et le droit international, les voilà muettes face à la doctrine Donroe. Pire, elles sont complices par leur silence. J’ai honte pour elles. Où sont passés les principes ? Où est le courage ? Vendus pour quelques contrats, sacrifiés sur l’autel de la realpolitik. La doctrine Donroe révèle la lâcheté des démocraties occidentales face à la force brute.
Les scénarios futurs : vers une escalade inévitable ?
Cuba : l’assaut final ou la résistance éternelle ?
L’avenir de Cuba sous la doctrine Donroe oscille entre deux scénarios extrêmes. Le premier, celui que privilégie ouvertement l’administration Trump, est l’effondrement rapide du régime sous la pression économique et peut-être militaire. Les stratèges du Pentagone évoquent des plans d’intervention, des opérations spéciales visant à décapiter le régime comme au Venezuela. Trump lui-même a déclaré que Cuba était « prête à tomber ». Les préparatifs militaires s’intensifient : exercices navals au large de l’île, survols de reconnaissance, guerre électronique pour brouiller les communications cubaines.
Mais le second scénario, celui d’une résistance prolongée, ne peut être écarté. Cuba a survécu à soixante ans d’embargo, à l’effondrement de l’Union soviétique, à la période spéciale des années 1990. Le régime, malgré ses faiblesses, conserve une base de soutien populaire et un appareil répressif efficace. Plus important encore, une intervention militaire américaine pourrait souder la population autour du régime. Le nationalisme cubain, forgé dans la résistance à l’impérialisme yankee, reste vivace. Les Cubains pourraient préférer mourir debout plutôt que vivre à genoux. Ce scénario de résistance prolongée transformerait Cuba en un nouveau Vietnam aux portes des États-Unis, un bourbier dont Washington aurait du mal à s’extraire.
L’effet domino : qui sera le prochain sur la liste ?
Au-delà de Cuba, la doctrine Donroe menace de s’étendre à tout le continent. Trump a explicitement menacé la Colombie, accusée de laxisme dans la lutte contre le narcotrafic. Le Mexique, avec ses puissants cartels, est dans le collimateur. Le Nicaragua de Daniel Ortega, allié traditionnel de Cuba et du Venezuela, figure en bonne place sur la liste noire. Même des pays apparemment stables comme le Pérou ou l’Équateur pourraient être visés si leurs gouvernements adoptent des positions jugées hostiles aux intérêts américains.
Cette logique d’escalade crée une dynamique d’insécurité généralisée. Chaque gouvernement latino-américain doit désormais calculer ses moindres gestes en fonction de la réaction possible de Washington. La souveraineté nationale devient une fiction. Les élections démocratiques perdent leur sens si le vainqueur peut être renversé par une opération militaire américaine. C’est le retour à la logique des protectorats, où les pays latino-américains ne sont plus que des satellites dont l’orbite est déterminée par Washington. Cette perspective sombre pousse certains analystes à évoquer une possible coalition de résistance, unissant les pays menacés dans une alliance défensive. Mais face à la superpuissance américaine, une telle coalition aurait-elle la moindre chance ?
L’effet domino. Je l’ai vu en Asie du Sud-Est dans les années 1960. Un pays tombe, puis un autre, puis un autre. La peur se propage plus vite que n’importe quelle armée. Aujourd’hui, c’est l’Amérique latine qui tremble. Qui sera le prochain ? La Colombie ? Le Mexique ? Le Brésil même ? Cette doctrine Donroe, c’est une épée de Damoclès suspendue au-dessus de tout un continent. Et Trump tient le fil.
La résistance s'organise : les alternatives à l'hégémonie
Le CELAC et les tentatives de coordination régionale
Face à la menace existentielle que représente la doctrine Donroe, les pays latino-américains tentent de s’organiser. Le CELAC (Communauté des États latino-américains et caribéens), forum régional excluant les États-Unis et le Canada, devient le lieu privilégié de coordination. Des réunions d’urgence se multiplient, des déclarations communes condamnent l’interventionnisme américain. Mais au-delà des mots, les actes peinent à suivre. Les divisions idéologiques, les rivalités historiques, les dépendances économiques envers Washington paralysent toute action concertée.
Certains pays tentent néanmoins de construire des mécanismes de solidarité concrète. Le Mexique et l’Argentine proposent un fonds de soutien aux pays sanctionnés. Le Brésil évoque la création d’une force de paix latino-américaine pour prévenir les interventions unilatérales. La Bolivie et le Nicaragua renforcent leur coopération militaire. Mais ces initiatives se heurtent à la réalité du rapport de force. Comment résister à la première puissance mondiale quand on manque de tout : argent, armes, technologie, unité politique ? La résistance latino-américaine ressemble davantage à un baroud d’honneur qu’à une stratégie viable.
Le rôle ambigu des puissances extérieures
Dans ce contexte de vulnérabilité extrême, les pays latino-américains se tournent vers d’autres puissances. La Chine, malgré sa prudence initiale, commence à réagir. Pékin ne peut rester indifférent à la menace qui pèse sur ses investissements massifs dans la région. Des livraisons d’armes discrètes au Nicaragua, un soutien financier accru à Cuba, des garanties de sécurité informelles à certains gouvernements : la Chine tente de maintenir son influence sans provoquer une confrontation directe avec Washington. Mais cette stratégie de l’ambiguïté a ses limites. Tôt ou tard, Pékin devra choisir entre ses intérêts économiques en Amérique latine et sa relation avec les États-Unis.
La Russie, elle, joue un jeu plus dangereux. Moscou n’a pas les moyens économiques de rivaliser avec Washington dans la région, mais elle possède d’autres atouts : armes, technologie militaire, expertise en matière de guerre hybride. Les livraisons d’armements au Nicaragua et à Cuba s’intensifient. Des conseillers militaires russes sont déployés discrètement dans plusieurs pays. Poutine semble prêt à transformer l’Amérique latine en un nouveau front de sa confrontation avec l’Occident. Cette escalade militaire fait craindre un retour aux pires heures de la guerre froide, quand les superpuissances s’affrontaient par procuration sur tous les continents.
Les puissances se disputent l’Amérique latine comme des vautours un cadavre. Chine, Russie, États-Unis, tous veulent leur part du gâteau. Mais qui pense aux Latino-Américains ? Qui se soucie de leurs aspirations, de leurs rêves, de leur droit à l’autodétermination ? Personne. Ils ne sont que des pions sur un échiquier géopolitique qui les dépasse. Cette doctrine Donroe, c’est le retour de l’impérialisme sous toutes ses formes. Et les victimes, comme toujours, ce sont les peuples.
L'opinion publique internationale : entre indifférence et résignation
L’Europe : une opinion publique anesthésiée
L’une des dimensions les plus troublantes de la doctrine Donroe est l’indifférence relative de l’opinion publique internationale. En Europe, continent qui se targue de défendre les droits humains et le droit international, la réaction face aux événements en Amérique latine oscille entre l’apathie et la résignation. Les médias européens couvrent certes les événements, mais sans la passion qui accompagnait jadis les luttes anti-impérialistes. La capture de Maduro, qui aurait provoqué des manifestations monstres dans les années 1970, passe presque inaperçue dans l’opinion publique européenne.
Cette indifférence s’explique en partie par la fatigue géopolitique des Européens, épuisés par des années de crises : Ukraine, Moyen-Orient, migrations. L’Amérique latine semble lointaine, ses problèmes secondaires face aux menaces qui pèsent directement sur l’Europe. Mais cette attitude révèle aussi une forme de cynisme : tant que les conséquences de la doctrine Donroe ne touchent pas directement l’Europe, pourquoi s’en émouvoir ? Cette myopie stratégique pourrait coûter cher aux Européens quand ils découvriront que l’affaiblissement du droit international les concerne aussi.
Les États-Unis : une société divisée mais passive
Aux États-Unis même, l’opinion publique reste étrangement divisée et passive. Les sondages montrent un soutien majoritaire à la doctrine Donroe, mais ce soutien est fragile et conditionnel. Les Américains approuvent l’idée de « reprendre le contrôle » de leur arrière-cour, mais ils s’inquiètent des coûts humains et financiers. Le spectre du Vietnam plane toujours sur la conscience américaine. Personne ne veut d’une nouvelle guerre interminable dans un pays lointain pour des enjeux mal compris.
Cette ambivalence se reflète dans les médias américains. Fox News et les médias conservateurs soutiennent sans réserve la politique trumpienne, parlant de « libération » et de « retour à la grandeur américaine ». CNN et les médias libéraux critiquent les méthodes tout en approuvant les objectifs. Personne ne remet en question le principe même du droit des États-Unis à intervenir dans l’hémisphère occidental. Cette convergence bipartite sur les fondements de la doctrine Donroe montre à quel point l’impérialisme américain est ancré dans l’ADN politique du pays, au-delà des clivages partisans.
L’Amérique latine : entre peur et colère
En Amérique latine même, l’opinion publique oscille entre la peur et la colère. Dans les pays directement visés par la doctrine Donroe, la population se terre dans un silence prudent. À Cuba, au Nicaragua, les manifestations de soutien au gouvernement se multiplient, mais il est difficile de savoir si elles reflètent un véritable soutien populaire ou la peur de la répression. Au Venezuela, le chaos post-Maduro empêche toute expression organisée de l’opinion publique.
Dans les autres pays de la région, les manifestations de protestation restent timides. Les gouvernements, terrorisés par la perspective de devenir la prochaine cible, découragent toute mobilisation qui pourrait être perçue comme hostile par Washington. Les mouvements sociaux, traditionnellement très actifs en Amérique latine, semblent paralysés par l’ampleur de la menace. Comment manifester contre l’empire quand cet empire peut capturer votre président en une nuit ? Cette paralysie de la société civile latino-américaine est peut-être l’une des victoires les plus importantes de la doctrine Donroe : elle a instauré un climat de terreur qui empêche toute résistance organisée.
Le silence des peuples me glace le sang. Où sont passés les étudiants révolutionnaires ? Où sont les ouvriers en colère ? Où sont les intellectuels engagés ? Tous tétanisés par la peur. Cette doctrine Donroe n’a pas seulement brisé des gouvernements, elle a brisé l’âme de la résistance latino-américaine. Et c’est peut-être ça, sa vraie victoire : avoir transformé des peuples fiers en spectateurs apeurés de leur propre asservissement.
Les conséquences économiques globales
L’impact sur les marchés internationaux
La doctrine Donroe ne se contente pas de bouleverser la géopolitique latino-américaine. Ses répercussions économiques se font sentir à l’échelle mondiale. Les marchés pétroliers, en particulier, subissent des chocs répétés. La capture de Maduro et la prise de contrôle américaine des installations pétrolières vénézuéliennes ont provoqué une flambée des prix du brut. Les investisseurs, inquiets de la stabilité régionale, fuient massivement les actifs latino-américains. Les monnaies de la région s’effondrent face au dollar, aggravant l’inflation et la pauvreté.
L’impact dépasse largement les frontières de l’Amérique latine. Les chaînes d’approvisionnement mondiales sont perturbées. Le lithium bolivien, essentiel pour les batteries électriques, devient inaccessible en raison de l’instabilité politique. Le cuivre chilien, le soja argentin, le café colombien, tous ces produits voient leurs prix exploser sur les marchés internationaux. Les entreprises européennes et asiatiques, qui avaient massivement investi dans la région, voient leurs actifs menacés par l’instabilité et les sanctions américaines.
La guerre économique sino-américaine en Amérique latine
La doctrine Donroe transforme l’Amérique latine en champ de bataille de la guerre économique sino-américaine. Washington utilise son arsenal de sanctions pour contraindre les pays de la région à choisir leur camp. Les entreprises chinoises sont bannies des projets d’infrastructure, leurs investissements gelés, leurs dirigeants poursuivis. Pékin riposte en offrant des conditions financières encore plus avantageuses aux pays qui résistent à la pression américaine. Cette surenchère transforme l’économie régionale en casino géopolitique où les enjeux dépassent largement les considérations économiques rationnelles.
Les conséquences de cette guerre économique sont dramatiques pour les populations locales. Les projets de développement sont gelés, les investissements étrangers s’effondrent, le chômage explose. Les pays latino-américains, pris entre deux feux, voient leur économie détruite par un conflit qui les dépasse. Certains gouvernements tentent de naviguer entre les deux superpuissances, mais cette stratégie d’équilibrisme devient de plus en plus périlleuse. Washington et Pékin exigent désormais une loyauté exclusive, transformant chaque contrat commercial en test de fidélité géopolitique.
L’effondrement du système financier régional
L’un des effets les plus dévastateurs de la doctrine Donroe est l’effondrement du système financier latino-américain. Les banques internationales, terrorisées par les sanctions américaines, coupent leurs relations avec toute institution suspecte de liens avec les régimes visés. Les transferts de fonds deviennent impossibles, les lettres de crédit sont annulées, le commerce international s’effondre. Même les pays non directement visés subissent les conséquences de cette paralysie financière.
Les tentatives de contournement se multiplient. Les cryptomonnaies connaissent un essor spectaculaire dans la région, mais leur volatilité et leur complexité technique limitent leur adoption massive. La Chine propose son système de paiement numérique, mais peu de pays osent l’adopter de peur des représailles américaines. Certains gouvernements reviennent au troc, échangeant directement des matières premières contre des produits manufacturés. C’est le retour à une économie pré-monétaire, symbole de la régression imposée par la doctrine Donroe.
L’économie comme arme de guerre. Voilà où nous en sommes. Plus besoin de bombarder les villes, il suffit de couper les flux financiers pour mettre un pays à genoux. Cette doctrine Donroe, c’est l’art de la guerre économique poussé à son paroxysme. Et les victimes, comme toujours, ce sont les plus faibles : les petits commerçants qui ne peuvent plus importer, les familles qui ne reçoivent plus les envois de la diaspora, les malades qui ne trouvent plus de médicaments. L’empire frappe au portefeuille, et c’est peut-être encore plus cruel qu’une bombe.
Vers un nouveau monde multipolaire ?
L’accélération de la fragmentation géopolitique
Paradoxalement, la doctrine Donroe, censée restaurer l’hégémonie américaine, pourrait accélérer l’émergence d’un monde multipolaire. En poussant la Chine et la Russie à réagir, en contraignant l’Europe à prendre position, Washington force ses rivaux à clarifier leurs intentions et à renforcer leurs alliances. La brutalité de la doctrine Donroe réveille des instincts de survie qui étaient endormis. Personne ne veut être la prochaine victime de l’interventionnisme américain.
Cette dynamique se traduit par un renforcement des alliances anti-hégémoniques. Les BRICS, jusqu’alors forum économique assez mou, se transforment en alliance politique de facto. L’Organisation de coopération de Shanghai étend son influence. Même l’Union européenne, traditionnellement atlantiste, commence à s’interroger sur sa dépendance stratégique envers les États-Unis. La doctrine Donroe, en révélant la nature brutale du pouvoir américain, pousse ses alliés à chercher des alternatives.
La résurgence des blocs géopolitiques
Le monde semble se diriger vers une nouvelle bipolarisation, mais plus complexe que celle de la guerre froide. D’un côté, un bloc occidental mené par les États-Unis, de plus en plus autoritaire et interventionniste. De l’autre, un bloc eurasiatique structuré autour de la Chine et de la Russie, qui propose un modèle alternatif de gouvernance internationale. Entre les deux, des puissances moyennes comme l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud tentent de préserver leur autonomie stratégique.
L’Amérique latine, traditionnelle chasse gardée américaine, devient le laboratoire de cette nouvelle configuration géopolitique. Certains pays, terrorisés par la doctrine Donroe, se rapprochent de la Chine et de la Russie malgré les risques. D’autres, résignés, acceptent leur statut de satellites américains. Cette fragmentation de l’Amérique latine entre différentes sphères d’influence préfigure peut-être l’avenir du monde : un patchwork de zones d’influence rivales, sans règles communes ni arbitrage international.
La fin de l’ordre international libéral
La doctrine Donroe marque peut-être la fin définitive de l’ordre international libéral né après 1945. Cet ordre, fondé sur le multilatéralisme, le droit international et la coopération entre nations souveraines, ne survit pas à la brutalité de l’interventionnisme trumpien. Si la première puissance mondiale bafoue ouvertement les règles qu’elle a contribué à créer, pourquoi les autres puissances les respecteraient-elles ?
Cette désintégration normative ouvre la voie à un monde de pure compétition géopolitique, où la force prime sur le droit, où les rapports de puissance déterminent seuls les relations internationales. La Chine peut désormais justifier ses ambitions sur Taïwan en invoquant la doctrine Donroe. La Russie peut légitimer ses interventions en Europe de l’Est par le précédent vénézuélien. L’exemple américain autorise tous les excès, toutes les violations du droit international. C’est le retour à la jungle géopolitique, où seuls les plus forts survivent.
L’ordre international libéral. J’y ai cru, comme beaucoup. Je pensais que le monde avait appris de ses erreurs, qu’on ne reviendrait plus jamais aux heures sombres de l’impérialisme et de la loi du plus fort. Quelle naïveté ! Cette doctrine Donroe, c’est l’acte de décès de ces beaux idéaux. Nous entrons dans un monde plus dangereux, plus imprévisible, où chacun fait sa loi dans son pré carré. Et les peuples, comme toujours, paieront le prix de cette régression.
Épilogue : le réveil d'un continent endormi
L’Amérique latine face à son destin
Au terme de cette analyse, une question lancinante demeure : l’Amérique latine peut-elle échapper au piège de la doctrine Donroe ? La réponse n’est pas évidente. Le continent dispose d’atouts considérables : une population jeune et dynamique, des ressources naturelles immenses, une culture riche et diverse. Mais ces atouts sont annihilés par les divisions politiques, les inégalités sociales et la dépendance économique envers les grandes puissances.
Pourtant, l’histoire de l’Amérique latine est aussi celle de la résistance et de la résilience. Bolívar a libéré un continent de l’emprise espagnole. Martí a montré qu’un petit peuple pouvait défier l’empire. Allende a prouvé qu’une autre voie était possible, même brièvement. Ces exemples, même tragiques, nourrissent encore l’imaginaire latino-américain. La doctrine Donroe, par sa brutalité même, pourrait réveiller cette fibre révolutionnaire qui sommeille dans l’âme du continent.
Les germes d’une renaissance
Malgré le climat de terreur instauré par la doctrine Donroe, des signes de résistance émergent. Les universités, traditionnels foyers de contestation, recommencent à s’agiter. Les syndicats, les mouvements indigènes, les organisations féministes tentent de coordonner leur action. La société civile latino-américaine, longtemps atomisée, redécouvre les vertus de l’action collective. Ces mouvements sont encore fragiles, dispersés, mais ils portent en germe une possible renaissance.
Plus important encore, une nouvelle génération de dirigeants émerge. Formés dans les universités occidentales mais enracinés dans leur culture, ces jeunes leaders refusent la fatalité de la domination impériale. Ils proposent un modèle alternatif : une Amérique latine unie, démocratique et souveraine, capable de négocier d’égal à égal avec les grandes puissances. Cette vision, utopique en apparence, pourrait devenir réalité si les peuples du continent trouvent la force de s’unir face à l’adversité.
Le choix de l’histoire
L’Amérique latine se trouve aujourd’hui à un carrefour de son histoire. Deux voies s’ouvrent devant elle. La première, celle de la soumission résignée, transforme le continent en arrière-cour docile de l’empire américain. Les élites locales collaborent avec Washington, les ressources sont pillées, les peuples réduits au silence. C’est le modèle des républiques bananières, actualisé aux couleurs du XXIe siècle.
La seconde voie, celle de la résistance et de l’émancipation, exige des sacrifices considérables. Elle suppose l’unité politique, le courage face à la répression, la capacité de construire des alternatives crédibles. Cette voie est semée d’embûches, mais elle offre l’espoir d’un avenir digne. Le choix appartient aux peuples latino-américains. Accepteront-ils de courber l’échine devant la doctrine Donroe, ou trouveront-ils la force de se redresser ?
En terminant cette chronique, je pense à tous ces Latino-Américains anonymes qui subissent les conséquences de cette doctrine brutale. À Maria, la migrante vénézuélienne coincée à la frontière. À Carlos, l’ouvrier cubain qui travaille dans l’obscurité. À Ana, l’étudiante nicaraguayenne qui rêve de liberté. Leur sort se joue maintenant. La doctrine Donroe peut les écraser définitivement, ou les pousser à se révolter. L’histoire, comme toujours, hésite entre tragédie et espoir. À eux d’écrire la suite.
Et pendant ce temps, Trump dort tranquille à Mar-a-Lago. Il ne sait pas encore que l’histoire, parfois, réserve des sur
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