Le report des livraisons belges illustre parfaitement les complexités logistiques auxquelles font face les coalitions occidentales lorsqu’elles tentent de soutenir un allié en guerre.
L’un des développements les plus significatifs concernant l’expansion de la flotte de F-16 ukrainienne concerne les livraisons promises par la Belgique. Le Premier ministre belge Bart De Wever a annoncé que le transfert des chasseurs F-16 vers l’Ukraine a été reporté jusqu’en 2026. Ce délai s’explique par l’attente de la réception des nouveaux chasseurs F-35 destinés à remplacer la flotte belge de F-16.
Le calendrier de livraison prévoit le transfert de deux appareils destinés aux pièces de rechange dès 2025, suivis de deux avions opérationnels en 2026. Au total, la Belgique s’est engagée à fournir jusqu’à 30 F-16 d’ici 2028. Ce transfert progressif permettra à la Composante Air belge de moderniser sa flotte tout en maintenant ses capacités de combat durant la période de transition.
Les raisons de ce retard sont multiples. Les responsables belges ont évoqué des problèmes persistants de certification logicielle et de tests du côté américain, anticipant un délai minimum de six mois. Ce retard affecte également la formation des pilotes, initialement prévue pour commencer aux États-Unis parallèlement à la livraison des appareils. Le 13 octobre 2025, l’Armée de l’Air belge a officiellement reçu ses premiers chasseurs F-35 à la base aérienne de Florennes, ouvrant ainsi la voie aux futurs transferts de F-16.
Le ministre belge de la Défense, Théo Francken, a néanmoins confirmé que tous les F-16 promis par la Belgique à l’Ukraine seront effectivement livrés, réitérant l’engagement de son gouvernement lors d’une conférence de presse au siège de l’OTAN à Bruxelles. Il a souligné que le transfert des appareils aura lieu une fois que les pilotes ukrainiens auront terminé leur formation et que toutes les procédures techniques nécessaires seront finalisées.
Le programme de formation des pilotes ukrainiens
Former des pilotes de chasse en pleine guerre relève du défi impossible, et pourtant l’Ukraine y parvient grâce à une coalition internationale d’une ampleur sans précédent.
La formation des pilotes ukrainiens aux commandes des F-16 constitue un élément crucial de cette transformation aérienne. Plusieurs pays de la coalition ont mis en place des programmes de formation ambitieux pour permettre à l’Ukraine de disposer d’un nombre suffisant de pilotes qualifiés pour opérer ces nouveaux appareils.
Le Danemark a joué un rôle pionnier dans cette entreprise. Dès août 2023, neuf pilotes ukrainiens ont commencé leur formation à la base militaire de Skrydstrup, située à environ 270 kilomètres à l’ouest de Copenhague. Cette formation incluait également du personnel de maintenance et d’entretien, indispensable pour assurer la disponibilité opérationnelle des appareils. Cependant, le ministre danois de la Défense, Troels Lund Poulsen, a annoncé que le Danemark mettra fin à son programme de formation des pilotes ukrainiens de F-16 d’ici la fin de 2026, dans le contexte du retrait progressif des F-16 de la Royal Danish Air Force.
La Roumanie a pris le relais avec l’ouverture d’un centre de formation majeur. Selon une déclaration des Pays-Bas du 16 septembre 2024, quatorze pilotes ukrainiens ont entamé leur formation sur F-16 en Roumanie. Cette initiative fait partie d’une coalition internationale dirigée par les Pays-Bas, le Danemark et les États-Unis. Les pilotes sont formés à la base aérienne de Fetesti, une installation spécialement établie pour soutenir l’Armée de l’Air ukrainienne. Sur les 18 F-16 fournis par les Pays-Bas, 14 sont désormais utilisés dans ce centre de formation européen.
Le déplacement de la formation en Roumanie offre un avantage considérable : les pilotes ukrainiens peuvent consacrer davantage de temps à l’entraînement et moins au transport. Auparavant, les pilotes ukrainiens recevaient leur formation finale à la base aérienne de Skrydstrup au Danemark. Le soutien américain dans les mois et années à venir se concentrera non pas sur les pilotes expérimentés, mais sur les cadets nouvellement enrôlés qui suivront une année de formation de vol fondamentale au Royaume-Uni et en France avant de passer aux cours spécifiques au F-16 aux États-Unis et en Roumanie.
Les succès opérationnels des F-16 ukrainiens
Les statistiques d’interception des F-16 ukrainiens démontrent que ces chasseurs occidentaux ont trouvé leur place dans un environnement de combat d’une intensité rarement vue depuis la Seconde Guerre mondiale.
Les F-16 ukrainiens ont démontré leur valeur sur le champ de bataille à travers plusieurs succès opérationnels remarquables. L’un des accomplissements les plus impressionnants s’est produit durant la nuit du 22 au 23 décembre 2025, lorsque les forces ukrainiennes ont abattu 34 des 35 missiles de croisière lancés par la Russie contre les villes ukrainiennes. Le colonel Yurii Ihnat, chef des communications de l’Armée de l’Air ukrainienne, a déclaré au média Ukrainska Pravda que ces missiles de croisière avaient été principalement abattus par les F-16 ex-européens de l’Armée de l’Air.
Cette efficacité remarquable s’explique en partie par l’intégration de nouvelles technologies. Pour la première fois, les F-16 de l’Armée de l’Air ukrainienne ont été équipés de nacelles de ciblage Sniper/PANTERA, permettant aux Falcon d’utiliser des armements guidés par laser. Ces nacelles semblent initialement supporter l’utilisation de roquettes APKWS pour la chasse aux drones, mais confèrent également aux F-16 ukrainiens un nouveau capteur puissant.
Le laser de la nacelle Sniper représente peut-être sa caractéristique la plus importante, et pourrait expliquer pourquoi les F-16 ukrainiens abattent tant de missiles de croisière russes. Un pilote peut détecter un missile de croisière ou un drone Shahed sur son radar ou via les caméras de la nacelle, puis l’illuminer avec le laser, ce qui désigne la cible pour les armements guidés par laser. Cette capacité a considérablement amélioré l’efficacité des interceptions.
Les F-16 ukrainiens ont également ajouté des chasseurs russes à la longue liste d’appareils abattus par leurs pilotes. Bien que les détails spécifiques restent souvent classifiés, ces victoires air-air témoignent de la compétence croissante des équipages ukrainiens aux commandes de leurs nouveaux chasseurs occidentaux.
Les pertes de F-16 et les défis opérationnels
Chaque F-16 perdu représente non seulement un équipement précieux, mais aussi parfois la vie d’un pilote qui avait consacré des mois à maîtriser ce nouvel appareil.
Malgré ces succès, l’Armée de l’Air ukrainienne a également subi des pertes significatives. Trois pertes confirmées de F-16 en combat ont été enregistrées depuis l’introduction de ces appareils. La première perte d’un F-16 s’est produite le 26 août 2024, lorsque le pilote Oleksii Mes, connu sous l’indicatif Moonfish, a été tué alors qu’il répondait à une attaque massive de missiles russes.
Le deuxième incident a été rapporté le 12 avril 2025, impliquant le pilote de chasse Pavlo Ivanov, âgé de 26 ans, qui a été tué durant une mission de combat aux commandes d’un F-16. Cette perte a constitué la première destruction confirmée d’un F-16 ukrainien par le feu ennemi, que Kiev a officiellement reconnue.
L’Ukraine a perdu un autre F-16 Fighting Falcon en repoussant une attaque russe durant une mission de combat le 16 mai 2025. Malgré la défaillance, le pilote a réussi à diriger l’appareil loin des zones peuplées avant de s’éjecter. Une équipe de recherche et de sauvetage a rapidement localisé et évacué le pilote, dont l’état était satisfaisant et la vie hors de danger.
En juin 2025, le lieutenant-colonel Maksym Ustimenko a abattu sept cibles aériennes avec son appareil avant de perdre de l’altitude et de s’écraser. L’Ukraine a perdu le F-16 et son pilote alors qu’il repoussait une frappe russe combinant missiles et drones. Cet incident s’est produit après que la Russie a lancé 537 drones et missiles sur l’Ukraine durant la nuit, l’Armée de l’Air ukrainienne rapportant 477 drones et 60 missiles tirés sur des cibles à travers le pays. Cette attaque nocturne du samedi était l’une des plus importantes de la guerre menée par Moscou à ce jour.
En janvier 2026, les systèmes de défense aérienne russes ont affirmé avoir abattu un F-16 de fabrication américaine opéré par l’Ukraine. Le commandant, identifié par l’indicatif Sever, a déclaré que les systèmes de défense aérienne S-300 du pays avaient détecté et détruit un F-16 fourni par les Américains. Cependant, des observateurs indépendants n’ont pas confirmé cette destruction, et Kiev a contesté qu’un Fighting Falcon ait été perdu cette année.
L'accord historique pour les Rafale français
L’accord Rafale entre Paris et Kiev représente bien plus qu’une simple transaction d’armement : c’est un pari sur l’avenir de la sécurité européenne.
Le 17 novembre 2025, le président ukrainien Volodymyr Zelensky et le président français Emmanuel Macron ont signé un accord de coopération sur dix ans qui marque un tournant dans la vision ukrainienne d’une nouvelle flotte d’avions de combat occidentaux. Cet accord prévoit la livraison à l’Ukraine de jusqu’à 100 chasseurs Dassault Rafale F4, parmi les plus avancés des chasseurs multirôles de quatrième génération plus en Europe.
Dans le cadre de cet accord décennal, Kiev recevra des modèles modernisés de cet avion multirôle, ainsi qu’un nombre non spécifié de radars, des stocks de missiles et de bombes guidées, et huit systèmes de missiles sol-air SAMP-T. Le bureau du président français a indiqué que le plan est de financer cet accord via les programmes de l’Union européenne et les avoirs russes gelés. Cependant, l’UE n’a pas encore convenu de la manière d’utiliser ces avoirs, et il reste incertain dans quelle mesure ils financeraient un tel accord.
Le Rafale pourrait théoriquement être transféré plus tôt si la France retirait du service ses modèles plus anciens. Selon l’expert militaire Peter Layton du RUSI, il existe une possibilité que la France puisse retirer certains de ses Rafales plus anciens du service et les donner à l’Ukraine maintenant, mais cela prendrait encore trois à quatre mois. Il a ajouté que même avec les appareils les plus anciens, il ne pourrait pas les voir en service avant mi-2026 au plus tôt.
Le Rafale apportera à l’Ukraine des capacités considérablement supérieures à celles des F-16 actuels. Cet avion de supériorité aérienne et multirôle de premier plan dispose de systèmes avioniques avancés, d’un radar AESA performant et de la capacité d’emporter une large gamme d’armements air-air et air-sol. Son intégration dans la flotte ukrainienne représentera un bond qualitatif majeur dans les capacités de défense aérienne de Kiev.
L'accord suédois pour les Gripen
Le choix du Gripen par Kiev témoigne d’une réflexion stratégique pragmatique : un chasseur moins coûteux à entretenir, capable de décoller depuis des routes ordinaires.
Le second mémorandum majeur concernant l’expansion de la flotte aérienne ukrainienne a été signé avec la Suède le 22 octobre 2025. Ce document décrit un futur contrat pour 100 à 150 chasseurs Gripen E, avec des livraisons attendues sur une période de 10 à 15 ans. La Suède s’est formellement engagée à fournir jusqu’à 150 chasseurs JAS 39 Gripen dans un accord estimé entre 12 et 15 milliards de dollars, constituant un autre renforcement majeur des plans de puissance aérienne à long terme de l’Ukraine.
Kiev devrait recevoir jusqu’à 14 chasseurs suédois JAS-39 Gripen C/D dès 2026. La localisation de la production des chasseurs Gripen suédois en Ukraine est prévue pour 2033. Cependant, la partie ukrainienne a insisté pour recevoir les premiers appareils dès 2026. La Suède dispose de dizaines d’avions Gripen usagés qui pourraient être transférés à l’Ukraine plus rapidement que les modèles neufs.
Le président Zelensky a déclaré que le Gripen suédois constituait une priorité pour l’Ukraine. Il a souligné que ces jets étaient moins coûteux à entretenir, que les pilotes pouvaient être formés sur ces appareils en environ six mois, et qu’ils pouvaient même décoller et atterrir sur des routes ordinaires. Cette dernière caractéristique est particulièrement précieuse dans le contexte ukrainien, où les bases aériennes fixes constituent des cibles privilégiées pour les frappes russes.
Les responsables suédois ont indiqué qu’il faudrait environ trois ans pour que les Gripen E neufs arrivent en Ukraine. Face au besoin urgent de chasseurs, Zelensky a exprimé son souhait de voir les Gripen livrés dès 2026. Cette pression reflète la réalité du conflit en cours et le besoin pressant de l’Ukraine de renforcer ses capacités de défense aérienne.
La vision des 250 chasseurs de Zelensky
Construire une flotte de 250 chasseurs modernes en pleine guerre relève de l’ambition démesurée, mais c’est précisément ce type d’ambition qui a permis à l’Ukraine de tenir jusqu’ici.
Le président Volodymyr Zelensky a articulé une vision ambitieuse pour l’avenir de la puissance aérienne ukrainienne. L’objectif est de constituer une flotte soutenue à long terme de 250 chasseurs, composée de 100 Dassault Rafale et de 150 Saab JAS 39 Gripen, en plus des F-16AM actuels, et possiblement des F-16V Block 70 les plus récents.
Zelensky a déclaré : nous menons des négociations parallèles avec la Suède, la France et les États-Unis. L’objectif global est une flotte de 250 nouveaux appareils. C’est notre avenir. Cette vision représente une transformation radicale de l’Armée de l’Air ukrainienne, qui passera d’une force composée principalement d’appareils soviétiques vieillissants à l’une des flottes de chasseurs les plus modernes et diversifiées d’Europe.
Cependant, des défis majeurs subsistent. Le coût d’acquisition et de maintien des flottes de Rafales et de Gripen se chiffrerait en milliards de dollars. Comme l’a noté l’analyste Fursa, lorsque nous parlons de financement, il est évident que l’Ukraine seule n’a pas une telle somme et ne l’aura jamais. Cette réalité financière signifie que la concrétisation de cette vision dépendra largement du soutien continu des alliés occidentaux et des mécanismes de financement innovants, tels que l’utilisation des avoirs russes gelés.
Les mémorandums signés restent pour l’instant des déclarations politiques plutôt que des instruments pouvant influencer la guerre aujourd’hui. La transformation de ces engagements en livraisons effectives d’appareils prendra des années, mais ils tracent néanmoins la voie vers une modernisation profonde de la défense aérienne ukrainienne.
L'intégration des systèmes de défense aérienne
La défense aérienne ukrainienne fonctionne comme un orchestre où chaque instrument, du Patriot au simple MANPADS, joue une partition essentielle dans la symphonie de la survie.
L’expansion de la flotte de F-16 s’inscrit dans un effort plus large de renforcement des capacités de défense aérienne ukrainiennes. L’Ukraine a déployé une approche de défense en couches qui intègre différents systèmes pour contrer les diverses menaces aériennes russes.
Au sommet de cette architecture défensive se trouvent les systèmes Patriot, SAMP/T et les systèmes soviétiques modernisés de longue portée qui interceptent les cibles les plus dangereuses, notamment les missiles balistiques. Le système Patriot est l’un des systèmes de défense aérienne les plus avancés au monde, capable d’intercepter des avions ainsi que des missiles de croisière, balistiques et hypersoniques. Les missiles Patriot, particulièrement les PAC-3 MSE, utilisent une technologie d’interception par impact direct, cruciale pour la défense contre les menaces de missiles balistiques.
Une batterie Patriot peut détecter jusqu’à 100 cibles aériennes et maintenir des pistes sur jusqu’à huit simultanément. Le système Patriot est capable d’intercepter des missiles balistiques dans un rayon allant jusqu’à 25 kilomètres. Les missiles Patriot ont été employés pour intercepter des armes hypersoniques telles que le Zircon et le Kinjal, qui atteindraient respectivement des vitesses allant jusqu’à 11 000 km/h et 16 000 km/h.
La couche moyenne inclut les systèmes NASAMS, IRIS-T SLM et les systèmes Buk modernisés qui protègent de vastes régions contre les missiles de croisière et les avions. Le NASAMS est devenu le standard de facto de l’OTAN pour la défense aérienne de moyenne portée, avec des déploiements dans plus de 12 pays et une validation extensive au combat en Ukraine. Sa capacité à tirer plusieurs types de missiles depuis un lanceur commun offre une flexibilité exceptionnelle.
La zone de courte portée comprend les systèmes Gepard, Skynex, Avenger et les MANPADS qui engagent les drones et les cibles à basse altitude. Cette approche multicouche permet à l’Ukraine de répondre efficacement à la gamme complète des menaces aériennes russes, des drones bon marché aux missiles balistiques sophistiqués.
Les défis persistants de la défense aérienne
La pénurie de missiles antiaériens reste le talon d’Achille de la défense ukrainienne, un problème que même les meilleurs systèmes occidentaux ne peuvent résoudre sans approvisionnement constant.
Malgré les progrès réalisés, la défense aérienne ukrainienne fait face à des défis considérables. Les attaques massives russes sur l’Ukraine combinent souvent plusieurs types de menaces aériennes simultanément : missiles balistiques et de croisière, ainsi que des drones d’attaque. Dans ces conditions, même les systèmes de défense aérienne modernes fonctionnent à la limite de leurs capacités.
La pénurie de missiles antiaériens demeure un problème distinct. Durant les attaques puissantes, les complexes NASAMS ou IRIS-T n’ont parfois tout simplement pas le temps de recharger. Comme l’a expliqué un officier ukrainien, le personnel a appris à maîtriser ces systèmes rapidement, mais la question est différente : avoir de quoi recharger.
La Russie a considérablement fait évoluer son modèle de guerre par drones, qui repose fortement sur le déploiement massif d’aéronefs à bas coût. Les développements les plus notables ont été l’ajout d’ogives thermobariques, de charges à sous-munitions et de missiles air-air R-60. Cette évolution constante des tactiques russes oblige l’Ukraine à adapter continuellement ses défenses.
Le chef de l’OTAN s’est dit confiant que les alliés s’engageront à fournir 15 milliards de dollars d’armements américains à l’Ukraine en 2026. Mark Rutte a déclaré lors d’une conférence de presse aux côtés du président Zelensky à Kiev qu’il était absolument confiant que l’argent serait disponible. Ce soutien financier sera crucial pour maintenir les capacités de défense aérienne ukrainiennes face à la pression russe continue.
La modernisation de l'approche ukrainienne
L’innovation ukrainienne en matière de défense aérienne dépasse souvent celle de nations disposant de budgets militaires bien supérieurs, preuve que la nécessité reste la mère de l’invention.
Face à ces défis, l’Ukraine a adopté une nouvelle approche de sa défense aérienne. Le président Zelensky a approuvé la nomination de Pavlo Yelizarov comme nouveau commandant adjoint de l’Armée de l’Air, connu pour Lazar, une unité spéciale qui opère efficacement. Cette nomination reflète une volonté de renouveler les méthodes et d’intégrer les leçons apprises au combat.
L’approche de défense aérienne ukrainienne est transformée avec un nouveau système concernant spécifiquement les groupes de feu mobiles, les drones intercepteurs et d’autres moyens de défense aérienne à courte portée. Ce changement dramatique a imposé de nouveaux défis au plan de défense aérienne de l’Ukraine, qui doit défendre à la fois les infrastructures civiles et les forces militaires avec un approvisionnement limité en munitions de défense aérienne.
Les Ukrainiens ont dû trouver des moyens de distinguer rapidement les drones des missiles de croisière et balistiques afin de prioriser les menaces les plus élevées. Ils doivent également trouver des moyens plus économiques de vaincre les drones à bas coût. Cette nécessité a conduit à des innovations tactiques et technologiques qui pourraient avoir des implications durables pour la doctrine de défense aérienne au-delà du conflit actuel.
Comme l’a déclaré Artem Bielenkov, chef d’état-major du 412e Régiment Nemesis, 2026 sera l’année du renseignement aérien et de la montée en puissance des frappes à moyenne et longue portée. La question centrale devient de savoir si l’Ukraine peut innover assez rapidement et diversifier sa production suffisamment en profondeur pour contrer l’élan industriel et technologique massif de la Russie.
Le rêve du F-16 Block 70
Le F-16 Block 70 représente le Graal des pilotes ukrainiens, un appareil qui transformerait leurs capacités mais dont l’acquisition reste pour l’instant un rêve lointain.
Les escadrons ukrainiens de F-16 pilotent actuellement des modèles Block 10 et Block 15 fournis par les partenaires de l’OTAN. Cependant, les pilotes ukrainiens ne cachent pas leur désir d’appareils plus avancés. Lorsqu’on a demandé à un pilote de F-16 ukrainien ce que les États-Unis pourraient faire pour augmenter le plus leurs chances de succès, il n’a pas hésité : des F-16 Block 70 et plus de missiles. Il y a beaucoup de cibles à abattre.
Avec le F-16 devenu un outil important pour l’Ukraine, notamment dans la défense de ses villes et infrastructures critiques contre les frappes incessantes de missiles de croisière et de drones, le pilote observe que l’Armée de l’Air ukrainienne serait encore plus efficace si elle était équipée d’appareils plus capables, tels que la version Block 70/72 du F-16. Avec le Block 70/72, le pilote affirme que l’Armée de l’Air ukrainienne ne détruirait pas seulement régulièrement les drones et missiles de croisière russes, mais aussi les avions ennemis.
Les F-16 de nouvelle production incluent des capacités avancées, telles que le radar AESA APG-83, un cockpit modernisé avec de nouvelles fonctionnalités de sécurité, des armements avancés, des réservoirs de carburant conformes, un moteur aux performances améliorées et une durée de vie structurelle prolongée de 12 000 heures, leader de l’industrie. Lockheed Martin continue de produire des F-16 neufs dans la configuration Block 70/72, avec une ligne de production fonctionnant au moins jusqu’en 2026.
Cependant, le long carnet de commandes de F-16 rend improbable que l’Ukraine obtienne des jets Block 70/72 de sitôt, bien qu’une modernisation de ses appareils existants, incluant peut-être un radar AESA, pourrait être plus réaliste. Il n’existe pas de discussions publiquement connues concernant l’acquisition par l’Ukraine des derniers F-16V Block 70 ou Block 72 dans le cadre de contrats ou de discussions de vente à Taiwan, Bahreïn, Slovaquie, Pérou et d’autres pays.
Perspectives et enjeux futurs
L’avenir de la puissance aérienne ukrainienne se joue maintenant, dans chaque décision d’allocation de ressources, chaque accord signé, chaque pilote formé.
L’expansion de la flotte de F-16 ukrainienne et les accords pour les Rafale et Gripen représentent une transformation sans précédent des capacités aériennes d’une nation en guerre. Contre toute attente, la minuscule force aérienne ukrainienne n’a pas seulement survécu à ses affrontements avec une armée de l’air russe dix fois plus grande, elle a réussi à se moderniser sous le feu, améliorant ses vieux MiG et Soukhoï soviétiques tout en intégrant des F-16 et des Dassault Mirage 2000 ex-français, et en harmonisant tous ces divers appareils avec certaines des dernières munitions de précision occidentales.
L’Ukraine opère au moins six avions Mirage 2000-5F depuis février 2025, ajoutant une autre dimension à sa flotte diversifiée. Cette diversification, bien que complexe sur le plan logistique, offre une résilience accrue face aux tentatives russes de neutraliser les capacités aériennes ukrainiennes.
La vulnérabilité du système de défense aérienne russe constitue également un facteur à considérer. La défense aérienne russe reste formellement efficace ici et maintenant, mais la résilience à long terme du système dépend directement de la capacité industrielle russe à maintenir la production, les réparations et la modernisation dans des conditions de sanctions et de pertes sur le champ de bataille. Dans ces conditions, la perturbation de la production russe de missiles sol-air dès 2026 pourrait multiplier l’efficacité des frappes ukrainiennes sur le territoire russe.
L’année 2026 s’annonce comme une année charnière pour la puissance aérienne ukrainienne. Avec les livraisons attendues de F-16 belges, les premiers Gripen suédois potentiellement en route, et les discussions en cours sur les Rafale français, l’Ukraine est en voie de réaliser une partie de la vision ambitieuse du président Zelensky. La question demeure de savoir si cette modernisation interviendra assez rapidement pour influencer l’issue du conflit, ou si elle constituera plutôt le fondement d’une force de défense ukrainienne pour les décennies à venir.
La transformation de l’Armée de l’Air ukrainienne n’est pas simplement une histoire de matériel militaire. C’est le récit d’une nation qui refuse de se soumettre, qui mobilise le soutien international, forme ses pilotes dans des conditions extraordinaires, et construit méthodiquement les capacités nécessaires pour défendre sa souveraineté. Quelle que soit l’issue finale de ce conflit, cette transformation aérienne restera comme l’un des accomplissements les plus remarquables de l’histoire militaire récente.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur : Cette chronique constitue une analyse personnelle basée sur les informations publiquement disponibles au moment de la rédaction. Le rédacteur n’a pas de liens avec les gouvernements mentionnés et s’efforce de présenter une perspective équilibrée des événements décrits. Les interprétations proposées engagent uniquement leur auteur et n’ont pas vocation à représenter une vérité absolue sur les intentions des acteurs politiques évoqués. Les chiffres concernant les effectifs militaires et les livraisons d’armements sont basés sur des sources ouvertes et peuvent différer des données officielles classifiées.
Sources
Sources primaires
Kyiv Post – Ukrainian Air Superiority 2026 Status Update: Western Weapons Systems to Watch
Euromaidan Press – Ukraine to receive additional F-16 fighter jets
Kyiv Post – Analysis: Ukraine Plans 250-Aircraft Fleet, Prioritizes Swedish Gripens
Kyiv Post – Zelensky Hails Historic Gripen Deal as Ukraine Secures 150 Fighter Jets Starting in 2026
Sources sur les livraisons de F-16
Ukrainska Pravda – Belgium postpones delivery of F-16s to Ukraine until 2026
Aerotime – Netherlands completes transfer of 24 F-16 jets to Ukraine
Defense Express – Additional F-16s for Ukraine Move Closer as Belgium Receives Its First F-35s
19FortyFive – Ukraine’s Fleet of F-16 Fighters Is Getting Larger
Sources sur les opérations de combat
Euromaidan Press – Ukraine’s F-16s just shot down 34 of 35 Russian cruise missiles
Kyiv Post – Ukraine Loses F-16 in Combat, Pilot Safe After Downing 3 Russian Air Threats
ABC News – Ukraine loses F-16 fighter amid massed Russian drone, missile attack
Sources sur la formation des pilotes
Air Data News – Denmark to end training of Ukrainian F-16 pilots by late 2026
Airforce Technology – 14 Ukrainian pilots begin F-16 training in Romania
FDD – We’re training Ukraine’s brave F-16 pilots
Sources sur les accords Rafale et Gripen
Kyiv Independent – Ukraine’s big fighter jet deals explained
United24 Media – Rafale Fighter Jet Deal: Ukraine and France Agree on Air Defense Strengthening
The War Zone – Huge Gripen Fighter Order Letter Of Intent Signed By Ukraine
Newsweek – How Ukraine’s Rafale Jets Deal Could Turn Tide of War Against Russia
Sources sur la défense aérienne
Ministère ukrainien de la Défense – Ukraine bolsters air defense with two more Patriot systems
Norsk Luftvern – The Complete Air Defense Systems Comparison Matrix
New Geopolitics Research Network – Complexity and Layering: How Ukraine’s Air Defence Must Operate
Sources sur les perspectives stratégiques
The Friendly Skies – Ukraine vs. Russia: How Their Air Forces Are Evolving in 2026
Ukrainska Pravda – How Russia’s air defence is structured, and can Ukraine exhaust it?
CEPA – Redeploy Ukraine’s F-16s to Hurt Russia
Air and Space Forces Magazine – Ukraine’s F-16 Force: Innovation, Impact, and Resolve
The War Zone – Ukrainian F-16 Pilot’s Account Of The Challenges Of The Air War
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